lundi 6 juin 2016

Live Report : Miss The Stars Fest III @ Zunkunft Am Ostkreuz / Tiefgrund, Berlin - 06/05/16 (1/2)

Vous connaissez toutes et tous le fameux festival Groezrock, la grand-messe du punk et du hardcore en Europe. Vous connaissez probablement le Fluff Fest, a.k.a le lieu de culte de toute la scène screamo et des sous-genres extrêmes du punk. On peut aussi citer le New Noise Fest, le Cry Me A River, le Ieperfest... Mais connaissez-vous le Miss The Stars Fest ? Lancé il y a 3 ans à l'initiative d'Alex, jeune allemand fondateur et rédacteur du blog (We Built The World And) Miss The Stars, spécialisé dans le domaine de l'emo/screamo, il commence sérieusement à se faire une belle place au sein des grands rassemblements punk du vieux continent. La sélection pléthorique et pointue du blog se retrouve sur chaque line-up depuis la première édition, le tout avec une organisation exemplaire. La 3ème édition qui s'est tenue cette année le 6 et le 7 Mai, toujours à Berlin, a tenu toutes ses promesses, et bien plus encore. Esprit DIY, 100% vegan, 0% préjugés, soleil de plomb et ambiance maison : bienvenue dans le nouveau petit paradis annuel du festivalier punx !

C'est quelque part au fin fond de Berlin, derrière ce qui semble être un terminus de la société locale de bus, assez glauque de par sa vétusté et son aspect "parking sauvage", dans un quartier qui semble être relativement prisé du milieu punk/hardcore berlinois et quelque peu équivalent à nos banlieues parisiennes, la ghettoïsation en moins, qu'il fallait se rendre pour assister à cette 3ème édition du petit festival. Plus précisément au Tiefgrund et au Zunkunft am Ostkreuz, deux petits locaux formant une charmante friche aménagée en lieu d'échange culturel (à l'image de ce qu'était la Miroiterie à Paris), ou se déroulent concerts, animations, projections, théâtres, avec même un petit bar/restaurant ouvert au tout-Berlin. Un lieu on-ne-peut-plus approprié pour un rassemblement punk, d'autant plus lorsque il s'agit de mouvements tels que le screamo, où la plupart des acteurs du milieu, le public comme les musiciens et les organisateurs, essaient d'aller au-delà de la musique dans leurs actions quotidiennes pour faire évoluer notre monde. Mais le Miss The Stars Fest n'a aucune portée revendicatrice et politique en tant que tel, c'est un rassemblement peaceful au possible, et c'est génial. Et c'est bien dans un esprit purement familial dans lequel j'ai eu la joie et l'honneur de me plonger pour vivre intensément ces 2 jours d'émotions fortes, de musique épique, de partage et de découvertes.










Soyons franc d'emblée, le public du MTS Fest est clairement un microcosme bien établi : 98% du public partage exactement la même culture, les mêmes éthiques, est quasi-exclusivement vêtu de noir, avec des t-shirts de groupes (au strict minimum un patch sur un vêtement), des moustaches savamment travaillées et un éventail de coloris capillaires assez vaste. Il faut avouer que ce fût un excellent repère pour trouver la bonne adresse, et pour ne pas vous perdre au LIDL ou aux concessions automobiles d'en face. Mais attention, aucun esprit d'élitisme : ce fût réellement une ambiance bon enfant qui régnait sur ces lieux. Des embrassades chaleureuses (le monde de l'emo/screamo est extrêmement petit en Europe, tout le monde connaît au moins une personne dans ce genre de rassemblement), des fous rires, des centaines de noms de groupes qui se baladaient dans l'air... Une vraie réunion de passionnés ! La plupart venaient d'Allemagne, représentant fièrement des groupes locaux tels que PAANThe Tidal SleepLingua Nada... Mais d'autres venaient de beaucoup plus loin : Suède, Autriche, Belgique, Angleterre, Espagne... Et bien évidemment la France, pardi ! Mais en nombre très restreint. En ne comptant pas les membres de Mort! Mort! Mort! et Potence (screamo/crust avec deux membres de Daïtro !) qui jouaient sur ce fest, et parce que Sport a malheureusement du annuler sa venue au festival, nous devions être 5 français au total (dont moi et 2 amis)... Allez, on prévoit plus de covoiturages pour l'année prochaine !


