lundi 21 novembre 2016

Interview : Don Broco

Juste avant de monter sur la scène de La Maroquinerie de Paris (notre live report est en ligne ici), Alternativ News a eu le plaisir de s'entretenir avec une des figures montantes du rock alternatif britannique : Don Broco. Echange à lire dans le post complet.


Salut, pouvez-vous vous présenter aux personnes qui ne vous connaissent pas ? 
Simon : Ouais, je suis Simon, je joue de la guitare pour Don Broco 
Rob : Je suis Rob, chanteur de Don Broco 
Tom : Je suis Tom et je suis le bassiste. 
R : On est un groupe du Royaume-Uni, ça fait un moment qu’on tourne principalement là-bas. Cette année, c’est la première fois depuis 4 ans qu’on joue à Paris je crois non ? 
S : Ouais c’est ça, en 2012 avec Young Guns à la Scène Bastille ! 
R : Voilà, en 2012. On a sorti deux albums maintenant : Priorities notre premier et Automatic le deuxième. On a eu la chance de revenir jouer cette année en France et à Paris assez fréquemment et on a ce soir notre premier concert en tant que tête d’affiche ici !

Don Broco s’est formé en tant que groupe quand vous étiez à l’université (Tom ne rejoignit le groupe qu’en 2012), qu’y étudiez-vous ?  
S : J’y étudiais la grammaire et littérature anglaise. 
R : La théologie pour moi, Matt (le batteur) qui n’est pas là étudiait la chimie. 
T : J’y ai étudié la musique. 

C’était votre premier groupe ? Je sais que Tom tu en avais un avant. 
R : Ouais, on a eu des groupes à l’école avec lesquels tu as quelques répétitions et peut-être des concerts à l’école… Mais rien de réel, c’est notre premier groupe avec lequel on fait vraiment des shows. Le premier avec lequel on fait des choses sérieuses. 

D’après une interview que vous avez donnée, le nom de Don Broco vient d’un jeu de mot quand Simon s’est cassé le bras. Pouvez-vous nous en parler ? 
S : Ouais c’est correct (rires) 
T : Hell yeah ! S : On faisait du foot à 5 un soir et l’un de mes amis m’a fait un tacle glissé plutôt questionnable… Je suis tombé les mains en avant et je me suis cassé le poignet. En allant au boulot, quelqu’un en faisant une mauvaise blague m’a appelé Don Broco à cause de mon poignet cassé (en anglais, broken=cassé). On était tellement désespérés à ce moment de trouver un nom de groupe qu’on s’est dit « merde, que ce soit Don Broco ». Ça ne veut pas vraiment dire quelque chose, c’est juste une étrange combinaison de mots et on aimait le fait que ça ne nous lie pas à un genre, une scène musicale… 



Vous êtes incontestablement d’excellents musiciens, vos riffs de guitare et de basse ainsi que vos beats de batterie ne laissent aucun doute là-dessus. Mais vous réussissez également à faire des morceaux entraînants, alors que certains autres groupes, également d’excellents musiciens, n’arrivent pas à nous toucher, nous divertir. Comment ne tombez-vous pas dans ce piège de la pure démonstration ? 
S : C’est effectivement un équilibre difficile à atteindre, des fois c’est vraiment tentant de faire quelque chose de plus tangent, qui est pour nous musicalement très intéressant et assez technique, mais au final ça ne veut pas dire que ce sera nécessairement une bonne chanson. Donc, on essaye de faire en sorte d’avoir un refrain très catchy puisqu’une fois qu’on a ça, on se dit qu’on peut s’en tirer et faire des choses plus intéressantes pendant les couplets et les autres parties du morceau. A partir du moment où il y a cette sorte de pièce centrale sur laquelle tout le monde peut s’accrocher, on a le sentiment qu’on peut alors explorer un peu plus musicalement parlant. 

