dimanche 3 octobre 2021

Interview : Aaron Matts (chanteur de Ten56)

Ten56, récente formation metalcore-djent parisienne, sortira son premier EP, Downer Vol.1, le 25 novembre prochain chez Out Of Line Music. L'occasion pour Alternativ News de parler de ce nouveau projet avec Aaron Matts (désormais ex-chanteur de Betraying The Martyrs).

Salut Aaron, ça va ? 

Ça va mec, la vie est belle. 

Peu de temps après avoir annoncé ton départ de Betraying The Martyrs (BTM) dont tu as été le chanteur pendant 10 ans, tu as annoncé la formation de Ten56. Quelle est l’idée avec ce nouveau groupe ? 

L’idée c’était de faire quelque chose qui me plaisait vraiment. BTM ça me plaisait au début, mais à la fin je me rendais compte que, que ce soit de faire les morceaux sur scène ou d’être en session d’enregistrements, je n’étais plus trop passionné par la musique qu’on faisait. Je ne m’amusais plus trop en tournées, ni en studio, du coup je pensais en avoir fini avec la musique. On a eu une discussion avec BTM en tournée en 2019 je crois, et je me disais que je ne kiffe plus faire de la musique. Une fois que j’ai abandonné l’idée de continuer avec BTM, je me suis rendu compte que ce n’était pas la musique qui me saoulait mais juste ce projet-là. J’avais fait le tour tout simplement. Avec BTM on avait des influences très larges, et j’ai toujours été fan de trucs super sales. J’ai apporté ma partie du sale en rejoignant le groupe mais il restait beaucoup d’éléments qui n’étaient pas à mon goût. Du coup, au lieu de vouloir transformer BTM pour que ce soit ce que je voulais, je me suis dit que j’allais arrêter de me prendre la tête, partir en bons termes et faire mon truc de mon côté.

Et ça ne fait pas bizarre de repartir d’une page blanche, après tout ce que tu as connu ? Après ce que les autres membres ont connu ? 

Bah si… Oui et non en fait. J’ai quand même la chance qu’il y ait des gens qui se rappellent de moi, qui sont intéressés par le projet. J’ai aussi la chance d’être avec des mecs qui viennent de groupes connus aussi. Et du coup, vu que j’ai quitté BTM juste avant de monter ce groupe-là, il y avait quand même pas mal de visu sur ce projet. Donc je ne dirai pas qu’on commence vraiment de zéro, mais ça fait du bien d’avoir un projet vraiment à moi.

Ten56 est donc composé de toi au chant, Nico Delestrade (Novelists) à la basse, Luka Garotin (Earth Trip), Quentin Godet (Kadinja) à la guitare et Arnaud Verrier (Uneven Structures). Joli line-up ! 

Oui, d’ailleurs Luka, c’est un mec que j’ai connu depuis qu’il a 13 ans. J’ai fait ma toute première date avec BTM au Havre et Luka vient de là-bas. Il est venu en tant que fan, il avait 13 ans ! A 13 ans je l’ai vu débarquer et j’ai fait « Whoa ». On s’est vu pour la première fois, c’était un petit mega fan et maintenant on a un groupe ensemble. C’est un mec pour qui j’ai vachement de respect. 

Vous avez dévoilé 3 morceaux, "Diazepam", "Boy" et très récemment "Sick Dog". Je fais 3 constats de ces morceaux : c’est très lourd… 

Ouais (rires), c’était l’idée de base ! 

Deuxièmement, les thèmes abordés sont sombres et enfin les morceaux sont relativement courts. Commençons par les thèmes abordés et on découlera sur le reste ensuite. Vous abordez la mort sous différentes facettes dans vos morceaux : "Diazepam" parle plutôt du suicide, "Boy" d’un meurtre, et "Sick Dog" de quelqu’un qui veut se laisser mourir. Explique-nous un peu pourquoi ce choix en particulier et comment tu abordes ce thème dans chacun des morceaux.

Pour "Boy" ça parle plutôt d’une agression sexuelle sur des enfants. C’est très sombre, après ça parle de meurtre aussi mais ce n’était pas l’idée principale pour ce titre. Pour répondre à ta question, ce sont des choses qui sortent de ma tête et le deuxième morceau c’est une vraie histoire. Dans BTM j’étais un peu obligé de parler tout positif, il y avait déjà un thème de groupe avant que j’arrive. Il fallait donc que j’écrive mes paroles tout en restant dans cette case, sans trop en sortir. 

