mardi 4 octobre 2022

Live Report : SOEN + LizZard + Oceanhoarse @ La Maison Bleue - Strasbourg (23/09/22)

Premier concert (en salle) post-COVID et surtout découverte d'un tout récent lieu de vie musicale à Strasbourg nommé La Maison Bleue. Salle de répétitions des groupes locaux (aujourd'hui uniquement dans ses sous-sols), les gérants ont eu la bonne idée de transformer le rez-de-chaussée en salle pouvant accueillir du public. Ce soir, vendredi 23 septembre 2022, c'est le groupe de prog-rock-metal SOEN, qui est programmé pour le plus grand plaisir des fans qui ont fait le déplacement en nombre, de loin pour certains (on souligne comme d'habitude la présence de pas mal d'Allemands), soit environ 300 personnes. De quoi se tenir au chaud en cette froide soirée et tout ça sans mettre le chauffage ! 

Il est à peine 20h lorsque Oceanhoarse monte sur scène pour un premier set de 30 minutes tout à fait sympathique à base de rock'n'roll hybride lorgnant parfois vers le hardcore ou le heavy metal, notamment grâce à la voix parfois haut perchée de l'imposant chanteur qui sera souvent caché dans des salves de nuages de fumée. Le guitariste coche tous les clichés du hard-rocker avec ses cheveux longs bien coiffés (le ventilateur est de sortie), sa flying-V Jackson verte et ses solos de la mort. Petit moment de gloire pour le bassiste qui nous montrera lui aussi l'étendue de son talent en solo, on apprécie la petite reprise du hit "Them Bones" d'Alice In Chains, le tout avec beaucoup de remerciements du chanteur et d’applaudissements en retour de la part des spectateurs ayant fait le déplacement tôt ce soir. Un quatuor finlandais de qualité, souriant et content de jouer, à qui on souhaite le meilleur pour l'avenir. 

La température monte petit à petit. Une courte pause, à peine 15 minutes, vu que les deux premiers groupes jouent sur la même batterie, et c'est au tour des prog-rockers du limousin LizZard, de venir défendre leur discographie devant les Strasbourgeois. La salle s'est bien remplie, le trio est en forme et ça fait plaisir de voir une dame enchaîner des furieux roulements de batterie comme ça. On sent beaucoup d'influences dans le son (on peut citer évidemment Tool), à la fois progressif, groove rock et stoner. Le chanteur parle et remercie aussi l'assistance, c'est lui qui mène la barque et annonce les morceaux d'une setlist qui se concentre essentiellement sur le dernier album, Eroded, paru en 2021. Le bassiste se fait plus discret mais son rôle n'est pas pour autant moins important et c'est sous de fortes acclamations que le trio quitte la scène après 40 minutes de show énergique qui aura mis tout le monde d'accord. 

Passage au bar (qui a d'ailleurs de jolis luminaires dont les abats-jours sont faits de cymbales de batterie) puis on prend l'air quelques minutes histoire de respirer mieux hors de la fournaise. Les membres de SOEN arrivent par dehors, tranquillement depuis leur imposant tour-bus noir garé dans la cour, il est donc l'heure de re-rentrer dans la salle pour enfin voir ce que le groupe de Martin Lopez, ex-batteur d'Opeth, donne en live. 

"Monarch" ouvre le set, le son est un peu bas, (ça s'améliorera par la suite), le public hoche de la tête direct en rythme. On remarque tout de suite la classe et l'aisance vocale de Joel Ekelök, sa voix étant tout aussi claire et limpide que sur les albums. Musicalement aussi, rien à dire, tout est ultra carré, les titres s'enchaînent sans temps mort, les musiciens assurent et la setlist nous plonge principalement dans les deux dernières livraisons, Lotus (2019) et Imperial (2021). Le second opus, Tellurian, sera malheureusement zappé ce soir et ça sera le cas sur toute la tournée. On navigue entre morceau plus rapides et péchus comme "Martyrs" ou "Lumerian" et on est complètement emportés par les sublimes "Lunacy", "Modesty" et particulièrement de la longue "Lucidity" qui a le don de nous donner le frisson. 

Juste avant le rappel, le groupe appelle une invitée spéciale à venir sur scène chanter un titre avec eux. Il s'agit de Jennifer Gervais, frontwoman du groupe strasbourgeois Dust In Mind, qui les accompagne d'ailleurs sur toute la tournée européenne au merchandising. Ensemble ils proposeront une nouvelle version d'"Illusion" en se partageant les couplets/refrains pour un résultat sympathique et bien exécuté par la chanteuse. Un rappel de trois morceaux clôturera cette magnifique soirée, notamment avec le tube et morceau-titre de l'avant-dernier album, "Lotus".

Ce concert prévu en décembre 2021, reporté à cause du COVID, était attendu et n'a pas déçu. Trois groupes de qualité et bien entendu SOEN qui aura conquis l'audience dans une chaleur quasi étouffante (les lunettes des gens avaient de la buée quand ils entraient dans la pièce !). Un groupe talentueux qu'on vous recommande fortement de suivre si ce n'est pas déjà le cas et qu'on a qu'une envie, c'est de revoir vite sur scène a plus vite par chez nous.

Sébastian D. 

Merci à Roger de Replica Promotion et Seb de SeeYouSoon. 

 

Setlist : 

01-Monarch 

02-Deceiver 

03-Lunacy 

04-Martyrs 

05-Savia 

06-Lumerian 

07-Covenant 

08-Modesty 

09-Lucidity 

10-Antagonist 

11-Illusion (feat. Jennifer Gervais de Dust In Mind)

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12-Lascivious 

13-Jinn 

14-Lotus

jeudi 29 septembre 2022

Chronique Express : Pure Hex - Still Dark

Après un EP 4 titres sorti fin 2019, Pure Hex, quintet originaire de la Bay Area en Californie, se décide enfin à sortir son premier long jeu. Une fille au chant et quatre garçons dans le vent, et ce Still Dark pour nos oreilles. Si on doit mettre un nom sur le style pratiqué par le quintet, on ira vers l'emo-shoegaze. Oui, car Pure Hex ne se contente de reprendre les codes du shoegaze comme bon nombre de groupes ces dernières années (avec beaucoup d'excellents disques qui plus est), mais y fait infuser un côté emo des plus plaisants. C'est le morceau-titre qui lance les hostilités, et évidemment les guitares atmosphériques et le mur sonique font directement leurs apparitions : un petit côté Smashing Pumpkins dans la mélodie et cette voix très particulière fait son apparition. A l'écoute, difficile de se dire que c'est une femme qui chante, tant on a l'impression d'entendre Anthony Green (Saosin/Circa Survive) dans les intonations les plus hautes. Mais que ça fonctionne bien. Et ce n'est que le début ! "Still Time" se la joue plus calme sur l'intro, toujours avec ces guitares bien en avant, et ce refrain où l'émotion prend les rennes (et emporte nos petits cœurs d'emokids). Balance & Composure nous saute aux oreilles sur "Pedestal", tandis que "Half Light" (ses lignes de chant sont magnifiques) et "Wear Me Down" offrent une mélodie très Turnover période Good Nature. Mais la force de Pure Hex, c'est de réussir à dépasser ses influences, c'est à dire les utiliser, leur laisser une place dans leurs compositions, tout en y insérant une identité. Pure Hex, en seulement 8 titres et 36 minutes, a réussi la prouesse de mettre tout le monde d'accord avec ce premier album de toute beauté. A la fois prenant et hautement émotionnel, cotonneux, mélodique et atmosphérique, ce Still Dark est un véritable coup de maître et va secouer la scène shoegaze de plein fouet. Avec ce petit bijou, c'est bien tout le mal qu'on leur souhaite.

4,5/5
Recommandé si vous aimez : Anthony Green qui chanterait pour Balance & Composure et Turnover

Guillaume W. 

mercredi 14 septembre 2022

Chronique Express : The Dangerous Summer - Coming Home

Le principal problème avec The Dangerous Summer, c'est qu'à force de sortir des albums qui sont toujours dans la même veine, on est sûr du quitte ou double quant à la qualité des compostions. Mother Nature était un excellent disque où on sentait une envie d'aller plus loin, plus haut, plus fort. Et surtout bien au-dessus d'un S/T ennuyeux au possible. On avait donc plus que hâte d'entendre son successeur, même si l'EP qui a précédé ce nouveau disque était loin d'avoir laisser une trace indélébile dans leur discographie. Du coup, si on attendait évidemment ce Coming Home, on était un poil plus frileux sur le résultat final. Les singles découverts en amont laissaient peu de place à la surprise : The Dangerous Summer ferait du Dangerous Summer, envers et contre tout. Et ce n'est pas un mal quand on connaît leur disposition naturel à composer des hits oh so emo dans leur sommeil. Mais il y a un mais. Non pas que Coming Home soit un mauvais disque, mais on a l'impression que chaque titre a déjà été composé par la bande, et si cela fonctionne encore par à-coups, sur l'intégralité de l'album, on a du mal à s'emballer. Il y a bien quelques nouveautés comme la très belle ballade acoustique "Big Green Eyes", et bien entendu, le poil se dresse encore sur "Meet Me In The Morning" et les BPM augmentent sur "Dimensional Love". En fait, plus on revient sur ce disque, et plus le constat est là : la bande de Perdomo souffre d'une crise d'identité. Des paroles peu inspirées et parfois d'un cliché sans nom, alors que très souvent AJ est un parolier plutôt doué. Et musicalement, le groupe fait exactement ce qu'on attend de lui : de l'émotion, des passages atmosphériques, des mélodies tire-larmes et une voix qui arrive encore à coller quelques frissons. Mais Coming Home est aussi un album inoffensif et sans prise de risques, aucune. On aurait même tendance à dire que c'est plutôt l'inverse d'ailleurs, tant certains morceaux frôlent le banal et sentent le réchauffé à plein nez. Et c'est dommage car on avait encore d'aimer ce disque comme on a aimé Reach For The Sun, War Paint ou encore Mother Nature. Ce n'est malheureusement pas le cas. 

