mardi 15 novembre 2016

Interview : Young Guns

Ce jeudi 27 octobre 2016, les Britanniques de Young Guns étaient enfin de retour sur le sol français, en première partie de Billy Talent. Un concert sold-out dans la magnifique salle de l’Elysée Montmartre de Paris, fraîchement rouverte au public. Alternativ News s’est entretenu avec Gustav Wood, le chanteur de la formation, moins d’une heure avant que le groupe ne monte sur scène. Echange à lire dans la suite du post.

Tu connais les autres membres du groupe depuis 2003, mais vous avez formé Young Guns seulement cinq ans plus tard. Qu’est-ce qui a mis si longtemps à vous décider à jouer ensemble ?

Gustav Wood : Je les connaissais en tant qu’amis, oui. Les mecs ont tous grandi ensemble dans la banlieue de Londres, alors que moi j’ai grandi à Londres même. Ils faisaient tous partie d’un groupe, mais pas forcément du même ; deux d’entre eux jouaient dans une formation, le troisième jouait dans un autre groupe… C’est ainsi qu’ils se sont connus, ils jouaient dans les mêmes salles, fréquentaient les mêmes personnes. Moi, je les ai connus par le biais d’un ami commun, et le contact est tout de suite très bien passé. On s’est mis à écrire ensemble, puis à jouer ensemble alors que chacun faisait encore partie d’un groupe différent.
Young Guns a vu le jour en 2008, mais on avait commencé à écrire tous ensemble à partir de 2003-2004. Et on a arrêté de faire de la merde à partir de 2008 !


Et à vos débuts, vous imaginiez-vous consacrer votre vie à la musique ?

Je pense pouvoir parler au nom de tous les membres du groupe en disant que la musique a toujours été notre passion numéro un. Je pense qu’on a toujours voulu, au fond de nous, y consacrer une grande partie de nos vies, mais est-ce qu’on imaginait qu’on allait pouvoir, un jour, ne faire plus que ça… ? Je ne pense pas, non. A mon avis, c’est arrivé parce qu’on a donné le meilleur de nous-mêmes, on a travaillé vraiment très dur.
Quand on a monté le groupe en 2008, on avait tous des petits boulots à côté. Au fil du temps, on a pu les laisser tomber et commencer à vivre de notre musique – même si au départ, on ne gagnait pas d’argent. Je pense que le fait de sauter le pas à ce moment précis nous a permis de réussir et d’arriver où nous sommes aujourd’hui.
En fait… je pense que dans un sens, nous réfléchissions comme des musiciens « professionnels » avant de pouvoir prétendre l’être réellement. Et si nous n’avions pas eu le culot d’oser à ce moment-là, peut-être qu’on en serait encore à enchaîner les petits boulots et jouer dans des petits bars le week-end !


Le line-up de Young Guns n’avait jamais changé jusqu’au début de cette année, quand votre premier batteur Ben a quitté le groupe… Est-ce que son départ vous a amenés à vous remettre en question ?

Émotionnellement, ça a eu un sacré impact sur nous, bien sûr. Il nous a annoncé sa volonté de quitter le groupe en octobre l’année dernière. On venait d’achever une grosse tournée pour Bones, on s’apprêtait à repartir en studio pour s’atteler à l’écriture de notre prochain album. Je pense que nous étions tous épuisés, on avait eu des problèmes avec l’album précédent : la date de sortie n’arrêtait pas d’être décalée, on venait de signer un deal avec une grosse maison de disques, il y a certaines choses qui ne fonctionnaient pas comme on l’aurait souhaité. C’était une période très éprouvante pour nous tous. Ça peut paraître ironique, mais son départ a quelque part renforcé notre envie de faire de la musique ensemble, cela a renforcé nos liens. Nous avons eu la sensation de prendre un nouveau départ, et ça nous a donné envie d’écrire de nouveaux morceaux et ça nous a beaucoup inspirés et remotivés. Du coup, on a écrit l’album en même pas deux mois, on l’a enregistré en cinq semaines : on avait retrouvé la « faim » de nos débuts. Au départ, on avait écrit les morceaux sans la partie batterie, puis on a demandé à un ami de nous rejoindre en studio pour ajouter ces parties-là. C’était une nouvelle façon de faire, et là encore, pour nous comme pour lui, c’était très intéressant. En Europe, nous tournons actuellement avec Casey [le batteur nous a rejoint dans la loge quelques minutes plus tôt, Gustav le montre d’un signe de tête], on avait Chris qui nous accompagnait aux Etats-Unis… Jouer avec de nouveaux musiciens nous apporte un souffle de fraîcheur – tu sais, quand on joue pendant sept ou huit ans avec les mêmes personnes, tu les connais par cœur, tu connais leurs habitudes et leurs façons de jouer ou de chanter. Ça nous a fait du bien de voir autre chose.
Au final, le départ de Ben nous a apporté quelque chose de très positif, même si ça nous a chamboulés au début et que nous avons du faire quelques réajustements au sein du groupe.


