mercredi 13 janvier 2016

Interview : Simple Plan - 12/01/16

Le groupe Simple Plan est de retour à Paris en ce début d'année 2016 et Pierre Bouvier (chanteur) et Sébastien Lefebvre (guitariste), ont accordé quelques minutes de leur temps précieux pour répondre aux questions d'Alternativ News. Interview à l'accent québécois bien prononcé ! (les formulations et expressions ont d'ailleurs volontairement été conservées, il est l'heure de réviser votre caribou!)

Salut Pierre, salut Seb ! Ravie de vous rencontrer !

Salut, ravis de te rencontrer aussi, et bonjour aux lecteurs d’Alternativ News !

Parlons un peu de votre nouvel album Taking One For The Team qui sort le 19 février prochain. L’été dernier, la chanson "Saturday" avait été dévoilée et décrite comme « le premier extrait de l’album », or au final elle n’y figure pas… Vous pouvez nous expliquer pourquoi ? 

Pierre Bouvier : Ben ouais, à la base elle était censée être sur l’album ! On trouvait que c’était une chanson qui faisait assez « Simple Plan », énergique, typique, tout ça, mais les gens ont dit « C’est trop pop, c’est trop ci, c’est trop ça », c’était pas une réaction très encourageante, très positive… Donc c’est un morceau qui existe, qui est enregistré, mais qui est un peu resté au placard.

Sébastien Lefebvre : Faut dire qu’il y a tellement de chansons qu’on voulait mettre sur l’album aussi, ça nous a aidés à faire un choix.



Vous avez enregistré beaucoup de morceaux ?

Pierre : On en a écrit énormément, et on en a enregistré peut-être… seize ?

Sébastien : Seize, oui. Et on en a mis quatorze sur l’album, c’est plus que sur tous nos albums précédents.

Taking One For The Team reste très fidèle à l’esprit « Simple Plan », c’est très dynamique, avec des refrains entraînants… Est-ce que vous pouvez brièvement décrire cet album ?

Pierre : Tu l’as si bien fait toi-même !

Sébastien : Je reprendrais pile tes mots en fait, je pense que c’est l’un des albums qui est le plus « typiquement Simple Plan », y a des trucs vraiment très punk-rock, très inspirés des groupes qui nous ont inspirés en fait.

Pierre : C’est peut-être même l’un de nos albums les plus rock qu’on ait fait depuis bien longtemps.

Sébastien : Et en même temps, il va avoir des courbes un peu plus différentes, sur des morceaux comme "I Don’t Want To Go To Bed" ou "Singing In The Rain", comme on avait fait à l’époque avec "Summer Paradise" sur Get Your Heart On. Mais même quand on s’éloigne un peu de notre style de base, la voix de Pierre suffit à rendre un morceau « Simple Plan », c’est pour ça qu’on se permet de faire des choses comme ça. On aime bien jouer avec les deux pôles opposés.

Pour cet album, vous avez choisi de travailler avec le célèbre producteur Howard Benson. Que vous a-t-il apporté, musicalement et humainement ?

Sébastien : Howard Benson il a une méthode de faire les albums qui se base un peu plus au niveau du feeling général. Nous, on est beaucoup plus attentifs aux détails, parce qu’on est très perfectionnistes, c’est pour ça que ça nous prend du temps de faire des albums. Lui il va arriver en mode : « Oui c’est beau ce qui se passe les gars, on continue comme ça » ou alors « C’est quoi ce truc ? Ca marche pas, on va essayer autre chose », des fois on est d’accord, des fois on n’est pas d’accord, puis on avance. C’est vrai que c’est notre cinquième producteur en cinq albums, j’crois qu’on aime ça, sauter de l’un à l’autre pour essayer de nouvelles choses ! Puis Howard il a quand même produit des albums qu’on adorait, c’était un peu un rêve de bosser avec lui.

Pierre : Puis cette façon de travailler, ça nous a permis de prendre les commandes, de mettre la main à la pâte et de produire avec lui. Dans le fond, c’est quasiment une co-réalisation, il a été super avec nous.

