mercredi 28 mars 2018

Interview : Pleymo

Nous retrouvons Franck Bailleul (platines / programmations / chant) sur les coups de 18h dans les loges de l'Ancienne Belgique en plein centre de Bruxelles. Tenue décontractée et accueil chaleureux sont de rigueur, pas de doutes les gars de Pleymo sont bien de retour pour se faire plaisir ! L'occasion pour Alternativ News de prendre la température mais aussi de se remémorer les bon souvenirs ainsi que d'évoquer l'avenir du groupe.


Comment avez-vous abordé cette première date à Nîmes et pourquoi avoir choisi cette ville pour débuter la tournée ?

Franck: On a commencé par 3 jours de résidence à la salle Paloma à Nîmes avec tous les techniciens de la tournée afin de régler la mise en place et les lumières puis le quatrième jour on a fait le concert. C'était vraiment top, la salle est moderne, spacieuse, super bien équipée et l'équipe du Paloma est hyper sympa, mention spéciale pour la cuisinière de ouf (rires). Ce format nous a permis d’aborder la première date dans les meilleures conditions possibles, voilà pourquoi nous avons choisi de débuter dans cette salle.

Comment avez-vous sélectionné le reste des dates pour cette tournée ? On ne retrouve pas un certain nombre de villes pourtant clés dans vos tournées précédentes.

Attends tu vas halluciner mais comme c'est la première fois qu'on fait une tournée très réduite, sur la date de Nîmes par exemple, j'ai rencontré des gens qui venaient de Montpellier, Toulon, Marseille ou encore Nice. Le truc c'est que c'est vraiment une mini tournée anniversaire donc forcément on ne peut pas tout couvrir. On a même vu deux fans japonais qui ont profité de la tournée pour voyager en Europe et venir nous voir hier soir au Trianon (ndlr- à Paris), c'est super cool !

Une de vos dernières grandes dates à Paris était le 23 mars 2007 au Zénith, hier soir vous avez-fait votre grand retour au Trianon le 23 mars 2018, c'était calculé ?

Ah non on a pas fait exprès, c'est marrant je crois que tu es le premier à nous le faire remarquer (rires). On a pas vraiment décidé de la date du 23 mars au Trianon, la seule chose qu'on a décidé, c'est quand on s'est tous revus au tout début 2017, à ce moment-là on s'est dit on lance une date et on va voir un peu comment ça réagit, puis en fonction on ajoutera des dates en province et puis on commencera à discuter avec les mecs des festivals. Nous mêmes, on était très très loin d'imaginer qu'on allait vendre tous les tickets en 24h.

En 2007, on vous a entendu dire que l'essoufflement de l'industrie du disque avait influencé en partie votre prise de décision d'arrêter le groupe. 10 ans après, votre vision de l’industrie musicale a-t- elle évoluée ? Qu’est-ce qui a changé ?

Alors moi je suis très impliqué là-dedans puisque j'ai créé une boite de prod avec David et John d' Enhancer qui s'appelle HK Corp. On travaille avec les labels au quotidien sur des clips vidéos. Personnellement, je trouve que par rapport à il y a 10 ans, l'industrie du disque elle s'est remise un peu d'aplomb car les majors n'avaient tellement pas senti le coup venir du MP3 et du streaming, c'était la véritable panique à bord avec les plans de licenciements et tout ce qui s'en suit... Les labels qui ont su résister ont fini par réviser un peu leur copie.

Pour en revenir à notre décision, on a pas arrêté Pleymo parce que l'industrie du disque ce cassait la gueule mais plutôt parce qu’on avait eu jusqu'à présent une carrière crescendo en partant d’un album auto-produit vers un deuxième signé chez Sony avec une tournée au Japon et une au Canada. Chaque année il y avait toujours un truc nouveau. Pour la première fois en 2007, on avait ce sentiment d'avoir fait le tour de toutes salles de concert, on avait pas pu repartir au Japon comme on l'aurait souhaité donc on a fait le choix de refermer le bouquin afin de conserver une belle histoire intacte avant de ressentir un éventuel déclin dans notre parcours. Dix ans plus tard, on a vraiment aucun complexe à se faire une tournée anniversaire, de se refaire un kiff ensemble avec le public sans aucune obligation derrière, c'est un événement festif tout simplement. 



Vous avez enregistré votre premier album, Keçkispasse?, en 1999 au studio Impuls à Bruxelles sous la houlette de Stéphane Kraemer. Ça vous fait quoi de revenir là où tout a commencé ? Des anecdotes croustillantes de l’époque à nous raconter ?