Vous avez déjà sorti 3 EPs et 2 albums. Vos titres portent votre signature sonore mais on remarque quand même une évolution de celle-ci. Toujours techniques mais de plus en plus entraînants. De même on entend plus Matt chanter. Est-ce un choix délibéré ? 
R : Avec le dernier album, on voulait vraiment se centrer sur l’écriture des morceaux. Des démos qu’on avait sur le premier album qu’on recréait complètement… On essayait d’écrire vraiment de bonnes chansons pour qu’on puisse voir les gens chanter dessus. On a travaillé ça également sur le premier album mais on pense qu’on a été chanceux avec ce premier album, nos premières idées, les premières choses qui nous sont venues en tête. Alors quand on écrit un deuxième album, on se demande ce qui doit être comme sur le premier que ce soit un refrain costaud ou motif qui se répèterait. On essaye d’utiliser ça et d’écrire les meilleurs morceaux qu’on peut. 

Vous savez déjà si vos prochaines sorties suivront la même ligne directrice ? 
S : Nous ne voulons jamais faire le même disque 2 fois. On veut progresser et nous avancer sur des territoires nouveaux. Et notre dernier single "Everybody" est en quelque sorte un départ du son d’Automatic. On verra où ça nous emmène pour notre prochain album, comme "You Wanna Know" avec Priorities.

C’était justement ma prochaine question (rires) 
S : Désolé ! (rires)

Comme vous le disiez en introduction, c’est la première fois que vous jouez ici comme headline et c’est d’ailleurs votre premier tour d’Europe avec ce statut. En comptant le show de ce soir, il vous en reste déjà trois. Comment ça se passe jusqu’ici ? 
R : Ça a été génial, c’est vraiment cool pour nous car on voulait venir et faire plus de concerts en Europe. Des fois c’est dur, tout le monde ne te connait pas, alors c’est dur d’avoir les bons shows que tu veux faire. Du coup, pour nous, de venir maintenant et de jouer nos propres concerts c’est génial. T’es plus déçu de ne jouer qu’une demie-heure, puisque t’as un set complet. Pour les fans qui sont ici c’est super. C’est le meilleur qu’on pouvait espérer, notre vrai premier tour, on a des dates sold-out comme ce soir ou à Amsterdam. C’est super excitant ! 

C’est la 4ème fois que vous jouez à Paris. Vous avez ouvert comme on l’a dit pour Young Guns et Your Demise en 2012 et en avril de cette année vous avez joué en première partie de Bring Me The Horizon, puis un mois plus tard en ouverture de 5 Seconds Of Summer. C’est donc la première fois en tête d’affiche. Des appréhensions ? 
S : On était un peu nerveux à propos de cette tournée, parce que c’est la première fois en headline, parce qu’on a joué avec d’autres groupes et c’est génial d’avoir fait de grosses dates avec BMTH et 5SOS, mais tu ne sais jamais combien de personnes reviendront te voir ensuite. Même quand tu joues avec Bring Me The Horizon et que tu reçois des tweets « c’était super de vous voir », tu ne sais jamais combien de ces personnes vont venir et acheter un billet pour te voir toi. Du coup quand on a mis les places en vente on avait des appréhensions liées à ça. Quand on a vu comment les places partaient on était au 7ème ciel de savoir que les gens voulaient nous voir, donc on est très heureux d’être là ! 
R : C’est génial de faire encore une tournée, mais on ne savait pas quelles chansons les gens connaîtraient dans le set. Avoir de nombreux nouveaux fans de BMTH et 5SOS, ça te laisse penser « ok, ils doivent avoir entendu le nouvel album mais ils ne doivent pas connaître les chansons plus anciennes ». Quand on a travaillé le set, on savait que beaucoup de personnes qui nous ont peut-être vues il y a 4 ans voulaient entendre de vieux titres, alors on en a mis dedans. En les jouant, ça a été incroyable et surprenant de voir que les gens connaissent les 2 albums, les vielles productions en plus de ce qui est nouveau. 