Pourrais-tu décrire votre dernier album en date en une seule phrase ?

Hum… « L’album le plus vrai qu’on ait jamais écrit ».


Est-ce que c’est toi qui écris les paroles, ou est-ce que c’est un travail d’équipe ?

On écrit chacun de notre côté, puis on écrit tous ensemble, on échange des idées… On se rassemble et on écoute tout ce qu’on a, puis on choisit au fur et à mesure ce qu’on aime, ce qu’on veut mettre de côté.
Pour ce qui concerne les parties vocales, c’est en effet moi en priorité qui me charge des mélodies et des paroles. Mais il arrive que John écrive aussi certaines paroles. De toute façon, nous donnons tous notre opinion concernant chaque partie de chaque chanson. Il est très important que nous soyons tous satisfaits à 100% d’une chanson, on procède de façon très démocratique !


Comment procédez-vous au moment d’écrire un nouvel album ? Est-ce que vous écrivez les chansons d’abord et vous voyez où ça vous mène, ou est-ce que vous trouvez d’abord une sorte d’atmosphère, de fil rouge pour le CD ?

On a eu une discussion avant de nous lancer dans l’écriture de notre dernier album, et on était tous d’accord sur le fait qu’on voulait justement qu’il soit plus « ciblé », qui soit une sorte de retour vers un son plus rock, plus énergique. L’album d’avant était pour nous une sorte d’album expérimental de toute façon. Nous savions que nous voulions quelque chose de dynamique, de vivant.
On écrivait et composait un peu partout, notamment dans le bus en tournée. Ensuite, on écoutait ce qu’on avait, et au fil du temps l’album prenait forme de lui-même, on se disait qu’on aimait bien telle sonorité, tel état d’esprit, et on continuait d’avancer dans cette direction-là. C’est comme un puzzle qui prend forme au fur et à mesure, il n’y a pas de science exacte ou de mode d’emploi. Parfois, on travaille sur certaines choses qu’on n’aime plus du tout une fois qu’on les réécoute et on jette tout à la poubelle !


Echoes est sorti le mois dernier, et depuis vous êtes partis en tournée avec Billy Talent et vous avez trois dates en headline au programme… Prévoyez-vous tout de même de refaire une tournée européenne en headline ?

Je pense que c’est une chose très importante pour le groupe et qu’on veut faire. Ces dernières années on a souvent été aux Etats-Unis, c’était génial pour nous, mais je pense que cela nous a éloignés de notre public européen, qui avait été si habitué à nous voir régulièrement avant cela. C’est pourquoi nous tenions à faire une première tournée en tant que première partie, avant de nous lancer en tête d’affiche. Personnellement, j’aimerais faire une seconde tournée en support d’un autre groupe avant qu’on fasse une tournée en headline – je ne sais absolument pas si cela arrivera, mais je pense que ce serait bénéfique pour nous.
Effectivement, on a trois shows en headline à la fin de cette tournée, un en Suède et deux en Allemagne. Donc je pense qu’il va falloir que l’on revienne relativement vite en tête d’affiche pour faire plaisir à nos fans qui n’habitent pas à proximité de l’une de ces trois dates !


Parlant de tournées, qu’est-ce que tu aimes le plus quand tu es sur la route ?

Le fait d’avoir l’opportunité de voir des gens, des endroits, des pays que je n’aurais jamais connus si je n’avais pas été dans ce groupe. J’ai la chance d’avoir pu visiter des villes magnifiques comme Paris ou New York et de dire « Oh, j’aime beaucoup le restaurant dans cette rue ! » ou encore « J’aimerais bien revoir tel endroit ». On connait des choses sur le monde que l’on n’aurait pas pu découvrir si nous n’avions pas eu ces opportunités là : voyager c’est cher, cela nécessite de pouvoir poser des congés, il faut prendre le temps de le faire ! Alors le fait que cela fasse partie de mon job est un grand privilège à mes yeux.
Et il y a aussi ce sentiment indescriptible, quand nous sommes à l’autre bout du monde, que je suis au stand de merch à la fin de l’un de nos concerts et qu’un fan vient me montrer un tatouage de paroles d’une de nos chansons que j’ai écrite dans ma chambre, ou dans ma voiture ou n’importe où. C’est dingue de se dire que si loin de chez nous, notre musique représente quelque chose de si important pour les gens. Cela nous connecte, cela dépasse les barrières de langage.


