lundi 27 juin 2016

Interview : Man Is Not A Bird


Man Is Not A Bird n’est pas un groupe facile à suivre. Vous les trouvez dans une cave jouant du math-rock instrumental en 2013 et voyez leur nom en lettres rouges sous celui de Ride sur la devanture de l’Olympia en 2015. Entre temps, un EP, un album Survived the Great Flood et un changement de line-up qui leur fait dire que ce qu’il y a eu avant, ça ne les intéresse plus vraiment. Maxime (ex-Branson Hollis) et Jordan (ex-Bufford Tannen) ont rejoint Julian et Valentin pour écrire ensemble Life & Levity, leur nouvel EP sorti le 2 juin.
Malgré des références évidentes du côté des dernières pointures américaines (Nothing, Whirr, Deafheaven), ils n’hésitent pas à aller secouer leur moustache sur les ondes de RTL2 ou sur le plateau de France 24. Mieux : ils en veulent encore plus. Alternativ News est allé discuter de leur nouveau démarrage, de leur rencontre avec Will Yip qui a mixé l’EP et de leurs dettes envers Vincent Gallo autour d’un verre à Paris. Perrier pour l’un, maté pour l’autre et pinte pour les deux restants : là encore, Man Is Not A Bird part dans tous les sens.


Alternativ News : Man Is Not A Bird, il faut le savoir, ça commence sur le tournage d’un clip de Rise Of The Northstar.
Julian [guitare] : Putain ouais, sur le clip de "Phoenix", qui est un morceau que j’ai composé pour eux. J’étais plus dans le groupe mais j’ai rencontré Val, qui était pote avec le chanteur, sur le tournage.
Valentin [guitare] : Ça a commencé comme ça, et puis on a sorti un EP, avec un autre line-up… [Il s’arrête.] Mais on évite de parler de ce qu’on a fait avant en fait. Pour nous, l’histoire du groupe commence maintenant. Jusque-là, c’était un autre line-up, une autre musique. On ne s’identifie plus à cet album. L’arrivée de Jordan et Maxime dans le groupe a été un énorme changement pour nous. On s’est mis au chant, à faire des compos beaucoup moins compliquées et beaucoup plus rock dans l’esprit, plus recentrées.

C’est quand même avec votre premier album que la majorité des gens vous ont découverts, vous le reniez pas ?
Valentin : Pas du tout et on n’a aucun regret. C’est juste une page qui se tourne.
Maxime [basse] : Jordan et moi sommes arrivés un peu avant la sortie de l’album. On a eu le temps d’enregistrer tous les quatre le morceau "D.I.P." puis l’album est sorti et on l’a défendu sur scène pendant un an.
Julian : On a voulu marquer ce changement en ajoutant un nouveau morceau composé avec le nouveau line-up, "D.I.P." donc, qui était un peu précurseur de ce qu’on allait faire ensuite, avec l’arrivée de la voix notamment.


Il s’est passé quoi depuis ?
Valentin : On a fait un concert gratuit à La Boule Noire pour la sortie de l’album le 5 mai 2015, c’était complet, on était super content. Quelques semaines après, on a ouvert pour Ride à l’Olympia et au Paradiso à Amsterdam, c’était fou.

Comment c’est venu ces dates avec Ride ?
Valentin : Andy, qui s’occupe de notre label Splendid Records, a sorti un disque où Mark Gardener [chanteur/guitariste de Ride, ndlr] était en featuring. Y a juste eu un mail envoyé pour jouer avec eux à Paris, ils étaient chauds et nous ont proposé de faire aussi Amsterdam. Ils ont aimé ce qu’on faisait et on a aujourd’hui la chance d’avoir une relation privilégiée avec Mark Gardener, qui a mis la main à la pâte sur notre EP.
Julian : Il nous a proposé de faire un mix alternatif de l’EP, il est en train d’en faire une version bonus en fait, avec des sonorités différentes.
Valentin : Sur ces concerts avec Ride, on a joué les morceaux du nouvel EP, qui ont complètement évolué depuis, dans la structure et tout. Je faisais du yaourt en les chantant [rires]. Après on a fait une tournée de dix jours en août avec les Tchèques de Manon Meurt pendant laquelle on a encore bossé sur scène les morceaux du nouvel EP, qu’on a enregistrés une semaine après en rentrant en France. On a pu voir en live ce qui marchait et marchait moins, pour ensuite changer ce qui n’allait pas.

