jeudi 19 avril 2018

Chronique : Thirty Seconds To Mars - AMERICA

Comment chroniquer ce cinquième album de Thirty Seconds To Mars ? Un véritable casse-tête, trouver les mots justes, écrire sans casser gratuitement, sans se mentir, dire ce qui n’a pas déjà été dit… Je vais laisser parler mon cœur d’auditeur aimant le groupe (ou l’ayant aimé, ou essayant de l’aimer encore malgré tout) et tenter d’expliquer à froid ce que je ressens à propos de ce fameux nouvel effort intitulé AMERICA.

Effort est d’ailleurs un mot bien choisi, puisque Jared Leto nous a fait attendre depuis la sortie du quasi-insipide Love Lust Faith + Dreams en 2013 (chronique). Sorte de petit caprice ultra calculé pour notre mannequin-chanteur qui a su faire monter la pression à coup de nombreux #SOON exaspérants sur les réseaux sociaux entre l’annonce de la création d’un nouveau disque en novembre 2015 jusqu’à la diffusion du premier single "Walk On Water" en août l’année dernière. Un hit pop aux sonorités proches d’Imagine Dragons qui annonçait déjà la couleur, calibré pour les radios, choisi même par TF1 pour la publicité du téléfilm neuneu Les Bracelets Rouges. Recette facile et ultra efficace, paroles simplistes, mélodie bateau à grand renfort de cœurs (environ 80 « oh oh » en 3 minutes rien que pour celui-ci), pas de quoi s’envoyer « up in the air ». La perplexité était donc de mise et l’attente d’un titre plus rock se faisait naturellement attendre. Il n’en sera rien au final. Les dix autres productions de ce nouveau disque (on ne compte pas l’anecdotique interlude instrumental "Monolith" qui n’est pas sans rappeler "Pyres Of Varanasi" sur le disque précédent, en moins bien) sont à peu de choses près toutes de gentilles ballades.

Selon des récentes déclarations, la formation américaine ne semble plus vouloir trop utiliser les guitares et l’assume totalement, prônant ne pas avoir envie de se répéter, voulant être créative et inventive en s’inspirant du hip-hop (le récent départ de Tomo Miličević – on va ajouter « temporaire » pour ceux qui espèrent encore le voir revenir – aurait-il un lien avec cela ?). Ok, pourquoi pas, de nombreuses autres formations ont essayé de se réinventer, d’aller de l’avant, mais de là à le faire de cette manière, il y a un monde. A sa façon, This Is War avait convaincu, même si ce dernier est loin d’être parfait, mais là, sans même le cacher, c’est clairement parce que la scène rock décline et n'est, sous-entendu, pas assez rentable ou fédératrice, qu'elle ne veut plus trop y être assimilée. Consternant !

L’impression principale est qu’AMERICA est complétement à l’image de son chanteur, mégalomaniaque autant dans le fond que dans la forme. Un disque, une nouvelle tournée(-karaoké) interminable (et sa setlist affligeante), un film à venir, des happenings-buzz-coup de pub fréquents (toujours appréciables pour les fans comme récemment à New York, Los Angeles, Londres et Paris), un packaging à l’artwork changeant assez intéressant mais désespérément creux pour ceux qui l’auront acheté car dépourvu de tout contenu (aucune photo, ni texte). On a le sentiment que Jared Jésus Leto est inarrêtable, qu’il marche sur l’eau (désolé, elle était tellement évidente), ne se souciant pas de perdre une grande partie de ses plus fervents auditeurs. Les plus anciens ont de toute façon déjà lâché l’affaire depuis la fin de l’ère A Beautiful Lie, et même dans le clan de l’Echelon le ton monte, c’est pour dire à quel point l’attitude de notre fashion-victime barbue fait débat. Mais qu’importe, le pari est gagné et les chiffres parlent déjà, les caisses se remplissent sans grande difficulté puisque les dates se vendent très bien et AMERICA est aujourd'hui le plus gros succès commercial de l’histoire du groupe, ou duo si vous préférez.