Vous avez joué en première partie d’immenses artistes comme Bon Jovi, Guns’n’Roses au Reading, Yellowcard… Quel est ton meilleur souvenir de tournée avec l’un de ces groupes ?

Yellowcard sont devenus des amis proches, on a d’ailleurs fait le Warped Tour cet été avec eux. C’était très drôle aussi parce que parfois, nous ouvrions pour un groupe et nous devions nous pincer pour réaliser que c’était réel. Quand tu joues avec Bon Jovi, tu as quand même du mal à y croire ! Mais bon, cela dit, même si c’était complétement dingue de tourner avec ce groupe, nous n’avons pas eu l’occasion de faire connaissance… On va dire qu’ils ne me sont pas apparus comme étant des gens particulièrement avenants. Le truc cool quand tu tournes avec des groupes dont j’ai moi-même été fan, c’est que ça me connecte avec mon moi de quand j’avais 15 ans. Je revois les posters de Deftones sur les murs de ma chambre, des trucs comme ça. Et se retrouver side-stage à un festival en Caroline du Nord pour regarder jouer Deftones, ou présenter un Award à Deftones aux Kerrang Awards, se retrouver à regarder Limp Bizkit jouer dans leur ville d’origine aux USA… Toutes ces petites expériences qui réveillent un truc au fond de moi, où je réalise où est-ce que cela nous a amenés de faire ce que nous faisons. Parfois, j’aimerais pouvoir rencontrer le moi de 15 ans et me dire « Ecoute, un jour tu feras ceci, il t’arrivera cela »…
Quand on est en tournée non-stop, forcément, on fait la même chose tous les jours, on répète les mêmes gestes, on a nos petites habitudes. Il suffit d’une petite expérience de la sorte pour que l’on réalise que ce n’est pas une routine ordinaire à laquelle nous avons droit, et que nous ne devons surtout pas nous complaire dans notre situation, ou trouver cela « normal » d’être où nous sommes. Ça nous permet de continuer à nous émerveiller au fil des années ; je me rends compte que je ne pourrai jamais dire « J’ai tout vu, j’ai tout fait ». Et c’est vraiment un sentiment génial.


De quel groupe rêverais-tu de faire la première partie ?

Pour moi – ça n’arrivera jamais mais je te le dis quand même – ce serait Metallica. Quand j’étais ado, c’était LE groupe, les icônes par excellence à mes yeux.


Young Guns a assuré la première partie de Bring Me The Horizon à Wembley l’année dernière, c’était un show très spécial pour eux, qui a été filmé pour un DVD. As-tu aussi ressenti ce côté « spécial » ce jour-là ?

Oui, c’était un concert exceptionnel pour nous. Déjà parce que c’était Wembley, qui est pour nous une salle vraiment mythique. Nous y avions déjà joué l’année passée, presque un an jour pour jour d’ailleurs, avec Bullet For My Valentine. Nous sommes amis avec ces deux groupes, alors c’était génial de partager un tel moment avec eux.
Et pour en revenir à Bring Me The Horizon, c’était complétement dingue de lever les yeux et de se retrouver face à 11 000 personnes, chaque fan présent étant conscient qu’il s’agissait d’une occasion particulière. C’est quelque chose que je n’oublierai jamais, et le concert de BMTH était complètement dingue !


Avant de tourner avec Billy Talent, est-ce que c’est un groupe que tu écoutais, ou qui a pu t’influencer d’une manière quelconque ?

Ils ne m’ont pas vraiment influencé, non ; de toute façon, je ne parle jamais d’un groupe quel qu’il soit comme étant « une influence », parce qu’on essaye toujours de créer quelque chose de neuf, nous ne parlons jamais entre nous en disant « Oh, j’aimerais bien qu’on fasse quelque chose comme tel groupe l’a fait », ou « Il faudrait qu’on sonne un peu plus comme ce groupe-là ». Mais je me rappelle très clairement quand Billy Talent a sorti son premier morceau, "Try Honesty". Je l’ai entendu, j’ai vu le clip, et mon grand frère m’a emmené les voir – quand j’étais plus jeune, c’est lui qui m’emmenait aux concerts.
Ils jouent cette chanson tous les soirs, et le premier show j’ai appelé mon frère pour lui faire écouter en disant « Ecoute moi ça, t’arrives à y croire ? » et il est devenu dingue, il s’est exclamé « C’est pas possible ! ». Alors, si ce groupe m’a influencé d’une manière quelconque… non. Mais s’il a joué un rôle important dans mon adolescence, oui, complétement.


Quelle était ta réaction quand tu as appris que tu allais tourner avec eux ?

