mercredi 26 octobre 2016

Interview : Frank Iero And The Patience

 Le 28 octobre sortira Parachutes, le nouvel album de Frank Iero And The Patience (et premier sous ce nom-là, au revoir Frank Iero and The Cellabration). Au cœur de l'actualité suite à leur terrible accident de van à Sydney il y a deux semaines, le chanteur et son groupe vont enfin se retrouver sous les feux des projecteurs pour des raisons plus positives. 
Nous avons rencontré Frank début septembre à Paris, pour lui parler de ce changement de nom, de ses perspectives d'avenir, mais aussi du dixième anniversaire de The Black Parade, qui a beaucoup fait spéculer les fans... 


Votre nouvel album va sortir le 28 octobre, et au moment de l’annoncer tu as également précisé le changement de nom de ton groupe, qui est devenu Frank Iero And The Patience. Pourquoi as-tu ressenti ce besoin de changement ?

Frank Iero : Eh bien, j’ai toujours pensé qu’à chaque fois qu’un groupe sort un nouveau disque, il devait se réinventer, apporter un certain changement à sa musique. Et pour moi, avancer ça voulait aussi dire accepter le passé et le laisser derrière moi. Je voulais qu’on se dise avec un nouvel album « Oh, on ne dirait pas le même groupe ! » Je voulais que le son soit différent au point qu’on pense que le groupe était différent aussi. 

Il me semblait donc logique que le nom du groupe devait lui aussi changer. Et cette décision me revenait, parce que quelque part ce groupe est l’aboutissement de mon projet solo, il y avait de toute façon mon nom devant, « sous les projecteurs », en quelque sorte. Cela rendait les choses moins confuses pour les fans, qui pouvaient toujours se reposer là-dessus ; ça, ça n’allait pas changer.


Du coup, tu penses qu’à l’avenir, chaque nouvel album sera accompagné d’un changement de nom pour le groupe ?

Oui, ça changera à chaque fois !


Chaque album représentera donc clairement une nouvelle étape pour le groupe…

Absolument, et ce qui est cool, c’est qu’au moment de fonder le groupe, avant notre premier opus, je l’avais baptisé d’après l’état d’esprit que j’avais à cette période-là. Les choses ont évolué entre temps, et j’aime cette idée de symboliser le changement à travers le nom du groupe. Cela veut aussi dire que je savoure chaque période de ma vie, que je profite de l’instant présent. Et maintenant, le fait qu’on se soit stabilisés, qu’on ait pris le temps de travailler sur ce nouvel album et d’améliorer notre son, de tester de nouvelles choses, c’est caractérisé par le nom de « The Patience ».


Si tu devais utiliser trois mots pour décrire ce nouvel album, lesquels choisirais-tu ?

Wow, alors là… Le premier serait, euh… « Introspection ». Ensuite, je dirais « Fierté ». Et pour finir… [Il hésite un long moment] « Changement », sûrement. Mais c’est vraiment très dur de se limiter à trois mots ! Si je veux changer avant la fin de l’interview, j’ai le droit ? [rires]


Tu as dit qu’écrire cet album a été une sorte de « parachute » pour toi, pourrais-tu expliquer comment la musique t’aide à te sentir mieux ?

J’essaye de faire le point sur des expériences que j’ai pu vivre et qui m’ont marqué. Parfois, j’écris sous la forme d’un récit ce que j’ai vécu, pour l’analyser. Ce sont aussi certains événements auxquels j’ai pu assister, ou des choses que les gens me racontent et qui me marquent. Je ressens le besoin de partager tout ça, et parfois aussi de l’évacuer, comme si certaines choses constituaient un poids trop lourd à porter pour moi tout seul.
Et puis, surtout, j’ai toujours voulu faire partie d’un groupe, depuis que j’étais gamin, je voulais écrire des chansons qui parleraient aux gens, qui les aideraient à se sentir mieux dans leur peau, comme la musique m’a aidé à le faire. Quand j’étais plus jeune, je me suis dit un jour « Qu’est-ce que ça ferait si un jour c’était moi qui aidais les autres à se sentir mieux ? » et depuis ce moment, je n’ai jamais arrêté d’écrire des chansons.
La musique m’aide à me sentir mieux, c’est sûr, mais je pense que ce qui est encore plus important à mes yeux, c’est le fait que je sois aujourd’hui un compositeur, et c’est le fait d’écrire de la musique qui me fait me sentir en osmose avec moi-même et avec le monde qui m’entoure.


Et dans quelles conditions tu te sens le plus inspiré ?