Je pense que Stéphane vient ce soir d'ailleurs !! Concernant mon anecdote perso, j'allais à l'IUT et j'avais pipeauté mes parents en disant que j’allais faire un stage en Belgique alors qu'en fait on allait enregistrer l'album. A la fin du séjour, il ne restait que Fred et moi pour terminer les mixs et on avait comme mission de ramener les bandes de l'album à Paris, sauf que nous dormions au studio et que le dernier jour, une fois tout terminé Stéphane nous a dit qu'il devait fermer... On s’est retrouvés dehors dans les rues de Bruxelles sans une thune en poche. Finalement, on a dormi in extremis chez deux filles, fans du groupe, et on a pu rentrer en stop le lendemain à Paris après avoir pas mal galéré ! Je me rappelle à chaque fois que l'on devait faire des copies de l’album, je devais retourner au studio car on avait pas de graveur à la maison (rires).

On avait mis 50% du coût du studio en bossant tous les 6 les étés pour foutre des ronds de côté. Je me rappelle à l'époque des kids qui venaient nous voir après les concerts en nous disant qu'on avait de la chance. Il faut quand même se rappeler que les premiers concert étaient entièrement organisés par nous même avec des flyers en papier imprimés par nos soins qu'on allait distribuer devant les concerts de Machine Head sur Paris. C'est grâce à cette auto-promo qu'on a fait nos premiers concerts dans la capitale par la suite. La chance ça se provoque !

Comment s'est déroulé votre deuxième expérience studio pour Medecine Cake ?

Premièrement, un deuxième album c'est jamais évident dans le vie d'un groupe. Le premier album est tellement spontané, on l'a réalisé sans se poser de questions alors que pour Medecine Cake, il y avait autour une effervescence provoquée par l’arrivée d’un gros label. Les mecs de chez Sony ont eu l'idée de nous faire bosser avec Fabrice Leyni (ndlr- producteur de NTM), choix qui avait beaucoup fait débat à l'époque. C'est lui qui a amené cette couleur vachement urbaine et ce son compressé à mort. De plus, il a pas mal fait bosser Mark sur le chant afin de faire encore plus coller son flow à la musique. Nous avons tout enregistré dans plusieurs studios sur Paris et fini le mix chez Fabrice.

Par la suite, vous avez également enregistré votre fameux album Rock dans les studios ICP de Bruxelles, vous semblez vous plaire ici ?

Pour ce troisième album, on avait une volonté d'apporter une couleur plus travaillée avec plus de mélodies chantées à partir de morceaux guitare/voix venant de Mark. Le choix du studio ICP et du producteur Erwin Autrique correspondait donc tout naturellement à cette nouvelle direction. On était hyper investis sur la prod, enfermés dans le studio, on dormait sur place. On avait vraiment besoin de se retrouver et d'être confrontés uniquement à nous-mêmes afin d'assumer pleinement cette nouvelle orientation musicale. On a vraiment adoré !

Après avoir sorti le single "On ne changera rien", j’ai toujours pensé que vous partiriez dans une direction plus “mainstream” afin de pouvoir ouvrir votre univers au plus grand nombre et visiblement je me suis trompé… Ce single était-il une volonté du groupe ?

Non c'était hyper poussé par le label car c'était les dernières années où tu avais du rock un peu électrique qui passait en radio sur Europe 2 par exemple. L'idée c'était de chopper des radios mais franchement je trouve que ce titre n'a rien apporté, notre musique s'est toujours défendue en live de toute manière.



La fin du groupe avait t’elle été programmée avant même d’entrer en studio et vous a-t-elle influencée dans le processus de composition d’Alphabet Prison ?

Il y a une espèce de rupture dans le processus de création d’Alphabet Prison, on a mis trois ans à le faire afin de prendre le temps de bosser avec Andrew Murdock (ndlr- producteur américain ayant produit entre autre Avenged Sevenfold, Eighteen Visions et Linkin Park) pour faire une parfaite synthèse entre Rock qui était plus mélodique et des riffs bien rentre dedans.

Au moment où l'on enregistre l'album, on est vraiment dans une perspective de faire un tournée puis d'enchaîner, c'est plutôt le fait d’apprendre qu'on ne partirait plus au Japon et dans le même temps de se rendre compte qu'on avait vraiment tout donné, lâché tout ce qu'il fallait, le sentiment d'avoir accompli quelque chose à fond lors de la tournée. C'est sûr que si on avait fait des tournées de 100 dates aux Etats-Unis, on se serait moins posé la question mais bon c'est la vie et moi je n'ai rien à regretter, ça a été 10 ans pendant lesquelles on s'est offert d'autres aventures et là on se retrouve pour 100% de plaisir !

Que pensez-vous du retour de Kyo ? Le succès, 10 ans après, de leurs deux albums vous motive-t-il à reprendre le chemin des studios ?

C'est courageux ! Même si il est vrai que leur fanbase est encore là, les heures de gloire sont derrière... Remettre le couvert n'est pas évident même si musicalement ils ont toujours leur magie et que les textes de Ben sont forts dans leurs simplicité avec un impact qui reste intact.