On parlait d’eux juste avant, comment tourner avec des groupes d’univers si différents tels que BMTH et 5SOS vous ont aidé à gagner en popularité, en fans ? 
R : Pour nous, en tant que bande, on a toujours grandi comme un groupe grâce aux lives. Pour nous, les concerts c’est la meilleure chose quand t’es dans un groupe. C’est exactement le même cas au Royaume-Uni, on s’est fait beaucoup de fans en ouvrant pour d’autres groupes dans beaucoup, beaucoup, beaucoup de concerts. Pour nous c’est le meilleur moyen d’étendre notre fanbase, de faire entendre ta musique aux gens pour la première fois.

Vous serez en tournée avec Bring Me The Horizon au Royaume-Uni juste après la fin de celle-ci, n’avez-vous pas peur d’être fatigués ? (rires) 
R : C’est vrai que ces quelques derniers jours étaient les premiers où on était là « ok on est peut-être crevés ». Le fait d’être dans le bus avec 12 autres mecs c’est parfois assez intense. On a encore trois dates, ce soir et 2 à Amsterdam et ensuite on revient. On a peut-être 4 jours, le premier concert est le soir d’Halloween donc on va en profiter pour se reposer chez nous, prendre une bonne douche. C’est ce dont on a besoin vraiment, tu as juste besoin de quelques bons jours de repos pour te ressourcer et après t’es opérationnel ! (ndlr : nous avons rencontré Matt avant le début de l’interview alors qu’il allait dormir dans le bus) 

Vous êtes un groupe très expressif en live. Vous aimez interagir avec le public, en 2012, Rob tu avais fait des abdos dans la fosse avec des filles… 
T : Il a fait quoi ? Des abdos ! (rires)
R : Vraiment ? Je crois que c’est la seule fois que j’ai fait ça !

Vous aimez aussi beaucoup bouger, vous faites cette « marche » pendant Priorities et cette drôle de chorégraphie qu’on voit dans le clip de "Everybody". D’où ça vient tout ça ? 
R : C’est juste quelque chose qui arrive, que ce soit en salle de répètes où sur scène tu t’éclates. Ce sont des choses qui se passent, parfois ça ne se passe pas. La danse d’"Everybody" c’est le directeur qui est arrivé avec, on ne peut évidemment pas la faire quand on joue mais c’est assez marrant de voir des gens dans le public la faire. Tu sais, si on voit quelque chose qui nous fait rire ou qu’on trouve que c’est un peu différent, on l’inclura car c’est fun de le faire. 


Vous pensez que ces gestes font partie de votre identité visuelle ? 
T : Les gens aiment nous voir nous amuser et je pense que ça fait partie de ça. Il y a une sorte d’attache personnelle au groupe. 
R : Il y a tellement de groupes… Quand on débute comme groupe, on a cette idée mentor « tu dois faire quelque chose de différent de ce que tu peux entendre des autres groupes, que ce soit créatif ou lié à l’écriture des morceaux ». Ou tu peux faire un clip intéressant, par exemple si tu penses avoir une bonne idée dont la réalisation t’es profitable alors fais-le. Tout ce que tu peux faire pour te démarquer est une bonne chose. On a remarqué que nos fans réagissent à ça et qu’ils aiment voir quelque chose qu’ils ne verraient pas habituellement. 

Vous aimez être vus comme les mecs cool qui s’éclatent que ce soit sur scène, dans vos clips ou sur les réseaux sociaux. On ressent cet aspect à travers vos pochettes d’albums, notamment Automatic. Pouvez-vous nous en parler ? 
S : Ouais, quand on a écrit Automatic, on voulait avoir un visuel fort, donner aux gens cette impression potentiellement nous donnant un genre, pour que quand les gens le voient ils se disent « oh c’est un peu gay, ça brille », quelque chose qui sort des clous je dirais. Pendant le processus d’écriture, on a trouvé ce thème légèrement 80’s qui collait bien avec la musique. On a alors pensé qu’on associerait ça avec le visuel, ce qui rendrait un peu hommage à cette époque sans être trop parodique ou cliché… Quand on est allé tourner la vidéo pour "Automatic", on a saisi cette opportunité pour prendre pas mal de photos pour l’artwork. Tout s’est fait à Malibu, en Californie pour donner cet aspect cool « palmiers, soleil, neons » que l’on cherchait. 

