lundi 20 février 2017

Live Report : Touché Amoré + Angel Du$t + Birds In Row @ Paris, La Maroquinerie - 13/02/17

C’est bien connu, les lundis ne sont jamais drôles. D’autant plus lorsqu’il tombe la veille de la Saint-Valentin. Mais fort heureusement pour les célibataires des scènes emo et hardcore parisienne, un flot d’amour allait envahir nos cœurs. Touché Amoré est revenu fouler les planches de la capitale pour présenter son quatrième album Stage Four, un recueil intime et bouleversant dédié à la mère de Jeremy Bolm, emportée par un cancer. Pour les épauler, Angel Du$t et leur hardcore aux reflets garage, pop-punk et grunge étaient là pour assurer l’instant sport et soleil, et une petite surprise de dernière minute plus que bienvenue : les Lavallois de Birds In Row, grands copains et ex-labelmates de Touché Amoré, se sont proposés pour ouvrir cette soirée qui restera sûrement parmi les meilleurs de l’année, et qui s’inscrit dans la droite lignée des shows de PUP, Modern Baseball, The Saddest Landscape ou Beach Slang, qui nous avait donné beaucoup de baume au cœur.

C’est dans la spacieuse mais intimiste salle de concert de La Maroquinerie, un endroit objectivement idéal pour ce line-up, que s’est déroulée cette soirée. Un lieu propice à la proximité, au sing-along, à la danse. C’est exactement ce qui nous attendait ce soir, sous 3 moods différents. Celui de Birds In Row était le plus « plombant », celui qui évoque l’ennui des villes, la lutte contre le soi, la violence des regards, mais aussi son éveil via la self-estime, les voyages, la musique, la déconstruction. On connaît bien le ton des concerts du trio français, on sait leur passion, leur rage, leur motivation intacte. « à chaque concert, j’ai l’impression que c’est le meilleur qu’on ait fait », nous confiait Bart (chant/guitare) en reprenant son souffle entre deux morceaux. Certain.e.s peuvent trouver ces quelques mots un peu sketchy, mais ça tombe sous le sens lorsque l’on se penche sur le contenu lyrical des morceaux, qu’on sait le catharsis et la force qui se dégage de chaque morceau, qu’on suit les garçons depuis leurs débuts. Ils ont choisi de mettre l’accent sur leurs deux derniers disques, Personal War et le split avec leurs amis lavallois de WAITC, joués dans leur intégralité ce soir. Et pour les défendre, même en étant fatigués de leurs tournées, ils ont tout donné, que ce soit mentalement ou physiquement. Ils n’ont pas oublié de nous interpréter quelques classiques, tels "Words Of Astaroth", "Pilori" ou encore "You, Me & The Violence". Le public parisien était acquis à leur cause, même si le sing-along se faisait plutôt timide, comparé à ce qui allait arriver par la suite. Mais le catharsis s’est bien propagé parmi nous tout.e.s, et nous sommes sortis de ce set comme à chaque fois que l’on voit Birds In Row : retourné.e.s, éprouvé.e.s, mais soulagé.e.s.