3/5 
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Guillaume W. 

lundi 5 septembre 2022

Chronique Express : blackbear - in loving memory

Dans la catégorie artistes hip-hop qui se mettent au pop-punk ou au rock, rares sont ceux qui sortent du lot. Pire même, rares sont ceux dont les albums sont écoutables du début à la fin. On pense à l'infâme Mod Sun, et son album merdique à souhait. On pense aussi fort à Machine Gun Kelly dont le second album est un raté impressionnant, aseptisé à souhait (son premier album contenait quelques bons titres mais tellement poussif et inintéressant qu'on ne pouvait que laisser tomber au bout de quelques écoutes en avance rapide). Bref, pas de quoi se relever la nuit. Du coup, lorsque blackbear s'est aussi décidé à sauter le pas, on s'est directement dit que le chemin était tout tracé vers la bouse intersidérale. In Loving Memory, c'est d'abord 12 titres pour 39 minutes et bien entendu Travis Barker est de la partie. C'est presque le plus inquiétant car ces derniers temps, le bonhomme n'est pas le plus inspiré dans ses choix artistiques. Mais bon, posons une oreille vierge sur ce disque et qui sait ? Et qui l'aurait cru surtout ? Car oui, ce disque, s'il est calibré bien comme il faut, ne manque pas d'arguments, et surtout, les écoutes répétées ne font qu'amplifier ce sentiment. En fait, à l'instar de Nothing Nowhere, blackbear est un emokid qui a fait du hip-hop et qui revient à ses 1ères amours. Et non l'inverse. Et ça change clairement la donne. D'ailleurs, dans une récente interview à Alternative Press, quand on lui demandait les groupes ou albums qui avaient influencés in loving memory, il cite Bleed American de Jimmy Eat World, Terminal (un album fabuleux en 2005 puis plus rien), ou encore Acceptance. Si on peine à trouver du Jimmy ou du Terminal chez blackbear, l'influence d'Acceptance sur "Dead Inside", "Broken World", "Painkiller" ou encore sur le refrain de "Fuilu" est bien perceptible. Ailleurs, on entend du Alkaline Trio sur "Toxic Energy" (avec Bert de The Used), on sonne aussi comme New Found Glory sur "Nothing Matters" (avec Jordan en guest), et "Poltergeist" avec Anthony de Bayside pourrait être un titre de Bayside. Du pop-punk, du rock alternatif, des passages hip-hop (sur "gfy", avec MGK en guest, mais surtout dans le chant finalement), mais aussi des mid-tempo qui fonctionnent vraiment bien ("The Idea") et une très jolie ballade intimiste pour clore l'affaire qu'on croirait sorti d'un album de Neck Deep, jusque dans les lignes de chant ("Hazel Inside"). Ce sixième album de blackbear est un album nostalgique, rempli de souvenirs d'ado, avec une envie de mettre en avant la musique qu'il a connue et aimée étant plus jeune. Une vraie belle surprise, et un disque où les invités ont été choisis avec goût. in loving memory devrait se faire une place de choix dans votre rotation sur cette fin d'été et ce début d'automne, en dépit de cette pochette proprement affreuse. Pour le reste, c'est du solide ! A écouter sans modération. 

4/5
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Guillaume W. 

jeudi 25 août 2022

Chronique Express : Pale Waves - Unwanted

Alors que le premier album de Pale Waves donnait le sentiment d'être un disque des 80's et que son successeur Who Am I? sortait tout droit des 90's, Unwanted se devait logiquement de sonner comme dans les début des années 2000. Et bien, sans plus de cérémonie, c'est bien le cas. Seulement 18 mois séparent Who Am I? et Unwanted, et cela s'en ressent en terme de sonorités. Là où le prédécesseur était orienté pop-rock radio, ces 13 nouveaux titres sortent du même moule, avec une influence pop-punk bien prononcé. Pale Waves semblent s'amuser avec sa musique et fait ce qui lui chante. Et on peut dire que ça fonctionne du feu de dieu. Sans apporter une originalité folle, on plonge dans ce disque avec une nostalgie des plus agréables comme nos années lycée et/ou université. "Lies" démarre avec un riff Blur-esque et une refrain catchy comme pas deux. Le morceau-titre est un TUBE en puissance, Lavigne-sque en diable (c'est d'ailleurs le morceau préféré de mon p'tit bonhomme qui me le demande en boucle en voiture). Bordel, ce refrain fait un bien fou par où il passe et impossible, ou presque, de ne pas avoir envie de le réécouter. La suite suit ce registre, simple et d'une efficacité redoutable, entre ballades un poil cheesy mais qu'on leur passe bien volontiers car elles arrivent à nous faire dresser les poils (''The Hard Way" et son super final, "Without You" ou encore la très jolie "Numb") et pop rock taillé pour les ondes ("Jealousy", "Alone", "Clean" qui ont le bonheur de se suivre dans la tracklist). Mais Pale Waves a aussi sous le coude des petites bombinettes pop-punk ("Only Problem", "Reasons To Live", "Act My Age") qui donnent une variété à ce Unwanted. 13 morceaux en 40 minutes, et des tubes en pagailles où les codes du genre sont respectés à la lettre. Et Pale Waves vient très certainement de sortir l'un des albums les plus catchy de cette année 2022. 

4/5
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Guillaume W. 

dimanche 14 août 2022

Live Report : ROCK YOUR BRAIN Fest 2022 - 24 & 25/07/22 - Sélestat



Enfin un festival ! Plus de deux ans que je n'avais pas foulé l'herbe (enfin ce qu'il en reste vu les températures des derniers jours) d'un pré avec des milliers d'autres gens et en plus, royal, à moins d'une demi-heure de route de chez moi. 2022 signe donc le grand retour du Rock Your Brain Fest (version été, parce qu'il existe une version d'automne dont voici l'affiche) suivant le Summer Vibration Festival, terminé la veille, qui donnait sa septième édition sur le même site, aux Tanzmatten de Sélestat, et toujours organisé par Zone51, la même association qui anime le centre-Alsace aux sons des musiques alternatives depuis 25 ans maintenant ! 

Le site a été revu, repensé, redécoré, amélioré, optimisé... Mettez tous les adjectifs que vous voudrez, les courageux bénévoles (denrées rares d'ailleurs) ont mis tout en œuvre pour accueillir au mieux les festivaliers en terre alsacienne. Après 3 jours placés sous le signe des musiques plutôt festives du 21 au 23 juillet (les plus ouverts d'entre vous connaîtront – même que de nom – Roméo Elvis, Sinsémilia ou encore Morcheeba), changement complet d'orientation musicale le dimanche 24 qui sera rock-metal et le lundi 25 ouvertement punk de tous horizons. 

DIMANCHE 24 JUILLET 

Il fait lourd pour ne pas dire étouffant en ce dimanche midi de fin juillet, et venir en plein cagnard pour voir jouer les metalleux de DUST IN MIND relève de l'exploit. Le groupe de Strasbourg, emmené par sa chanteuse Jennifer, a la lourde tâche d'ouvrir sur la grande scène (Mainstage) et c'est un parterre honorable pour l'heure qui applaudit les titres joués ce jour-là, majoritairement tirés de leur nouveau récent disque CTRL, clairement leur meilleure réalisation à ce jour.

Dust In Mind


TOWARD THE THRONE, autre groupe local (mais du Haut-Rhin cette fois) enchaîne sur la petite scène (Tiki Area), qui est placée sous un chapiteau un peu plus loin sur le site. Ambiance black-death-metal ici avec petites décorations à base de bougies, fleurs et autres crânes... Ok ça fait moins d'effets qu'en pleine nuit mais la musique semble mettre tout le monde d'accord et le public approuve malgré ce style musical si particulier.

Je fais l'impasse sur CELLAR DARLING et préfère attendre à l'ombre des arbres, parce que ça tape bien, que les hardcoreux strasbourgeois de PIEDBOUCHE viennent faire bouger le chapiteau. Les fans d'Hatebreed et Earth Crisis en auront eu pour leur grade pendant 40 minutes avec un public qui commence déjà à mosher et à circle-piter malgré la chaleur écrasante et la poussière. Il y a même eu un dinosaure sur scène à un moment !

16h45, c'est DEEZ NUTS qui foule la grande scène ! JJ Peters est plutôt en forme avec sa casquette Palyboy et son short rose bonbon. Les hardcoreux australiens enchaînent les titres mais pas forcément des hits. La setlist est variée et pioche dans toute la discographie, ce qui est assez sympa et plutôt rare en festival. Évidemment c'est sur "Band Of Brothers" que le set de presque une heure se termine sous les applaudissement du public et les nombreux remerciements du chanteur. 

Deez Nuts
Le « problème » quand on joue à domicile et qu'on sort de deux ans de pandémie, c'est qu'on croise du monde toute la journée. Alors c'est absolument génial de reparler à plein de gens mais du coup certains groupes passent à la trappe comme le hard folk de BOTTLE NEXT, au passage assez impressionnant avec tous leurs cuivres (je n'ai vu qu'un morceau du coup). 

18h15, le groupe le plus attendu pour moi de la journée monte sur la grande scène sur laquelle un drapeau de paix aux couleurs de l'Ukraine est en place en backdrop. Vous l'avez compris, les JINJER sont bien là, après une grosse prestation au Hellfest et une autre toute récente chez les copains du Sylak Festival. Il fait une chaleur de fou, mais les quatre donnent tout sachant en plus qu'ils jouaient la veille en Grèce, et avec le sourire malgré le contexte et les récentes déclarations de la chanteuse qui semble nous couver une petite dépression. Pour l'heure on a l'impression que tout va pour le mieux, le son est plutôt bon, et niveau voix, il y a un sacré niveau. La méchamment tatouée Tatiana Shmayluk a même réussi à convaincre des festivaliers-touristes de passage avec enfants qui resteront tout le set en hochant la tête ou en restant bouche-bée à l'écoute des cris maitrisés envoyés. Oui oui, il n'y a pas d'effets dans sa voix... On passe vraiment un moment bien sympa, le public est conquis même si j'ai le sentiment qu'il ne comprend pas tout aux compositions variées proposées. Il faut dire que quand on ne connait pas, ça reste assez spécial tous ces changements de rythmes et ce n'est pas simple de retenir ce qu'on entend. Anecdote sympa, en arrivant sur le site, il y avait une petite affiche sur le site avec un numéro de téléphone d'un des mecs de Jinjer qui cherchait de quoi fumer (il aurait probablement eu plus de chance d'en trouver la veille) ! En fin de concert, un spectateur filera son drapeau au groupe pour qu'il puisse faire une photo sur scène devant son public. 

Jinjer


19h20, OPAL OCEAN, duo de guitar-heroes australien, fait le show sous le chapiteau à base de solos et de riffs acoustiques plutôt bien foutus. On regarde un peu par curiosité avant de revenir sur la grande scène pour voir les vétérans du jour : THE SISTERS OF MERCY. Un peu improbable de les retrouver dans cette programmation ultra éclectique et pour ce qui est aussi leur unique concert français de l'année. La goth-dark wave attire son lot de fans (ok les plus âgés il faut bien le dire !). Plus de 40 ans de carrière, il ne reste plus que le chanteur originel, mais les Britanniques tiennent le coup et le set d'une heure durant lequel sera jouée plus d'une quinzaine de titres, se laisse regarder avec plaisir. Difficile d'accepter que la batterie soit remplacée par deux ordinateurs... Mais c'est le style qui veut ça ! 

The Sisters Of Mercy


20h50, on enchaîne avec un petit peu de prog-stoner sous le chapiteau où il fait bien chaud pour apprécier KING BUFFALO. Le trio américain balance du gros son bien lourd et gras, faisant remuer correctement les nuques. Beaucoup plus agréable en live que sur disque où il me manque quelque chose pour vraiment adhérer. 

