lundi 5 novembre 2018

Interview : MUSE

A quelques jours de la sortie de Simulation Theory, le nouvel et huitième album de Muse, vendredi 9 novembre, Alternativ News a eu la chance de s'entretenir avec le bassiste du groupe : Christopher Wolstenholme. Interview à lire dans le post complet.

AlternativNews : Salut Chris, et merci d’être avec nous. En général, quand je rencontre des groupes, je leur demande de se présenter. Je pense qu’il n’y a pas besoin de ça avec Muse (rires). Entrons directement dans le vif du sujet : Simulation Theory, votre huitième album va voir le jour le 9 novembre. Il sera disponible en 3 versions : une version standard de 11 titres, une deluxe (16 titres*) et une super deluxe (21 titres*) A la première écoute, l’album sonne très 80’s et ce sentiment est accentué par l’artwork qui l’accompagne. Pourquoi cette nouvelle direction ? 

Christopher Wolstenholme : Je dirais que quand on a fait Drones, on voulait pour cet album revenir sur quelque chose de connu, revenir bien plus sur les guitares et très peu d’extra-production, entrer dans le studio et jouer en groupe comme on le ferait sur scène. A chaque fois qu’on fait un album, on regarde ce que l’on a fait avant et on cherche toujours à faire quelque chose de différent. On regarde les albums précédents et l’on réfléchit aux directions que l’on peut prendre… 

Je ne sais pas si cette direction a quelque chose à voir avec l’âge que nous avons maintenant, le fait que j’ai des enfants ou que Matt a un fils. Mais quand tu regardes tes enfants, ça te rappelle en quelque sorte ta propre enfance. On est à un âge où je trouve qu’on réfléchit beaucoup à son enfance. Et de réfléchir, de repenser à son enfance nous ramène à nos premières influences, que ce soit pour les films et la musique. Et pour nous, la première chose à laquelle on a été exposés sont les films et la musique dans les années 80.



Après, tu peux avancer que les années 90 ont représenté une ère très importante pour nous : l’adolescence, nous trouver musicalement, mais les premières choses auxquelles on a été exposés remontent aux années 1980. Et que ce soit en termes de musique, d’imagerie d’époque, de films et de télévision. Ce qui fascine avec les années 80, c’est que, malgré le son et le look caractéristique des années 80, c’est une période où en quelque sortes plusieurs ères se sont rencontrées. Tu avais bien des groupes plus traditionnels mais les influences synth sont apparues à ce moment-là ainsi que les influences électroniques. Les gens faisaient ça en contexte de groupe, ils prenaient plein d’éléments d’avant qu’ils mélangeaient avec ce nouveau son synthétisé. C’était tellement les années 80 quoi. Donc c’est une période qui nous fascine beaucoup musicalement. 

* Les morceaux supplémentaires sont des réinterprétations des morceaux présents sur l’album. 


En plus des sonorités 80’s, on a des sonorités très space-rock, sci-fi. Les paroles d’ailleurs nous font penser qu’on suit la vie d’un robot. Cela nous fait penser à des thèmes abordés dans des films de cette période. Est-ce un hommage ? 

CW : Ce que je disais avec la musique des années 80, que les gens piochaient dans de l’ancien et mixaient avec du nouveau, tu le retrouves aussi avec les films. Quand tu regardes un film de cette époque, tu as en même temps un film très rétro et très futuristique. C’est ce concept de regrouper les différentes périodes ensemble qui crée quelque chose d’intemporel et qui nous fascine : des films comme la trilogie Retour Vers le Futur qui sont des années 80, ou alors tout début des années 90 que les deux deuxièmes films sont sortis. C’est l’exemple parfait de mélange des années 80 : entre le Grand Ouest, les années 50, les années 80, le futur… Le futur qui est maintenant, 2018 alors que le futur c’est en 2015 dans Retour Vers le Futur 2 ! Ce qu’ils ont fait en mélangeant toutes ces ères en une seule trilogie est incroyable. 

