lundi 26 octobre 2015

Chronique : Hightower - Sure.Fine.Whatever.

J'avais prévu de chroniquer Sure. Fine. Whatever. lors de sa sortie. Puis finalement, comme pas mal d'autres reviews, c'est passé à la trappe... Jusqu'à ce que je reçoive un mail de Jérémie me proposant de chroniquer l'album dont il est question ici, ça m'a remotivé à écrire. Ainsi, voici l'histoire de Hightower, le vilain petit canard 2k15 du punk parisien. Il était une fois lors du dernier concert de Into It Over It à Paris, en 2013, un groupe local qui devait ouvrir pour le groupe d'Evan Weiss, un truc dont je ne savais rien et dont je ne trouvais aucun morceau sur le web. C'était
vendu comme du pop-punk/indie qualité, alors j'ai attendu de découvrir ça en live, puis j'ai entendu/lu des histoires assez chelou les concernant ce même soir où ils n'ont finalement pas joué, pour des histoires à base de menaces physiques à leur encontre.

Plus tard, je les ai enfin vu en première partie de Nai Harvest, qui jouait avec Turnover. Ils n'avaient pas encore sorti de disques, mais avaient déjà du merch. J'avais franchement bien aimé leur musique, mais détesté leur attitude froide et trop assurée. Et puis une succession de trucs pas cool se sont accumulés dans mon newsfeed Facebook à leur propos : une interview sur Noisey ou ils descendent la scène punk française (j'ai moi-même été contre certaines de leurs idées), un report hilarant que je ne citerais pas de leur first part pour Rise Of The Northstar ou le public et le chroniqueur n'avaient strictement rien compris au délire des parisiens et visiblement au punk en lui-même, et une histoire qui a pris des proportions absurdes ou une organisatrice anglaise et le groupe se renvoyaient la balle sur la conception du féminisme de chacun (honnêtement, après avoir scrupuleusement lu les deux pavés, je n'ai finalement rien compris au débat et il est beaucoup trop flou pour en tirer une quelconque conclusion plausible)... En gros, aujourd'hui, Hightower est devenu pour certains le successeur de Kickback dans la capitale au niveau de la mentalité, faisant ainsi concurrence avec Cowards, ces derniers n'étant pas spécialement fans de Hightower, soit-dit en passant. C'est peut-être un peu abusé, non ? Les mecs de Hightower n'en sont pas encore à lancer des doigts d'honneur et des chaises à son public, ni à écouter du black metal de couleur bleu marine. (Est-ce que Nadine Morano est une variante de bleu ?)

Mais savez-vous que derrière ces faits salaces se cachent Sure. Fine. Whatever., un premier album qui, que tu le veuilles ou non, est plutôt cool ? Je l'ai écouté avant l'histoire du "why hardcore sucks", et je l'ai trouvé bien efficace. Pour le composer et le défendre, les mecs n'ont pas perdu de temps et s'en sont donnés les moyens : gros son, grosse prod, gros rendu, gros trajets. Les mecs ont bougé en Californie se faire enregistrer ni plus ni moins que par Steve Evetts, le mec qui a produit une impressionnante liste de groupes : The Cure, Sepultura, Snapcase, Glassjaw, The Dillinger Escape Plan, Kid Dynamite, et un de leurs groupes préférés, Lifetime, qui a produit ce disque. Pour défendre cette galette, les parisiens tournent déjà pas mal en Europe, tout en continuant de faire des dates de hardcore pas sympa dans les caves de la capitale genre Merauder, où en ouvrant pour Turnstile à la Mécanique Ondulatoire (où j'espère qu'ils ne joueront plus jamais, aussi cool que soit ce groupe). 

Alors, Hightower, du negative pop-punk ? C'est sûr qu'ils doivent moins facilement partager leurs pizzas que ceux qui écoutent Man Overboard sachant qu'on a quand même un ex-Providence aux fûts, mais ce premier album n'est pas pour autant moins ensoleillé et catchy qu'un bon Hello Bastards ! C'est motivant, c'est heartfelt, ça braille sec, y'a même quelques plans légèrement "moulinade", tout ce qu'il faut pour faire son sport sous le soleil ou pour chiller avec tes potes. Dès le premier morceau, "Aqua Tiger", tu es mis en condition avec les éléments cités plus haut, un face à face avec un tube pop-punk/mélo hardcore à la bien, quelque part entre le soleil du Groezrock (parce que c'est aussi bien produit d'une headline de ce fest t'as vu) et la sueur des caves parisiennes. Ça ressemble par moment à du Gnarwolves en moins "rien à foutre", à du Title Fight jusqu'à l'album Shed (rien que "1076" te le prouvera)... En se plongeant dans les paroles de l'album, on se rend compte que tout n'est pas si sunny que ça dans ce disque, en témoigne le texte de "Under A Funeral Moon", qui contraste avec l'ambiance générale du disque et du morceau-même : "If there was a light in the morning, maybe someday it could mean something more, sleep is a chain I deal with, troubles I have are not meant to be wrong. Silence is all that's left to meeeeeee!". Le moment ultime de l'album s'appelle "Cobblepot", 1mn45 straight to your face avec des riffs qui restent en tête, ça va droit à l'essentiel, c'est BON. "I'm waiting for the cold to go, ten years of a threatening sky, reminds me of a place I know, warm tears slowly fall to the ground!"

Alors je revois venir certaines personnes me dire "ouais mais les mecs se la pètent vachement pour pas grand chose parce qu'au final ça ressemble à plein de trucs". Bah... Le pop-punk en règle générale n'est pas super original hein, gringo. Il suffit juste de savoir bien le faire ou non pour que ça sorte du lot. Eux savent le faire à l'américaine, avec de l'arrogance et du culot certes, ça énerve pas mal de monde mais ça doit bien les faire marrer au final. Ils auraient pu faire comme tout le monde depuis deux ans et rentrer dans la street cred' du moment en faisant du grunge et du shoegaze mais non, ils préfèrent distiller du fun pour de vrai. why so serious ? Quoi qu'il en soit, ils ont bien digéré leurs influences, ils jouent leur musique pour s'éclater sans se prendre la tête et la vider des soucis quotidiens, partager le micro avec les kids qui le voudront bien, et c'est l'essentiel. Un peu trop calibrée à mon goût mais ça se laisse apprécier tout seul, surtout quand tu sais pas quoi mettre en soirée et que tu veux pas saouler tes potes avec ta série de groupes de screamo suédois déprimant que tu t'écoutes passionnément en boucle depuis une semaine (genre moi au moment où je finalise cette chronique). N'écoutez pas ce groupe si c'est pour chercher une leçon de morale, Hightower n'est pas Orchid, sauf pour cette phrase : dance tonight, revolution tomorrow.

3,5/5
Guillaume D.





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