Il est l'heure de faire une pause bien méritée et de manger un bout parmi les nombreuses propositions de restaurations (de la tarte flambée locale, en passant par le plat africain, le végétarien ou le classique burger-frites). En revanche pour les prix, on sent que c'est la crise, parce que ça a méchamment augmenter, mais ça c'est partout désormais... 

C'est POWERWOLF qui attirera le plus de monde ce soir ! Les heavy-metalleux allemands ont apporté leur décor avec eux, mais rien n'y fait, impossible d'accrocher musicalement. C'est un peu comme si les Cranberries faisaient du Iron Maiden. Et en plus, à cause de la canicule, et de la scène un peu trop petite, nous n'avons pas eu droit aux effets pyrotechniques, qui sont une des animations phare du groupe (avec les danses improbables du claviériste). 

Powerwolf

22h30, découverte du jour avec le prog-rock canadien d'ALEX HENRY FOSTER, qui est en parallèle le chanteur de Your Favorite Enemies ! Un set non-conventionnel dans la pénombre avec plein d'instruments, même de la flûte, pour un rendu assez hypnotisant. De là à écouter ça dans la voiture, peut-être pas, mais en live, c'était bien.

WARDRUNA, tête d'affiche du jour, clôture cette journée du dimanche. Même si beaucoup ont quitté les lieux après Powerwolf, les fans de musique néofolk ambient sont présents, écoutent religieusement et applaudissent allégrement le groupe norvégien et son charismatique chanteur. Réservé à un public d'avertis cependant. On regarde de loin tout en refaisant le monde avec les copains. Il est presque 1h du matin quand nous quittons les lieux, le lendemain sera un tout autre jour... 

Bravo au passage à un des stands de restauration qui offrait les restes de ses knackis frits aux festivaliers au lieu de jeter son stock à la poubelle. C'était pas la meilleure idée de manger ça à cette heure là mais il fallait saluer l'initiative !

Wardruna
LUNDI 25 JUILLET

Il fallait se lever tôt puisque les concerts débutaient à midi sous le chapiteau. On ratera (les inconnus – désolé) EAST SOUNDS FAMILY et M.O.K.O., pour commencer pile dès notre arrivée avec LES SHERIFF! Le groupe punk de Montpellier (ressuscité il y a quelques années) est toujours en place et continue de jouer sa musique partout où il le peut. Véritable référence punk des années 90, les mecs ont de l'énergie à revendre et jouent aussi bien des classiques comme des titres du récent Grand Bombardement Tardif (2021), leur premier album en 23 ans ! Manquait quand même quelques hits connus tels que "Pendez-les haut et court" ou "Pour le meilleur et pour le pire". 

Les Shériff !


On passe au travers de LA SOLUTION (désolé), il y a un vent ultra chaud sur le site, ça cogne encore bien, et les passages aux ravitaillements se font de plus en plus nombreux. Les festivaliers sont contents de pouvoir se rafraichir sous le brumisateur géant positionné non loin d'un des bars du festival, où se situe aussi une zone où on peut se servir gratuitement en eau potable. On remarque que le site est beaucoup plus remplit que la veille, pourtant nous sommes lundi, non férié en plus, à en croire que le metal attire moins que le punk ?

TAGADA JONES est sur la grande scène (groupe que j'ai dû voir 15 fois...), ça joue bien mais bon, rien de fou, même si le public est chaud et que ça slamme à tout va, la preuve en photo ici-bas... On entend au loin sous le chapiteau le punk régional à l'ancienne de LA CONSIGNE et les paroles engagées, en français, de sa chanteuse. 

Tagada Jones
Les anciens de THE TOY DOLLS sont encore en vie, toujours avec leurs lunettes et leurs cheveux colorés. On apprendra plus tard que le set fût écourté car un des musiciens ne se sentait pas bien et a préféré stopper le show. Quand il fait 35° et qu'on a 60 ans, jouer 1h en plein soleil peut s'avérer dangereux...

The Toy Dolls


Pas vraiment attiré par le trio punk britannique, on se donne tous rendez-vous avec les copains pour supporter le groupe local PUNKY TUNES. Nouveau venu sur la scène punk alsacienne, les cinq balanceront quasiment une heure de reprises punk hardcore ! Des Bouncing Souls et The Offspring à Sum41 en passant par la nouvelle génération comme Turnstile, une ambiance bon enfant se fait sentir, il n'y a qu'à voir les sourires sur les visages pour comprendre que les gens sont heureux d'entendre notamment des classiques de leur jeunesse. On aura même droit à un circle-pit sur le traditonnel « Young 'Til I Die » de 7 Seconds ! 

Punky Tunes

Pas de répit, direct après ce sympathique moment, direction la grande scène pour voir le groupe que j'attends le plus ce weekend : DANKO JONES. C'est toujours super cool de revoir le trio rock infernal en live et on sent que lui aussi est content de remonter sur scène après deux ans de pause forcée. C'est bien simple, ce mec est une machine à tubes. Tous les refrains qu'il a pondu sont imparables et restent en tête facilement. Là aussi ça sera une heure à remuer la tête en chantant fort les paroles de "First Date", "I'm In A Band" ou encore "My Little RNR". On aurait pu continuer à écouter ça pendant longtemps et un petit "Sticky Situation" ou un "Forget My Name" n'auraient pas été de trop. Un super moment made in Canada !

Danko Jones

Alors que les folk-punks anglais de FEROCIOUS DOG s'emparent du chapiteau, il est temps de reposer un peu nos oreilles en attendant la suite. Il sera agréable de s'assoir en zone restauration et de goûter un autre plat tout en discutant avec plein d'autres amis pas vus depuis si longtemps.

Il est à 20h50, place à ALESTORM sur la grande scène et leur désormais légendaire coin-coin géant comme décor. Bon je vais être clair, je n'aime pas du tout ce groupe... Donc ça tombe plutôt bien qu'un autre concert démarre au moment sous le chapiteau.

Alestorm
C'est THE MOORINGS qui enchaîne et on peut dire que s'il y a du monde pour Alestorm, il y en aussi pas mal jusqu'à en dehors de la tente pour les celtic-folk-punkers. Seul bémol, quand deux groupes jouent sur la même plage horaire, le son d'une scène vient polluer l'autre quand la musique s'arrête. Mais ça n'empêche à rien de faire la fête et les chansons à boire des Alsaciens font mouche, le public danse et chante, ravi de la prestation donnée ce soir. 

The Moorings

La fin de soirée se fera au son des DROPKICK MURPHYS, tête d'affiche de cette soirée axée punk, alors que sous le chapiteau les Australiens de CLOWNS (signés sur le label de Fat Wreck Cords de Fat Mike de NOFX, rien que ça) terminent de convaincre les plus courageux. Deux groupes qu'on entendra de loin car occupés à encore refaire le monde avec les copains.

Bilan de cette nouvelle édition du Rock Your Brain Fest. Un retour plutôt gagnant sur l'ensemble de la semaine, même si il est vrai que les deux soirées rock ont fait déplacer moins de gens que les trois soirées electro-hippie (10 000 de moyenne contre 5000), mais il faut souligner la prise de risque au niveau de l'affiche qui se voulait ouverte et variée, peut-être un peu trop, notamment le dimanche. Le site version 2023 a été revu et optimisé, trouvant probablement sa meilleure configuration à ce jour (attention cependant au conflit de sons lorsque les deux scènes jouent en même temps). On est sur une manifestation à taille humaine qui mise sur le côté qualitatif, un site propre et accueillant, engagé comme toujours (importance sur le tri des déchets, un village éco-responsable...), un poil avant-gardiste comme avec ses urinoirs féminins, sans oublier le festival OFF avec des groupes locaux pour animer le camping. Tout est fait pour que le festivalier s'y retrouve et passe un bon moment. On attend avec impatience l'édition automnale (avec les Burning Heads, les Svinkels ou encore les Ludwig Von 88...) et on espère que tout ça sera reconduit pour une nouvelle belle édition à l'été 2023.

Et puis vous avez déjà été à un festival survolé pendant les concerts par des cigognes ? Il n'y a qu'à Sélestat qu'on peut vivre ça et ça, c'est vraiment classe ! 

Sébastian D. 

Merci à l'association Zone51 pour les invitations.  

Photos : page Facebook du festival par Nicolas Keshvary, Christian Ballard, Gaël & Yeliz, Lyriopee, Alisucre, Tibi, Fredo pour le projet #résigraphies


 

jeudi 4 août 2022

Chronique Express : State Champs - Kings Of The New Age

Si la pochette d'une galette est parfois représentative du son d'un album, alors ce Kings Of The New Age de State Champs sera pop-punk ou ne sera pas ! Bon, on triche un peu car les natifs d'Albany dans l'état de New York n'en sont pas à leur coup d'essai, puisqu'il s'agit ici de leur quatrième long jeu, le premier depuis 4 ans. Pas besoin de chercher bien loin car si on se fit aux singles postés en amont de la sortie, la bande menée de voix de maître par Derek DiScanio ne change pas son fusil d'épaule et reste fidèle au son qui leur a donné le succès. Un peu à la manière d'un New Found Glory ou d'un All Time Low, State Champs fait ce qu'il sait faire de mieux sans heurter la sensibilité de sa fan base. On n'a pas tous besoin d'être Radiohead ou Brand New ceci dit, à chercher à dépasser les limites de sa musique, en sortant des sentiers battus. ce n'est clairement pas le cas ici. Les fans ne seront pas dépaysé d'une note, tant ces 11 morceaux sont au poil de cul près ce qu'on est en droit d'attendre d'eux. Alors, comment savoir si c'est mieux ou pas ? C'est simple. Au bout de ces 35 minutes, l'auditeur aura une envie irrépressible de se repasser ce disque, car ce qu'il n'a pas (du tout !) en originalité, il l'a en efficacité puissance 10. Les p'tits gars savent composer des chansons catchy dans leur sommeil et ont affûté leur songwriting avec l'expérience et les années passées sur la route. Il suffit du riff d'intro de "Here To Stay" et des premières notes chantées par Derek (dont la voix est aisément identifiable) pour savoir où on met les godasses. Et ce refrain est irrésistible, point barre. On augmente les BPM sur "Eventually" (avec une belle émotion sur le refrain) ou encore "Outta My Head" avant d'envoyer LES tubes du disque : "Everybody But You" (avec Ben Barlow de Neck Deep) et "Just Sound". Les refrains de ces morceaux vous feront décoller de vos chaises sans aucun mal. On passe aussi par la case rock alternatif avec "Like That" où le featuring de Mitchell Tenpenny, un artiste country-pop, fonctionne bien. Mais le plus beau morceau de cet album est "Half Empty", car il montre une jolie évolution dans leur son (on n'est pas si éloigné d'un Yellowcard d'ailleurs) et que le featuring de Chrissy Contanza d'Against The Current amène le morceau vers des sommets d'émotion. Dans le genre, State Champs est dans le haut du panier, et ce quatrième album ne fera pas exception. On pourra reprocher au groupe de stagner un peu, de ne pas aller plus loin, mais ça fonctionne toujours aussi bien. En tout cas, si vous êtes fan de pop-punk ensoleillé, Kings Of The New Age est un très bon choix. 

