jeudi 2 mars 2017

Chronique : Tokio Hotel - Dream Machine

« Ils sont pas encore morts eux ? » Eh non, réjouissez-vous, les quatre Allemands sont toujours bien vivants et, cerise sur le gâteau, continuent de faire de la musique pour le plus grand bonheur de nos oreilles à tous. Ils sont d’ailleurs de retour avec un nouvel album, Dream Machine, dont la sortie est prévue pour le 3 mars 2017. Une chronique complète de l’album est à lire dans la suite du post – attention, spoilers !

Douze ans après la sortie de son premier album Schrei, Tokio Hotel présente cette année ce que l’on peut
considérer comme son cinquième opus studio original (avant que les reproches ne pleuvent, sachez qu’on met volontairement de côté les albums remasterisés, traduits, ou sortis sous un autre nom). Et on se retrouve à mille lieues du son rock des débuts !


Le groupe a toujours gardé son line-up d’origine, à savoir les frères Bill et Tom Kaulitz respectivement au chant et à la guitare, Georg Listing à la basse et Gustav Schäfer à la batterie, les quatre musiciens jouant ensemble depuis 2001. Ils s’étaient fait connaître à travers l’Europe avec des ballades pop comme "Durch den Monsun" ou un tube plus rock comme "Schrei", puis avaient peu à peu délaissé la langue allemande pour adopter l’anglais dès 2007 afin de conquérir un public toujours plus large.
Mission accomplie, le groupe a pu se produire à travers le monde entier et a totalement abandonné sa langue maternelle avec la sortie de l’album Kings Of Suburbia en 2014, premier opus 100% anglais, mais qui marquait aussi la fin de « l’ère rock » pour Tokio Hotel avec ses sonorités beaucoup plus pop et électro.

Dream Machine a été annoncé il y a quelques mois et, entre temps, les fans avaient déjà pu découvrir deux morceaux, "Something New" et "What If", qui confirmaient le virage musical du groupe. Nous allons commencer par rapidement disséquer l’album titre par titre avant de donner un avis général.


Le premier extrait qui avait été diffusé, Something New, est le morceau ouverture de l’album ; il dure plus de cinq minutes mais est composé d’une intro de plus d’une minute qui semble ne pas avoir de fin. On retrouve ensuite la voix de Bill a capella, de petits arrangements sonores venant l’accompagner progressivement jusqu’au moment où nous avons une sorte de micro-breakdown-électro qui donne donc le ton de l’album.

Le deuxième morceau, Boy Don’t Cry, est déjà plus rythmé, et la voix de Bill est très autotunée – ça passe très bien, mais c’est presque dommage de mettre tant d’effets sur une voix naturellement belle. Le son des synthétiseurs nous donne l’impression d’avoir été téléportés au beau milieu des années 1980. Mais la surprise de cette chanson, c’est le clin d’œil aux fans « puristes » : on retrouve de l’allemand ! Bon, certes, très peu, mais c’est le geste qui compte. Et le « She took me tanzen » m’a complétement prise de court à la première écoute.

Passons à Easy, très mélancolique, qui garde toujours ces sonorités électro des décennies passées. Le genre de morceaux que l’on s’imagine parfaitement chanter à tue-tête dans sa voiture lors de longs trajets, après une peine de cœur (je vous mets en conditions).

Le quatrième morceau est What If, dont le clip a été dévoilé la semaine passée. C’est assurément le tube de cet album, que l’on peut se passer en boucle, qui nous donne envie de danser, de chanter… et dont on n’arrive plus à se débarrasser. Ce titre poppy ultra-entraînant est aussi ultra-entêtant, et les « What If » à répétition du refrain ne voudront plus vous laisser tranquilles. En plus le batteur peut enfin reprendre clairement du service – ne vous attendez pas à un drum solo, je dis juste que c’est la première fois de l’album où les percussions jouent un véritable rôle.

Changement complet de registre, on quitte le dancefloor pour la prochaine chanson, Elysa, qui s’ouvre un peu comme "Run, Run, Run" sur l’album précédent Kings Of Suburbia ; uniquement le son d’un piano et la voix de Bill, qui prend pour l’occasion ses accents les plus tristes. Plus on avance dans le morceau, plus on retrouve un côté électro, et des airs de "Pinkwater III", d’Indochine ft. Brian Molko.   

Ensuite, place au morceau-titre de l’album, Dream Machine, où l’on retrouve des claviers plus entraînants, un rythme plus dynamique et une ambiance complétement psychédélique qui colle parfaitement avec le reste de l’album. Mi-dansant mi-planant, cette chanson me rappelle d’autres artistes actuels tels que MOTHXR ou Thomas Azier, qui eux aussi jouent avec les synthés, effets vocaux et style 80’s.

Cotton Candy Sky aurait pu figurer sur la bande originale de Drive. Ce septième morceau colle au style du reste de l’album, la voix de Bill explorant différents registres, des sonorités les plus graves à un chant très aigu, gardant toujours le même ton sensuel, presque lascif.