J’étais super excité ! J’avais rencontré deux membres du groupe auparavant, au détour de festivals, de cérémonies, et ils m’ont toujours paru très sympathiques. J’ai rencontré Ben cet été aux APMAS et c’est là que je lui ai dit « Eh, salut, on va tourner ensemble cet automne ! » du coup on a fait un peu plus connaissance, et lui et le reste du groupe sont des mecs vraiment très cools, il y a une très bonne ambiance sur cette tournée.


Young Guns a participé au Vans Warped Tour pour la première fois cet été, est-ce que tu peux nous raconter ce que cette tournée avait de particulier ?

Gustav : C’était une tournée exceptionnelle pour nous, nous avions toujours eu envie de faire le Warped Tour ! Simon y avait été en tant que spectateur en… [il interpelle Simon Mitchell, le bassiste, qui se trouve également dans la pièce] Simon, c’était quand ?
Simon : C’était en 2007 !
Gustav : Voilà, et moi je n’y avais jamais été mais j’en ai toujours rêvé ! Depuis les débuts du groupe, on espère être sélectionnés pour y jouer, on connaissait des groupes dans notre entourage qui y prenaient part et on était toujours super jaloux… Mais voilà, cette année c’était la nôtre, et quand on nous a appelés pour nous dire que c’était ok, notre réaction n’était pas genre « Oh, ok, une autre tournée » mais plutôt « Bordel de merde, on va enfin faire le Warped Tour ! » C’est une énorme étape dans notre carrière, c’est comme si nous avions coché une case de notre wishlist ; c’est un de nos rêves les plus chers qui s’exauce enfin. C’était une tournée plutôt éprouvante, mais avant tout très fun, qui nous a permis de nous faire énormément de nouveaux amis.


Si chaque tournée était aussi longue et éprouvante que le Warped Tour, est-ce que tu voudrais quand même passer quasiment toute l’année sur les routes ?

Absolument ! Parce que ça reste le truc le plus génial qu’on ait jamais fait. C’est vrai que le Warped Tour est particulièrement difficile : c’est très long, on ne sait jamais à quelle heure on va jouer quand on se réveille, il fait souvent très chaud… mais après tout, je pense que chaque tournée est difficile. Nous vivons de façon très précaire, dans des espaces réduits, nos nuits sont souvent mouvementées dans le bus parce qu’il y a toujours du bruit, souvent des secousses qui nous réveillent… Quand tu ne fais pas partie d’un groupe très connu qui a les moyens de se payer des nuits dans des hôtels luxueux et des trajets en avion, il faut faire énormément de sacrifices.
Et dans tous les cas, peu importe la tournée ou le groupe, il faut sacrifier une partie de ta vie personnelle. C’est ce qui reste sans doute le plus difficile.
Alors bien sûr, je pense que si toutes les tournées devaient ressembler au Warped Tour, on garderait ce rythme-là et on resterait sur les routes… on aurait juste l’air encore plus vieux, encore plus marqués par la fatigue !


Quels ont été tes coups de cœurs sur cette tournée ?

J’ai adoré Crown The Empire, avec qui nous sommes devenus amis, mais aussi The Word Alive – j’adore ces mecs ! Nous avons aussi appris à connaître Emarosa, leur musique est géniale et les musiciens sont eux aussi super cools. Puis on a retrouvé des groupes que l’on connaissait déjà comme Yellowcard, Tonight Alive… C’était génial de pouvoir passer du temps avec eux tout au long de l’été !


Vous êtes venus en France un certain nombre de fois maintenant, tu connais un peu le pays et la ville de Paris… Est-ce qu’il y a une chose que tu pourrais qualifier de « typiquement française » ? Une façon de faire, de parler, d’interagir propre à la France ?

Rouler dans Paris, que ce soit dans un bus ou dans un van, c’est la pire chose au monde ! C’est tellement stressant, il y a toujours du trafic dans vos rues. A part ça, je trouve que la France est très différente de l’Angleterre – ce qui est très bizarre parce que géographiquement parlant on est très proches, il suffit d’une heure de train pour changer de pays !

J’adore me balader dans les rues de Paris, m’immerger dans la culture française et rentrer dans des petits bars. Nous avons toujours passé de bons moments à Paris, et nous avons toujours été bien accueillis quand nous étions sur scène. Je crois d’ailleurs que la première fois que nous sommes montés sur scène en dehors du Royaume-Uni, c’était à Paris… et depuis, l’accueil a toujours été très chaleureux, que l’on vienne en tête d’affiche ou que l’on joue en première partie. 


Un dernier mot pour nos lecteurs français ? 

Merci, merci mille fois pour votre soutien et merci de vous intéresser à notre musique, on espère vous revoir très vite !



Propos recueillis par Laurie B. à l'Elysée Montmartre le 27 octobre 2016.

Merci à Olivier de Replica Promotion. 




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