Vous parliez tout à l’heure des réactions un peu mitigées des fans à l’encontre de "Saturday", est-ce que vous appréhendez leurs réactions concernant l’album en général ?

Sébastien : Non, du tout !

Pierre : Non ! C’est un risque que l’on prend quand on dévoile les chansons une par une, ça peut être un peu frustrant pour les fans. Prenons exemple sur la chanson "I Don’t Wanna Go To Bed", c’est super-pop, cela ne reflète pas le reste de l’album ! Les gens ont des réactions du style « Oh non, Simple Plan ont tellement changé » alors que c’est juste une chanson. Ce serait bien plus efficace de dévoiler l’album en entier tout de suite, mais c’est pas la stratégie qu’on emploie généralement.

Sébastien : C’est comme si pour te dire ce que je porte aujourd’hui, je te montrais juste mes chaussures rouges. Tu pourrais me dire « Erk, j’aime pas le rouge » ou « J’aime pas les couleurs », alors que tout le reste de ma tenue est noir ! C’est un peu la même chose, en fait. Mais je pense que sur cet album, il y a beaucoup beaucoup de Simple Plan qui va plaire aux fans, et d’autres chansons qui peuvent aussi attirer de nouvelles personnes, des gens qui nous connaissent pas mais qui vont vouloir nous découvrir grâce à ces chansons.

Pierre : Moi je pense que l’accueil qui sera réservé à l’album sera plutôt positif, aussi bien pour les fans qui préfèrent le côté pop que pour ceux qui préfèrent le rock. Je crois que tout le monde va aimer. J’espère, en tout cas !

Votre album contient également plusieurs featurings (Nelly, Juliet Simms, Jordan Pundik de New Found Glory). Avec qui aimeriez-vous collaborer à l’avenir ?

Pierre : Pink ! On l’a toujours dit, mais je crois que ça n’est jamais arrivé jusqu’à elle, elle ne doit pas lire nos interviews. Mais il faut qu’on continue de le dire, peut-être qu’un jour elle lira ! Moi j’aimerais bien aussi bosser avec Demi Lovato, c’est plate [= dommage] qu’elle ait fait un truc avec les Fall Out Boy récemment, mais j’ai toujours trouvé qu’elle avait une belle voix et on l’avait rencontrée aux Etats-Unis dans une station de radio un jour, et elle avait été super gentille, elle avait dit « Eh, j’étais fans de Simple Plan quand j’étais jeune, je capote je capote ! » alors forcément elle nous aime bien. Ouais, c’est vraiment dommage qu’elle ait fait un truc avec Fall Out Boy, on peut pas lui demander de bosser avec nous maintenant, c’est trop… je sais pas, ça ferait comme si on leur volait l’idée ou quoi.

Sébastien : Selena Gomez haha ! Ou Taylor Swift pourquoi pas ? Ah, mais elle, elle a fait un truc avec Boys Like Girls non ?

Pierre : Ouais.

Sébastien : Ah la la… Bon, Pink alors.

Pierre : Oui, on garde Pink.



Vous avez aussi fait appel à d’autres artistes pour tourner le clip "Boom", comment avez-vous eu cette idée ?

Pierre : On a fait quelques dates du Warped Tour l’été dernier, et on a commencé à tourner quelques scènes du clip à ce moment-là. Il y avait beaucoup de groupes qu’on connaissait, d’autres avec lesquels on est devenus amis, et on s’est dit que ce serait une bonne idée d’en inclure quelques-uns pour chanter avec nous. On en a revus pas mal aux Alternative Press Music Awards, et là c’était vraiment le moment parfait parce que tout le monde était dans la salle, alors on a demandé aux gens qui étaient là et ils étaient tous super enthousiastes. Ils voulaient tous participer, même si ça n’a pas pu fonctionner avec tout le monde. Je pense que c’est toujours marrant pour les fans de voir plusieurs de leurs groupes préférés réunis, puis y a même des fans d’autres groupes comme Pierce The Veil, All Time Low et compagnie qui ont regardé le clip parce que leurs idoles étaient dedans, et qui ne l’auraient pas regardé sinon. Ça créé un peu plus « d’excitement », autant pour nous à le faire que pour les fans qui le regardent ensuite.

