mercredi 9 septembre 2015

Interview : Bring Me The Horizon

Les Anglais de Bring Me The Horizon s’apprêtent à sortir un nouvel opus ce vendredi 11 septembre 2015. That’s The Spirit est une nouvelle étape pour le groupe, qui a décidé de baisser toutes les barrières de genres et de s’aventurer sur des terrains inconnus. Avec leur album précédent, Sempiternal, Bring Me The Horizon s’étaient pour la première fois fait une place sur des radios à grande écoute. Depuis, le groupe a mûri, gagné en confiance, et eu envie de transformer cet essai. Cette satisfaction se retrouve dans That’s The Spirit, qui marque une sorte de « renaissance » des musiciens de Sheffield. De grands changements sont donc à prévoir ; nous avons discuté de cette nouvelle étape avec Matt Kean, le bassiste du groupe.


Alternativ News : Il ne reste plus que quelques jours avant la sortie de That’s The Spirit… Comment te sens-tu à l’approche de ce grand jour ?

Matt Kean : Je suis très nerveux, et on est tous super impatients que tout le monde puisse l’écouter maintenant, parce que de notre côté ça fait un moment qu’on se le passe en boucle !

“Drown” est le premier extrait de l’album à avoir été diffusé, il y a presque un an. Est-ce que vous aviez écrit ce morceau avant de savoir exactement quelle direction vous alliez prendre avec ce nouvel opus ?

Oui ! A la base, on avait écrit “Drown” de façon indépendante, sans imaginer l’intégrer à un album. Puis quand on a commencé à écrire That’s The Spirit et à sélectionner les différents morceaux, on a trouvé que “Drown” correspondait bien au reste de disque, aussi bien au niveau de la musique que des paroles. Nous avons donc décidé de l’enregistrer à nouveau pour l’intégrer à l’album.

Dans une interview, Jordan [Fish] a dit que c’est cette chanson qui vous a fait réaliser que vous pouviez être davantage que « juste » un groupe de metalcore. Est-ce que c’était donc votre but au moment de réaliser That’s The Spirit ? Toucher un public plus large ?

Non, de toute façon au niveau des paroles on a fait comme on l’a toujours fait, sans chercher à particulièrement plaire ; on a simplement exprimé les émotions que l’on ressentait à ce moment-là. Ensuite, on a recherché à avoir des refrains accrocheurs, fédérateurs. Mais ça aussi, c’est ce qu’on a toujours essayé de faire.

Est-ce que tu penses que le fait d’aller en studio sur l’île de Santorini, en Grèce, a changé certaines choses ?

C’était la première fois qu’on enregistrait là-bas, mais je ne pense pas que cela ait eu un impact… Quand on écrit quelque chose, Jordan est derrière son ordinateur, et on enregistre directement. Alors avant même d’arriver à Santorini, on avait déjà une version démo de l’album. Le plus gros était déjà prêt. Tout ce qu’on avait à faire, c’était de ré-enregistrer le tout, avec un meilleur son, mais le fait d’être en studio là-bas plutôt qu’en Angleterre n’a pas eu d’influence sur le contenu de l’album.

Mais c’est vrai qu’on était peut-être dans un état d’esprit différent au moment de l’écriture. On venait de rencontrer de gros succès avec Sempiternal, on venait juste de faire Wembley, tout le monde était en forme et épanoui, plus qu’auparavant sans doute. C’est ça qui a le plus influencé le ton de That’s The Spirit.

D’ailleurs, est-ce que tu peux nous dire deux mots sur votre concert à Wembley ?

C’était extraordinaire. C’est dur de mettre des mots là-dessus, c’est encore un peu flou dans ma tête ! Mais c’était clairement l’un des temps forts de notre carrière.

Il semble qu’avec ce nouvel album, vous voulez « frapper » aussi fort qu’avec les précédents, mais avec beaucoup moins de screams ou de breakdowns…Est-ce que cet album était une sorte de challenge pour vous ?

Oui, en quelque sorte. On essaye depuis toujours de créer les meilleurs albums possibles, et pour celui-là, on voulait à la base faire quelque chose de vraiment « heavy », et au bout de deux ou trois jours d’écriture, on s’est rendus compte que tout ce qu’on avait, c’était vraiment nul, ça sonnait faux, comme si on forçait… En parallèle, on avait six ou sept ébauches de chansons qui tenaient la route et qu’on a décidé d’approfondir, de retravailler. Du coup, on a continué d’écrire sans se mettre de barrières, et c’est comme ça qu’on en est arrivés à ce résultat-là.

Comment décrirais-tu cet album ? C’est quoi cet « esprit » [Spirit] dont il est question ?