Maintenant, passons sur une question totalement différente. Y a-t-il un album sorti cette année que vous nous recommandez absolument ? 
S : Oh c’est une question difficile. 
T : Il faut que je regarde mon téléphone voir ce qu’on écoute. 
S : On écoute de la musique en tournée, mais c’est rare que je trouve quelque chose de nouveau, qui me plait vraiment quand on tourne car j’écoute principalement mon Spotify. 
T : L’album de Kendrick, il est sorti cette année ? Car il est vraiment bien. 
R : On écoute un peu de tout, beaucoup de groupes de rock qu’on aime. 
S : J’aime beaucoup le nouveau disque d’Everytime I Die, c’est vraiment le nouvel album de rock que j’écoute. Il est très bon. 
R : Dans le bus, pendant la nuit on essaye de ne pas écouter du heavy metal ou quelque chose qui soit de la musique heavy pour qu’on puisse se relaxer. Quelque chose de plus funky… On écoute le dernier Frank Ocean dans le vestiaire, quand on sort de scène on ne veut pas écouter quelque chose de trop pompant, on veut juste se détendre et c’est un bon album pour ça. 

On a malheureusement perdu Tom d’Architects il y a quelques mois, cependant le groupe continue de tourner et de jouer les dates sur lesquelles ils étaient prévus. Pensez-vous que c’est le meilleur moyen de lui rendre hommage ? 
T : Oh oui, complètement. 
S : Absolument, ce n’est pas un groupe qui s’est construit en n’étant qu’un groupe de tournée, et s’ils avaient arrêté de tourner quand Tom est mort, je pense que ça aurait été… Quel est le mot ? Ils ne se seraient pas sentis biens, c’est le meilleur moyen, la manière parfaite de se le remémorer, de faire ce qu’il aurait voulu que le groupe fasse. 



Sur une note plus positive, votre album Automatic va sortir aux USA en Novembre. C’est la première fois qu’une de vos productions sort là-bas ? 
R : C’est la première fois oui. On est super impatients, on voulait sortir notre musique aux States depuis longtemps. Maintenant on a ce nouveau label avec lequel on travaille, c’est fantastique et ils sont super excités à l’idée de proposer notre musique à ce public. 

Et est-ce que ça veut dire que les Américains doivent s’attendre à vous voir chez eux ? 
R : Oui ! Il se pourrait qu’on ait une opportunité pour aller aux Etats-Unis avant l’année prochaine, je pense que c’est quelque chose qu’à peu près chaque groupe veut. Pour nous, ça fait partie de la vie de tournée, on a envie d’explorer de nouveaux endroits. Venir en Europe ces dernières années était génial, en particulier cette année du fait d’avoir nos propres shows mais les Etats-Unis, c’est un endroit immense. On y a été quelque fois, on a filmé quelques vidéos là-bas, mais il y a quelque chose de génial à être un groupe en tournée, sur la route de nouveaux pays. On voit des lieux qu’on ne verrait peut-être pas en temps normal, on ne fait pas toujours les attractions évidentes pour touristes mais on a une mise en bouche de la vie dans ces pays. 

Enfin, pour conclure cette interview, que peut-on souhaiter à Don Broco pour l’avenir ? 
R : Je dirais, bonne chance pour faire le nouvel album… 
S : Oh ouais (rires) ! 
R : On a ce tour avec Bring Me The Horizon quand on revient au Royaume-Uni, mais à Noël on se posera, écrivant le nouveau disque et on veut le faire aussi vite que possible pour qu’on puisse commencer à tourner encore une fois !

Interview : Axel G.

Remerciements à Ninon d’Alternative Live, Valérie de JMT Consulting et Mark Kozuch, tour manager de Don Broco.




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