Vous parliez du Vans Warped Tour ; pourquoi n’avez-vous fait que quelques dates ? Vous n’auriez pas aimé faire la tournée entière ?

Pierre : C’est pas évident, il se passe tellement de choses en été ! Il y a plein de festivals en Europe aussi, au Canada, aux USA, puis le Warped c’est tellement long que ça nous bloque quasiment tout l’été, alors qu’il y a d’autres endroits qui veulent nous voir aussi, alors c’est pas évident.

Sébastien : Puis on était en studio aussi cet été ! On a dit qu’on était ok pour faire le Warped Tour au complet, mais que du coup l’album ne sortirait pas avant fin 2016, alors on nous a dit « Non non non, allez en studio ! »

Parlons maintenant de la France et de vos fans français, avec qui j’ai l’impression que vous entretenez un lien un peu particulier…

Pierre : La langue !

Sébastien : C’est vrai, ça nous rapproche vachement quand même. On a des fans très fidèles ici, puis on aime les rencontrer et leur parler. Ils sont très à l’aise de venir nous parler et tout ça, parce qu’ils n’ont pas besoin de parler anglais comme avec la plupart des autres groupes. Que ce soit avant ou après les concerts, pendant les meet & greet, tout le monde discute et c’est très familier. La France nous rappelle un peu le Québec, c’est pour ça qu’on a toujours des shows un peu particuliers ici.

D’ailleurs, à propos de meet & greet, vous proposez des packs pour votre prochaine tournée, c’est assez nouveau pour vous ça, non ?

Pierre : C’est la deuxième fois je crois, même si on avait déjà fait quelques meet & greet au Canada.

Sébastien : Puis quand tu fais partie de notre fan-club tu nous rencontres systématiquement après le spectacle, et c’est cool parce qu’on revoit les mêmes têtes régulièrement, on peut parler de plein de choses.

Pierre : Ouais, c’est cool ça !

Vous n’avez peur que les fans critiquent le fait de devoir payer pour vous rencontrer ?

Pierre : Ben tu vois, ce qu’il faut que les gens comprennent c’est que nous on est musiciens, c’est notre carrière là, et puis la musique c’est bien beau mais tout le monde sait que ça devient de plus en plus compliqué de gagner sa vie avec ça. Il faut qu’on gagne nos vies pour pouvoir continuer à faire de la musique, pour payer nos loyers et tout ça. C’est clair que d’un côté ce serait l’fun que tout soit gratuit, c’est sûr, mais la vie ça fonctionne pas comme ça. Mais si on gagne pas d’argent on peut pas continuer à faire de la musique et faut qu’on aille travailler au McDonald’s. Ces rencontres, c’est une façon pour nous de donner et de recevoir en même temps, puis en plus, comme Sébastien l’a dit, quand tu fais partie de notre fan-club tu payes ton abonnement 20 ou 30$ par an et tu peux nous rencontrer à chaque concert, t’as accès à nos « soundcheck-parties » et tout. Je crois que s’il y a un fan qui ne veut pas payer 100€ ou un truc comme ça pour un meet & greet il peut toujours s’inscrire au fan-club. Puis c’est pas très cher par rapport à d’autres artistes, ça reste un prix très correct. Les gens peuvent critiquer ce côté-là c’est sûr mais je trouve que ça reste quelque chose d’humain…

Sébastien : Puis faut dire qu’on essaye aussi toujours de garder les prix de nos billets de concerts assez bas, autant que possible.

Pierre : Mais la réalité c’est que c’est notre carrière. On a des familles, des obligations, puis on ne vit pas une vie très extravagante non plus hein !

Sébastien : Ah ouais, c’est vrai qu’on a des familles maintenant… Ça coûte cher, les couches…

Puis faut dire que vous êtes quand même à ma connaissance le seul groupe à proposer des pizzas à l’aftershow, c’est plutôt cool !

Sébastien : Ouais, au Québec on fait de la poutine mais ce serait sûrement pas très apprécié en France…

Pierre : Ici ce serait plutôt « vin et fromage »… Ça peut être pas mal remarque !