Cet album est sarcastique, comme le laisse parfaitement transparaître “Happy Song” – c’est pourquoi on a choisi d’utiliser ce titre en guise de premier extrait, parce qu’à nos yeux c’était l’avant-goût le plus représentatif du reste du disque. Tout le monde prétend que tout va bien, fermant les yeux sur les problèmes autour d’eux. Mais malgré tout, il y a des trucs qui partent en vrille, et plutôt que de les ignorer il vaudrait mieux tirer ce qu’il y a de positif là-dedans. C’est donc cet esprit-là qu’on veut mettre en avant, un esprit conscient de toutes les mauvaises choses qui arrivent sur Terre mais qui cherche à se relever, à avancer.

À ton avis, comment les fans de Bring Me The Horizon vont-ils accueillir l’album ?

Je ne sais pas vraiment… Je pense que ceux qui n’écoutent que du métal et qui sont hermétiques aux autres genres musicaux vont être un peu déçus. Mais d’un autre côté, je crois que de plus en plus de gens, de nos jours, s’ouvrent davantage et savent apprécier différents genres musicaux. Les gens qui ont une palette de goûts relativement large vont comprendre cette direction et sauront, je l’espère, apprécier l’album. Mais effectivement, ceux qui n’aiment que le métal ne s’y retrouveront pas forcément et seront déboussolés !

Que penses-tu des gens qui sont en quelque sorte furieux contre le groupe, parce que votre musique s’éloigne du son « initial » de Bring Me The Horizon ?

Ça me perturbe un peu, parce qu’on a toujours changé… Je veux dire, aucun de nos albums ne ressemblait au précédent ! À plusieurs reprises, des gens sont venus me dire « Oh, c’est dommage que cela ne ressemble plus à l’ancien CD », et je suis obligé de demander : « Lequel ? », parce que chaque album est différent, c’est ce qu’on a toujours fait. On a évolué entre chacun de nos opus, et si les gens s’attendent à ce qu’on sorte quelque chose qui ressemble à Count Your Blessings, j’ai envie de leur demander : « Mais où étiez-vous pendant les dix dernières années ? Parce qu’on a beaucoup évolué entre temps ! »

Certains étaient déjà surpris par Sempiternal, mais That’s The Spirit est clairement une nouvelle étape pour le groupe – il y a même un solo de saxophone dessus ! Est-ce que Sempiternal a servi de tremplin pour ce nouvel album, ce nouveau son ?

Je suppose, oui. Au moment d’écrire Sempiternal, on était déjà dans un état d’esprit très positif, on trouvait que le résultat était plutôt cool. Et une fois que cet album est sorti, on a eu énormément de retours enthousiastes, ce qui nous a redonné confiance en nous et en notre musique – parce que justement, le fait qu’on change sans arrêt, qu’on explore de nouveaux horizons, cela nous donnait une sensation d’instabilité, de doute permanent. On a donc décidé de suivre notre instinct, nos humeurs et envies. C’est donc clairement l’assurance gagnée suite à Sempiternal qui nous a menés à That’s The Spirit.

Que penses-tu aujourd’hui en écoutant les anciens EPs et albums de BMTH ?

Hum… C’est comme quand tu regardes des photos de toi quand t’étais au lycée, tu vois le genre ? Quand tu te dis : « Mais qu’est-ce que j’avais en tête ? » Ben c’est un peu ça ! Mais c’est plutôt marrant, on est tous relativement fiers de ce qu’on a fait depuis le début, parce que c’est ça qui nous a menés là aujourd’hui. Quand on a écrit Count Your Blessings, on avait 17-18 ans. Il n’y a pas beaucoup de groupes qui écrivent un album à cet âge-là.

Y a-t-il une chanson du groupe, toutes époques confondues, que tu aimes plus que les autres ?

Dans tous les albums, y compris le nouveau ? Euh… Je pense qu’en ce moment, ma préférée est “Avalanche”. Une autre que j’aime bien, c’est “Don’t Go” ou “Oh No”, sur That’s The Spirit. En général, j’aime bien les chansons qui s’éloignent un peu du registre dans lequel on attendrait Bring Me The Horizon !

Et y a-t-il une chanson dont tu t’es lassé ? Ou dont tu as honte ?

J’en ai un peu marre de “Chelsea Smile”, parce qu’on la joue systématiquement depuis super longtemps. C’est un morceau incontournable pour les fans, ils l’attendent dans chacun de nos sets. Je pense que ce serait cool de changer parfois, d’interpréter une autre de nos anciennes chansons. Par contre, je ne sais pas si ça plairait à ceux qui veulent absolument entre celle-là ! Mais la jouer tous les soirs, sans exception, depuis presque huit ans… perso, j’aimerais pouvoir en jouer d’autres. Mais encore une fois, on joue avant tout pour les gens qui viennent nous voir, c’est donc à eux qu’il faut faire plaisir avant de penser à nous.

