lundi 4 février 2019

Chronique : Bring Me The Horizon - amo

On n’a pas eu besoin de l’attendre longtemps l’album le plus attendu de l’année 2019. Pas tous pour les mêmes raisons, mais bon. Pour de nombreux fans, l’évolution de Bring Me The Horizon depuis Count Your Blessings laisse perplexe. Jusqu’à Sempiternal, tout allait à peu près bien, même pour les fans de la première heure. On allait de plus en plus vers la mélodie, mais cela restait suffisamment heavy pour que l’on s’y retrouve sans sourciller. Ça s’est franchement compliqué avec That’s The Spirit en 2015, qui voyait la bande abandonner toute forme de violence pour se concentrer uniquement sur la
mélodie et les refrains ultra accrocheurs. Quatre ans plus tard, ça ne va pas s’arranger pour les fans. amo coupe totalement le cordon avec toutes leurs sorties précédentes. Electro, pop, hip- hop, rock, c’est ça que vous entendrez pendant les 52 minutes et 13 morceaux qui composent cette nouvelle galette. 

Le principal souci d’amo, ce ne sont mêmes pas les chansons. C’est simplement que les quatre titres proposés en amont de la sortie officielle de l’album sont ceux le plus portés guitares de l’album. Du coup, difficile de digérer le reste d’une traite à la première écoute. "Mantra" aurait pu se retrouver sur That’s The Spirit et fait le lien entre les deux albums, "Wonderful Life" pique un riff à Limp Bizkit (ou réutilise un riffe démo composée pour eux et refusée par Fred Durst...) et balance du refrain catchy à qui veut bien tendre l’oreille (des cuivres sur le final et quelques mots sussurrés par le terrible Dani Filth !), tandis que "Medecine" et "Mother Tongue" (d’où est tiré le nom de l’album) sont des titres qu’auraient pu composer Linkin Park, radiophoniques et suffisamment poppy pour attirer les ondes radio. Et que dire ? Ça fonctionne sans problèmes.

On retrouvera des traces de grosses guitares sur l’excellent "Sugar Honey Ice & Tea", où les synthés et les voix trafiquées sur le refrain son réellement bien vus et sur la bien nommée et beaucoup plus remplissage "Heavy Metal" (qui n’est pas vraiment heavy d’ailleurs et propose le featuring de Rahzel, anciennement membre des cultissimes Roots). Le reste des titres naviguent donc bien entre electronica et hip-hop et pop. "Nihilist Blues" (avec Grimes en invitée) et "why you gotta kick me when I’m down" balancent synthé et beats, et réussissent à nous faire nous emballer bien qu’elles ne soient pas des chansons qu’on imaginait un jour sortir sur un disque de Bring Me The Horizon.

Par contre, quand le groupe se plante, il se plante bien comme il faut : "In The Dark" est trop gentillette et aurait pu être chantée par Justin Bieber sans qu’on ait rien à redire (malheureusement ici) et "Fresh Bruises" est aussi à mettre du côté des ratés, sans queue ni tête.

La surprise vient en fait de "I don’t know what to say" qui clôt l’album de manière des plus orchestrales (sûrement inspiré de leur live au Royal Albert Hall où la bande avait été accompagné d’un orchestre symphonique) et est au final une belle réussite. Oui, c’est une ballade, mais une bien belle ballade pour le coup et des paroles pleine de sensibilité à propos d'un ami d'Oli atteint d'un cancer. On sent sur ce final que la groupe est en total contrôle sur son son et ce n’est pas un hasard si amo a été produit par Jordan Fish et Oli Sykes. D'ailleurs on sent clairement l'énorme influence du claviériste-percussionniste-chanteur depuis son arrivée, rappelez-vous de Worship, son ancien groupe de chillwave...

Pour ceux qui crient au scandale en disant que ce n’est plus du deathcore, vous avez dû clairement vivre dans une grotte ces dix dernières années. Depuis la sortie de leur premier album, Bring Me n’est plus deathcore pour deux sous. L’évolution laissera perplexe, c’est un fait. Dire que amo ("Je t’aime" en Portuguais) est une bouse sans nom est une grossière erreur aussi, c’est un autre fait. Il faut donner du temps à ce disque, qui paradoxalement et malgré son apparente accessibilité, est tellement varié, que l’on a du mal à y trouver un fil conducteur. Une fois acceptée que le groupe ne reviendra plus jamais en arrière (certains auront déjà lâché le disque rien qu’à l’écoute de "I apologize if you’re feeling something"), et avance comme bon lui semble, c’est définitivement plus aisé. Amo est un album concept autour de l’amour, beau et destructeur à la fois (inspirée de la propre histoire du frontman). Et le reproche que l’on ne peut absolument pas faire au groupe est de stagner : expérimental, hétérogène, bizarre, mais aussi hyper catchy, amo ne peut pas laisser indifférent malgré certains titres plus que dispensables. On aurait presque aimé que la bande laisse complètement leur passé derrière eux pour nous la jouer à la Thousand Suns de Linkin Park. La prochaine fois ?

3,5/5

Guillaume W.


1. I Apologise If You Feel Something
2. Mantra
3. Nihilist Blues (feat. Grimes)
4. In the Dark
5. Wonderful Life (feat. Dani Filth)
6. Ouch
7. Medicine
8. Sugar Honey Ice & Tea
9. Why You Gotta Kick Me When I’m Down?
10. Fresh Bruises
11. Mother Tongue
12. Heavy Metal (feat. Rahzel)
13. I Don’t Know What to Say



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