Mais nous sommes encore bien loin d'y être, concentrons-nous sur l'édition 2016 qui nous a réservé énormément de beaux moments, voulez-vous ? Pour assister au premier concert du festival, il fallait se rendre à la Mainstage, une sorte de hangar aménagé en une salle de concert spacieuse et très chaleureuse, avec des guirlandes de couleur chaude et un lampadaire de style pagode (celui que vos grands-parents ont sûrement dans leur salon) décorant la scène. Une fois passée l'étape de la checklist (le nom des participants était inscrit sur une liste, pas besoin de tickets !), nous empruntions un petit sas ou étaient disposées des superbes sérigraphies en l'honneur du fest et d'autres dessins, artworks et flyers, tous crées par Christian Brix, guitariste de Reason To Care. Et nous voici prêts à assister au set de Years Passing. Plus précisément Henning Runolf, guitariste et chanteur de Suis La Lune et de Sore Eyelids. Sous ce pseudonyme, le suédois nous propose une alchimie tendre, cristalline, presque insouciante, entre emo, shoegaze et ambiant. Quelque part entre les travaux de Hammock et de Astrobrite, nous étions emportés par des nappes sonores tantôt envoûtantes, tantôt bourdonnantes. Musicalement très loin du reste de la programmation, Henning a eu du mal à convaincre l'ensemble du public. Plusieurs personnes sont sorties assez prestement de la salle, quand d'autres sont tout de même restés mais sans avoir été convaincu par ces ambiances douces. Heureusement, certain.e.s se sont volontiers laissés emporter par ce qui sonnait en cette chaude fin de journée comme une brise d'été rafraîchissante et revigorante, quelquefois virant à la tempête... On pouvait y voir une manière d'annoncer la suite des événements : le ton ne fera que monter crescendo au fur et à mesure que la timetable s'écoulera.

Les Singapouriens de The Caulfield Cult ont succédé au suédois, balançant avec entrain leur emo-punk sombre mais enjoué, malheureusement assez faiblard sur disque, mais très efficace en live. D'autant plus que monsieur Runolf est venu déclamer les quelques mots qu'il a enregistré sur l'un des titres du premier album de la bande. Après s'être restauré auprès d'un des stands de restauration vegan présents sur place et avoir goûté à des tacos au seitan tout simplement délicieux, retour dans la grande salle : Shirokuma va nous jouer son skramz typiquement suédois, à savoir jeu de guitare proche du tricot, mélodies lumineuses et atmosphériques, le tout transpercé par le cri arraché, à fleur de peau de Jonathan. Le tout executé avec une énergie et une passion débordante, sous les yeux attentifs d'Henning, en quelque sorte le mentor de la scène screamo suédoise, qui a sensiblement influencé la musique des garçons... Que celui qui ne trouve aucune ressemblance entre Shirokuma et Suis La Lune lève la main ! Par ailleurs, la présence suédoise est forte sur ce festival : un tout nouveau groupe a été invité à ce festival, Det är därför vi bygger städer, formé par quelques visages connus de la scène locale, mais que je n'ai malheureusement pas pu voir. En revanche, pour ce qui est des deux autres groupes nordiques présents sur le line-up, je fus au premier rang, et j'ai eu la chance d'assister dans des conditions idéales à des sets proches de l'héroïsme. Et cela a commencé par Vi som alskade varandra sa mycket. Avec eux, on se prend en pleine face un screamo teinté de dramatisme et de romance, avec des envolées post-rock relevant encore plus la densité de l'ensemble. Malgré des difficultés techniques tenaces pour l'un des guitaristes, le groupe ne s'est en aucun cas découragé pour son deuxième passage sur ce festival, se donnant corps et âme, mettant à dure épreuve la sensibilité du public, qui fût dans sa grande majorité conquis par cette prestation.