Alors lorsque l’on entend cinq mois plus tard "Dangerous Night", second single et son virage électro-pop clairement revendiqué, produit par le DJ Zedd, tout espoir s’éloigne pour de bon. La voix est ultra vocodée, les batteries électroniques, les synthés sont de sortie, et les paroles une nouvelle fois risibles au possible, sans compter ces putains de « oh oh » à chaque fin de mot. Jared veut toucher large pour devenir le plus gros groupe du moment, et il est fort probable que cet appétit de conquête réussisse une nouvelle fois au chanteur. Car oui, c’est rageant, mais quoi qu’il fasse, tout lui parvient à notre sympathique star hollywoodienne.

Etrangement, on aurait pu penser que c’est aussi sur "Rescue Me" que Zedd a travaillé car les samples y sont beaucoup plus forts, au point de nous faire penser que nous sommes en train d’écouter du Ellie Goulding. En fait le morceau a été co-écrit avec Graham Muron, aka KillaGraham, jeune star de la scène électro-dance californienne. Tout s’explique ! La voix est très en avant, les nappes électroniques conséquentes et le morceau reste directement ancré dans votre mémoire. On voit déjà les radios se frotter les mains et les aficionados des débuts saigner des oreilles.

On calme le jeu sur "One Track Mind", le tempo est au ralenti, on pense à la crème du rap-r’n’b, rappelant Rihanna et A$AP Rocky, rappeur (bas de gamme) qui intervient d’ailleurs en fin de morceau pour poser son flow avant que l’unique solo de guitare (étouffé) de tout le disque ne vienne clôturer l’ensemble. Là aussi KillaGraham a apposé sa patte et le rendu minimaliste, ambiant et émotionnel, aussi différent soit-il de tout ce qu’on avait pu déjà entendre, n’est, sans pour autant relever le niveau, pas des plus déplaisant.

Sur "Love Is Madness", c’est la chanteuse pop Hasley qui vient répondre à Jaja, s’échangeant leurs paroles au fur et à mesure des couplets. Le mélange des voix est réussi mais nous avons affaire à une ballade à la Chainsmokers qui ne décolle pas, pire elle devient insupportable sur la fin avec ses trop nombreuses coupures faisant de cette collaboration un semi-échec.

La moitié de l’album est passée et les guitares sont pour ainsi dire absentes, quant à la batterie de Shannon, on se demande où était le monsieur lors de l’enregistrement et c’est triste quand on connait le talent du musicien. Pour en ajouter une couche, joli pied de nez (ou moment de fraîcheur si vous y voyez de l’innovation), c’est lui que l’on retrouve au chant sur le titre "Remedy", accompagné d’une simple guitare acoustique pour son petit moment de gloire. Pas mauvais en soit, mais juste un peu inapproprié pour le coup.

On touche le fond sur le morceau le plus long, "Great Wide Open" qui pourrait être joué les dimanches à l’église, mettant une nouvelle fois bien en avant le frontman et ses « oh oh » vocodés lointain à base de paroles pour attardés durant cinq longues minutes. Aucun album auparavant n’aura été autant connoté par la religion, thème récurrent chez 30STM. En allant du logo qui mélange la croix latine et le single triad (on est à deux doigts de créer une église), des paroles qui font souvent référence (indirectement) à Dieu, des cœurs gospel, sans parler du look de Jared (imaginez Jésus habillé en Gucci…), le fond ne sauve pas la forme, contrairement par exemple à One More Light de Linkin Park qui a beaucoup déçu musicalement, mais dont le contenu était assez riche.

