mardi 1 mars 2016

Live Report : Muse + Phantogram @ AccorHotels Arena, Paris - 29/02/16

Plus besoin de vous présenter Muse. Plus besoin non plus de justifier qu’ils soient l’un des très, très rares groupes à pouvoir remplir le tout nouveau Bercy six soirs de suite. Rebaptisée « AccorHotels Arena » (mais on préfère continuer de l’appeler Bercy), la salle fait désormais partie des 5 plus grandes au monde et accueille lors de ces six concerts près de 20 000 personnes chaque soirée. Cela n’en reste pas moins un honneur pour Alternativ News d’avoir pu assister à l’un de ces shows de haute voltige, que nous nous faisons un plaisir de partager.

En entrant dans la plus grande salle de spectacle de France, alors que le public a déjà pris place, la première chose qui nous frappe est cette énergie que semblent diffuser les fans, partout autour – on distingue à peine la dernière rangée de gradins. On se croirait dans un stade en ébullition avant une rencontre sportive capitale, puis on baisse les yeux et on aperçoit la scène, ronde, au milieu de la pièce, deux bras terminés par deux plateformes circulaires séparant la fosse en deux. Cette fosse est d’ailleurs pleine à craquer ; un parterre ultra-dense de fans s’étend tout autour de cette scène aux formes géométriques.

20 heures pétantes, et les lumières s’éteignent une première fois dans la gigantesque arène parisienne. Le public manifeste bruyamment son enthousiasme alors que les musiciens de Phantogram apparaissent sous des néons blancs. Le duo, composé de la chanteuse/claviériste Sarah Barthel et du guitariste Josh Carter, est accompagné pour cette tournée de deux musiciens supplémentaires.
Leur indie-pop-électro est plutôt agréable à l’écoute, et Sarah explique au public que c’est Muse eux-mêmes qui ont demandé à ces jeunes New-Yorkais d’assurer leur première partie. Une occasion en or pour Phantogram de venir à la rencontre des Européens.
Sur scène, la chanteuse est plutôt entreprenante, se promenant tout autour de ce grand cercle, dansant toute seule ou au côté de son guitariste, le tout en parvenant à maîtriser sa voix avec une impressionnante justesse. Tout est très propre, le groupe a du vécu et ça se sent, ce qui est ici une très bonne chose (n’importe qui n’aurait pas été en mesure d’ouvrir pour Muse dans une telle salle).
Les fans répondent aux sollicitations de la captivante Sarah, mais on ne sent pas vraiment d’emballement sincère, ce qui est un peu dommage. Il faut dire que les Américains sont certes talentueux, mais leur musique ne doit pas être assez « rock » pour les Musers – ou alors, ceux-ci sont tellement impatients de voir leur groupe favori qu’ils comptent les minutes avant la fin de ce premier set.

Quand Phantogram remercient la foule de Bercy, le public leur réserve des acclamations très chaleureuses qui semblent émouvoir le groupe. Puis les lumières se rallument, une voix off annonce « trente minutes d’entracte » et là, d’une même voix, près de vingt mille personnes s’offusquent de devoir patienter si longtemps encore.
Pourtant cette demi-heure passera plus vite qu’on aurait pu le penser, car très vite, cette même voix off revient présenter le « Drones Tour » de Muse, demandant aux spectateurs d’éteindre les flashs de leurs téléphones pour profiter au mieux des effets lumineux à grande échelle que contient le spectacle. Rien que ça, ça donne le ton.

21 heures 10. Alors que le rap de Straight Outta Compton résonne dans une arène de Bercy en effervescence, des G.I. casqués et armés débarquent en file indienne, venant prendre position tout autour de la scène. Les hurlements fusent, les gradins se lèvent d’un seul et même mouvement ; on n’a jamais été aussi proches de notre but. Ce n’est plus qu’une question de secondes avant que Muse n’apparaisse sur scène.
Et puis, enfin, la salle replonge dans le noir total. L’intro de Drones résonne, et on capte quelques mouvements au-dessus de nos têtes : des drones sont lâchés à une quinzaine de mètres au-dessus de la scène. Sous forme d’espèces de ballons de plages transparents, ils s’illuminent et se dispersent à différents endroits au-dessus de la foule, qui est comme hypnotisée. Mais très vite, notre attention est reportée sur les trois musiciens qui investissent la scène, Dominic s’empressant de s’installer derrière sa batterie (et dans son dos, Morgan Nicholls, le claviériste attitré du trio en live, prend place dans une sorte de petite fosse en retrait, au beau milieu de la scène centrale circulaire).

Matthew Bellamy et Christopher Wolstenholme se retrouvent sous les feux des projecteurs à leur tour, déclenchant une nouvelle vague de cris dans le public, alors qu’ils entament le morceau "Psycho". Les drones regagnent leur place sur les plateformes suspendues au plafond de la salle et les fans peuvent enfin se concentrer à 100% sur ce qui se passe sur scène. Et dès les premiers instants, quel spectacle !