3,5/5
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Guillaume W.  

mercredi 3 août 2022

Chronique Express : Anberlin - Silverline

8 ans ! Cela fait 8 ans qu'Anberlin a sorti Lowborn, dernier album d'un groupe majeur de la scène emo. Dire que ce nouvel EP, Silverline, était attendu, est donc un doux euphémisme. Cinq nouveaux titres pour 22 minutes, c'est peu, mais on ne va pas bouder notre plaisir. Et c'est peu dire que malgré le temps passé, la bande de Seattle n'a rien perdu de sa superbe. Sur ces cinq nouveaux morceaux, on a tous les ingrédients qui font un disque d'Anberlin. "Two Graves" est un des titres les plus agressifs de leur discographie, avec un superbe refrain où la voix de Christian fait encore une fois des merveilles, et surtout est reconnaissable entre mille. "Nothing Lost" est plus mid-tempo, mais fait encore une fois la part belle aux guitares rageuses (juste après le refrain et sur le pont ultra atmosphérique) et aux mélodies imparables. Mais Anberlin ne serait pas Anberlin sans des passages plus électro (qu'on retrouvait à foison sur Lowborn) comme sur "Body Language", et la présence de claviers ne fait que renforcer l'émotion ("Asking"). Et comme d'habitude, on sait garder le meilleur pour la fin avec cette merveille qu'est "Circles", fait de passages new wave sur l'intro avant d'envoyer le bois sur la deuxième partie, et bordel si ce refrain ne vous fait pas dresser les poils du cul, c'est à n'y rien comprendre ! Avec Silverline, on sent que la bande a voulu passer une grosse partie de sa discographie en revue, pour notre plus grand plaisir. Anberlin a toujours su évoluer avec classe et ce nouvel EP ne fait pas exception. Un retour qu'on espère pérenne, avec un album à la clé. A ne manquer sous aucun prétexte !

4/5
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Guillaume W. 

mardi 2 août 2022

INTERVIEW : Glassbone


Après les avoir découverts sur la tournée européenne de LANDMVRKS avec Ten56. et Resolve, Alternativ News s’est intéressé de près au groupe Glassbone. Glassbone est une jeune formation parisienne dont certains membres peuvent vous sembler familiers. C’est d’ailleurs l’un de ces visages familiers, en la personne de leur chanteur Hadrien, qu’AN a rencontré pour évoquer le riche passé, le présent assez chargé et l’avenir prometteur du groupe.

AN : Glassbone est un groupe qui a été annoncé, présenté en 2021. Peux-tu nous le présenter ?

Hadrien (chant) : Glassbone est né de notre ancien groupe Wolfpack qu’on a décidé d’arrêter par lassitude car on sentait qu’on avait besoin de neuf et d’un nouveau projet. Avec Wolfpack, on était très assimilé à la scène beatdown dont on n’arrivait pas à sortir malgré de nombreux essais en essayant d’injecter d’autres influences à nos morceaux. On s’est alors dit qu’il fallait toute une DA (ndlr : direction artistique), un nouveau nom pour que les gens passent à autre chose, ce qui est compréhensible finalement. On a donc totalement refondé le projet en changeant de nom pour Glassbone et en mettant en place une nouvelle DA. Au début, nous avions exactement le même line-up, mais en cours de route, Kevin notre ancien bassiste a arrêté parce qu’il voulait faire autre chose.

AN : Quelle est l’idée avec ce nouveau projet, vers où souhaitez-vous aller ?

H : Musicalement, on ne va pas trop mettre de cases car ça nous a porté préjudice à trop en surjouer par le passé, mais c’est une approche un peu plus moderne de ce qu’on faisait avant. En fait on se fait plaisir. Il y a beaucoup de nostalgie dans Glassbone car on se rapproche de ce qui peut être néo-metal, en tout cas comme nous on l’a entendu. On a essayé de mettre toutes les influences qu’on kiffé, et je me rends compte que c’est principalement ce qu’on a aimé par le passé notamment à notre période adolescente. Il y a de plus maintenant une vibe où on peut se repermettre d’aimer le néo qui est de nouveau à la mode grâce à des groupes comme Turnstile ou Code Orange qui ont remis le truc au goût du jour. Tous ces groupes-là nous ont donné envie de faire ce style de musique en le modernisant bien sûr avec nos autres influences. Donc ouais, musicalement ça peut aller un peu dans ce sens-là, avec parfois des touches de hardcore, parfois d’indus… C’est vraiment tout ce qu’on aime en fait. En terme de metal on a vraiment un éventail assez large d’écoute et on essaye d’y mettre à peu près tout sans que ce soit brouillon, ce qui est dur. On met du temps à composer pour que ce ne soit pas indigeste et car on ne veut pas se répéter.

AN : À ce propos, est-ce que ce nouveau groupe a fait évoluer vos manières de travailler, de composer, voire de manager le groupe ?

H : Alors oui, c’était aussi ça. En gardant notre ancien nom, on s’enlisait dans un truc où on avançait quand même mais plus comme on le souhaitait. On voulait changer la dynamique, devenir plus pros, plus sérieux. Changer de nom impliquait un nouveau démarrage et de s’imposer une certaine rigueur. Au niveau de la compo, c’était en fait déjà amorcé avec le dernier EP de Wolfpack qui est assez proche de ce que l’on fait aujourd’hui. Pour tout te dire, on voulait déjà changer de nom à l’époque parce qu’on avait déjà une nouvelle DA et de nouvelles envies mais il y avait des contrats qui faisaient qu’on ne pouvait pas trop, avec le label par exemple. On est donc resté sous le nom de Wolfpack, mais très franchement, j’invite les gens à écouter ce dernier EP de Wolfpack, ça fera comme 5 morceaux supplémentaires de Glassbone.

AN : J’ai encore une question qui touche à Wolfpack ensuite on n’en parlera plus. Avec le fait d’être un nouveau groupe, ne craignez-vous pas de reconquérir le public qui était déjà acquis à votre cause ?

H : En fait, on s’en fout un peu (rires). Qui veut nous suivre, nous suit. Je pense que la plupart des gens qui écoutaient Wolfpack sont au courant que maintenant c’est Glassbone. Ceux qui adhèrent suivront, ceux qui n’adhèrent pas, ce n’est pas grave : si tu n’aimes pas, tu n’écoutes pas c’est tout. Ça nous permet en revanche de nous challenger à conquérir un nouveau public qu’on n’arrivait pas à avoir avec Wolfpack. On a commencé à en voir les fruits quand on a fait la live session avec LANDMVRKS où beaucoup de gens ne nous ont pas reconnus. En plus, la tournée avec LANDMVRKS avait d’abord été annoncée au nom de Wolfpack puis on est devenu Glassbone. Quand les gens ont vu Glassbone, beaucoup ont dit que c’est mieux que Wolfpack, alors même qu’on jouait des morceaux du dernier EP de Wolfpack qu’on n’avait jamais eu l’occasion de jouer sur scène à cause du Covid. Comme quoi y avait un problème d’image qui ne passait pas, qu’on était assimilé à un certain milieu. Donc oui, les gens qui nous écoutaient avant, s’ils adhèrent au projet ils nous suivront, tant pis si on en perd en route et on espère en gagner d’autres.

AN : Il y a donc eu, tu nous en parlais, cette live session avec LANDMVRKS et la tournée, toujours avec eux, où on s’est rencontré. Lors de cette tournée, vous avez joué les morceaux de votre premier EP Spirals qui est sorti le 13 mai dernier.

H : On a mis un peu de temps à le composer, on avait beaucoup de démos. Au début ça devait être un album, puis un 7 titres, enfin on a réduit à 5 parce qu’on veut éviter de donner trop de trucs et de se répéter trop vite. Parfois, il vaut mieux laisser les choses mûrir. On a zappé tous les morceaux pour lesquels nous n’étions pas trop sûrs. On a aussi mis du temps à sortir l’EP à cause du Covid : le dernier EP de Wolfpack, et promis après on arrête d’en parler, est sorti le jour du premier confinement, ce qui nous a mis un sacré coup au moral. On devait également partir en tournée avec Get The Shot et Brutality Will Prevail le jour même, ça a été évidemment annulé, donc tout ça nous a un peu déprimé. On ne voulait surtout pas revivre ça, donc on a attendu encore et encore le bon moment pour pouvoir sortir cet EP et être sûr de tourner par la suite, c’était notre grosse angoisse. On a donc vraiment attendu le dernier moment pour le sortir, même l’artwork on l’a finalisé au milieu de la tournée avec Aurélien Mariat avec qui on bosse sur nos clips et toute notre DA. Le jour de la release de l’EP on partagera le clip de "Kingdom" qui est toute la tournée filmée selon notre angle à nous, ce n’est pas un live report, plutôt notre vision du truc, mais tout ça a été fait très rapidement. C’est le cas aussi de notre clip "Spirals" qui est le premier single de l’EP. Le clip a été tourné un mois à peine avant la tournée. On l’a fait comme ça car on avait peur que la tournée s’annule au dernier moment et car on ne voulait pas sortir quelque chose dans le vent. Ça a été assez spécial en terme de timing, on a vraiment beaucoup attendu et tout à coup il fallait rusher. On a fait beaucoup en tournée car il y avait énormément de choses à lancer donc on espère que tout va bien se passer et que pour les prochaines sorties on aura des plannings plus logiques.

 

AN : C’est un disque qui dégage beaucoup de puissance et de rage, avec des moments un peu plus mélodiques. Dans le morceau "And The Fly Goes Where the Tears Drop", il y a des passages qui font penser au S/T de Slipknot, l’instru est plus calme, moins chargée, plus posée… Tu me disais que c’était un melting pot de tout ce que vous aimiez.