Pour moi, la première condition nécessaire pour écrire est d’être ouvert d’esprit, de s’intéresser au monde qui m’entoure. Quand je suis en communion avec mon environnement… wow, ça sonne vraiment hippie une fois dit à voix haute, en fait… Mais bon, soit, quand je suis en communion avec le monde autour de moi, tout m’inspire. On ne sait jamais quand on va vivre quelque chose d’exceptionnel, alors je fais attention à tout, aux petits détails, j’en fais des histoires. 

Parfois je ressens des choses à certains endroits, entouré de certaines personnes, et dès que le sentiment me frappe à nouveau, c’est comme si ça me ramenait à cet endroit précis. Et une fois que la chanson est écrite, en la réécoutant, c’est pareil : j’ai l’impression de revivre ce moment de ma vie. Il y a certaines choses, certains événements, je suis incapable de dire ce qu’ils avaient de particulier, mais quelque part je sais qu’il y avait « quelque chose », tu vois ce que je veux dire ?


Vous donnez quatre showcases en Europe : Paris, Londres, Amsterdam et Berlin. Prévois-tu de faire la même chose dans le reste du monde, aux USA par exemple ?

Cette mini-tournée promo a été organisée un peu en dernière minute, parce que nous avions environ une semaine de libre entre les shows, qui nous permettait de le faire. Et les showcases ont été annoncés très tard parce qu’on a organisé ça en mode « Bon, si on trouve un endroit qui accepte de nous recevoir dans telle ou telle ville, on y va ». Nous avions déjà fait quelque chose de similaire en Australie, et dans les deux cas les retours ont été très positifs. Maintenant que je vois à quel point c’est fun de faire ça, et de rencontrer un nombre très limité de fans, dans un contexte plutôt intimiste, oui, j’aimerais beaucoup le faire aux USA !


Nous ne pouvons pas ne pas parler de My Chemical Romance dans cette interview… Cette année est un peu particulière, car elle marque le dixième anniversaire de la sortie de votre album sans doute le plus emblématique, The Black Parade. Il y a quelques semaines, vous avez posté un très court teaser vidéo sur les réseaux sociaux du groupe [quelques secondes durant lesquelles on ne voyait qu’un drapeau portant le logo du groupe], et les réactions des fans ne se sont pas fait attendre… De votre côté, vous attendiez-vous à une telle euphorie ?

Non, absolument pas. C’est vraiment dingue que les gens soient encore autant à fond sur My Chemical Romance ! Quand on était en studio pour enregistrer Parachutes, Gerard [Way] est passé nous voir, on a pris le café ensemble et parlé de tout ça. On s’est rendus compte que nous voyions tous la même chose lors de nos tournées actuelles avec nos projets solo respectifs : partout, des fans débarquent avec du merch My Chemical Romance, et ces fans là sont si jeunes ! Certains d’entre eux m’ont avoué n’avoir découvert le groupe que récemment, et je trouve ça fou. En fait, My Chemical Romance est plus populaire aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. Mais après tout c’est assez typique : on ne réalise qu’on tient à quelque chose ou quelqu’un seulement quand on ne peut plus l’avoir, ou alors quand quelqu’un meurt. Je suis content que personne ne soit mort !

Les réactions à ce teaser ont été un choc pour le groupe aussi. Nous travaillons très dur sur cette réédition et sur les chansons qui vont être retravaillées, des chansons que les gens n’ont jamais entendues ou des versions spéciales de certains de nos titres. Nous avons pris soin de sélectionner au mieux celles qui figurerait sur cette réédition, c’était fun de retravailler sur de « vieux » projets comme ceux-là !
Au final, nous nous demandons si cette vidéo était la meilleure façon d’annoncer la sortie de cet album, les réactions ont été complétement disproportionnées. Mais ce qui est fait est fait, et après tout cette vidéo ne laissait entendre rien d’autre. Ce n’est pas comme si on figurait dessus, qu’on nous revoyait jouer ou quoi que ce soit. C’était juste un drapeau ! Les gens se sont enflammés bien trop vite pour quelque chose qu’on ne leur avait jamais promis.


Parce qu’énormément de gens attendaient une tournée d’adieu ou l’annonce d’un retour du groupe…

Oui c’est ça, mais peu importe ce qu’on fera, ce qu’on dira, les gens trouveront toujours la même conclusion. C’est dommage parce que, pour nous, la réédition de The Black Parade était un beau cadeau à faire à nos fans, mais eux n’ont éprouvé qu’une forme de « déception », et nous ont reproché de ne pas répondre à leurs attentes de tournée ou de nouveau disque. Mais bon, je comprends, en tant que fan on espère toujours plus !


Que penses-tu de l’initiative du magazine Rock Sound, qui a sorti un CD avec les chansons de The Black Parade reprises par différents artistes ?