L’ambiance fût beaucoup plus légère avec Angel Du$t, rejetons presque pop-punk des gros bras hardcore que sont Trapped Under Ice et Turnstile. Le truc à eux, c’est plutôt les couleurs vives, le sport et les chiens. Angel Du$t, ça s’écoute, mais ça se savoure aussi visuellement, que ce soit sur leur incroyable compte Instagram (empressez-vous d’y regarder « Dan’s Gym 2 ») qu’en concert, en témoigne ce fabuleux live de "Set Me Up" au This Is Hardcore Fest 2016, qui tournait un peu partout sur les réseaux sociaux ces derniers temps, où l’on voit les filles du public prendre d’assaut la scène et littéralement retourner la salle avec le soutien du groupe. Il nous tardait de découvrir ce que nous réservait les Américains, et on a pas été déçus. Lors de leur soundcheck, on pensait avoir plutôt affaire à un groupe plus calme et concentré que d’habitude, ça m’a presque rappelé ce que j’avais vu de Praise, le groupe post-hardcore de Daniel Fang (batterie, également chez Turnstile et Mindset), le mois précédent à Paris. Mais c’était avant que Justice Tripp (chant) ne déboule sur scène, la dégaine de punk-rocker assuré et l’air détendu et nonchalant, et que les hostilités ne démarrent. Dès les premières notes de "Stepping Stone", le public a littéralement explosé en stage-dive, pogos, sing-along, 2-step et autres figures de gymnastiques telles celles de Justice sur scène. Pendant 20 minutes, le groupe a enchaîné sans répit les tubes de chacun de leurs albums, Xtra Raw, A.D et Rock The Fuck On Forever (un titre on ne peut mieux approprié au contenu, à leur set et à la vie en général), partageant la scène avec l’audience, qui s’en est donnée à cœur joie, jusqu’à "Set Me Up", qui fût majoritairement hurlé par les garçons du public… Mais c’était sans compter les deux dudettes pleine de ressources vocales qui ont réussi à harponner le micro et vaincre le sing-along game ! Un set assez fou, revigorant, qui a apporté la dose de bonne humeur et de rigolade nécessaire pour se préparer au grand moment de la soirée, parce que oui, c’était loin d’être fini, n’en déplaise aux paires de lunettes, disques déjà achetés et autres écarteurs : Touché Amoré devait encore nous faire chanter à en perdre nos voix déjà bien usées, finir de nous mettre en PLS, comme on dit.

Avec Stage Four, Touché Amoré semble s’être apaisé musicalement, même si les textes de l’album sont très graves, car directement liés à un décès. Mais offrir à cette personne disparue un nouveau coup de poing virulent et abrasif n’aurait peut-être pas été des plus adaptés. Les garçons ont choisi de se diriger vers des contrées plus « indie », rappelant leur amour pour le post-rock, les Replacements… Ce qui donne au final un disque rayonnant, éblouissant de grâce et de maturité. Et ce soir, même après 8 ans d’activité, à l’image de ce que nous a montré Birds In Row, Touché Amoré nous a offert un live débordant de vie. Tout simplement.

La vie, la vraie. La vivre à plein poumons, avec ses ami.e.s, le cœur ouvert dans la confiance et la sérénité, exprimant tout fort les frustrations, les envies, les peurs, les doutes, les pertes, les rêves, les succès. C’est tout ce qu’évoque et provoque les chansons du groupe, et ce qu’on a retrouvé, tou.te.s ensemble. Comme à leur habitude, TA nous a offert une setlist conséquente, une rétrospective de l’ensemble de ses albums. L’accent a logiquement été mis sur Stage Four, mais Parting The Sea Between Brightness And Me ainsi que Is Survived By étaient également fièrement représentés, pour le plaisir des fans de la première heure. Le tout suivi par un public reprenant les paroles de bout à bout, une marée humaine se formant dès le premier morceau, "Flowers and You", pour ne se calmer qu’aux derniers instants du concert, comme si "Water Damage" et ses aspects plus lisses, moins agressifs, avait favorisé l’extinction de l’euphorie, une redescente tranquille pour amorcer la fin de la soirée… Mais il restait encore à interpréter "Honest Sleep". Un concert de Touché Amoré en est-il vraiment un sans qu’ils ne jouent leur tube ? On sera beaucoup à répondre très subjectivement que non, et le quintet le sait bien. Et forcément, aux premières notes du morceau culte, La Maroquinerie a encore croulé sous les corps en mouvements, les cris, et le partage du micro. C’est qu’il a beaucoup voyagé ce soir !

Vraiment, ce n’était pas vraiment la peine de chercher l’amour plus loin que cette soirée, il était omniprésent. Que ce soit les musiciens pour leur art, leur chance d’être où ils en sont, leur plaisir manifeste d’être avec nous ce soir, que ce soit nous spectateurs – spectatrices, pour beaucoup comblés par ces 3 doses successives… Et même rien que pour l’amour du punk et du sport (coucou Angel Du$t). Qu’il est difficile de trouver des couacs à cette soirée. Allez, on va quand même se fâcher contre les quelques stage-dive un peu dangereux à relever (eh oui, les concerts de hardcore ne sont toujours pas des combats de ninjas messieurs). Mais autrement, oui, on le dit et on le répète, c’était BEAU.

Texte : Guillaume D.

Merci à La Maroquinerie !






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