dimanche 14 août 2022

Live Report : ROCK YOUR BRAIN Fest 2022 - 24 & 25/07/22 - Sélestat



Enfin un festival ! Plus de deux ans que je n'avais pas foulé l'herbe (enfin ce qu'il en reste vu les températures des derniers jours) d'un pré avec des milliers d'autres gens et en plus, royal, à moins d'une demi-heure de route de chez moi. 2022 signe donc le grand retour du Rock Your Brain Fest (version été, parce qu'il existe une version d'automne dont voici l'affiche) suivant le Summer Vibration Festival, terminé la veille, qui donnait sa septième édition sur le même site, aux Tanzmatten de Sélestat, et toujours organisé par Zone51, la même association qui anime le centre-Alsace aux sons des musiques alternatives depuis 25 ans maintenant ! 

Le site a été revu, repensé, redécoré, amélioré, optimisé... Mettez tous les adjectifs que vous voudrez, les courageux bénévoles (denrées rares d'ailleurs) ont mis tout en œuvre pour accueillir au mieux les festivaliers en terre alsacienne. Après 3 jours placés sous le signe des musiques plutôt festives du 21 au 23 juillet (les plus ouverts d'entre vous connaîtront – même que de nom – Roméo Elvis, Sinsémilia ou encore Morcheeba), changement complet d'orientation musicale le dimanche 24 qui sera rock-metal et le lundi 25 ouvertement punk de tous horizons. 

DIMANCHE 24 JUILLET 

Il fait lourd pour ne pas dire étouffant en ce dimanche midi de fin juillet, et venir en plein cagnard pour voir jouer les metalleux de DUST IN MIND relève de l'exploit. Le groupe de Strasbourg, emmené par sa chanteuse Jennifer, a la lourde tâche d'ouvrir sur la grande scène (Mainstage) et c'est un parterre honorable pour l'heure qui applaudit les titres joués ce jour-là, majoritairement tirés de leur nouveau récent disque CTRL, clairement leur meilleure réalisation à ce jour.

Dust In Mind


TOWARD THE THRONE, autre groupe local (mais du Haut-Rhin cette fois) enchaîne sur la petite scène (Tiki Area), qui est placée sous un chapiteau un peu plus loin sur le site. Ambiance black-death-metal ici avec petites décorations à base de bougies, fleurs et autres crânes... Ok ça fait moins d'effets qu'en pleine nuit mais la musique semble mettre tout le monde d'accord et le public approuve malgré ce style musical si particulier.

Je fais l'impasse sur CELLAR DARLING et préfère attendre à l'ombre des arbres, parce que ça tape bien, que les hardcoreux strasbourgeois de PIEDBOUCHE viennent faire bouger le chapiteau. Les fans d'Hatebreed et Earth Crisis en auront eu pour leur grade pendant 40 minutes avec un public qui commence déjà à mosher et à circle-piter malgré la chaleur écrasante et la poussière. Il y a même eu un dinosaure sur scène à un moment !

16h45, c'est DEEZ NUTS qui foule la grande scène ! JJ Peters est plutôt en forme avec sa casquette Palyboy et son short rose bonbon. Les hardcoreux australiens enchaînent les titres mais pas forcément des hits. La setlist est variée et pioche dans toute la discographie, ce qui est assez sympa et plutôt rare en festival. Évidemment c'est sur "Band Of Brothers" que le set de presque une heure se termine sous les applaudissement du public et les nombreux remerciements du chanteur. 

Deez Nuts
Le « problème » quand on joue à domicile et qu'on sort de deux ans de pandémie, c'est qu'on croise du monde toute la journée. Alors c'est absolument génial de reparler à plein de gens mais du coup certains groupes passent à la trappe comme le hard folk de BOTTLE NEXT, au passage assez impressionnant avec tous leurs cuivres (je n'ai vu qu'un morceau du coup). 

18h15, le groupe le plus attendu pour moi de la journée monte sur la grande scène sur laquelle un drapeau de paix aux couleurs de l'Ukraine est en place en backdrop. Vous l'avez compris, les JINJER sont bien là, après une grosse prestation au Hellfest et une autre toute récente chez les copains du Sylak Festival. Il fait une chaleur de fou, mais les quatre donnent tout sachant en plus qu'ils jouaient la veille en Grèce, et avec le sourire malgré le contexte et les récentes déclarations de la chanteuse qui semble nous couver une petite dépression. Pour l'heure on a l'impression que tout va pour le mieux, le son est plutôt bon, et niveau voix, il y a un sacré niveau. La méchamment tatouée Tatiana Shmayluk a même réussi à convaincre des festivaliers-touristes de passage avec enfants qui resteront tout le set en hochant la tête ou en restant bouche-bée à l'écoute des cris maitrisés envoyés. Oui oui, il n'y a pas d'effets dans sa voix... On passe vraiment un moment bien sympa, le public est conquis même si j'ai le sentiment qu'il ne comprend pas tout aux compositions variées proposées. Il faut dire que quand on ne connait pas, ça reste assez spécial tous ces changements de rythmes et ce n'est pas simple de retenir ce qu'on entend. Anecdote sympa, en arrivant sur le site, il y avait une petite affiche sur le site avec un numéro de téléphone d'un des mecs de Jinjer qui cherchait de quoi fumer (il aurait probablement eu plus de chance d'en trouver la veille) ! En fin de concert, un spectateur filera son drapeau au groupe pour qu'il puisse faire une photo sur scène devant son public. 

