dimanche 15 septembre 2019

Chronique : blink-182 - NINE

Avant même d’avoir entendu la moindre note du neuvième album (décrété officiellement par Mark Hoppus) de blink-182, tout avait déjà été dit : "C’est de la merde", "Y’a pas Delonge", "Matt Skiba retourne dans Alkaline Trio, on veut retrouver notre canard préféré au chant", ‘"De toute façon, c’est pas blink", "Delonge is God, Hoppus is shit", "Sum 41 c’est mieux", blablabla. Alors imaginez les réactions après avoir entendu les morceaux postés en amont de la sortie de galette. Les fans de Sum 41 qui s’offusquent qu’on puisse aimer "Darkside" (un tube et un morceau
d’ailleurs bien meilleur que l’ensemble du dernier album de l’ex-alcoolique en chef Deryck Whibley), les titres quand même pas fameux non plus ("Blame It On My Youth"), les morceaux bien foutus mais déjà entendus ("Happy Days") et les paroles ultra cheesy en plus de "I Really Wish I Hated You". Ça fait beaucoup, et avec une vraie réussite sur cinq morceaux sortis, on pouvait légitimement rester sur notre faim. Mais bon, au lieu d’écouter tout le monde dire que c’est de la merde avant de l’avoir écouté, bah on va quand même l’écouter ce disque. Et puis, il reste quand même 10 titres pour inverser la tendance. 

Et au bout d’une écoute, le constat est quand même bien moins alarmant que le laissaient suggérer les singles sortis en amont. Et surtout que dans le flow du disque, ils passent nettement mieux. D’ailleurs, l'enchaînement "The First Time" (qu’on croirait échappée de Take Off Your Pants And Jacket avec cette échange Hoppus et Skiba tout simplement énorme), "Happy Days" et "Heaven" (où la touche Skiba est omniprésente) est juste excellent. "Happy Days", single qu’on avait trouvé bien mais pas extra, prend une autre dimension coincé entre deux énormes morceaux. 

NINE est aussi un album court où finalement peu de morceaux dépassent les 3 minutes et les 15 titres sont bouclés en 42 minutes. Pas de fioritures donc, du direct, pas trop de places pour les expérimentations (si ce n’est dans l’utilisation de machines en deuxième lame et de quelques claviers). Clairement et c’est encore plus évident que sur California, Hoppus est la partie ultra poppy de Blink, quand Tom en était la partie plus punky. Matt Skiba joue dans son registre, et utilise bien entendu les codes d’Alkaline Trio. Travis fait du Travis comme d’habitude. Il fait ce qu’il sait parfaitement faire et ses parties sont toujours top, et il est difficile de trouver meilleur que lui derrière un kit.

NINE est aussi un disque inégal en terme de qualité. On le mentionnait plus haut, mais les singles, même s’ils sont plus digestes dans la globalité de l’album, sont quand même loin de rivaliser avec les standards auxquels le groupe nous a habitués. Par contre, on ne peut pas nier que quand ils se sortent les doigts, ça envoie sévère quand même. "Black Rain" est sans problème un des meilleurs titres de la galette et aurait pu se retrouver sur un album de Trio sans qu’on ait quoi que ce soit à dire ! "Pin The Grenade" combine les univers des deux têtes pensantes de la bande et le refrain va faire des ravages en live. Il en va de même avec les énormes mid-tempo "No Heart To Speak Of" et "On Some Emo Shit", ou la surprenante "Ransom" et son finish en boulet de canon alors qu’on s’attendait à un banal interlude, et même "Remember To Forget Me" qui commence comme une balade acoustique et finit par envoyer du bois et pas qu’un peu. 

En fait, le fond du problème n’est même pas tant le disque (oui, c’est loin d’être leur meilleure production), mais le nom du groupe sur ce disque. Car en retirant une pièce maîtresse comme Tom Delonge et y ajoutant Matt Skiba, une autre pointure dans le genre, il fallait bien se douter que des changements allaient apparaître. Sur California, on sentait Skiba en retrait, alors qu’ici il s’agit clairement d’un effort de groupe, la patte d’Hoppus est ultra présente dans le côté pop et hyper léché, alors que la partie direct, toutes guitares dehors est la marque de Skiba. 

Mais du côté des fans, il faut aussi se faire une raison : un retour de Delonge reste de l’ordre du fantasme absolu, et on se souvient tous de la réaction des fans de Blink lorsque Tom a commencé à découcher avec Angels and Airwaves, et que beaucoup disaient que Tom faisait tourner AvA avec trois riffs pour tous ses morceaux. Aujourd’hui, tout le monde retourne sa veste en disant que Tom a fait blink-182 et que sans lui, ce n’est plus Blink. Ce n’est pas faux non plus, mais essayez voir d’imaginer le groupe avec Delonge, mais sans Hoppus : le constat serait le même. blink-182 fonctionne à plein régime avec son duo de songwriters. En fait, on est nettement plus face à une suite à When Your Heart Stops Beating de + 44 qu’autre chose. NINE n’est pas Enema Of The State ou Untitled, c’est une évidence, et rien ne les égalera jamais. NINE est clairement pop et radiophonique à souhait, la production est ultra clinquante et rien ne dépasse. Mais tous les morceaux sont ultra catchy, et ça on ne pourra pas leur enlever. Pas tous bons non plus d’ailleurs, et les paroles font souvent saigner les oreilles aussi (surtout quand on connaît le niveau d’écriture de Skiba). Inégal donc sur la durée : on navigue entre l’excellent et le très moyen. Mais on est quand même très loin de la bouse infâme qu’on nous avait déjà vendu avant même que les mecs aient pensé à composer la moindre note du disque. Peut-être pas un vrai album de blink-182, mais un très bon disque de pop punk / rock alternatif. C’est une certitude. 

3,5/5

Guillaume W. 


1. The First Time
2. Happy Days
3. Heaven
4. Darkside
5. Blame It on My Youth
6. Generational Divide
7. Run Away
8. Black Rain
9. I Really Wish I Hated You
10. Pin the Grenade
11. No Heart to Speak Of
12. Ransom
13. On Some Emo Shit
14. Hungover You
15. Remember to Forget Me



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