Le Miss The Stars Fest a aussi pour vocation de faire découvrir des petits groupes prometteurs à un public généralement très curieux (à la très grande exception de la France...). C'est dans la seconde et très petite salle de ce lieu hétéroclite, nommée pour l'occasion le "Basement" (reconstituant en quelque sorte l'environnement habituel dans lesquels on a l'habitude de voir des groupes de screamo), que se produiront des jeunes formations tout autant animées par la passion que par les groupes plus "grands". Juste après le set de Vi Som Alskade Varandra Sa Mycket, en allant flâner au stand de merch et au bar, la musique virulente et ultra condensée de Rêche se faisait entendre depuis le sous-sol. Ce petit goût d'Orchid et de Beau Navire m'a flatté les oreilles, et je me suis ainsi empressé de descendre. Bien m'en a pris : Rêche ne plaisante pas, c'est court mais extrêmement concis, c'est taillé à la serpe, ça envoie en rafale des dissonances et des saccades qui viennent tailler le cœur et l'esprit, sans aucun répit, sans aucune pitié. Autant de force de frappe et de convictions que les aînés, il ne manque plus que l'originalité. Presque essoufflant à vrai dire, et pour sûr une découverte à suivre... En attendant de retourner plus tard dans ce petit lieu, nous voilà revenu vers la Mainstage pour ne surtout pas louper le groupe français du line-up, car oui, il y en a un, et pas des moindres : Mort! Mort! Mort!, a.k.a Aussitôt Mort avec un membre en moins, éternels comparés à Amanda Woodward, mais qui ne cesse pourtant de s'en différencier. Personne ne sera laissé indifférent ni épargné par leur post-hardcore aux effluves de sludge boueux et d'influences dub semant le trouble et donnant de la densité et de l'écho à l'épais brouillard que distille le groupe... Et ces vibrations, c'est toujours aussi bon.

   

Mais il fallait partir en milieu de set si l'on voulait être idéalement placé pour assister à ce qui s'est avéré être le meilleur concert de la soirée, sinon LE concert de cette édition 2016 du Miss The Stars Fest : Le concert de re-formation de The Hope And The Failure. Et devinez quoi ? Ils sont suédois. Je vous le dis souvent sur mes chroniques, la Suède est le nouveau meilleur pays de la scène dans le monde, en voici une preuve de plus. The Hope And The Failure fût le tout premier groupe d'Ina, qui officie depuis 2012 dans Heart On My Sleeve. Avec tout autant de force et de dévouement, mais avec une instrumentation moins vive. Ils n'ont sorti qu'une démo 6 titres absolument introuvable que ce soit en physique ou en digital, sinon via YouTube ou quelques utilisateurs de Soulseek... Et via une quinzaine de cassettes disponible au stand de merch ce soir-là. De futurs collectors ! Ainsi, le groupe fraîchement reformé nous a offert les titres de cette fameuse démo, en passant par une reprise poignante du "Love Will Tear Us Apart" de Joy Division, avec toute la rage, la force et la passion avec lesquels ces chansons ont été enregistrées (et même improvisées, selon Ina), plus de 10 ans en arrière. Ina paraissait tiraillée par ses propres paroles, les hurlant ou les racontant tel un catharsis, avec une peine visible mais un soulagement de confier tout cela face à un public réceptif, attentif, compatissant, qui a chaleureusement applaudi le groupe à la fin de son set bouleversant et mémorable.




Si vous pensiez que nous avions déjà atteint le summum des capacités émotionnelles du Miss The Stars Festival, eh bien vous vous trompez, messieurs dames. Le second jour nous a réservé bien d'autres surprises, toujours sous un franc soleil, toujours avec un état d'esprit général "détente et copains"... J'ai cependant un ÉNORME regret : celui de ne pas avoir pu voir le set de Potence, il y avait beaucoup trop de monde dans le Basement...

Live report par Guillaume D.

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