H : Ouais, en fait quand on réfléchit à tout ce qu’on aime, là où on tombe tous d’accord, c’est sur nos classiques de quand on était jeune : Slipknot, Deftones, Korn, des trucs comme ça qu’on aime tous de A à Z. On a à peu près tous eu la même jeunesse à écouter ces mêmes trucs. Ces groupes-là nous faisaient tous rêver : on connaissait le nom des mecs… Il y avait ce truc un peu kids, de fans qui en fait était hyper cool. Ce qui nous a beaucoup relancé là-dedans, c’est Code Orange. Ils nous ont matrixés parce qu’au-delà d’être très forts, ils ont remis tout ce truc d’être parfois à la limite du cheap. Et donc tu kiffes parce que c’est quand même bien fait et t’as ce truc de personnage. Ça m’a fait penser « enfin un groupe qui me fait kiffer comme quand j’étais ado ». On était un peu dans cet état d’esprit de travailler un peu du perso, de l’esthétique et tout ce genre de choses sans que ce soit guignolesque, sans que ce soit trop poussé non plus, on n’y est pas encore car il faut du temps, mais on y travaille. Et donc tout cet univers-là est mélangé avec toute la tendance actuelle de Code Orange, de Vein.fm, toute la scène un peu hardcore/néo-metal où tu as aussi Vamachara ou Alpha Wolf qui sont super violents mais avec en même temps ce côté néo. On fait en sorte de s’inscrire dans cette vague en ayant notre propre truc. Comme tu le disais sur le morceau "And The Fly Goes…" on a tenté des choses. Ce morceau est notre plus grosse prise de risque, c’est également la seule fois où on m’entend au clair. On avait envie d’autre chose et on pense que dans les bons albums il y a toujours un morceau un peu slow mais qu’on adore quand même. On a donc voulu s’y essayer. C’est quelque chose qu’on a bien aimé faire même si je pense que c’est la chanson qui a été la plus dure à réaliser, alors que techniquement c’est paradoxalement la moins dure. C’est tellement loin de ce qu’on avait l’habitude de proposer que nous devions réussir à se péter les barrières qu’on a en tête pour le réussir et ça, ça coûte cher on dira, ça met du temps, c’est assez éprouvant. Avec Flo qui nous enregistre (ndlr : le chanteur de LANDMVRKS) on a passé une heure sur les 5 phrases en clair, parce que ça me saoulait du fait que je n’arrivais pas à y donner de l’intention car ce n’est pas là où j’étais à l’aise. Ça nous a permis de réaliser qu’on a fait beaucoup ce qu’on savait faire avec Wolfpack mais que ce qu’on aime vraiment c’est quand des groupes tentent des choses. J’adore les groupes qui, quitte à se planter, posent un truc auquel tu ne t’attends pas, c’est un ovni, c’est spé, parfois ça marche, parfois moins, mais où tu trouves une démarche musicale. Ressortir toujours la même musique, même si y en a qui le font super bien, ce n’est pas notre volonté.

AN : Le son est dur, les thèmes abordés aussi. "Spirals", le premier morceau de votre EP parle de quelqu’un qui ne se supporte plus.

H : Ouais, mais tout l’EP a, je n’irai pas jusqu’à un concept car ce serait vite dit mais une thématique globale sur l’autodestruction et sa spirale ainsi que les relations toxiques. Justement, ce dernier morceau "And the Fly Goes Where the Tears Drop" parle complètement de ça. Ça a un rapport relationnel complet avec une autre personne qui te créée des angoisses et qui créé cette autodestruction. Un peu pareil sur "Kingdom" : on créé un truc de A à Z et au final on le regarde brûler parce que c’est plus simple, parce que ce serait trop dur de tenir le coup. Donc ouais, pour le coup, ce ne sont pas des thèmes hyper légers, mais il y a toujours eu ce rapport-là. C’est la première fois que j’écris tout. Avant j’écrivais avec mon meilleur pote qui est chanteur dans Sorcerer, on écrivait toujours à deux parce que j’avais besoin de me mettre en confiance, je ne me sentais pas d’écrire seul. Du coup, c’est le premier EP où il m’a laissé me démerder volontairement, ce qui finalement donne un truc encore plus personnel. Même si on a déjà joué les morceaux sur scène, il y a un rapport assez spécial car ce ne sont pas des paroles joyeuses, c’est compliqué d’avoir de l’interaction directe avec le public sur ces paroles-là, à faire chanter c’est un peu bizarre mais ouais ça donne un truc au final assez personnel, tant et si bien qu’il y a des private. Je suis le seul à savoir exactement ce que veut dire la phrase « and the fly goes where the tears drop ». C’est un truc vraiment précis qui existe, qui a existé, mais personne ne saura jamais cette réf-là. Ça a été un EP assez dur car on était dans un mood assez compliqué, en tout cas moi, que ce soit avec la pandémie que pour plein de trucs persos. On a pris toute la frustration du truc et là de le sortir quand les choses vont un peu mieux c’est comme si on lâchait un peu sur cette partie-là. 

AN : Il s’agit de votre premier EP, mais pas de vos premiers morceaux. Il y a à peu près un an, vous avez sorti "Deep Blue Sea", avec un clip qui m’a bien fait marrer en me donnant l’impression de voir un moshpit dans l’océan, et "Misery". Pourquoi ne pas les avoir inclus dans l’EP ?

H : En fait, ces morceaux ont été composés vachement avant Glassbone, c’était Wolfpack à l’époque. Après la pandémie, on ne voulait pas dropper des morceaux pour rien, sauf qu’il y avait des échéances, des annonces de festivals type Hellfest et on s’est dit qu’il faut quand même qu’on ait du contenu, que l’on devait justifier notre venue à certains fests car pour plein de gens, Glassbone c’est juste un nom. "Deep Blue Sea" ce n’est pas un vrai clip car il y avait la pandémie et aucun moyen de clipper. Pour tout te dire, on l’a écrit à la période des évènements impliquant George Floyd, il parle globalement de violences policières. Nous ne voulions pas faire un truc pompeux, comme plein de groupes le font à mettre des images d’archives, de bastons, d’abus de flics… Du coup on a fait une référence à un de nos films de requins préférés qui est Peur Bleue pour le côté « deep blue ». Notre morceau n’est pas moralisateur, c’est juste un avis pour montrer la tension qu’on pouvait ressentir, c’est vrai qu’il est très nerveux aussi. On voulait créer un truc hyper tendu reflétant l’ambiance qu’on a connue en ville à ce moment-là. 

"Misery" était un peu plus ouvert. C’est notre premier essai du côté néo assumé. On l’a clippé avec Aurélien Mariat et Pavel Trebukhin, un gars des pays de l’est qui fait tous les clips de LANDMVRKS. On a fait ce clip-là pour annoncer la tournée, mais aussi malheureusement car il nous fallait des singles à sortir pour exister aux yeux des gens. On aurait aimé le faire autrement, mais il fallait qu’on s’adapte à la situation comme tous les groupes. Peut-être que dans un autre monde ce serait sorti sur 7 titres et il y aurait eu ces titres dans l’EP.

AN : Tous ces morceaux sont produits par Florent de LANDMVRKS.

H : Ouais. Il faut savoir que LANDMVRKS a une grosse part de responsabilités dans Glassbone. Ouvertement, on ne se sentait pas plus soutenu sur certains points, on ne s’entendait plus trop avec plein de gens avec qui on bossait, moi je n’étais pas au top musicalement parlant. C’est vraiment Flo et globalement LANDMVRKS qui nous ont donné cette envie. Il n’était au départ pas question de tournée ou quoi, on venait juste comme n’importe quel groupe enregistrer chez eux. Mais on a un guitariste qui est à Marseille maintenant, qui est devenu très proche d’eux. On a découvert des mecs qui nous poussaient pour de vrai et qui croyaient au truc. Ce n’est pas qu’ils ne nous ont pas laissé le choix, mais ils nous ont poussé à aller de l’avant, à vraiment bosser le truc que ce soit pour la scène ou pour tout autre sujet : j’ai repensé mon chant par rapport à Wolfpack avec eux. Pour moi, Flo c’est un peu comme un sixième membre, il a un regard sur tout ce qui concerne le point de vue musical. C’est lui qui nous enregistre mais il nous dit aussi quand c’est claqué. Il nous a apporté un autre regard sur la musique car on était, et je m’en rends compte encore plus maintenant surtout après avoir rencontré plein de gens en tournée de plein de styles différents, dans un microcosme, dans un délire tout seul en fait, qui était très propre à ce milieu-là. Ils nous on permis de voir la musique d’une autre manière. Donc ouais maintenant c’est un peu notre QG, dès qu’on doit enregistrer un truc on va chez lui, même si ça me fait chier d’aller à Marseille (rires). On y est comme à la maison, on sait qu’il va faire sonner les trucs comme il faut, on sait qu’il comprend le projet et qu’il n’y aura pas à expliquer 1000 ans ce qu’on veut. Ce sont des mecs qui ont les mêmes réfs que nous les ¾ du temps, même si on ne fait pas la même musique dans l’absolu. On passe de bons moments, et on reçoit de bons conseils. On est très content d’avoir Flo.

AN : Lorsque je l’ai interviewé, Kevin (le batteur de LANDMVRKS, ndlr) me disait que c’était eux qui vous ont choisis pour le tour.

H : Complètement, nous ne sommes pas chez un tourneur, nous il n’y a pas d’histoire de contrats ou je ne sais pas quoi. C’était en pleine pandémie, LANDMVRKS était en train de sortir leur album et je parlais avec Nico (guitariste de Landmvrks, ndlr) et un moment je lui dis sur le ton de la vanne « on a qu’à tourner ensemble ». Enfin, c’était une vanne sans en être une, je veux bien moi, mais je ne le disais pas totalement sérieusement. En revanche, lui m’a répondu qu’il est grave chaud. De là il y a eu une vraie tournée, puis ils ont pris Resolve avec qui ils sont super potes aussi. C’était super plaisant car on s’est retrouvé dans un groupe de travail : lors de la live-session dans le hangar de Resolve où on les a vraiment rencontrés, en voyant tout ce qui s’était fait car c’est en grosse partie Aurél qui réalisé la live-session, on s’est dit qu’on voulait bosser avec eux. On allait ensuite du coup chez Resolve réaliser tous nos clips avec les frères Mariat. Cette tournée a renforcé cercle de travail : on allait faire de la musique chez Landmvrks, on allait faire de la vidéo chez Resolve et en plus on tournait ensemble. Ça a fait une sorte de circuit fermé qui était hyper appréciable où on se connaissait tous et où on soutenait tous tous les projets. Ensuite Ten56. s’est rajouté au line-up. Ce sont des gars qu’on croise souvent à Paris, ils connaissent LANDMVRKS depuis longtemps. Ça a vraiment donné un truc qui a, déjà donné une super ambiance en tournée et permis d’améliorer notre qualité de travail. Pour nous c’est une équipe fixe en fait. Sans tout ça, il n’y aurait peut-être pas eu de Glassbone.

 

AN : Donc nous on s’est croisé sur cette tournée, trois soirs de suite, où j’ai eu le ressenti depuis la fosse que le public était au fil des dates de plus en plus réceptif à vos prestations sur scène, à vos morceaux. Depuis la scène, vous partagez ce constat ?

H : Ça fluctue vraiment. Il faut savoir que le premier show de la tournée était le tout premier concert de Glassbone, donc il y a une certaine pression. En plus on découvrait un tout nouveau système de son avec lesquels on travaille aujourd’hui, c’était la première fois qu’on montait sur scène avec ces configs. Forcément on a pris de l’aisance sur scène au fur et à mesure et je pense que j’ai appris à parler au public, enfin à reparler au public. Le public de LANDMVRKS n’est pas celui qu’on connaissait, ce n’est pas la même approche. De base, on a une approche très nerveuse venant des concerts de hardcore, alors que là c’est un public qui est complètement autre chose. On a découvert qu’on pouvait le faire applaudir, le faire jumper… Ce n’est pas du tout notre créneau de base car on ne connaissait pas cette manière d’interagir, mais à force de voir les autres groupes, de discuter un peu avec les gens, on s’est un peu lâché et ça s’est senti. Cela étant, je pense que ça dépend, on a pu finir sur des dates toutes pourries où personne ne nous calcule et puis voilà. On a senti qu’il y avait des moods hyper différents.