Jinjer


19h20, OPAL OCEAN, duo de guitar-heroes australien, fait le show sous le chapiteau à base de solos et de riffs acoustiques plutôt bien foutus. On regarde un peu par curiosité avant de revenir sur la grande scène pour voir les vétérans du jour : THE SISTERS OF MERCY. Un peu improbable de les retrouver dans cette programmation ultra éclectique et pour ce qui est aussi leur unique concert français de l'année. La goth-dark wave attire son lot de fans (ok les plus âgés il faut bien le dire !). Plus de 40 ans de carrière, il ne reste plus que le chanteur originel, mais les Britanniques tiennent le coup et le set d'une heure durant lequel sera jouée plus d'une quinzaine de titres, se laisse regarder avec plaisir. Difficile d'accepter que la batterie soit remplacée par deux ordinateurs... Mais c'est le style qui veut ça ! 

The Sisters Of Mercy


20h50, on enchaîne avec un petit peu de prog-stoner sous le chapiteau où il fait bien chaud pour apprécier KING BUFFALO. Le trio américain balance du gros son bien lourd et gras, faisant remuer correctement les nuques. Beaucoup plus agréable en live que sur disque où il me manque quelque chose pour vraiment adhérer. 

Il est l'heure de faire une pause bien méritée et de manger un bout parmi les nombreuses propositions de restaurations (de la tarte flambée locale, en passant par le plat africain, le végétarien ou le classique burger-frites). En revanche pour les prix, on sent que c'est la crise, parce que ça a méchamment augmenter, mais ça c'est partout désormais... 

C'est POWERWOLF qui attirera le plus de monde ce soir ! Les heavy-metalleux allemands ont apporté leur décor avec eux, mais rien n'y fait, impossible d'accrocher musicalement. C'est un peu comme si les Cranberries faisaient du Iron Maiden. Et en plus, à cause de la canicule, et de la scène un peu trop petite, nous n'avons pas eu droit aux effets pyrotechniques, qui sont une des animations phare du groupe (avec les danses improbables du claviériste). 

Powerwolf

22h30, découverte du jour avec le prog-rock canadien d'ALEX HENRY FOSTER, qui est en parallèle le chanteur de Your Favorite Enemies ! Un set non-conventionnel dans la pénombre avec plein d'instruments, même de la flûte, pour un rendu assez hypnotisant. De là à écouter ça dans la voiture, peut-être pas, mais en live, c'était bien.

WARDRUNA, tête d'affiche du jour, clôture cette journée du dimanche. Même si beaucoup ont quitté les lieux après Powerwolf, les fans de musique néofolk ambient sont présents, écoutent religieusement et applaudissent allégrement le groupe norvégien et son charismatique chanteur. Réservé à un public d'avertis cependant. On regarde de loin tout en refaisant le monde avec les copains. Il est presque 1h du matin quand nous quittons les lieux, le lendemain sera un tout autre jour... 

Bravo au passage à un des stands de restauration qui offrait les restes de ses knackis frits aux festivaliers au lieu de jeter son stock à la poubelle. C'était pas la meilleure idée de manger ça à cette heure là mais il fallait saluer l'initiative !

Wardruna
LUNDI 25 JUILLET

Il fallait se lever tôt puisque les concerts débutaient à midi sous le chapiteau. On ratera (les inconnus – désolé) EAST SOUNDS FAMILY et M.O.K.O., pour commencer pile dès notre arrivée avec LES SHERIFF! Le groupe punk de Montpellier (ressuscité il y a quelques années) est toujours en place et continue de jouer sa musique partout où il le peut. Véritable référence punk des années 90, les mecs ont de l'énergie à revendre et jouent aussi bien des classiques comme des titres du récent Grand Bombardement Tardif (2021), leur premier album en 23 ans ! Manquait quand même quelques hits connus tels que "Pendez-les haut et court" ou "Pour le meilleur et pour le pire". 

Les Shériff !


On passe au travers de LA SOLUTION (désolé), il y a un vent ultra chaud sur le site, ça cogne encore bien, et les passages aux ravitaillements se font de plus en plus nombreux. Les festivaliers sont contents de pouvoir se rafraichir sous le brumisateur géant positionné non loin d'un des bars du festival, où se situe aussi une zone où on peut se servir gratuitement en eau potable. On remarque que le site est beaucoup plus remplit que la veille, pourtant nous sommes lundi, non férié en plus, à en croire que le metal attire moins que le punk ?

TAGADA JONES est sur la grande scène (groupe que j'ai dû voir 15 fois...), ça joue bien mais bon, rien de fou, même si le public est chaud et que ça slamme à tout va, la preuve en photo ici-bas... On entend au loin sous le chapiteau le punk régional à l'ancienne de LA CONSIGNE et les paroles engagées, en français, de sa chanteuse. 