Tout ce qui est sombre et dépressif, j’aime ça, je suis attiré par ça, de la même façon que les gens sont attirés par les films d’horreur ou des jeux vidéo où tu flingues des gars. Vu que c’est ce que j’aime, Ten56, c’était le moment pour moi de me lâcher, aller dans des sujets qui me plaisent un peu plus et aussi de me débarrasser des pensées que j’avais en tête. C’est ma façon d’en parler car ce sont des sujets pour lesquels il est difficile de parler dans la vie. L’histoire de "Boy" c’est une histoire que j’ai racontée à peut-être deux personnes dans ma vie et là je peux me permettre d’en parler ouvertement. "Sick Dog", c’était une idée de Luka, notre guitariste, qui musicalement parlant fait 95% du taf de compo. C’est un petit malade. Ce thème-là, d’un mec malade en phase terminale qui a juste envie qu’on le laisse mourir, c’était une idée à lui. Il m’a vendu le projet de ouf et on a bossé ça ensemble.


Rien que votre nom finalement annonce la couleur : Ten56 ! 

C’est ça, c’est le code d’alerte pour les suicides aux Etats-Unis. A la base, le nom du groupe c’était Downer, mais on a vu que y a un rappeur qui s’appelle Down3r. On a écrit à ses avocats qui nous ont dit « Non. Vous faites ça on vous colle un procès au cul ». 

Pour accompagner ces morceaux vous avez sorti 3 clips (et 3 playthrough pour "Boy") qui sont visuellement très travaillés et collent très bien aux thèmes. Si je ne dis pas de bêtises, Anubis Prod a travaillé sur les 3 clips. Tu peux nous parler un peu de ces vidéos, quelle était l’idée derrière ?

Bah déjà merci ! En fait Anubis c’est mon pote Danny Louzon qui fait partie d’un groupe qui s’appelle Hurakan et qui était avant dans un groupe qui s’appelle Nakht. On a tourné "Diazepam" à Meaux et on s’est rendu compte qu’on avait besoin d’une enceinte, de ci, de ça, et Dani habite à Meaux. Du coup je l’ai appelé et lui ai demandé s’il pouvait venir filer un coup de main. Au final il a fait assistant, il a fait 50% des plans, il a ramené sa caméra… Ce gars c’est un ouf ! Il a fait pareil sur "Boy" parce qu’on a tourné ça à côté de chez lui, il a fait les Behind The Scenes qu’on n’a pas sortis encore. Au final on avait envie de lui faire confiance pour tout un clip et alors il a fait "Sick Dog". C’est juste un pote qui monte et a qui on a envie de faire confiance. 

 

Tu as commencé à aborder le sujet tout à l’heure en parlant de Luka. Musicalement, les morceaux sont lourds. Ça va droit au but, de gros riffs, pas de technicité superflue, c’est hyper efficace. Comment vous composez vos morceaux ? 

On a dit qu’on ne voulait pas de technique dans tous les sens. C’est bien produit, c’est Luka qui fait la prod aussi. Luka c’est un mec qui comprend que la lourdeur ça vient du chant aussi. Du coup, quand on compose ensemble, ou même s’il compose sans moi, il va toujours laisser de la place pour ma voix. Ce n’est pas un mec qui compose en voulant rester dans les règles où là il faut un refrain, là il faut un pont… Pour lui, si ça marche, ça marche, et ça je n’avais plus vraiment l’habitude… Et c’est trop bien (rires)

Du coup tu as répondu à ma prochaine question qui était de savoir comment toi tu travailles avec les musiciens pour que tes textes collent à l’instru ? 

On essaye de caler le thème avant de composer la musique, histoire qu’on entende le thème dans la musique même. 

Tu me disais un jour qu’il était hors de question que quelqu’un d’autre que toi écrive les textes que tu chantes. 

Impossible. 

Pourquoi c’est si important ? Tu nous disais que Ten56 c’est vraiment toi qui t’exprimes. 

Ouais c’est ça, c’est un peu ma seule façon de m’exprimer. Je sais que y a d’autres chanteurs qui prennent les textes d’autres personnes, pour moi il n’a jamais été question de faire ça. Je vais quand même chanter ces morceaux sur scène avec plein de passion, et si ce ne sont même pas mes mots c’est pas possible quoi. Je me pense capable de le faire moi-même quoi (rires) 

 


Les morceaux courts, c’est un choix aussi, ou plutôt un hasard ? 