AN : Et il y avait cette date à Munich où ça avait l’air d’être la folie.

H : Ouais c’était dingue, mais déjà la salle était dingue. Je pense que tout le monde l’a vécu fois 1000. Pour nous ça s’est super bien passé, mais on ne va pas se mentir : on a eu une chance incroyable d’être sur cette tournée, où tous les soirs les gens venaient tôt donc on jouait devant 80% du public. On sort d’une pandémie donc les gens veulent voir des concerts peu importe qui c’est. C’est vrai que globalement les retours ont été assez positifs, pour avoir la chance de discuter un peu avec les gens à la fin des concerts, ils ne s’attendaient pas spécialement à ça car on a une musique qui est plus nerveuse que LANDMVRKS ou que Resolve qui joue après nous et qui est aussi très différent. Mais nous c’est vraiment ce qu’on voulait, à savoir trouver un autre public tout en restant qui on est. Arriver à ce que des personnes qui au premier abord ne seraient pas enclines à écouter ça chez elles aient kiffé leur moment, nous ça nous va. La tournée a très bien marché, LANDMVRKS nous a mis vraiment très bien.

AN : J’imagine que la suite maintenant est d’aller défendre ces morceaux devant un public qui les connait mieux.

H : Le lendemain de la release on joue au Baillarock Fest, ce sera notre première date française d’ailleurs. On verra comment c’est reçu, après on a le Hellfest où on ouvre la Warpzone le 19 juste avant LANDMVRKS donc on sera encore entre potes donc c’est très cool. On a le Ieper en Belgique, y a Vein le 30 juin au Trabendo, le 17 août à La Bellevilloise avec Malevolence et Deviant… Notre but est de tourner le plus possible pour défendre le truc. On va continuer à composer dans notre coin, mais on aimerait avoir la chance de continuer à tourner un peu avant de ressortir quelque chose, une autre tournée européenne, ou une petite tournée française ce serait pas mal aussi pour se faire connaître en France. On va voir ce qui tombe, on va chercher de notre côté aussi, mais le but est de jouer le plus possible dans de bonnes conditions et puis après on sortira peut-être autre chose.

AN : Et bien on vous le souhaite, et merci pour ton temps.

Axel G.



dimanche 31 juillet 2022

Chronique Express : Hazel English - Summer Nights EP

Hazel English est de retour ! Après 2 EPs magnifiques, indie-emo en diable, elle a surpris son monde avec Wake Up!, un premier long jeu dont le son et l'esthétique tellement '50s/60's avait surpris plus d'un fan. Plus difficile à appréhender, plus dansant et qui fonctionnait avec ses influences du moment. Du coup, on attendait de savoir où elle allait nous emmener cette fois. Avec Day Wave aux manettes et à la co-écriture de certains morceaux (en plus d'un featuring sur "All Dressed Up"), on était en droit d'attendre un retour au son indie qui l'a mise sur le devant de la scène. Et bien bingo ! Sur Summer Nights, c'est complètement le cas. Car oui, cette facette dreamy et atmosphérique fait ressortir le meilleur chez elle. Ces 5 titres, s'ils sont familiers, sont tous tellement forts et prenants, qu'on ne peut s'empêcher de l'écouter encore et encore. "Nine Stories" ouvre le bal, et il ne faut que quelques instants pour que la magie opère. Cette voix cotonneuse, ses guitares cristallines, cette section rythmique simple et efficace, et ce joli refrain tout en émotion. Les 4 titres restants sont du même acabit, toujours avec cette force du less is more : en faire énormément avec peu de choses. Sous cette simplicité apparente, se cachent des trésors d'émotion et de talent. Pas besoin d'en dire plus lorsque la musique se suffit à ce point à elle-même. Ces cinq nouvelles chansons sont calibrées juste ce qu'il faut et feraient tourner bien des têtes s'ils avaient le bonheur de passer en radio. Et dire que le nom de l'EP colle parfaitement à l'atmosphère qui traverse chaque morceau est un doux euphémisme. On a envie de se passer ce disque lors des soirées où le temps se rafraîchit pour laisser place à la nuit ou encore en conduisant les fenêtres grandes ouvertes. 16 toutes petites minutes, bien trop courtes, car on aurait aimé en avoir tellement plus, tant cet EP respire la classe. Vite la suite !

4/5
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Guillaume W. 

mardi 26 juillet 2022

Chronique Express : Chief State - Waiting For Your Colours

Après un EP très réussi sorti en 2020, les Canadiens de Chief State débarquent avec leur premier long jeu, Waiting For Your Colours. 10 morceaux pour 34 minutes et du pop-punk en veux tu en voilà. Pas de round d'observation ici, on démarre tambour battant avec "Continental Drift" et son p'tit riff malin, avant que le reste de la bande n'entre dans la danse. Un mid-tempo plaisant, un refrain catchy et une influence Neck Deep plus qu'évidente, mais absolument pas déplaisante. Ça démarre bien et on espère que le reste suivra. "Team Wiped" joue dans le même registre avec un riff d'intro un poil plus technique, un tempo qui s'emballe sur un refrain plus catchy que catchy. Sans surprise certes, mais on bouge la tête et les morceaux se retiennent instantanément : "Out For Me" ou encore "Drown" font ressortir un belle émotion sur les refrains, tandis que "Burning Out"  et "Losing Sleep" se la jouent plus agressives dans les guitares et les lignes de chant. Mais un album de pop-punk ne serait pas pop-punk sans les mid-tempo tire-larmes. Chief State n'a évidemment pas oublié d'en placer quelques-uns par ci, par là avec "22 Reasons" et "Kill The Love, Haunts The Free" (le morceau le plus atmosphérique de la galette qui se fond dans "Sakura", qui termine le travail en envoyant du bois). Au bout de ces 34 minutes, est-ce qu'on a envie de se remettre Waiting For Your Colours ? La réponse est un OUI définitif. est-ce que Chief State a révolutionné le genre avec ce disque ? La réponse est NON. On sent les influences encore un peu trop présentes, mais le disque réunit tous les ingrédients que l'on recherche dans un album du style : des mélodies que l'on retient sans efforts, des lignes de chant au top (d'ailleurs cette voix fait tellement penser à Dan de Story Of The Year par moments, s'en est même troublant) et des morceaux hyper accrocheurs. Le contrat est rempli, et même si on sent que la bande n'a pas encore atteint son plein potentiel, on a déjà hâte d'en entendre plus. Et surtout, avec ce type d'album, on espère presque que l'été durera toujours !

3,5/5
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Guillaume W. 

lundi 27 juin 2022

Chronique Express : Stand Atlantic - F.E.A.R.

Transformation complète. C'est un peu comme cela qu'on pourrait parler du troisième album des Australiens de Stand Atlantic. Car si Skinny Dipping proposait un pop-punk catchy à souhait, on avait l'impression d'entendre un disque déjà entendu des milliers de fois, ni plus, ni moins. Pink Elephant, en 2020, était un album fun et toujours aussi accrocheur qui apportait de nouveaux éléments, notamment électroniques. Et sur ce troisième effort, fraîchement sorti, la bande à Bonnie (sans Clyde) arrive à maturité, tout en restant frais comme la rosée du matin : pas de besoin de tortiller du cul pour chier droit, F.E.A.R va à l'essentiel, en balançant 14 morceaux pour 37 minutes top chrono. Tout démarre avec "Doomsday" et son refrain du feu de dieu et ce n'est pas le seul tube que vous entendrez : "Pity Party" suit la même route avec le même succès tandis que "Van Gogh" ou encore "Nails From My Back" et "Don't Talk (To Me)" très Paramore dans l'esprit, reviennent à un pop-punk direct et sans fioritures avec la superbe voix de Bonnie, qui surfe sur les mélodies imparables de son compères. Ce troisième album, propre et léché, est sûrement l'un des albums les plus accrocheurs que vous entendrez cette année, entre pop-punk 2.0 rempli d'éléments électro et de grosses guitares ("Hair Out", "Death Wish" avec en gues.t Nothing, Nowhere.), même heavy par moments (les riff limite neo-metal du refrain de "Switchblade", "Cabin Fever" et son pont hurlé, le punk rock de "Molotov" proche de Boston Manor), mais aussi des titres où l'émotion est l'atout maître ("XO" et son refrain mid-tempo très bien foutu proche de Silverstein d'ailleurs). F.E.A.R. est un album un peu schizophrène à l'image de sa pochette patchwork, mais qui propose un pop-punk moderne et hyper accrocheur, où la voix de la chanteuse sert de fil conducteur. Et il faut laisser une chose à Stand Atlantic, c'est qu'ils n'ont pas peur de tenter des choses et ces 14 nouveaux titres proposent une réelle avancée dans leur son, tout en restant familier malgré tout. Une vraie réussite, qui fourmille de petites idées qui donnent de la texture à chaque titre et qui n'hésite pas à monter dans les tours. A ne pas manquer pour les fans du genre. 

4/5
Recommandé si vous aimez : Paramore, PVRIS, Boston Manor

Guillaume W. 

dimanche 26 juin 2022

Chronique Express : Memphis May Fire - Remade In Misery

Septième album pour Memphis May Fire. Septième ! On pensait que depuis le temps, ils auraient fini par jeter l'éponge après leur 10 000 changements de line-up mais non. En 2009, le groupe avait pourtant tellement bien commencé avec l'excellent Sleepwalking, rempli jusqu'à la gueule de riffs southern à la Every Time I Die. Et patatra ! Le metalcore s'était emparé de leurs âmes, et ils ont continué leur petit bonhomme de chemin en allant chercher le succès là où il se trouvait. Ça a fonctionné pour eux, mais en sortant des albums de plus en plus dégueulasses, avec en point d'orgue l'ignoble The Light I Hold. La bande a Matty, a décidé près de quatre ans après, de se racheter une conduite en revenant à quelque chose de plus heavy. Avec 9 sur 11 balancés avant la sortie de Remade In Misery, on ne peut pas dire que l'effet de surprise soit complètement dingue. Surtout que chaque titre propose la même mis en scène pour les vidéoclips avec le groupe devant un ensemble de télévision. Alors oui, c'est plus heavy, y'a du breakdowns à gogo, y'a même des refrains catchy. Mais bordel de merde, qu'est ce qu'on s'emmerde avec eux ! Prenons "Blood & Water" : gros riff qui tâche, check. couplet hurlé, check. refrain chanté catchy, check, couplet, refrain, pont/break, refrain, check, check, check. Vous répétez ça 11x et vous avez ce nouvel album. Vous allez me dire : "Mais ils nous fait chier à critiquer tout le temps ce genre de groupes !" et vous aurez même sûrement raison. Mais sans déconner, quel intérêt de sortir un disque où TOUS les morceaux se ressemblent, avec les même riffs en plus lents ou plus rapides, sans apporter AUCUNE idée neuve en cours de route. Oui, les mecs maîtrisent leur sujet, mais encore heureux au bout de sept albums. Et puis, si on vous met ce disque après un autre du genre, impossible de faire la moindre différence, tant Memphis May Fire se noie dans la masse. "Bleed Me Dry" est catchy, "Somebody" ou encore Make Believe" ralentissent le tempo, mais n'oublient pas le break, "Death Inside" essaye le phrasé rap à la Stray From The Path sur le couplet, avant de revenir leur habituel refrain cheesy. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Remade In Misery est une sorte de Wage War du (très) pauvre,  plaira aux fans du genre, mais tout y est tellement téléphoné et sans inspiration (les paroles !), qu'une seule écoute devrait suffire à laisser tomber. NEXT ! 