Quant aux morceaux dont j’aurais honte… Non, il n’y en a pas, j’assume tout ce qu’on a fait depuis le début !

Il y a des années, Oli avait affirmé dans une interview que Linkin Park était l’une de vos principales influences. Avec That’s The Spirit, de plus en plus de gens vous comparent à eux, en disant par exemple « Le nouvel album de Bring Me The Horizon va avoir un impact dans la culture mondiale similaire à celui qu’avait eu Hybrid Theory en 2001 ». Qu’est-ce que tu penses de tout ça ?

Je suppose qu’on va avoir la réponse à cette supposition relativement vite ! En tout cas, c’est un énorme compliment, c’est hallucinant que quelqu’un puisse penser ça. On verra dans les semaines à venir. Mais on a toujours essayé de changer, d’évoluer, on a jamais voulu se contenter de quelque chose de simple. Après Suicide Season, on aurait très bien pu continuer sur cette lancée, à écrire des albums non-stop, mais artistiquement, cela ne nous aurait pas apporté de satisfaction. De notre côté, nous tentons d’écrire les meilleurs albums possibles, et ce qui s’ensuit, cela dépend des opinions des gens. On verra donc ce qu’ils penseront de ce disque !

Vous avez aussi un nouveau logo, ce parapluie qui apparaît un peu partout depuis quelques semaines… Qu’est-ce que cela représente ?

C’était l’idée d’Oli, et je pense que c’est un symbole parfait pour l’album. C’est une sorte de métaphore. Quand il pleut, le parapluie te sert de bouclier, mais parfois certaines gouttes peuvent quand même passer. Et dans la vie, même si tu te blindes, que tu cherches à te protéger, des choses ou des personnes extérieures peuvent quand même parvenir à t’atteindre.

Il y a eu une controverse sur Internet par rapport à ce logo ; un autre groupe – The Caulfiled Cult, de Singapour – utilise un symbole similaire depuis 2011, et ils ont crié au plagiat… Mais si mes souvenirs sont bons, un dessin qui ressemblait à ce logo apparaissait déjà sur un t-shirt de Drop Dead [la marque créée par Oliver Sykes] en 2006-2007 ?

Oui, exact ! On a fait le rapprochement aussi, Oli avait ça en tête depuis un moment. Je ne savais même pas, pour cet autre groupe… Mais en Angleterre, le parapluie est un symbole très populaire, parce qu’il pleut tout le temps !

Vous avez déjà mis en ligne quelques vidéos (clips et live) pour des morceaux de That’s The Spirit. Est-ce que d’autres sont en projet ?

Oui, je crois qu’on va tourner une vidéo pour “True Friends” d’ici environ deux semaines. Ce sera donc la prochaine sur la liste.


La vidéo de “Throne” est clairement inspirée de la série Game Of Thrones. Est-ce que vous regardez tous la série ?

Oui oui ! En tournée, on se rejoint tous pour regarder les derniers épisodes ensemble. C’est drôle que tu m’en parles maintenant ; il y a quelques jours, on a joué à Reading, et l’acteur qui joue Samwell Tarly dans la série était au festival. Nos copines l’ont croisé, elles voulaient toutes des photos avec lui !

Dans la série, à quelle maison appartiendrais-tu ?

Mh… J’aimerais bien être un Targaryen !

Et quel est ton personnage préféré ?

Tyrion, le nain. Je le trouve vraiment drôle, et j’aime bien son côté insolent.

[SPOILER ALERT ;-)] Tu as vu le final de la saison 5, alors ? Que penses-tu qu’il va arriver à Jon Snow dans la saison 6 ?

Je pense qu’il va être ramené des morts par Mélisandre, la prêtresse. Je lis les livres aussi ; au début, je n’étais pas très intéressé par la fantasy et tout ça. Mais après avoir vu la première saison de la série, j’avais besoin d’en savoir plus, je me suis vraiment plongé dans cet univers et j’ai lu les livres les uns après les autres, en l’espace de deux mois !

Revenons à la musique : vous allez repartir en tournée dès le mois prochain avec des supers groupes comme PVRIS, Issues, Neck Deep et Beartooth… Qui as-tu le plus hâte de voir sur scène ?