Je ne l’ai même pas encore écouté ! Mais on a eu l’occasion de tourner avec Moose Blood lors de notre première tournée en Grande-Bretagne, et ils m’ont dit qu’ils avaient repris l’une des chansons de The Black Parade. Glenn [Harvey, le batteur de Moose Blood] m’avait montré un extrait d’une vidéo d’eux pendant l’enregistrement, mais à ce moment-là je ne savais même pas pourquoi ils faisaient ça ! Ce n’est que plus tard que j’ai appris que Rock Sound prévoyait de sortir The Black Parade réinterprété par des groupes actuels. Je suis très curieux de voir ce que ça donne ! Pour être honnête, je ne sais même pas quels autres artistes figurent sur cet album. Je ne suis même pas sûr de les connaître !

C’est très flatteur de voir que d’autres groupes prennent du temps pour se consacrer à un tel projet, et de voir qu’un magazine comme Rock Sound estime que ses lecteurs d’aujourd’hui soient encore à ce point intéressés par My Chemical Romance.


Quand tu revois les autres membres de My Chemical Romance, est-ce qu’il vous arrive d’imaginer refaire de la musique ensemble, de repartir en tournée… ?

Non… On est tous très pris par nos emplois du temps respectifs, nos projets personnels, et pour être tout à fait honnête je ne pense vraiment, vraiment pas que cela arrive un jour à nouveau. Je suis même quasiment certain que cela n’arrivera plus. Et si je dis « quasiment », c’est uniquement parce qu’il ne faut jamais dire jamais.
Mais je déteste dire des choses qui pourraient donner de faux espoirs à certains. Je sais à quel point c’est délicat de parler de ça, et de toute façon peu importe ce que je dirai, les gens le réinterprèteront à leur manière et voudront essayer de lire entre les lignes.


Mais vous êtes toujours tous en contact ?

 Oui, on échange assez régulièrement. D’ailleurs, le prochain d’entre nous qu’il va falloir que tu surveilles c’est Ray Toro, il prépare un album qui promet d’être fantastique !


En tant que résident des États-Unis, tu vas bientôt devoir élire ton nouveau président… Ça te fait quoi de te dire que d’ici très peu de temps tu devras choisir entre Donald Trump et Hillary Clinton ?

Oh mon dieu, cette horreur… J’ai l’impression d’être dans l’un de ces scénarios pré-apocalyptiques. Franchement, j’ai toujours pensé que quelqu’un avait embauché Trump pour jouer le rôle du méchant insensé et ridicule, pour que les gens se sentent obligés de voter pour Hillary. Je ne peux même pas imaginer qu’il en soit autrement ! Mais ce qui fait clairement peur, c’est que certains prennent clairement la défense de Donald Trump, il a de vrais partisans qui croient en lui et militent pour sa cause. Ce sont, je pense, des gens qui ont peur de tout ce qui touche à la nouveauté, à l’évolution, et qui sont quelque part peut-être un peu ignorants, coupés du monde extérieur. Il y a des choses horribles qui arrivent partout sur Terre, mais pour ces personnes-là, il n’y a que leur tranquillité personnelle qui compte.
Je ne pense pas qu’on aura une réponse avant que les résultats du vote ne tombent. Les pronostics vont un coup dans un sens, un coup dans l’autre… ça change tout le temps, après chaque nouvelle apparition publique de l’un des candidats, après chaque débat. Je ne sais pas quelle sera l’issue de ce vote, mais je pense que l’une des possibilités semble évidemment moins pire que l’autre.


Imagine que toi, tu te présentes aux présidentielles. Quelle serait ta priorité numéro 1 ?

Bon, déjà : je ne me présenterai jamais aux présidentielles ! Mais imaginons que ce soit le cas dans un univers parallèle, et que je demande à obtenir un job que je ne voudrais pour rien au monde… J’annexerais la Grande-Bretagne ; là-bas, tu vois, ils ont deux robinets, un pour l’eau chaude et un pour l’eau froide. Je ferais en sorte qu’ils n’en n’aient plus qu’un seul que l’on puisse régler comme on veut, beaucoup plus facilement, comme partout ailleurs ! Ce serait carrément le premier problème à régler.


Aurais-tu un dernier mot pour nos lecteurs français ?

J’aimerais vraiment, beaucoup pouvoir dire qu’on sera vite de retour dans votre beau pays pour plus de concerts, mais je crois que la prochaine tournée que nous allons annoncer la semaine prochaine ne comprend pas de passage en France… Mais je pense que nous devrions avoir l’occasion de nous revoir au printemps 2017 !


L'album Parachutes de Frank Iero and The Patience sortira le vendredi 28 octobre 2016.
Des extraits du disque sont d'ores et déjà à l'écoute sur Alternativ News :



Propos recueillis par Laurie B. en face à face à Paris, le 7 septembre 2016. 
Merci à Charles de HIM Media et à l'équipe de Bears & Raccoons !




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