Sur un plan plus sérieux, toujours concernant la France, quelle a été votre réaction suite aux attentats qui ont frappé Paris en novembre dernier ? Vous aviez un showcase prévu à peine quelques jours plus tard…

Pierre : Oui, le showcase était prévu à peine trois jours après ces événements terribles… C’était vraiment horrifique, dès qu’on a entendu les nouvelles on a parlé avec notre compagnie de disque, on leur a dit que s’ils voulaient qu’on vienne malgré tout, on serait là. Puis au final, avec cet état d’urgence et tout, on nous a dit que ça valait pas le coup parce que c’était pas encore sûr qu’on ait les autorisations pour jouer, que les rassemblements étaient interdits, la ville était un peu fermée. Mais on a tout de suite décidé de reporter cette date, de venir plus tard. 
Mais pour moi, c’est incompréhensible ce qu’il s’est passé. Que des gens puissent agir de la sorte, je ne peux vraiment pas le comprendre. Et le fait que ça se soit passé dans une salle de concert, forcément on se dit que ça aurait pu être nous quelques jours plus tard, ça nous affecte encore plus. Mais il faut essayer de passer au travers, d’aller de l’avant, de prendre sur soi et de rester courageux. Sinon c’est eux qui auront gagné.

Et vous n’appréhendez pas de remonter sur scène en France désormais ?

Pierre : C’est sûr qu’on y pense, mais c’est important pour nous de ne pas les laisser gagner. Il faut continuer à vivre et à faire les choses qu’on aime.

Sébastien : Et puis je me sens pas moins en sécurité en France qu’ailleurs.

Pierre : C’est presque le contraire, en fait.

Sébastien : Tu peux t’attendre à ça partout maintenant. Mais en même temps… non. Faut pas y penser. Les gens vont être deux fois plus vigilants ici, la sécurité sera renforcée. Et puis si tu vas à un concert, c’est justement pour ne pas penser à toutes ces choses-là, pour te déconnecter de la réalité, pour t’amuser.

Le mois dernier, vous avez assuré un show au Québec sans Pierre, qui était malade…

Sébastien : Ouiii ! Ah, c’était horrible ! Non je rigole, ça s’est super bien passé, on a eu des collaborateurs fantastiques !

La plupart des groupes auraient annulé le concert, pourquoi avez-vous pris la décision de faire venir cinq autres chanteurs pour prendre le relai ?

Pierre : Déjà, c’était un concert de charité, c’était un peu tabou d’annuler vis-à-vis de la fondation qui organisait ça…

Sébastien : Mais en même temps, il faut dire que ce concert était gratuit aussi. Si ç’avait été payant, peut-être qu’on aurait agi autrement parce qu’il y aurait forcément des gens qui nous auraient dit « Oh mais Pierre sera pas là ? ». Et ça aurait été très bizarre. Mais là c’était vraiment une ambiance festive, conviviale, ça allait au-delà du schéma groupe/fan, avec des collectes de fonds et tout. On s’est dit qu’on allait jouer quand même, tant pis si on ne faisait que cinq ou six chansons… et au final on a quand même fait une heure de set ! Faut dire qu’on a eu cinq super collaborateurs : Marie-Mai, Rémi Chassé, Jonas, Janick Thibaut, Bobby Bazini, et ça a donné un concert vraiment unique, quelque chose qu’on ne refera sans doute jamais. Chacun a apporté sa touche et c’était super cool mais… c’pas pareil sans Pierre hein ! On savait pas quoi dire entre les chansons, parfois j’me retournais par réflexe pour lui répondre, mais ça marchait pas…

On arrive déjà au bout du temps qui nous a été donné, alors merci à tous les deux de nous avoir accordé de votre temps, et à demain  au showcase (privé donné le 13 janvier à Paris) !

Merci à toi, c’était un plaisir ! A demain et rendez-vous en mars aussi, avec tous tes lecteurs j’espère ?

Interview réalisée le mardi 12 janvier 2016 en face-à-face par Laurie B.
Merci à Arnaud de Warner.





Aucun commentaire :