La chanson Better traite de la solitude, l’intro au piano nous plongeant d’emblée dans une ambiance désenchantée. Il y a fort à parier que ce titre et le « I’m better off my own  / I’m better off alone » répété par le chanteur deviendront l’hymne des prochaines Saint-Valentin en célibataires de tous les fans du groupe.

As Young As We Are est un très bon morceau, qu’on n’a aucun mal à imaginer être repris en chœur par les fans tout au long de la tournée Dream Machine Tour, qui débute dans une dizaine de jours. Les arrangements très travaillés et les synthés toujours très présents font de ce morceau l’un des plus intéressants du disque.

Le dixième titre de cet album, Stop, Babe, est déjà le dernier qui clôture ainsi les 41 minutes d’écoute. Plus de surprises, on berce dans la pop de synthèse, ça parle de Californie et on a droit à des « oh-oh » de Bill qui donnent un petit plus à cet ultime morceau.  


Ceux qui s’étaient arrêtés à leurs looks extravagants et n’avaient jusque là pas prêté attention à leurs textes puissants sont complétement passés à côté des messages que le groupe cherchait à véhiculer. En abordant des thèmes très divers tels que l’amour et les déceptions amoureuses, la drogue, la mort, l’amitié, le mensonge, la rage de vivre, le suicide, la société de consommation, l’indifférence, la rébellion, la superficialité, la fraternité, l’acceptation de la différence, la célébrité, le groupe pouvait se mettre dans la poche un spectre très large de fans.

Sur Dream Machine, ce sont les thèmes de la rupture, de l’adoration déçue, du regret, du manque, de l’amour éphémère qui sont abordés – et qui tournent donc tous autour du même cœur de sujet. Et cette redondance est d’après moi le point faible de cet album, où l’on a l’impression de ressasser toujours la même histoire plutôt que d’explorer différents univers, de ressentir diverses émotions.

Car sur un plan musical, vocal, ou au niveau de la production et des arrangements, il n’y a pas énormément à redire, tout est bon, plutôt propre. L’innovation osée par Tokio Hotel est à saluer ; rares sont les groupes qui se permettent d’effectuer un tel virage après un début de carrière aussi décoiffant que le leur (oui, pour vous éviter de rebondir là-dessus, c’est bien une petite blague gentille sur les anciennes coupes de cheveux des jumeaux Kaulitz).

Mais on aurait pu s’attendre à un petit plus, à pousser des « oh » de surprise au début d’une chanson, à stopper toute activité pour se concentrer à fond sur une autre, etc. Cette homogénéité fait que Dream Machine n’est pas une montagne russe, mais qu’on soit bien d’accord sur un point : l’album n’a rien de mauvais pour autant.


Les sonorités très 80’s ne sont pas si surprenantes que cela, Bill Kaulitz n’ayant jamais caché son admiration pour des icônes pop de l’époque telles que David Bowie, pour ne citer que lui, et l’ambiance psychédélique de l’album représente bien le « Dreamachine » : soit c’est un gros hasard/coup de bol, soit c’est voulu et une excellente représentation de ce qu’on ressent à travers le disque. Pour la minute culture, un petit extrait de la page Wikipédia de Dreamachine (c’est cadeau) :

« Dans sa forme originelle, une Dreamachine est constituée d'un cylindre présentant des fentes sur ses côtés. Le cylindre est placé sur un phonographe qui tourne à 78 ou 45 tours par minute. Une ampoule est suspendue à l'intérieur du cylindre dont la vitesse de rotation et le nombre de fentes font que la lumière émise traverse les fentes à une fréquence constante située entre 8 et 13 impulsions par seconde. Cette plage de fréquences correspond à celle des ondes alpha normalement présentes dans le cerveau lors de la relaxation.
Une Dreamachine se "regarde" avec les yeux fermés : les impulsions lumineuses stimulent le nerf optique et modifient la fréquence des impulsions électriques du cerveau. L'utilisateur peut alors voir apparaître des motifs de couleurs complexes, à la luminosité croissante, derrière ses paupières fermées. Ces motifs peuvent devenir des formes et des symboles tourbillonnants, jusqu'à ce que l'utilisateur se sente submergé de couleurs. Cette expérience peut être très intense, mais pour y mettre fin, l'utilisateur de la machine n'a qu'à rouvrir les yeux. »

Un nouveau chapitre s’est ouvert pour le groupe allemand. Si cet album plutôt inattendu risque de surprendre un grand nombre de fans, il est certain qu’il surprendra également – de façon positive – beaucoup d’ex-détracteurs de la formation !
Dream Machine est un album idéal pour les soirées posées entre amis, les longs trajets en voiture, et même si les lecteurs d’Alternativ News trouveront que ça manque de gros riffs, de screams ou de solos entêtants, je ne peux que vous conseiller d’y jeter une oreille, rien que par curiosité. Ça ne peut pas vous faire de mal après tout !

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Le groupe sera de retour à Paris le 21 mars, et à Lyon le 22. L’occasion de les revoir, ou de découvrir ce qu’ils valent sur scène… et peut-être, enfin, de laisser le TH-bashing en 2007. Dix ans plus tard, ce serait bien d’avoir trouvé d’autres cibles !




Texte : Laurie B.
Merci à HIM Media et Sony Music.




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