Les morceaux de l’EP ont donc été écrits super rapidement après la sortie de l’album ?
Jordan [batterie] : On a commencé à écrire dès qu’on est arrivé dans le groupe et tout de suite après la sortie de l’album on a voulu passer à la prochaine étape.
Valentin : On a très vite joué de moins en moins de morceaux de l’album sur scène. On les jouait déjà depuis un an et demi avant leur sortie, le disque avait vachement de temps à sortir. On était déjà passé à autre chose.
Maxime : On joue toujours "D.I.P.", "Running Endlessly" et "Tendresse".

Le gros changement qui se remarque à l’écoute des quatre nouveaux morceaux, c’est donc l’arrivée du chant.
Maxime : Je me souviens, je les avais vus en concert y a super longtemps au Batofar et je leur avis dit à la fin : "Ça manque de chant quand même !" [rires]
Julian : On n’a jamais eu l’impression qu’il manquait du chant avant mais naturellement, on s’est dirigé vers quelque chose de plus classique, de plus rock, on a été inspiré par la voix et c’est venu tout seul. Du coup sur le disque on chante à trois, y a rarement une voix seule.
Maxime : Avant ils avaient beaucoup de solos, ou de leads de guitare, et j’ai l’impression qu’il y en a moins sur cet EP du coup ça laisse plus de place pour la voix.

Effectivement les quatre morceaux font plus "rock", sont plus directs, et en même temps que ça reste orienté shoegaze/post-rock, je trouve qu’ils sont plus pop dans l’écriture et la construction.
Valentin : T’as super bien résumé le truc, c’est ce qu’on se dit aussi.
Julian : Faut savoir qu’on a changé d’accordage, avant on était en drop D et là on est passé en standard, donc ça sonne tout de suite plus lumineux. On a des power chords en majeur et c’est la première fois qu’on revenait à ça.
Valentin : Le drop D sonne plus "metal" en fait, là c’est peut-être moins "heavy".

Si ces morceaux ont été écrits l’an dernier, j’imagine que vous en avez déjà des nouveaux sous le coude ?
Julian : On est en train de composer.
Valentin : On pense sûrement enregistrer cet été. Pour un nouvel EP, quatre autres titres. On a envie de sortir vite, on a eu de très longs mois d’attente de mise en place partenaires machin chose pour celui-là, du coup là on va essayer d’aller vite.
Jordan : On a envie d’être productifs !


Y a un truc qui m’a toujours amusé avec vous, c’est qu’il y a des influences très marquées dans ce que vous faites mais vous a toujours eu le cul entre plein de chaises en étant présent au sein de scènes assez différentes. Au début vous étiez très post-rock et math-rock et avez fait beaucoup de dates de ce style avec And So I Watch You From Afar et autres, aujourd’hui ça paraît logique de vous voir jouer avec Ride mais à côté de ça, parfois vous jouez sur des dates qui n’ont rien à voir comme avec Ringo Deathstarr. Est-ce que c’est une volonté d’être présent un peu partout pour toucher un max de gens ou c’est juste que vous kiffez plein de trucs différents tous les quatre ?
Jordan : Un peu des deux.
Julian : C’est vrai qu’on s’ajoute sans souci à des dates hardcore ou screamo, on a joué avec Nine Eleven, Suis La Lune… On est content de pouvoir le faire, y a des groupes qui n’arrivent pas à sortir de leur scène, on les a foutus dans un catalogue et ils sont coincés dedans.
Maxime : On a surtout envie de jouer en fait.

Ça pourrait pourtant être la facilité de faire en sorte qu’on vous présente comme les Nothing français, de s’inscrire dans ce revival 90 dont vous êtes proches musicalement et esthétiquement.
Julian : Ça vient même pas de nous en fait, on réfléchit pas forcément à être un peu partout à la fois. Moi je suis d’ailleurs un peu frustré de pas réussir à canaliser le groupe dans un seul style justement. Comme je compose en grande partie, j’ai toujours ressenti cette frustration que chaque morceau que je compose soit différent, même eux me le disent, mais j’arrive jamais à faire des morceaux qui se ressemblent.