Concernant l'avenir de Pleymo, ce n’est pas une question si simple parce que la musique est quand même assez datée début 2000/période néo-metal quand on y pense. Si on doit refaire un album aujourd'hui, je pense que ça correspondrait évidemment à nos influences historiques et on se ferait plaisir tout en étant conscients d'être en rupture avec le paysage musical actuel... Ce qui est sûr, c'est qu'on aura plus grand chose à prouver, si ça se fait on essaiera de mélanger tout ce qu'on aime, les grosses guitares de nos origines et des éléments plus aériens, plus actuels. En tout cas c'est une musique qu'on a besoin de vivre ensemble, qu'on ne pourra pas faire à distance. C'est donc la question du timing qui sera prépondérante. 

Est-ce que vous suivez l’actualité musicale française ? On a cru comprendre que vous écoutez moins de rock au sein de groupe .

Moi j'écoute toujours les groupes que j'écoutais quand j'avais 20 piges mais il faut avouer que je n'ai pas écouté beaucoup de groupes issus de la nouvelle scène. A un moment j'étais en coloc avec Eddie Czaicki qui avait monté Darkness Dynamite puis Betraying The Martyrs. Il m'avait fait découvrir un peu toute cette scène metalcore mais c'est vraiment très technique et très premier degré (rires). Quand tu passes devant les loges de Pleymo avant le concert on est en train de se chauffer sur du Deftones, du Machine Head, etc... C'est la musique de notre adolescence et elle gardera toujours une place à part. Personnellement j'écoute pas mal de musiques électroniques en ce moment mais je ne vois pas aller mélanger cela dans de nouvelles compositions de Pleymo.

Comment se sent-on en revenant sur scène ? Ca fait du bien ? Vous sentez les émotions revenir ? Ca devait être grand hier soir au Trianon avec tous vos potes et la famille ?

Hier soir c'était vraiment le feu mais ce soir on sera plus confort ça c'est certain. Finalement vu le monde, les potes , la famille, on était un peu serrés. Sur scène, on se rentrait dedans un peu les uns, les autres, il faisait également extrêmement chaud. Je trouve que cette tournée est bluffante car par exemple si on prend l'Ancienne Belgique, elle est bien plus pleine ce soir que sur la dernière tournée en 2007. Ce qui hallucinant c'est de voir à quel point les fans sont hardcores, ils connaissent toutes les paroles, couplets et refrains. Ce chante du début à la fin. Pour ça c'est vraiment un plaisir de fou !

Puis nous, on a toujours été très sport sur scène et en revoyant nos lives sur YouTube il y a un an, on s'est demandés où est-ce qu'on allait puiser toute cette énergie au point de se poser la question si on serait capables de redonner la même chose lors de cette tournée, mais finalement ça revient comme le vélo ! (rires)

Deux dates sont prévues en Russie ! Pourquoi là-bas ? Quid de Coachella ? Les Frenchies ont la côte la bas !

On était allés en Russie sur la dernière tournée puis finalement le promoteur avec lequel on avait bossés nous relançait de temps en temps depuis 10 ans. Il était même près à faire des dates de Pleymo en Russie sans qu’on en fasse en France alors quand il a su qu'on se reformait, ça c'est fait naturellement. On aurait bien aimé le Japon mais ils nous ont répondu que si il n'y avait pas de nouvel album qui sortait, ce n’était pas possible. Pour Coachella on en a parlé souvent avec Mark qui est là-bas mais c'est pas évident de faire tourner de la musique comme Pleymo aux Etats-Unis sachant qu'ils ont quand même une quantité impressionnante de très gros groupe dans le genre !

Vous filmez vos concerts en ce moment, on peut espérer la sortie d’un DVD anniversaire de la tournée ? Quelque chose qui parlerait de l’histoire du groupe avec les rushs de votre dernière tournée de 2007 ?

On est exactement en train de parler de ça parce qu'on a plein d'images d'Alphabet Prison qu'on a jamais sorties...

Un mot pour la fin ?

On est chauds bouillants et on est très contents d'être à l'Ancienne Belgique donc on vous donne rendez-vous tout à l'heure sur scène, ça va être mortel !

Interview : Martin G. (et Sébastian D.)

Merci à Cyrielle de W Spectacle.
Entrevue réalisée le samedi 24 mars 2018 en face à face à Bruxelles. 






1 commentaire :

Anonyme a dit…

Attention aux nombreuses fautes et coquilles dans l'article.

Ce serait tellement cool un nouveau disque de Pleymo comme en parle Frank, reprenant la suite d'Alphabet Prison entre leurs racines rap metal et des sons modernes aériens post-hardcore façon Deftones ou Fightstar. Ca fait envie !