C’est un peu un choix je pense, enfin peut-être même pas. Je sais pas, après 4-5 minutes de lourdeur comme ça… Après y a moyen qu’on fasse des morceaux plus longs, mais je pense pas. On veut aller droit au but et niquer des mères quoi (rires). 

On vous a vu signer chez un label qui fait beaucoup parler de lui en ce moment : Out Of Line. Comment vous en êtes arrivés à les rejoindre ? 

J’étais en train de discuter des possibilités de faire un contrat avec Out Of Line pour BTM, du coup j’ai fait connaissance avec André. Entre temps, Nicolas a commencé à bosser chez eux. Je leur ai dit « moi je vais arrêter BTM, est-ce que ça vous intéresse de signer Ten56 ? », ils ont répondu « oui, on cherche un groupe de votre style de toute façon ». Ça s’est fait naturellement, c’était super facile.

On vous a aussi vu rejoindre les rosters de Opus Live, Kingstar Music pour vous produire en France et en Europe. Vous partez en tournée européenne et UK avec Landmvrks en mars prochain. Ce seront vos premiers concerts ? On aura moyen de vous voir en France avant ? 

Oui, la tournée ce sera nos premiers concerts, sauf s’il y a quelque chose qui tombe avant. On aimerait qu’il y ait des dates françaises, on y travaille. On cherche à faire que des trucs qui nous conviennent et donner un peu envie. Avec BTM, et les autres gars avec leurs autres groupes, on a tourné 250 dates par an et c’est fatigant. On veut donner envie en fait. 

Lors de ces concerts, vous défendrez votre premier EP, Downer Part 1 qui sort le 25 Novembre. Il sera composé de 6 morceaux. On aura l’occasion de découvrir un nouveau morceau avant que le CD sorte ? 

Y a des chances. On compte faire un clip pour chaque morceau… Si on peut… Ça coûte cher ! (rires) 

Downer Part 1, ça veut dire Downer Part 2. Pourquoi des EP plutôt qu’un album ? 

C’est parce que les gens consomment la musique différemment. Aujourd’hui, je pense que c’est mieux de sortir 6 morceaux, qui sont d’actualité, qui reflètent ce qu’on veut faire à ce moment-là, plutôt que de s’asseoir sur un album de 12 tracks qui prend deux ans et de sortir un truc tous les deux ans. Il faut deux ans pour faire un album. Mais aussi parce qu’on débute, il faut qu’on fasse des trucs tout le temps, les gens ne vont pas attendre deux ans. 

Et du coup Downer est resté pour le nom de l’EP. 

Ouais carrément. 

Il se passe pas mal de choses pour vous, Luka qui devient un guitariste de chez Vola Guitars, Arnaud se fait endorser par A&F drums, mais un truc qui me surprend un peu, c’est le nombre de vidéos réaction sur Youtube de gens qui écoutent vos morceaux pour la première fois. Il y en a beaucoup, tu as vu ça ?

Y en a plein ouais. Je sais pas comment ça se fait. Si je peux me permettre de dire ça, je pense que c’est tellement lourd ce qu’on fait qu’il y a un effet choc. Je suis super content que des gens prennent le temps de faire des vidéos react sur nous, ça aide vachement aussi… Surtout Nik Nocturnal, sa vidéo à lui a fait plus de vues que le clip de base. 

Ça montre que Ten56 intéresse les gens ! 

Ouais je suis super content. Il y a eu tellement de soutien de tout le monde, ça nous donne envie fort de continuer. De voir que y a tant de gens qui s’intéressent à ce qu’on fait alors qu’on existe depuis très peu de temps c’est énorme. On est super contents, on se demandait si ça allait marcher et ça a fini par marcher. Maintenant, un peu la flemme quoi (rires), mais il faut que ça continue comme ça.

Du coup on te souhaite justement que ça continue comme ça ! Merci du temps que tu nous as accordé. Un petit mot de la fin ?

Je veux juste remercier tous ceux qui écoutent Ten56 et qui nous soutiennent dans notre histoire et on espère qu’on ne les décevra pas.

 

Interview par Axel G.

Merci à Aaron Matts.





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