2/5
Recommandé si vous aimez : Wage War, The Word Alive

Guillaume W. 

lundi 30 mai 2022

INTERVIEW : Resolve


Focus sur Resolve, formation metalcore lyonnaise, une des nombreuses nouvelles fiertés de la scène rock alternative française. En pleine tournée européenne en première partie de LANDMVRKS, Robin (basse) et Antonin (guitare) nous ont accordé un peu de leur temps histoire d'en savoir un peu plus sur eux !

AN : Salut les gars. Vous pouvez vous présenter et présenter votre groupe en quelques mots ? 

Robin (basse) : Vu que je suis le plus ancien autour de la table je vais y aller.

Antonin (guitare) : Bah ouais, vas-y !

R : Donc Resolve est un groupe de metalcore lyonnais formé en 2017 qui, de base, rassemblait des mecs qui avaient déjà des groupes auparavant, donc qui avaient quand même une idée assez claire d’où est-ce qu’il fallait aller. En tout cas à l’époque on avait l’impression de savoir comment il fallait procéder, avec le recul on se rend compte qu’évidemment pas du tout, mais disons que nous ne sommes pas arrivés tout jeunes avec Resolve. : Il y a un EP, Rêverie, sorti en 2017, un single "Carmela" et une version acoustique de l’EP précédent en 2018. 

R : Tout ça s’est fait pendant que tout le monde s’en foutait, on se battait dans notre coin, on tournait en DIY, manifestement on était encore en phase de rodage. Puis en 2019 quand on sort le morceau "Pendulum", puis le morceau "Of Silk And Straw", il commence à y avoir des gens qui se mettent à nous écouter, on a notre première grosse playlist et des premiers contacts avec de grosses structures. À partir de ce moment, on s’est mis à bosser sur un album. En gros on s’est dit dès le début qu’on ne voulait pas bosser sur un album direct, comme ça peut être le cas de beaucoup de groupes, d’une pour trouver notre son et de deux pour trouver notre public un petit peu avant. Dès qu’on a vu qu’on arrivait à trouver notre son et qu’il y avait des gens prêts à l’écouter, on s’est dit « let’s go, album ». Malheureusement après il y a eu le Covid. Alors qu’on avait commencé à avoir quelques belles propositions de tournées en 2019 pour 2020, tout a été logiquement annulé, ce qui nous a donné plus de temps pour bosser sur l’album qui est sorti finalement en novembre 2021. On est du coup en train de le défendre sur scène avec notre dernière recrue, Antonin à la guitare, qui a intégré officiellement le groupe tout récemment.

 

AN : On se rencontre ce soir à Wiesbaden (en Allemagne) dans le cadre de votre tournée avec LANDMRVKS, Ten56 et Glassbone. Comment ça se passe jusqu’à présent ? 

R : Je crois qu’on peut dire que ça se passe bien. 

A : Ah bah plutôt très bien. Tout le monde s’entend super bien, il y a une très très bonne ambiance. On est très content d’être là. 

R : C’est notre première vraie tournée organisée par une vraie agence, dans des vrais clubs donc on est sur un nuage depuis le début. L’ambiance dans le tourbus est géniale. 

A : Du fait que ce soit une tournée exclusivement française, pas mal de mecs disent qu’ils ont rarement vu une ambiance aussi bonne entre les groupes. 

R : Il y a un truc aussi, c’est que tous les soirs, on nous parle de la scène française. Les gens nous disent « Wouah ! En France ça se réveille », c’est très cool d’avoir l’impression d’être sur la ligne de front de cet élan-là. 

AN : En plus vous enchaînez, vous sortez tout juste d’une tournée de 6 dates en France. 

A : Tout à fait. Six dates incroyables. Tu redécouvres un peu les concerts parce que ça fait trop longtemps que tu n’en as pas fait après le Covid, il y a des gens qui chantent les morceaux, qui sont déchaînés, qui sont tellement heureux d’être là parce que c’est peut-être le premier concert depuis 2 ans, ou peut-être juste parce qu’ils venaient voir Resolve je ne sais pas, mais l’ambiance était incroyable. Vraiment touchant.

AN : Vous êtes une formation de 2017 donc et qui a commencé à faire du bruit, et beaucoup de bruit, récemment. Il y a un an, vous annonciez rejoindre le roster d'Arising Empire. Comment ça s’est fait avec eux ? 

R : Comme je te disais, ils font partie des premiers contacts qu’on a eus en 2019 quand on a sorti "Of Silk And Straw", le morceau qui nous a un peu mis sur la map disons. À ce moment-là, il y avait juste eu un petit échange d’e-mails via un intermédiaire. Concrètement, ce que nous a apporté "Of Silk And Straw", c’est une équipe de management professionnelle et expérimentée qui a été à la chasse au label comme c’est quelque chose qui se fait, voir qui pourrait être intéressé, qui ne le serait pas spécialement… Il y a eu des discussions avec quasiment tous les labels du genre qui ont amenées à quelques offres dont celle d’Arising Empire qui était celle qui nous parlait le plus entre ce qu’ils nous proposaient et le prestige de la maison, car c’est une structure européenne qui est forte. On a eu le luxe de pouvoir choisir, entre gros guillemets. C’était donc notre choix d’aller chez Arising et on en est bien contents. 

 

AN : Depuis cela, singles, dates et un premier album, Between Me And The Machine qui est sorti en novembre dernier. Très très chouette album, on rentre tout de suite dedans. J’y ai trouvé des influences à pas mal de groupes sur un spectre allant de TesseracT à While She Sleeps, qui apportent un nouveau son sur notre scène française avec beaucoup de sonorités différentes. Vous pouvez nous en parler ? 

R : C’est quelque chose de très très dense, je pense que ça s’entend. C’est, en tout cas pour l’album, du metal bien sûr mais ce n’est pas forcément la guitare qui a le premier plan, en tout cas pas tout le temps. C’est vrai qu’on fait la part belle aux arrangements extra groupe, tout ce qui va être samples, électronique, orchestration et aussi beaucoup d’arrangements sur les voix. C’est quelque chose qu’on a vraiment beaucoup travaillé, car ce qui fait aussi une bonne partie de notre son, c’est qu’Anthony, notre chanteur n’ait pas forcément une voix typique metalcore mais qu’il est assez bon pour faire à peu près tout ce qu’il lui passe par la tête, dans tous les registres il est vraiment très bon : du chant clair très velouté, même si ce n’est pas du tout le bon mot, aux trucs les plus sales, les plus metal. 

A : Les influences sont quand même vachement diverses. Il y a des trucs Devin Townsend, Pink Floyd... 

AN : C’est exactement ce que j’allais dire, c’était écrit dans ma question de base que j’ai finalement écourtée, mais sur le morceau qui donne son titre à l’album, il y a un solo de guitare où je me suis dit « Putain j’écoute Pink Floyd ». 

R : Ah ça fait plaisir ! J’aime trop quand tu dis ça. En gros c’est Anthony qui a écrit le morceau, car c’est lui qui écrit la majorité de notre musique, et quand il nous l’a amené, il n’y avait pas encore le solo mais il y avait cette longue partie atmosphérique. Je lui ai dit « gros, il nous faut absolument un solo à la Gilmour dessus », du coup il s’est mis au taf avec cette ligne directrice en tête. Donc je suis trop content quand je lis des trucs « touche Pink Floyd » sur ce morceau, car c’est 100% l’objectif. 

AN : On fait bien d’en parler, sur ce morceau y a 14 ambiances différentes, mais ça reste cohérent. On commence sur une mélodie très calme qui enchaîne sur un blast beat hyper vénère, des sections atmosphériques, ce solo à la Pink Floyd derrière et des sections aussi ultra prog qui font penser à du Dream Theater. 

R : Towsend, Dream Theater tout ça, c’est des trucs que j’ai énormément bouffé, et encore une fois ce n’est pas moi qui écris la majorité des morceaux, loin de là, mais c’est des références que j’ai en tête donc spontanément je vais avoir tendance à pousser dans cette direction. On a beaucoup de retours comme quoi c’est un morceau très long avec beaucoup d’ambiances différentes et cætera, mais en réalité, musicalement il est assez digeste, tu te tapes quand même une grille d’accords qui revient assez fréquemment, il n’y a pas de jumps de tempo, de trucs comme ça, donc c’est ultra prog, mais ça reste facile d’approche. 

A : Après, on a des accents progs, mais on ne se définirait pas comme un groupe de prog. 

AN : Vous l’avez dit, vous défendez cet album sur scène en ce moment et depuis déjà quelques temps. Antonin tu disais que tu voyais les gens chanter vos morceaux… Comment réagit le public à ces morceaux de manière générale ? 

R : On l’a vraiment vu sur la tournée headline française, où, disons que pour la première fois de notre vie, en arrivant en tant que tête d’affiche, on avait vraiment le sentiment d’être tête d’affiche, parce que ça chantait vraiment fort et qu’on sentait que tout le monde avait écouté l’album et connaissait les morceaux. On a direct senti les trucs qui marchent tous les soirs, typiquement "Surrender" dont on pensait qu’il était un morceau entre guillemets faible. Ce sont des gens de notre équipe qui nous ont dit « franchement celui-là il faudrait le mettre en avant » et maintenant qu’on le joue en live c’est peut-être celui qui marque le plus. On le joue en début de set et c’est celui qui fait que le concert part. 

A : On retrouve des comportements d’un concert à l’autre et c’est un truc qui fait plaisir à voir, car ça montre qu’on a sûrement bien construit notre set et que notre truc se déroule bien, c’est gratifiant.

 

AN : Robin, tu as un peu abordé le sujet en disant que c’est Anthony qui écrit la majorité des morceaux. De manière générale, en tant que groupe, comment abordez-vous l’écriture des morceaux, des textes proposés ? 