Fidèles à eux-mêmes, les Anglais ont su rester simples dans leurs attitudes, la prestance scénique de Matthew ne l’obligeant pas à user et abuser de mimiques pour attirer l’attention. Et sa voix, littéralement envoûtante, n’a rien à envier aux versions studio. Ça saute dans la fosse, les gradins restent debouts, fascinés par ce qui se passe sous leurs yeux, alors que le groupe enchaîne avec "Dead Inside". Les différentes mises en scène et effets de lumières sont franchement époustouflants, et on se surprend même parfois à se concentrer davantage sur ces derniers que sur les membres du groupe (ce qui, après tout, est peut-être l’un des effets escomptés). Muse propose un spectacle « son et lumières » qui n’a pas son pareil, et qui ne fait que souligner l’indiscutable talent du groupe.

Matthew se balade sur toute la longueur de la scène, venant se percher sur l’une des plateformes de côté pour teaser un peu le public avec sa guitare. Il enchaîne alors avec les premiers accords de "Plug In Baby", qui provoque une nouvelle vague de hurlements et de sauts dans le public. Cet incontournable du groupe est repris en chœur par tout Bercy.
Nous avons ensuite droit à une démonstration vocale de la part du frontman sur "Supremacy", issu de leur album quelque peu controversé The 2nd Law (que certains avaient jugé « trop électronique » ou pompé sur Queen et Prince...). La voix de Matthew Bellamy semble résonner dans l’arène comme dans une cathédrale, et le chanteur nous offre des envolées lyriques à nous coller des frissons.

Le groupe s’octroie quelques minutes de pause, laissant le public profiter d’"Isolated System" face à de nouveaux jeux de lumières hypnotisants. Ils reviennent ensuite en force avec "The Handler", puis "Stockholm Syndrome", deux morceaux revisités par le groupe sur lesquels sont respectivement greffés des riffs empruntés à Nirvana et Rage Against The Machine. On sent que le spectacle est ultra-millimétré au moment où Chris et Matthew se postent devant de grands rideaux, descendus du plafond pour venir frôler la scène, sur lesquels apparaissent des projections de mains robotisées jouant avec des fils qui semblent parfaitement reliés aux deux musiciens.

Arrive après ça l’incontournable et très apprécié "Supermassive Black Hole". La salle s’habille de couleurs orangées et les drones reviennent faire un tour de ronde au-dessus du public, toujours aussi fasciné par le show qui leur est offert ce soir. Sur ce titre, la voix de Bellamy diffère quelque peu de la version studio, mais toujours sans fausse note. Là encore, le chanteur-guitariste-homme-à-tout-faire retravaille le solo du morceau à sa sauce, sans cesser de courir d’un bout à l’autre de la salle pendant que la scène centrale tourne sur elle-même, permettant à Dominic de voir - et d’être vu par – l’ensemble des fans présents. Chris, quant à lui, est un peu plus statique mais n’est pas en reste pour autant, et assure les back vocals à merveille.

Nouveau moment d’émotion avec le cultissime "Starlight", encore une fois repris si fort par le public de Bercy que ça en couvre presque la voix du chanteur. Presque, parce que la voix de Matthew Bellamy est si puissante qu’elle parvient toujours à percer – et à nous prendre aux tripes. Sans surjouer, le Britannique a un charisme de rockstar et nous en envoie plein les dents, faisant de son mieux pour rester proche de son public. On sent que le show est carré, qu’il n’y a pas vraiment de place pour l’improvisation ou les longs discours, mais la foule se contente des quelques « Merci beaucoup » ou « Ça va, Paris ? » balancés par le chanteur pour donner de la voix.   

Et comme nous le disions plus haut, Matthew Bellamy est un homme à tout faire. Mais avant tout, il est surtout un artiste polyvalent extrêmement talentueux et quand il s’assoit au piano à queue soudainement apparu sur l’une des plateformes pour "Citizen Erased", c’est toute la salle qui retient son souffle pour profiter au mieux de ce moment. Alors que ses goûts pour la musique classique transparaissent énormément lors d’improvisations au piano, le frontman ne laisse pas pour autant son côté rock au placard.
C’est en live que Muse dévoile son côté le plus « rock », justement, sous des apparences de super-show pop. Ainsi, quand le chanteur s’éclipse pour laisser ses deux acolytes Dom et Chris profiter des spotlights, ces deux-là nous offrent une pause instrumentale d’anthologie.

Des titres comme "Madness" ou "Undisclosed Desires" font une nouvelle fois chanter la foule parisienne, qui connaît les paroles sur le bout des doigts. Une fois tout le monde à bout de forces d’avoir trop crié et sauté, le groupe nous offre un nouvel entracte ; sur les écrans circulaires suspendus au plafond et les rideaux redescendus sur toute la longueur de la scène, le visage de JFK apparaît. Le discours de l’ancien président des États-Unis est retranscrit sur les écrans, la salle presque plongée dans le noir une nouvelle fois.

