jeudi 29 septembre 2016

Chronique : Taking Back Sunday - Tidal Wave

Qu’on se le dise, les derniers teasings de Taking Back Sunday n’annonçaient que du bon. Et ce sans avoir écouté un seul extrait. Il est de ces albums qui développent une aura puissante et sereine, comme si ses créateurs étaient à l’apogée de leurs capacités artistiques. C’est pourtant loin d’être évident pour l’un des groupes pontes de l’emo 00’s, qui pour certains a connu son apogée il y a plus de dix ans. Néanmoins le retour au line-up originel depuis l’album éponyme a suggéré un potentiel encore inutilisé, produisant deux albums de bonne facture mais sans magie. Il était
donc grand temps de faire exploser ce potentiel.

L’ouverture "Death Wolf" plante le décor : ce nouvel album va bien mêler ce que Taking Back Sunday savent faire de mieux. Prenez donc une introduction aérienne, insérez des riffs incisifs, ajoutez quelques interludes mid-tempo et mixez le tout avec deux voix qui jouent au chat et à la souris. J’oubliais : ce titre est un des plus faibles de l’album car trop classique. Les autres pistes possèdent en effet une forte identité, parfois contraire, qui prouve que les Américains ont fait fi des prérogatives et autres codes. Le morceau éponyme est le plus punk qu’ils aient jamais écrit, tandis que le dernier titre est l’un des plus éthérés de leur discographie. Est-ce la crise de la quarantaine qui approche ? Toujours est-il que le groupe ne semble n’avoir jamais été aussi libéré. Écoutez donc "All Excess", qui s’approche du blink-182 éponyme dans ses arrangements et dégage une atmosphère mélancolique. Prenez "Call Come Running", qui laisse Nolan s’exprimer tant par ses cordes que par sa voix.
De nouvelles sonorités sont explorées au sein des guitares, qui jouent un ton plus bas comme sur "You Can’t Look Back". Ce titre est d’ailleurs remarquable de par son contraste entre l’attitude punk du chant et de la batterie et la langueur des guitares, qui finiront par faire verser la seconde partie vers un tourbillon d’émotion comme seul le quintet en a le secret (l’alchimie si précieuse des voix en prime !). Le fait est que chaque morceau, même lorsque le rythme s’enlève, semble reposer sur une base mid-tempo qui en fait l’album le plus mélodique depuis Louder Now. Tous les refrains ou presque font mouche ("In The Middle Of It All") et promettent de nombreux sing-along ("We Don’t Go In There").

Bien entendu, TBS ne seraient pas Taking Back Sunday sans la puissance émotionnelle dégagée tant par la guitare rythmique ("Fences") que par la voix éraillée d’Adam Lazzara. Efficace dans les morceaux plus téléphonés ("Homecoming", la berceuse joliment placée "I Felt It Too" qui réussit le pari de monter progressivement sans s’emballer), c’est bien au sein des titres plus déstructurés qu’elle atteint son but. Solidement épaulée par celle de Nolan, les deux voix se croisent, se complètent et se substituent comme à la grande époque des deux premiers albums. Et lorsque l’ingéniosité des musiciens s’en mêle, cela donne l’un des meilleurs morceaux de leur longue existence : "Holy Water". Car tout y est. Tandis que la session rythmique instaure une certaine tension, le discret clavier allège l’assaut parallèle du picking des cordes. Inutile de résister cependant car l’on tombe inexorablement vers le refrain et comment ne pas accompagner Adam lorsqu’il s’écrie « Youuuuu / You should be happy / Coz’ you’ve got people / People who love you baby ». S’approchant de la rupture, il sera soutenu in extremis par l’intervention de John Nolan qui reprend les lignes de Lazzara, le complète dans ses élancées et soutient la structure sur le final lorsque les instruments comme Lazzara s’emportent dans leur émotion.

Tidal Wave est indubitablement l’album de la libération pour le quintet originel version 2010. Se basant sur le meilleur de leurs acquis, le groupe atteint de nouveaux horizons en se permettant d’explorer les envies et aspirations de chacun. Osé, puissant et mélodique, Tidal Wave trouvera facilement une place de choix dans la discographie du groupe qui s’étoffe ici d’un album mature et intemporel.

4/5

Benoît D.


01 Death Wolf
02 Tidal Wave
03 You Can't Look Back
04 Fences
05 All Excess
06 I Felt It Too
07 Call Come Running
08 Holy Water
09 In The Middle Of It All
10 We Don't Go In There
11 Homecoming
12 I'll Find A Way To Make It What You Want

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