R : Sur BMATM, Anthony a fait des démos dans son coin et il y a aussi quelques morceaux que Nathan (batteur) et moi avions écrits de notre côté. On se voyait ensuite pour réarranger, restructurer aussi et surtout d’ailleurs, pour faire un truc qui ne soit pas toujours à 100% dans le générique, mais trouver une efficacité. Pour les paroles, un petit peu pareil, souvent ça part de brainstorming commun. La musique est toujours écrite avant les paroles, en tout cas jusqu’à présent. On se posait dans le studio, chacun à essayer de trouver de jolies sonorités, des jolies tournures ou juste des idées comme ça. Généralement je suis pas mal mis à contribution pour apporter une touche lyrique à l’écriture. Pour 90% de Between Me And The Machine, ça a été fait comme ça, par impulsions personnelles au départ mais vraiment beaucoup de travail en commun. 

AN : Il y a une identité, une thématique évidente à l’album : le nom, le visuel, les textes et les clips donnent quelques indices. D’où vous est venue l’idée ? 

R : Le nom, la phrase « Between Me and the Machine » est arrivée assez vite. La thématique c’est « trouver sa place dans un monde de plus en plus numérisé, trouver sa place en tant qu’être humain, trouver sa place dans les sentiments que tu ressens ». On vit dans un monde où tu ne peux pas trop avoir le cœur sur la main, être trop dans le don parce que malheureusement tu te fais marcher dessus. C’est vraiment cette dualité : grandir, devenir des adultes, dans un monde qui change et où il y a de moins en moins d’humanité. Tous les morceaux ne tournent pas autour de cette thématique, mais ce ne sont que des réflexions très XXIème siècle en gros. 

AN : Qui fait l’artwork ? 

R : C’est un travail en commun. L’idée de base, à savoir un cœur géométrique fait en PCB c’était de moi. J’ai travaillé sur un dessin sur ordinateur avec ma copine qui est designer graphique. Après on a envoyé ça à un gars qui nous en a fait des plans pouvant être lus par une machine de production, on a envoyé ça à une boîte qui fait des PCB qui nous les a renvoyés et ensuite c’est notre frère, à Nathan et moi, Aurélien Mariat, qui a fait les clips, qui est très impliqué dans l’aspect visuel de Resolve, qui a photographié. C’était assez fun à mettre en place. 

AN : Vous avez longtemps été 3, jusqu’à Mars où vous avez annoncé Antonin comme guitariste. Un choix logique finalement. 

A : Je traînais dans le coin depuis un moment ouais. Ça fait combien de temps qu’on se connaît ? On s’est rencontré en 2015 à un concert d’un de nos anciens groupes respectifs. C’était Aurélien Carré mon frère qui organisait et ça s’est fait comme ça. Vous vous étiez en train de tourner il me semble. 

R : Ouais, on était sur une de nos premières tournées. 

A : On avait fait une date au Klub à Paris, et pas mal d’années après, aux alentours de 2020, Anthony m’envoyait des signes. 

R : 2020 on a commencé à se dire « hey vous vous rappelez d’Antonin Carré, celui avec qui on avait joué à Paris ? Il ferait pas mal l’affaire ». Antonin était impliqué dans un autre groupe à ce moment-là. Quand on a vu ça on s’est dit « vas-y laisse tomber on a raté notre chance », mais peu de temps après on a vu qu’il ne semblait plus impliqué dans le groupe et on s’est dit qu’il y avait sûrement un truc à faire. Tu es venu jouer un petit peu avec nous moi en 2020 quand le Covid commençait à permettre de se redéplacer un petit peu, t’as participé à un peu tous les clips, à la live-session. Nous on s’est dit que c’était certain, qu’il faisait l’affaire, mais attendons juste de faire quelques concerts ensemble pour voir si dans le stress de la tournée, dans les moments durs, ça matche aussi bien. Quand on a vu que c’était le cas, il n’y avait plus aucun doute, plus de raisons d’attendre. On s’est dit « Allez, Resolve redevient un groupe à quatre ». 

AN : Parce que vous étiez déjà 4 par le passé. 

R : Ouais, avant c’était Aurélien notre frère qui était à la guitare. À la base de Resolve il y avait trois frères. Après, un petit peu comme Antonin, on connait Anthony depuis un peu plus longtemps, depuis 2013, car on avait joué ensemble avec nos anciens groupes. Il est de Haute-Savoie à la base. Il nous avait hyper impressionné car il était à la guitare et au chant, il shreddait comme pas possible, il chantait comme pas possible et on s’est trop bien entendu. On sentait qu’Anthony comme nous avions envie d’aller jusqu’au bout dans cette voie-là, donc quand est venu le temps de monter un nouveau groupe, il fallait impérativement que ce soit lui. Lui avait un peu ce mindset aussi car nos anciens groupes se sont terminés au même moment donc le timing a joué en notre faveur pour faire le meilleur des deux mondes. 

 

AN : Restons un peu sur cette thématique de la famille, d’un cercle assez intime, on voit dans les crédits de vos clips des noms qui reviennent souvent : Aurélien donc, mais aussi Alexis Fontaine qui vous suit sur le tour. Ce sont les 5èmes et 6èmes membres du groupe finalement. 

R : Alexis c’est un pote de longue date aussi. Il est sur la tournée en tant que photographe de LANDMVRKS, mais nous on a aussi notre propre photographe qui s’appelle Anthony Arbet, c’est lui qui poste sur nos réseaux. On parlait tout à l’heure de la scène française qui monte, et c’est agréable, on a l’impression qu’il y a une grande famille qui se crée entre LANDMVRKS, Novelists FR, Resolve, Ten56, Glassbone et j’en oublie bien sûr. Au final tout le monde se connaît, tout le monde se rend des services mutuels. Tous ces groupes ont tourné au moins un clip dans notre local, car on a la chance d’avoir un grand local à Lyon pour faire notre studio et nos clips. C’est un truc qui s’est mis en place pendant le covid, c’est parti de la live session LANDMVRKS, Resolve, Glassbone qu’on avait faite chez nous aussi. C’est hyper appréciable, ça nous rappelle des trucs qu’on voyait en tant que fans : ces salves de groupes que ce soit aux US ou en Angleterre où tu vois qu’il y a de vraies amitiés, de vraies affinités qui se créent avec le temps. Rien que là, c’est la première fois qu’on rencontrait pas mal des gars de Ten56 qui sont aussi impliqués dans Kadinja, Uneven Structure… On se bat vraiment pour essayer de marquer notre place. 

A : Et pas que, mais aussi tous se tirer vers le haut. T’as toute cette famille du metal à l’ancienne, le Gros Quatre (Mass Hysteria, Tagada Jones, No One Is Innocent, Ultra Vomit - ndlr) qui tourne en ce moment en France et ça donne des idées. 

R : On a clairement envie d’aller les chercher, et avec tout le respect que j’ai pour eux, d’être à leur place dans quelques années, avec aussi le challenge de réussir à s’installer à l’international, chose que ces groupes n’ont pas vraiment réussi à faire. 

A : Nous on a le feeling que c’est un truc qui est vraiment possible. Gojira bien sûr ont bousculé les portes pour ça, du coup à nous de prendre l’aspiration. 

AN : Toi Antonin, comment ça a été de t’intégrer à ce microcosme qui existait déjà ? 

A : C’est à la fois difficile et facile, parce que les mecs sont sympas, genre vraiment, très ouverts et je pense que peu importe ce que je dis, ils écouteront attentivement. Mais en même temps c’est une sorte d’engrenage qui tourne déjà tu vois ? Ça fonctionne très bien, j’étais très peu là sur l’aspect composition mais j’étais là pour le piano de "Forever Yours" pour le solo. J’avais pu faire des propositions. Je voyais comment ils réagissaient entre eux et ça semble d’un naturel incroyable. Pour moi, tout le challenge réside potentiellement là-dedans, mais je me sens carrément dans mon monde. Même avant d’être intégré officiellement comme membre du groupe, je vais à Lyon c’est la famille. 

   

AN : On se rend compte avec tout ce qu’on a dit, que Resolve est quelque chose d’assez intime. C’est aussi pour cela que vous vous produisez vous-mêmes ? 

R : Avec le covid, il y a beaucoup de voix qui ont dû être enregistrées à distance, donc Antho dans son home studio, pendant que moi je mixais dans mon studio. À la base, évidemment que c’est une contrainte budgétaire aussi d’enregistrer et mixer soi-même. On a la chance comme je te disais d’avoir les infrastructures qui nous permettent d’enregistrer de la batterie au niveau nécessaire pour que ça sonne professionnel, globalement de bosser de manière professionnelle. Du coup maintenant c’est une vraie question qui se pose : on a réussi à trouver notre son sur le premier album en auto-prod, est-ce que pour la suite on a envie d’aller frapper chez un producteur externe, un mixeur externe, au risque potentiellement de perdre cette patte qui est la nôtre mais en même temps, c’est un travail colossal de faire de l’auto prod. On a pris notre temps pour le premier album, il va falloir envoyer le deuxième dans pas trop longtemps donc ça va être un challenge. Il faudra qu’on aille plus vite, est-ce qu’on sera à la mesure de la tâche de sonner aussi bien en allant deux ou trois fois plus vite ? 

AN : Justement, dans cette optique d’aller plus vite, beaucoup de groupes profitent des tournées comme celle que vous faites actuellement pour penser à la suite, aux prochains morceaux. Et vous, la route vous inspire ? 

A : Écoute, pour l’instant Anthony a déjà une masse assez débile de compos qu’il a hâte de nous faire écouter quand on va rentrer. Après comme tu as pu le voir on est avec des groupes aux styles très différents, très marqués, donc forcément il y a des trucs qui nous intéressent au niveau du son, même si essayer de foutre du Ten56 dans du Resolve c’est un peu compliqué mais en tout cas Anthony a un bon paquet de compos qu’on va regarder. 

R : A la base, on prévoit encore de bosser des morceaux sur la route mais ça s’annonce difficile… 

AN : Et ça ne vous fait pas peur d’enchaîner aussi vite les disques comme Robin tu en parlais ? 

R : C’est une cadence qu’on s’impose nous-mêmes. Ce n’est pas Arising qui viendra nous dire « les gars il nous faut un album là tout de suite dans 6 mois » mais maintenant qu’on a la chance d’avoir des opportunités, d’avoir un public qui est en train de grandir, on a qu’une seule envie, c’est de charbonner comme jamais. Aussi parce que les événements de la vie font qu’à l’heure actuelle, on est tous dispos à plein temps pour Resolve, donc c’est maintenant ou jamais qu’il faut y aller, et aussi car dans le modèle de la musique actuelle, tu ne peux pas passer 3 ans à bosser… Une fois que tu as frappé un petit peu, il faut battre le fer tant qu’il est chaud, sinon tu te fais oublier trop vite. 

AN : Et bien merci à vous et bon concert pour ce soir !

Interview réalisée par Axel G.