Et comment on se retrouve, quand on joue dans des caves à Paris, à passer entre Muse et Genesis sur RTL2 et entre Snoop Dogg et David Duchovny sur France 24 ?
Julian : On peut juste remercier notre attachée de presse ! C’est des trucs qui sont tombés, on s’enferme pas dans quelque chose, on prend les opportunités qui viennent. On n’avait pas conscience jusqu’à très récemment de l’importance que ça pouvait avoir d’avoir un label qui t’aide et une attachée de presse, tu vois. C’est parce qu’on en a rencontrés qu’on s’est dit que ça pouvait être intéressant pour développer le groupe. Y a plein de groupes qui soit font pas les démarches, soit ont pas les moyens parce que ça coûte cher, soit veulent rester D.I.Y. et indés et trouvent ça « vendu », nous ça nous dérange pas. C’est un point de vue.
Valentin : Ça reste une petite équipe, on a Andy qui est tout seul pour gérer le label, et un distributeur. Mais à eux deux ils ont des contacts et une bonne force de frappe, donc on peut payer une attachée de presse.

C’est Will Yip (producteur d’une grosse partie de la nouvelle scène alternative US : Title Fight, Nothing, La Dispute…) qui a mixé l’EP, vous l’avez choppé comment ?
Julian : C’est un producteur qu’on adore. Il a produit de nombreux artistes qui nous ont influencés, du coup on suit son travail de près.
Valentin : On lui a simplement envoyé un message en fait, on fonctionne toujours comme ça. Will Yip a écouté les mixes de l’EP et nous a envoyé une réponse de gros ricain style "oh my God, this is amazing" et il nous a dit qu’il aurait aimé produire l’EP ou qu’il aimerait produire nos prochains morceaux, mais celui-là était déjà produit. Ce qu’on lui a demandé de faire, c’est du master, même s’il a fait quelques petites bidouilles dessus. C’est peut-être le début de quelque chose avec lui.


"Life & Levity", c’est votre troisième clip.
Julian : Celui-là on l’a réalisé nous-mêmes. Pur D.I.Y.
Maxime : Avec trois crottes de nez et une chaussette.
Valentin : On va sans doute en sortir d’autres, on aimerait en tourner un pour chaque morceau de l’EP. On a toujours bossé nos visuels, on adore ça.

Bon du coup après RTL2, faut viser MCM avec le clip.
Valentin : Tu rigoles mais tu sais que le clip de "D.I.P." a été accepté par MTV Pulse. Et D17 aussi !

D17 ? Ils diffusent des clips ?
Maxime : Les clips avec les "coucou ma chérie jtm" en bas qui défilent.
Valentin : C’est à 4h du mat’. On a été accepté mais on sait pas s’ils l’ont jamais diffusé.

Vous écoutez quoi en ce moment ?
Maxime : Moi je suis sur le dernier Deftones.
Julian : Low, l’album de 1994.
Valentin : Moi j’arrive pas à sortir de Pinegrove.
Maxime : Et j’attends le Thrice avec impatience.

Pour terminer, Valentin j’aimerais que tu nous racontes ton histoire d’amitié avec Vincent Gallo.
Valentin : Rah putain, t’es sûr que tu veux qu’on en parle ? Je vais me faire attraper par les flics moi. Bon, en gros, y a de cela quelques mois j’ai fait un t-shirt à l’effigie de Vincent Gallo, une image extraite de son film Buffalo 66. Un mois plus tard, je reçois un mail de Vincent Gallo qui me dit que j’avais aucun droit de faire ça et que ça pouvait aller très loin.
Julian : Tu t’es tellement fait victimiser !
Valentin : C’était assez méchant, il m’a fait flipper, j’étais mal ! Il m’a donné son adresse à Los Angeles en me disant de lui envoyer tout mon stock restant. Il me restait pas grand-chose, genre cinq t-shirts, je lui ai envoyés. Et quand il les a reçus il m’a réécrit : "Merci beaucoup, t’es adorable, n’hésite pas si t’as besoin de quelque chose."
Julian : Mais quelle victime, putain !


Interview : Romain Jeanticou.





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