Au niveau des gros râtés, on citera volontiers la facile "Live Like A Dream" et la catastrophique "Hail To The Victor" composée, elle, à base de beats et basses absolument immondes, tout comme la voix qui a droit à une modulation infecte en fin de parcours. Le plus incompréhensible, c'est que tous ces morceaux s'enchaînent et se laissent écouter, c'est là que tout devient absurde, où c'est peut-être en cela que réside tout le génie du groupe ! Pourquoi se donner du mal lorsqu'on peut créer des morceaux aussi téléphonés et si facilement écoutable ? Si je veux écouter de la soupe, il y a l'embarras du choix à la télévision...
Heureusement le disque se clôture presque positivement, mais de façon abrupte, sur la très belle "Rider", agrémentée de quelques discrets mais bien venus violons.

Il est à signaler aussi que Thirty Seconds To Mars n’innove pas vraiment, puisqu’il y a des choses qu’on a déjà vu sur leurs albums antérieurs à savoir un featuring avec un rappeur (coucou Kanye West), le titre spécialement composé par Shannon, l’interlude instrumental, le petit début en français sur la lente et pénible "Dawn Will Rise" et, bien évidemment, ces incessants « oh oh » perturbateurs sur presque toutes les chansons devenu tristement leur marque de fabrique. Rien de bien nouveau donc en terre californienne si ce n’est que Stephen « Stevie » Aiello, musicien caché du groupe sur (sous ?) scène est crédité sur l’écriture de trois morceaux, ce qui le met en pole position pour devenir le futur membre officiel du groupe.

Patriotique, faussement engagé, religieusement nauséabond, musicalement linéaire et putassier, clivant… AMERICA est un album qui reflète bien son temps, faisant la part belle aux nouvelles technologies, taillé pour conquérir le monde de la musique et satisfaire en particulier le marché américain. Le groupe veut rassembler mais, in fine, il réussit à diviser : les amateurs de rock seront déçus, pour ne pas dire en colère, une partie de l’Echelon-mouton restera fidèle alors que certains auront enfin compris la supercherie, mais ce qui est sûr c’est que cet album va faire exploser le groupe en terme de notoriété. Avec une rupture franche avec son passé, celui qui chantait les paroles de "Revolution" en 2002 guitare au bras, met à l’honneur son pays en se transformant en guide spirituel utilisant les plus grosses ficelles pour attirer le plus de streamers possible. Artificiel, mainstream, ultra-mégalo (même si Jared reste adorable pour ceux qui ont pu le rencontrer ou le serrer dans leurs bras cinq secondes... pour la modique somme de 300€), AMERICA se distingue par sa faible qualité et arrive à faire encore moins bien que son prédécesseur. Je me demande encore pourquoi je continue à les suivre et à les écouter, pourtant je le fais, allez savoir pourquoi, mais c’est navrant d’être sans cesse rattraper par le passé, de se dire que le groupe n’est plus du tout celui qu’il était lors de ses deux premiers albums et de ne pas arriver à se faire à l’idée qu’une formation peu évoluer (ou plutôt régresser ici), quitte à sacrifier une partie de son public. Jared est talentueux, un très bon acteur, mais il ne faut pas oublier que lorsque l’on fait de la musique, on ne joue pas un rôle, un chanteur ne peut pas feinter, forcer ou jouer avec des émotions, car en définitive, l’auditeur le ressent et du coup la déception est encore plus grande.

1/5

Sébastian D.

1. Walk On Water
2. Dangerous Night
3. Rescue Me
4. One Track Mind (feat. A$AP Rocky)
5. Monolith
6. Love Is Madness (feat. Halsey)
7. Great Wide Open
8. Hail To The Victor
9. Dawn Will Rise
10. Remedy
11. Live Like A Dream
12. Rider

https://www.facebook.com/thirtysecondstomars/




2 commentaires :

Anonyme a dit…

Ouai oust encore un album à oublier ! Quelle décennie de merde sérieux !

Anonyme a dit…

rien a ajouter tu a très bien décrit ce que malheureusement le groupe "duo" est devenu !!!