Puis les musiciens réapparaissent pour la dernière ligne droite. Après "Reapers", voilà que les premières notes de "Time Is Running Out" font hurler les fans, la fosse semblant déterminée à profiter de ces derniers instants, sentant que le concert touche doucement à sa fin. Derniers éclats de voix et de folie sur "Uprising", sur lequel tous les fans brandissent leur poing à la demande de Matthew, puis l’ambiance se calme doucement, et l’outro de Drones marque « la fin » du spectacle, les lumières s’éteignant à nouveau.

Mais les fans savent que le groupe ne peut pas en rester là et ne perdent pas une seconde à réclamer une chanson supplémentaire. Le suspense n’est même pas très long ; moins d’une minute plus tard, nous retrouvons les musiciens pour un ultime tour de piste. Ils entament leur rappel avec "Mercy", issu de leur dernier album en date et déjà un chouchou des fans. Et pour cause ! Sur la fin de ce morceau, des confettis et serpentins semblent surgir d’un peu partout, une tempête de rouge et de blanc envahissant Bercy pour le plus grand bonheur du public. Alors qu’on pense qu’il s’agit là du clou du spectacle, du bouquet final de la soirée, Muse nous offre même encore un dernier titre avec "Knights Of Cydonia" – offrant également à leurs drones une dernière occasion de se dégourdir les jambes.

23 heures, et il est temps de dire au revoir au trio, qui remercie une ultime fois le public parisien, Dom s’emparant même d’un micro pour y glisser quelques mots gentils. Descendant de scène, Muse s’offre un semblant de bain de foule et ne rechigne pas à taper dans les mains de quelques fans chanceux qui se trouvent sur leur chemin alors qu’ils quittent l’arène, nous laissant avec des étoiles plein les yeux.

Ce Drones Tour est visuellement parlant une très belle réussite. Quant au côté musical et performance live, faut-il vraiment argumenter encore ? La réputation de Muse n’est plus à faire, et voir le groupe en live souligne le fait qu’il mérite amplement sa qualification de groupe « de rock ».
Bien évidemment, il y a aussi certains points négatifs – les rappels peu clairs, le côté un peu trop « chronométré » du show – mais est-il vraiment nécessaire de chercher la petite bête après un spectacle pareil ? Des mastodontes comme Muse sont bien obligés d’offrir un spectacle carré, propre, et ne peuvent se laisser aller à l’improvisation, mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose.
Et pour un trio, il faut reconnaître que les musiciens savent parfaitement occuper l’espace, même – surtout – sur une scène aussi gigantesque que celle de ce soir-là. Le charisme indiscutable de Matthew Bellamy est un atout de taille, mais ne fait pas tout ; contrairement à d’autres groupes où tous les musiciens semblent interchangeables, il est difficile d’imaginer ce trio, qui est le même depuis plus de vingt ans, prendre une quelconque autre forme.

Muse est incontestablement un groupe qu’il faut voir au moins une fois dans sa vie. Peu d’artistes sont aujourd’hui capables non seulement d’assurer un véritable show live de cet acabit, mais aussi de le faire avec un dynamisme entraînant du début à la fin. Et peu d’artistes rock peuvent se vanter de remplir des arènes de 20 000 personnes en France. Alors bravo Muse, bon concert à ceux qui iront les voir dans les soirs à venir, et si vous n’avez pas eu de billets pour ces dates parisiennes, vous pourrez toujours vous consoler en allant voir le groupe sur l’un ou l’autre festival dans le coin cet été… Ce ne sera certes pas le même spectacle, mais ça restera Muse ! Et ils n’ont même pas besoin de tant d’artifices pour nous surprendre.

Texte : Laurie B.
Photos : Mathilde M.

Merci à Arnaud et Warner.

Setlist :

Drones (intro)
Psycho
Dead Inside
Plug In Baby
Supremacy
Isolated System
The Handler (outro riff Negative Creep de Nirvana)
Stockholm Syndrome (outro riff Township Rebellion de Rage Against The Machine)
Supermassive Black Hole (intro Voodoo Child, The Jimi Hendrix Experience)
Prelude
Starlight
Citizen Erased
Munich Jam
Madness
Undisclosed Desires
[Discours JFK audio et vidéo]
Reapers
Time Is Running Out
Uprising
The Globalist
Drones
---
Mercy
Knights of Cydonia (intro Man With A Harmonica d’Ennio Morricone)




1 commentaire :

Alex a dit…

Pour ma part j'ai trouvé que le show, outre sa qualité sonore manquait cruellement de relief et de sincérité, j'y suis allé le 27 et j'ai trouvé le public apathique(en même temps des prépubères gloussant sur Madness, la pire chanson et la plus commercial du groupe),au moindre saut les gens vous regardent et ne comprennent pas, le groupe a dit 2 mots sur l'ensemble du concert pas même un concernant les tragiques événements à paris. Moi qui m'attendais à un gros concert de rock bien énergique (le live à Wembley)ce qui à fait la réputation de Muse je suis tombé de bien haut.