mercredi 7 décembre 2016

Live Report : Kvelertak + Skeletonwitch @ La Maroquinerie, Paris - 29/11/16

Le choc thermique est extrême entre la froidure parisienne de cette fin du mois de novembre et le bouillonnant sous-sol de La Maroquinerie, où la température grimpera tout au long de cette soirée. Le programme prévoyait pourtant un groupe venu des lointaines et gelées contrées de la Scandinavie, Kvelertak, mais, sans aucun doute, ceux-là sont les plus à même de réchauffer une ambiance, aussi froide comme celle que savent souvent offrir les Parisiens.

Les hostilités démarrent avec Skeletonwitch dont le thrash/black metal a du mal à dissimuler une vénération pour le power metal, vu les solos épiques offerts ce soir. Un cocktail qui se révèlera ultra efficace en live, un exercice dont le groupe a l’habitude avec ses 13 années de bouteille. Aucun temps mort chez les Skeletonwitch, qui en bons thrasheux, misent tout sur le rythme. Le quintet se payera tout de même le luxe de nous faire gueuler pour Kvelertak en entamant les premières notes de "1985", le dernier single de la tête d’affiche. 
Vu l’étroitesse de la scène de La Maroquinerie, le groupe reste un peu statique. Le chanteur, arrivé cette année dans le line-up, a heureusement la bougeotte pour tout le monde et ne cesse d’enchaîner les poses. Le nouvel EP, The Apothic Gloom, reçu assez positivement par la critique, est presque entièrement joué. Ses extraits prouvent la qualité et le talent de composition du groupe, à l’instar de "Black Waters". Malgré une recette classique, une envolée ou un break bien placé surprendra toujours l’auditoire au moment idoine. Celui-ci sera d’ailleurs on ne peut plus fairplay, headbangant en masse sur les lourds coups de tom et de grosse caisse et applaudissant chaleureusement la bande d’Athens, Ohio, qui pourra repartir avec le sentiment du devoir accompli.

Tout juste trois ans que Kvelertak n’avait pas remis les pieds dans la capitale en tant que tête d’affiche. Après un passage conquérant au théâtre du Divan du Monde fin 2013, puis une première partie de Slayer en 2015 au Zénith, retour au format club pour les Norvégiens, une ambiance qui leur va à merveille.

Continuant son bonhomme de chemin, Kverlertak peut aujourd’hui se targuer de trois albums certifié du label qualité norvégienne : un éponyme (2010) qui aura fait entrer avec fracas le groupe sur la scène internationale, un second, Meir (2013), se traduisant du norois par « Plus » et qui est littéralement la même chose que le premier. S’y dessinait toutefois déjà la touche progressive qui se trouve amplifiée dans Nattesferd (2016), où Kvelertak se montre toujours extrême dans l’âme mais sous l’influence plus forte que jamais du classic rock et hardrock.

Pénétrant sur fond de violoncelles dans une Maroquinerie déjà acquise à sa cause, c’est d’ailleurs par l’entrée en matière de Nattersferd que le groupe débute son set, illustrant à merveille la dichotomie de sa musique. Alors que "Dendrofil For Yggdrasil" et son blastbeat ne pouvaient renvoyer qu’aux racines black metal du groupe, le second morceau, "1985", hommage ostensible à Van Halen, fait vibrer la fibre hard rock FM qui survit au fond de chacun d’entre nous. Le pogo, déjà bien énervé, redouble et occupera désormais tout l’espace entre les gradins et la scène. La salle atteignant déjà un pic de chaleur, Hjelvik ne pourra garder plus longtemps son formidable nouveau masque, fait de cristaux de glace et de lumières et qui n’est pas sans rappeler le travail d’un artiste comme David Altmejd. Terminé le masque en hibou empaillé de la période Meir mais qu’on se rassure, deux de ces volatiles, immuables, nous observent et nous surveillent du haut de leurs amplis. Headbanguant comme un seul homme, la salle n’a plus qu’à se laisser prendre aux tripes par le mélange de punk hardcore, de black metal et de rock’n’roll imparable de Kvelertak, qui nous gâtera pendant plus d’une heure trente, enchaînant tubes sur tubes, qu’ils soient déjà des classiques ("Mjød", "Blodtørst", "Offernatt"…) ou en devenir ("Bronsegud" et ses relents Motörheadiens). 



Avec un format aussi chaleureux que celui de La Maroquinerie, Parisiens et Norvégiens se montreront dans une symbiose totale et à chaque morceau la réaction ne se fera pas attendre. Une nuée de slamers survolent la fosse. Ofstad, et sa dégaine de vieux trentenaire propre sur lui, donnera même de son corps en se laissant porter avec sa guitare. Enfin, la longue plage de "Herksebrann", dont les riffs que ne dénierait pas Blue Oyster Cult et servent une montée en puissance épique, offrira enfin une respiration de courte durée. Le groupe nous assènera coup sur coup les titres "Bruan Brenn" et "Kvelertak", avant de quitter la scène dans un vacarme d’applaudissements et grondements.

Kvelertak reviendra évidemment pour un rappel, annonçant au micro deux morceaux et sa reconnaissance pour l’ambiance « la plus folle de la tournée ». On n’en doutait pas. Le groupe nous remerciera de la meilleure des manières en terminant le show dans l’un des plus grands bordels qu’il m’ait été donné de voir en 10 ans peu ou près de concerts. Alors qu’Hjelvik a abandonné depuis longtemps son micro à la foule et disparu on ne sait où, les deux guitaristes se lancent à nouveau dans des slams - l’un étant même porté en haut des gradins jusqu’au stand de merch - pendant que Landa descend gratouiller sa guitare au milieu de la fosse. Devant une telle ferveur populaire, Nygaard, le géant bassiste ne résiste pas plus et se lance lui aussi dans un tour d’acrobatie, se rattrapant au rack des lumières duquel il se balancera au-dessus de la fosse avant de s’écraser mollement, sous les encouragements, sur quelques pauvres bienheureux se trouvant là-dessous.

Il n’y avait que Kvelertak pour remettre les compteurs du rock’n’roll à zéro. C’est chose faite, et on en sourit encore. 

Texte/photos : Clément P.

Merci à Arno de Warner.

Setlist : 

Dendrofil For Yggdrasil
1985
Mjød
Bronsegud
Månelyst
Berserkr
Evig Vandrar
Blodtørst
Ondskapens Galakse
Nekroskop
Svartmesse
Offernatt
Heksebrann
Bruane Brenn
Kvelertak
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Nattesferd
Utrydd dei svake

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