dimanche 25 octobre 2020

Chronique Rétro : Linkin Park - [Hybrid Theory]

Nous sommes en l'an 2000. Bac en poche, la fac d'Anglais me tend les bras, et le néo-metal est LE style à mode en ce début de décennie. On écoute Korn, Limp Bizkit, on se file des cds gravés avec des groupes à absolument écouter et Rock Sound est notre bible à tous. Et puis, un jour, un groupe sur un sampler, une chanson nommée "With You", et un album du mois plus tard, l'un des disques les plus emblématiques d'une scène fait une entrée fracassante dans nos vies et dans nos oreilles. 

Ce disque, c'est [Hybrid Theory]. Ce groupe, c'est Linkin Park. On pourrait s'arrêter là finalement, car tout a été dit et écrit sur cet album. Mais bon, pourquoi pas finalement, car avec le recul des années et un perception peut être différente de leur musique, notre avis a peut être aussi évolué ? Qui sait ?

Je pense avoir écouté ce disque plus de 1000x avec les années, énormément lors de sa sortie et encore aujourd'hui, il occupe une place dans mon iPod. D'ailleurs, je pense ne jamais l'avoir enlevé. C'est dire. Pas parce que je l'ai écouté constamment, mais parce que je savais qu'à un moment ou un autre j'aurais envie/besoin de le réentendre. Tout simplement, parce qu'[Hybrid Theory] a réussi là où beaucoup se sont cassés les dents. A la fois rock, rap, metal, pop aussi parfois, terriblement catchy, et radiophonique à souhait. Linkin Park a de suite tout compris, tout anticipé. Certains diront tout aseptisé. C'est évident que l'on est loin du côté sale de Korn, loin des loufoqueries de Limp Bizkit, mais le côté sombre de leur musique a toujours été une marque de fabrique. Surtout dans les paroles de Chester, qui a toujours essayé de combattre ses démons à travers la musique, même s'ils ont fini par l'emporter. 

On pourrait parler de tous les morceaux, car TOUS les morceaux sont des tubes. Quatre morceaux (seulement !) sont sortis en single : "One Step Closer" et son hommage appuyé à Rage Against The Machine sur ce break resté mythique et qui a démonté plus d'un pit : "Shut up when I'm talking to you",  les plus poppy "Crawling" et "In The End", ou encore l'énorme morceau d'ouverture "Papercut". Mais un peu à la manière de Def Leppard, tous les titres auraient pu passer à la radio, car toutes ces chansons sont formatées et avec un son ultra léché pour rentrer dans la case radio : structures classiques couplets/refrains/couplets/refrains/pont/refrain. Et toutes auraient pu être des singles en puissance. Car ça marche, et du feu de dieu en plus !  

Et pourtant, rien n'a été facile pour la sortie de [Hybrid Theory] (qui d'ailleurs était le nom du groupe au départ), puisqu'une fois la démo prête, la légende veut que le groupe aurait joué plus de 40 showcases pour des maisons de disques avant que Warner Bros. ne les signe. Les autres labels ont dû s'en mordre les doigts, tant Linkin Park est devenu une poule aux œufs d'or. Et immédiatement en plus. Car il n'a pas fallu longtemps pour voir le groupe passe d'un statut de rookie à celui de groupe confirmé et tête d'affiche des plus grandes salles du monde (d'ailleurs même en France, il fallait être là en ce 18 septembre 2001, pour voir Linkin Park jouer devant un peu plus de 1000 fans à l'Elysée Montmartre car deux ans plus tard, le groupe remplissait Bercy après la sortie de Meteora). 

Quelque part, Linkin Park a réussi à démocratiser le rock au sens large du terme. Peu importe qu'on écoute de la pop, du hip-hop, ou du metal, qui ne connaît pas leurs chansons ? Impossible. D'ailleurs plus d'un an après sa sortie, plus de 100 000 copies s'écoulaient encore chaque semaine. 

Et en 2020 alors ? Au final, que ce soit par nostalgie d'une époque où l'on pouvait boire sans avoir une gueule de bois pendant trois jours ou par la qualité du disque, [Hybrid Theory] peut être considéré comme un classique du rock contemporain. Par sa puissance, ses refrains immédiatement accrocheurs, sa production clinquante (avec Don Gilmore aux manettes), ses deux chanteurs aux voix se mariant à merveille (beaucoup ont tenté de reproduire le son Linkin Park, sans jamais y arriver complètement), et ses influences éclectiques, tout fonctionne encore. Sans jamais sonné daté car encore maintenant, jamais on a la sensation d'entendre un disque qui a 20 ans, contrairement à énormément de disques de cette scène neo/rap/metal, qui semblent d'un autre âge.  

En 37 minutes et 45 secondes d'éternité, Linkin Park a sorti un des debut-albums les plus marquants de tous les temps. Et 20 ans plus tard, quel pied en réécoutant ces 12 morceaux, dont aucun n'est à jeter. Et on peut aussi saluer l'évolution du groupe qui ne s'est jamais reposé sur ses lauriers (oui Meteora est une suite logique sans grandes prises de risques, mais pas décevante comme on a pu le lire un peu partout à l'époque), quitte à diviser son public. [Hybrid Theory] est un peu le Nevermind 2.0, et aussi un peu le Michael Jordan du metal. Et ça, ce n'est pas rien.

Guillaume W.  





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