lundi 23 janvier 2017

Chronique : Code Orange - Forever

Lorsqu’ils sont arrivés sur la scène hardcore, ces kids avaient déjà l’envie de tout détruire, mais dans un mood différent, un style musical bien plus complexe et chaotique, qui était à l’image des âmes post-adolescentes qui se prennent de plein fouet la vérité adulte de ce pénible monde. Pendant 4 ans, ils ont marqué leur scène avec des disques exprimant la peine, la trahison, la douleur, le mensonge, dans le chaos, la lourdeur et la sensibilité. Love Is Love / Return To Dust, sorti chez Deathwish Inc, reste pour beaucoup leur chef-d’œuvre. Mais les Code Orange Kids ont
grandi, la pesanteur de la vie qui traîne sur les épaules de chacun-e s’est faite toujours plus oppressante, et ils l’ont bien compris (et vécu). En devenant Code Orange, ils ont décidé d’illustrer cette pesanteur avec I Am King, un disque brutal, primitif et froid. Avec Forever, ils vont plus loin encore sur cette ligne de conduite, en invitant l’auditeur à prendre le dessus sur ses démons, où les laisser nous dévorer.
Une certaine dose d’arrogance (qu’ils cultivent également avec leur trash talk de plus en plus régulier contre la scène « Risecore »), au service d’un metalcore toujours plus mécanique et saccadé, mais également toujours plus varié, et loin d’être binaire. Globalement, avec Forever, on retrouve l’univers étouffant, les riffs pachydermiques et le petit chouya d’alt-metal qui font la force et la singularité du précédent disque, mais avec un dosage supérieur, comme si le groupe n’allait pas déjà assez loin dans la virulence et la sévérité. Comme si la violence acerbe déjà présente était vaine, et qu’il fallait en remettre une couche. Il faut se rappeler que ces messieurs dames sont bons amis avec les gaziers de Full Of Hell, et il est peu risqué d’avancer que les tournées COK / FOH qui se sont déroulées entre 2012 et 2013, ainsi que leur split commun, ont eu une influence non négligeable sur les compositions des trouble-fêtes de Pittsburgh, tant dans le fond que dans la forme.

Ce que la plupart des auditeurs aimait chez Code Orange Kids, c’était la diversité des riffs, la corrosivité permanente dans les vocaux de Jami et Reba, les instants incongrus d’évasion et de paix, les breakdowns écrasants, et ces guitares au son particulier, cassant, gras, intense. En se dirigeant vers un style plus dépouillé et direct, ils ont perdu quelques auditeurs au passage… Mais en ont gagné beaucoup d’autres, séduit par les nouvelles facettes musicales du groupe, chaque musicien assumant leur amour pour Pantera, Type O Negative, Nine Inch Nails, Fear Factory ou Alice In Chains, entre autres... Eh oui, en évoluant, Code Orange ne s’est pas enfermé dans les carcans du hardcore expérimental d’aujourd’hui, qui cause beaucoup de tort au screamo. D’autant plus qu’au final, le quartet ne s’est pas totalement éloigné de ses bases, en gardant un background et une attitude punk. C’est ainsi qu’est né Forever, un disque frontal, mais riche en rebondissements, en atmosphères… Et en émotions. 

Parmi les instants les plus violents du disque, ou les plus indus, parmi cette masse toujours compacte de riffs quelque peu gratuits et binaires (sludge ou beatdown, la frontière entre les deux est ténue), résident une volonté réelle de faire réfléchir l’auditeur sur la place qu’il veut prendre dans ce monde, sur l’expression de sa colère. Il le rend fier, combatif, intransigeant, au travers de punchlines simples et percutantes. « Are you the hammer… Or the nail ? » C’est ce qu’illustre l’imagerie de Code Orange, et c’est ce qui semble se dégager des paroles encore une fois, sur Forever. Live like a loser, die like a king : ce redoutable motto est celui de « Ugly », LE titre phare de cet album, un mutant goth-grunge très représentatif de l’univers des musicien-ne-s, et en même temps le plus inattendu. Car les deux premiers singles, "Forever" et "Kill The Creator" étaient plus conventionnels, on était habitué à ces sonorités post-apocalyptiques et écrasantes avec I Am King. Alors que celui-ci est au contraire très catchy, prenant, et s’écoute en boucle, malgré le côté gloomy omniprésent, au même titre que le quasi-radio friendly "Bleeding In The Blur", qui sonne comme un unreleased d’Adventures influencé par Alice In Chains… Les harmonies de voix de Reba Meyers et le solo de fin seront mes deux arguments imparables, j’attends les contre-exemples.

Plus qu’une écoute, Forever est une expérience peu évidente à vivre quand bien même on serait habitué à 1000 sous-genres musicaux alternatifs (bon, le goregrind est hors-catégorie), qui peut s’avérer pénible pour le/la néophyte. On est continuellement projeté contre les parois de nos barrières mentales et de nos vies via ces répétitions de riffs lancinants, ces dissonances acerbes, ce mood malsain qui enveloppe constamment l’album, en témoigne notamment l’inattendue "Hurt Goes On", quasi-entièrement composée d’éléments électroniques, sonnant presque new-wave par instants. Un exutoire plus riche et plus intense encore que I Am King, où il était surtout question de montrer les crocs. Ici, le tigre très souvent représenté par les ex-Kids est vraiment sorti de ses gonds, créant la stupeur, l’effroi, et au final la complaisance. On se plaît à se perdre et à cogner ces murs sur ces breakdowns surpuissants, les sonorités électroniques ajoutent encore plus de pesanteur et de moiteur à l’ensemble. Pour affronter 2017 qui semble s’annoncer difficile, Forever sera le disque-clé, et s’impose déjà comme l’un des disques metal/hardcore de l’année… Oui, déjà.

4,5/5

Guillaume D.

01. Forever
02. Kill the Creator
03. Real
04. Bleeding in the Blur
05. The Mud
06. The New Reality
07. Spy
08. Ugly
09. No One Is Untouchable
10. Hurt Goes On
11. dream2

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