Je dirais qu’on a essayé de faire ça avec notre musique. Tu as "The Algorithm", très 80’s et synthé mais également très classique, "Something Human" a également une touche légèrement 80’s mais aussi très folky. On a vraiment essayé de combiner tous ces éléments ensemble pour créer quelque chose d’intemporel. Quand tu écoutes l’album, tu ne peux pas vraiment mettre d’étiquette dessus, tu sais que c’est 80’s-esque mais c’est aussi ceci et cela… 

Vous avez travaillé avec de nombreux producteurs pour Simulation Theory qui viennent d’horizons musicaux différents : Rich Costey (Muse, Foo Fighters, The Mars Volta, MCR…), Mike Elizondo (Eminem, 50 Cent, Avenged Sevenfold…), Shellback (Britney Spears, Adam Lambert Pink, Taylor Swift…) ou encore Timbaland (Justin Timberlake, Jay-Z, Beyoncé, Madonna…). Vous avez toutefois réussi à faire un album cohérent depuis "The Algorithm" jusqu’à "The Void". Pourquoi ces choix, et comment êtes-vous parvenus à ce résultat ? 

Pour nous, l’idée d’utiliser des personnes différentes est plus lié au factuel, à la manière dont on a enregistré l’album. De manière générale, quand tu fais un album, après tu pars en tournée, le temps passe, puis tu retournes en studio et tu fais un nouvel album. On entrait en studio avec les morceaux, et on n’en sortait pas tant que 12, 15, 20 chansons soient terminées, puis l’album sortait. Cette fois, on ne voulait pas faire ça. On a eu beaucoup de discussions sur la manière dont nous ferons notre musique à l’avenir, comment on sortirait notre musique à l’avenir. 



Quand on a fait la tournée pour Drones, c’est la première fois où on a réalisé que les habitudes d’écoute de musique des gens ont changées massivement. La plupart des gens n’achète plus d’albums désormais et streame la musique. La plupart des gens n’écoute plus un album entièrement mais plutôt des chansons en particulier sur des playlists, ce genre de choses. On a donc remarqué ça sur la tournée de Drones : quand on tourne, on aime jouer au maximum de nouveaux morceaux, c’est ce qu’on a fait avec chaque album qu’on a sorti jusqu’à présent, mais avec Drones on s’est rendu compte que les gens ne connaissaient pas les chansons qui n’étaient pas des singles. On a donc discuté sur la possible raison de cela et en sommes arrivés à la conclusion que, beaucoup de personnes quand elles vont écouter un groupe, vont écouter les morceaux les plus connus, ceux qui sont sortis en tant que singles et joués à la radio. Les gens ne se plongent plus autant dans un album qu’auparavant et ne cherchent plus les chansons qui ne sont pas des singles ou les perles rares. On a donc décidé que, plutôt que de faire un album de manière ordinaire, qu'on enregistrerait une à deux chansons à la fois, sur une plus grande période de temps. Ça ressemble un peu au processus de sortie d’un morceau sans qu’il soit rattaché à un album mais évidemment on a fini par faire l’album. 

Quand l’album sera sorti, il y aura 5 morceaux de sortis, ce qui fait déjà beaucoup de chansons que les gens auront entendues avant qu'il ne soit dans les bacs. Pour nous, l’objectif était de donner de l’importance à ce que l’on fait, donc on enregistrait une chanson et ne travaillions sur rien d’autre jusqu’à ce qu’elle soit finie et prête à sortir sans avoir de plans pour sortir un album.

C’est pour cela que chaque morceau sera accompagné d’une vidéo ? 

Pas chaque morceau, mais il y aura des vidéos pour beaucoup d’entre elles. Il y aura certainement aussi des vidéos paroles. Mais parce que l’on a fait l’album de cette façon, ça nous permet une plus grande liberté de création car tu ne penses pas à la manière dont les morceaux sont entre eux, à la cohérence globale de l’album. On a juste été très créatifs avec chaque chanson de manière individuelle, choisi des producteurs qui marcheraient pour chaque morceau plutôt qu’une production qui marcherait pour un album entier. C’était une manière très différente de travailler pour nous, vis-à-vis de ce que l’on a fait par le passé, mais c’est quelque chose que l’on a apprécié. 

Quand tu es en studio pour enregistrer un album, tu penses à une douzaine de morceaux en même temps, tu as tendance à accorder plus de temps à certains qu’à d’autres… Cette fois c’était très différent, chaque morceau a reçu beaucoup d’attention car on ne pensait pas à 12 autres morceaux : on travaillait sur un morceau jusqu’à ce qu’il soit fini. C’est une bonne manière de travailler. 

Parlons artwork. Kyle Lambert (affiches de Stranger Things, Jurassic Park) a réalisé le visuel de la version standard de l’album. Paul Shiper (Star Wars : Les derniers Jedi, Avengers Infinity War) a lui travaillé sur la pochette de la version super deluxe. Pourquoi avoir choisi ces personnes, et que leur avez-vous demandé ? 