Tagada Jones
Les anciens de THE TOY DOLLS sont encore en vie, toujours avec leurs lunettes et leurs cheveux colorés. On apprendra plus tard que le set fût écourté car un des musiciens ne se sentait pas bien et a préféré stopper le show. Quand il fait 35° et qu'on a 60 ans, jouer 1h en plein soleil peut s'avérer dangereux...

The Toy Dolls


Pas vraiment attiré par le trio punk britannique, on se donne tous rendez-vous avec les copains pour supporter le groupe local PUNKY TUNES. Nouveau venu sur la scène punk alsacienne, les cinq balanceront quasiment une heure de reprises punk hardcore ! Des Bouncing Souls et The Offspring à Sum41 en passant par la nouvelle génération comme Turnstile, une ambiance bon enfant se fait sentir, il n'y a qu'à voir les sourires sur les visages pour comprendre que les gens sont heureux d'entendre notamment des classiques de leur jeunesse. On aura même droit à un circle-pit sur le traditonnel « Young 'Til I Die » de 7 Seconds ! 

Punky Tunes

Pas de répit, direct après ce sympathique moment, direction la grande scène pour voir le groupe que j'attends le plus ce weekend : DANKO JONES. C'est toujours super cool de revoir le trio rock infernal en live et on sent que lui aussi est content de remonter sur scène après deux ans de pause forcée. C'est bien simple, ce mec est une machine à tubes. Tous les refrains qu'il a pondu sont imparables et restent en tête facilement. Là aussi ça sera une heure à remuer la tête en chantant fort les paroles de "First Date", "I'm In A Band" ou encore "My Little RNR". On aurait pu continuer à écouter ça pendant longtemps et un petit "Sticky Situation" ou un "Forget My Name" n'auraient pas été de trop. Un super moment made in Canada !

Danko Jones

Alors que les folk-punks anglais de FEROCIOUS DOG s'emparent du chapiteau, il est temps de reposer un peu nos oreilles en attendant la suite. Il sera agréable de s'assoir en zone restauration et de goûter un autre plat tout en discutant avec plein d'autres amis pas vus depuis si longtemps.

Il est à 20h50, place à ALESTORM sur la grande scène et leur désormais légendaire coin-coin géant comme décor. Bon je vais être clair, je n'aime pas du tout ce groupe... Donc ça tombe plutôt bien qu'un autre concert démarre au moment sous le chapiteau.

Alestorm
C'est THE MOORINGS qui enchaîne et on peut dire que s'il y a du monde pour Alestorm, il y en aussi pas mal jusqu'à en dehors de la tente pour les celtic-folk-punkers. Seul bémol, quand deux groupes jouent sur la même plage horaire, le son d'une scène vient polluer l'autre quand la musique s'arrête. Mais ça n'empêche à rien de faire la fête et les chansons à boire des Alsaciens font mouche, le public danse et chante, ravi de la prestation donnée ce soir. 

The Moorings

La fin de soirée se fera au son des DROPKICK MURPHYS, tête d'affiche de cette soirée axée punk, alors que sous le chapiteau les Australiens de CLOWNS (signés sur le label de Fat Wreck Cords de Fat Mike de NOFX, rien que ça) terminent de convaincre les plus courageux. Deux groupes qu'on entendra de loin car occupés à encore refaire le monde avec les copains.

Bilan de cette nouvelle édition du Rock Your Brain Fest. Un retour plutôt gagnant sur l'ensemble de la semaine, même si il est vrai que les deux soirées rock ont fait déplacer moins de gens que les trois soirées electro-hippie (10 000 de moyenne contre 5000), mais il faut souligner la prise de risque au niveau de l'affiche qui se voulait ouverte et variée, peut-être un peu trop, notamment le dimanche. Le site version 2023 a été revu et optimisé, trouvant probablement sa meilleure configuration à ce jour (attention cependant au conflit de sons lorsque les deux scènes jouent en même temps). On est sur une manifestation à taille humaine qui mise sur le côté qualitatif, un site propre et accueillant, engagé comme toujours (importance sur le tri des déchets, un village éco-responsable...), un poil avant-gardiste comme avec ses urinoirs féminins, sans oublier le festival OFF avec des groupes locaux pour animer le camping. Tout est fait pour que le festivalier s'y retrouve et passe un bon moment. On attend avec impatience l'édition automnale (avec les Burning Heads, les Svinkels ou encore les Ludwig Von 88...) et on espère que tout ça sera reconduit pour une nouvelle belle édition à l'été 2023.

Et puis vous avez déjà été à un festival survolé pendant les concerts par des cigognes ? Il n'y a qu'à Sélestat qu'on peut vivre ça et ça, c'est vraiment classe ! 

Sébastian D. 

Merci à l'association Zone51 pour les invitations.  

Photos : page Facebook du festival par Nicolas Keshvary, Christian Ballard, Gaël & Yeliz, Lyriopee, Alisucre, Tibi, Fredo pour le projet #résigraphies


 





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