PVRIS, parce que je n’ai jamais eu la chance de les voir en live. On a joué avec eux le weekend dernier, à Reading et Leeds, mais je n’ai pas pu me libérer pour aller regarder leur show. Et puis quand ils étaient en tournée, on l’était aussi, du coup je n’ai jamais pu aller à un de leur concert. Mais j’adore leur musique, et j’ai vraiment hâte de partir en tournée avec eux !

À l’annonce de votre tournée européenne, beaucoup de fans français ont été déçus de constater qu’aucune date n’était prévue dans le pays. Mais toi et Jordan avez dit sur Twitter que vous prépariez quelque chose de spécial pour nous, tu peux nous dire ce que c’est ?

Oui, on sera de retour à Paris en avril 2016 ! [La date du 16 avril 2016 au Trianon a été communiquée de façon officielle quelques heures après cette interview] On a vraiment essayé de planifier un show ici en même temps que les autres dates, mais les salles sont toutes surchargées en novembre, il n’y avait plus de place pour nous. Je crois que la seule salle qui aurait été dispo était le Bataclan, mais il y a deux ans on avait fait un show sold-out là-bas, du coup on espérait trouver une autre salle, plus grande, où plus de monde pourrait venir nous voir.

Tu as parlé des festivals de Reading et Leeds tout à l’heure… Tout s’est bien passé ?

C’était génial ! J’étais vraiment très nerveux, parce qu’on avait pas joué de « grand » concert depuis Wembley, en décembre dernier. C’était donc une sorte de retour, après huit mois. On avait tous peur d’être un peu rouillés ! En plus de ça, on avait une sacrée pression parce que les gens derrière nous disaient : « Il faut assurer, c’est une opportunité unique pour séduire votre public » !

Et justement, comment le public a-t-il réagi aux nouveaux morceaux ?

Je pense que la plupart ont apprécié ! Il doit y avoir pas mal de gens qui sont venus nous voir alors qu’ils n’étaient pas fans avant – et d’un autre côté, comme je disais tout à l’heure, les fans de métal ont dû râler parce que « ce n’était pas assez métal » ! Mais bon, si ça ne leur plaît pas, ils peuvent toujours continuer d’écouter nos anciens albums !

Parlons un peu bouffe, maintenant : vous êtes plusieurs dans le groupe à être vegans, non ?

Oli, Jordan et moi nous le sommes, mais pas Lee et Matt, même s’ils mangent vegan avec nous aussi souvent que possible. De mon côté, je suis devenu vegan quand j’avais dix-huit ans. J’ai été élevé dans une famille qui mangeait tout à fait « normalement », puis un jour j’étais à un concert en Grande-Bretagne, et il y avait un stand de nourriture vegan. J’ai commencé à discuter avec le mec qui tenait ce stand, il m’a parlé de ces convictions, et c’est là que j’ai eu envie d’arrêter de manger de la viande.

Je vous ai vus, Jordan et toi, arriver avec des sachets du restaurant East Side Burgers, vous connaissez donc déjà au moins un spot à Paris où vous pouvez trouver de la nourriture vegan ?

Oui ! Il y a deux ans, quand on jouait au Bataclan, je suis allé faire un tour dans les environs et je suis tombé sur ce restaurant. Je me suis dit : « Quoi ? Si près de la salle, il y a un restaurant vegan ? ». Je l’ignorais complètement, c’était un pur hasard ! Du coup, j’étais allé chercher Oli et les autres, et on était retournés chez East Side Burgers. C’est vraiment super bon, et quand on est revenus aujourd’hui je me suis dit qu’on ne pouvait pas repartir de Paris sans y refaire un tour !

Que penses-tu, de manière générale, de la France et des Français ?

J’aime beaucoup la France ! J’ai vécu à Montréal pendant deux ans, alors je me débrouille un peu quand j’ai besoin de parler français. Je comprends plutôt bien, même si je trouve ça un peu difficile de parler, et surtout d’écrire. Mais je peux suivre une conversation, je peux lire des menus et des textes pas trop longs, alors c’est assez fun pour moi d’être ici, ça me rappelle l’époque où je vivais à Montréal ! Même si là-bas c’était plus facile pour moi, parce que les gens parlent un peu le « franglais », qu’ils switchent sans cesse d’une langue à l’autre.

Quant aux Français… Justement, je suis une fois venu avec une amie québécoise, elle parlait français avec un mec et il lui a rétorqué : « On ne prononce pas ça comme ça ! » Je pense que les Français sont un peu sévères quand il s’agit de leur langue ! Mais sinon, j’adore être ici, et on aime beaucoup nos fans français, ils sont toujours très réactifs, très enthousiastes. On a tous hâte de revenir ! 

Interview et traductions par Laurie B.

Merci à Roger et à Olivier de Replica.





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