On a fait les vidéos, en tout cas quelques-unes, et on savait évidemment où l’on se dirigeait avec cette racine 80’s. Encore une fois, de par la façon dont on a créé cet album, ça nous a donné beaucoup plus de temps pour penser à la direction artistique que nous voulions retenir. Je pense personnellement que c’est quelque chose que l’on n’a pas sérieusement regardé sur les albums précédents. On enregistrait et 2 à 3 mois avant la sortie de l’album on était là « Merde, ce sera quoi la jaquette ? Et les clips ? ». Ça semblait toujours être ce chaos de dernière minute, essayer de savoir à quoi ressembleraient les vidéos et l’artwork.


Evidemment, on voulait que le visuel colle avec l’ambiance sonore de l’album. La première chose que l’on a faite est la vidéo pour "Dig Down" et elle avait déjà ce thème. On voulait donc quelqu’un qui pourrait utiliser les éléments qui sont dans la vidéo et l’atmosphère générale qu’elle représente afin de les apporter sur le visuel de l’album pour que tout soit lié. Il y a cette connexion à Stranger Things, qui est une bonne référence aux années 80. 

Il y a aussi quelque chose dont on parlait depuis des années, c’est qu’à toutes ces périodes de temps, il était inacceptable pour un groupe que ses membres apparaissent sur la jaquette, en particulier les groupes de guitare. Très peu de gens le faisaient. C’est quelque chose que l’on a toujours voulu faire, ce serait cool de trouver une manière de nous mettre sur la jaquette de l’album, quelque chose d’original plutôt que des photos niaises du groupe. On s’est donc dit que ce serait sympa d’utiliser des références des vidéos pour mettre le groupe sur le devant de l’album.



Comment appréhendez-vous le live ? Je vous ai vus à la tour Eiffel en 2016 et tout semblait très travaillé, presque chorégraphié (cf. notre live report) ! Matt, Dom et toi saviez exactement quoi faire et quand le faire. Comment travaillez-vous ça ? 

Oh ! C’était un mauvais jour ça à la tour Eiffel, j’ai été en Angleterre et en Islande la veille (rires). Sinon oui, on travaille beaucoup sur le live, on fait beaucoup de répétitions en amont de la tournée. Je pense que c’est dans le planning de très nombreux groupes. Le tour que l’on fera l’année prochaine, les discussions initiales, les idées, avaient déjà lieu en début d’année dernière. C’est quelque chose que l’on cherche vraiment, apporter des nouvelles technologies, des choses qui n’ont jamais été faites auparavant, trouver des manières pour essayer d’amener nos concerts au niveau supérieur. Ça nécessite beaucoup de planification d’évènements. Tu as besoin de penser sur le long terme, bien en avance. 



Avec le Drones tour, on avait des drones qui volaient au-dessus des salles, c’est quelque chose qui n’avait jamais été fait avant. C’était un vrai problème, très difficile d’arriver à ce résultat. Les 3 premières semaines de tournée, on a eu pas mal de problèmes majeurs. On a fait des répétitions mais le système d’assistance faisant voler les drones n’avait jamais été utilisé dans une salle de concert donc on l’a configuré et utilisé de cette manière. Mais en tournée, il faut le ranger, le recalibrer pour chaque date et lieu… Et c’est seulement quand on a commencé à tourner qu’on s’est rendus compte que c’est un système problématique. Ça nous a pris 2 à 3 semaines de vrai boulot intensif, et l’intervention de beaucoup de personnes pour faire fonctionner ceci. Tu dois être préparé à ça, ça a toujours été quelque chose d’important pour nous de faire des concerts spectaculaires, donc tu dois travailler dessus.
Depuis 2010, on entend souvent que Muse veut être le premier groupe à jouer dans l’espace. Avec Simulation Theory, c’est le moment non ? 

C’est le moment, c’est le moment ! Que quelqu’un nous paye le voyage dans l’espace ! 

Petite question pour ma culture personnelle pour finir. Pour revenir sur le concert à la tour Eiffel, au moment exact où vous lanciez le premier refrain de "Plug In Baby", la tour Eiffel s’est illuminée car il était 21h, c’était incroyable ! C’était fait exprès ? 

Ouais… En fait je ne sais pas, je ne me souviens pas. Peut-être bien ouais. Je ne sais plus, peut-être une heureuse coïncidence. 

Merci Chris !

Remerciements : Arnaud Lefeuvre (WEA)
Photos : Jeff Forney

Face à face réalisé fin septembre 2018 à Paris par Axel G.

Le groupe sera en tournée en juillet 2019, à Paris, Marseille et Bordeaux :








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