mercredi 22 juin 2016

Interview : à la découverte d'Efficient Records

Chez Alternativ News, nous mettons un point d'honneur à promouvoir les groupes de la scène française ; aujourd'hui, ce n'est pas un groupe que nous allons vous présenter, mais Efficient Records, un studio situé dans la banlieue parisienne. Son créateur Harry Maisonneuve, souhaite lui aussi mettre en avant les jeunes talents de l'Hexagone. Il a répondu à nos questions pour nous présenter son métier et les groupes avec lesquels il travaille. 

Salut Harry ! Peux-tu nous présenter ton projet Efficient Records ?

Alors tout s’est toujours passé chez mes parents, à Villemoisson sur Orge, dans l’Essonne (proche de Paris). Ca a commencé fin 2012, à l’époque le projet s’appelait Grumpy Records, c’était une période où j’étais un grand fan de « Grumpy Cat » (j’étais jeune…) et ça me faisait bien rire ! Je commençais la production musicale et je travaillais sur des morceaux dont les multi-pistes étaient mis à disposition par des groupes et/ou ingénieur du son. En septembre 2013 le nom a changé, Grumpy Records devenait Northern Recording et j’enregistrais mon premier groupe au « studio » ou plutôt « home studio », à l’époque. Puis j’ai commencé à travailler avec d’autres petits groupes en parallèle de mes études. C’est en septembre 2015 que tout s’est réellement concrétisé lorsque Northern Recording est devenu Efficient Records, un nom plus professionnel et en rapport avec le style que j’enregistre le plus, à savoir le métal. J’ai entamé des travaux pour pouvoir transformer ce « home studio » en studio d’enregistrement professionnel. J’ai investi dans du matériel et construit une jolie petit pièce pour enregistrer les batteries et tout autre instrument, je pense que c’est ça qui a vraiment marqué le début Efficient Records.


Quand as-tu commencé à t’intéresser à la partie « production » de la musique ?

Je m’y suis toujours plus ou moins intéressé à la production. Au collège je voulais déjà enregistrer mes maquettes de guitare et travailler la production de mes morceaux. J’étais toujours à l’affût des groupes en studio pour regarder leurs studio reports ou encore sur Youtube pour regarde des tutoriels sur la production musicale.


As-tu fait des études en rapport avec la production ?

Bien sûr ! J’ai commencé par faire un Bac S au lycée, j’étais plutôt bon en maths et physique, ce qui m’a bien servi par la suite !
Après le Bac je me suis orienté sur une école toute jeune à l’époque, qui s’appelait l’I.S.I.S. (Institut Supérieur de l’Image et du Son). Mais au bout de la première année, je n’étais pas satisfait de l’école, alors je me suis renseigné sur d’autres écoles possibles. C’est alors que je me suis penché sur la SAE Institute Paris, qui est une bonne école, assez reconnue et qui possède de jolis studios. J’y ai fait leur formation dite intensive (Audio Engineer Diploma Full Time) et l’ai validée.
En plus des études, j’ai eu la chance de rencontrer Stephan Cain et Kevin Fouetillou du studio Insight, à Longjumeau (Essonne), qui m’ont tout de suite donné ma chance et permis de travailler sur des projets sympas avec eux. Je travaillais aussi avec Only Talent Productions à l’époque, sur leurs concerts.


Quel(s) conseil(s) donnerais-tu aux jeunes qui souhaitent se lancer dans cette branche ?

Il ne faut pas se décourager par le fait que le milieu soit dur et bouché. En travaillant dur on peut percer, et même si cela prend beaucoup de temps, il faut être patient. J’espère qu’un jour mon studio sera connu, mais en attendant je travaille très dur et je ne lâche rien. Il ne faut pas non plus se décourager par le fait que toutes les écoles, hormis Louis Lumière, soient payantes. S’il faut faire un prêt étudiant pour une école que l’on veut à tout prix faire, il faut se lancer. C’est un milieu où tout est cher, les écoles, le matériel, les studios… Alors il ne faut pas se démotiver, il faut s’investir au mieux qu’on peut et se lancer dedans à fond.
Il faut aussi rester humble. C’est assez « facile » de travailler pour des groupes en imitant tel ou tel producteur, l’ennui est que les groupes ne resteront pas forcément avec toi. Or, si tu as ta propre sonorité ou un petit quelque chose qui te définit dans tes productions, cela peut attirer des groupes et s’assurer qu’ils travailleront avec toi dans le futur plus facilement.

Est-ce que c’était une initiative 100% personnelle de créer ton propre studio, ou est-ce qu’un groupe/artiste/collaborateur t’a encouragé à le faire ?

Avoir mon propre studio a toujours été un rêve, alors dès que j’ai pu commencer à travailler sur des productions, je me suis immédiatement lancé sur la création de mon propre « home studio », puis studio.


Combien de temps cela t’a-t-il pris de mettre ton projet à jour ?

Alors ça m’a pris 4 ans pour en arriver là. Au commencement ce n’était pas évident car j’étais étudiant mais je travaillais à droite à gauche sur des petits boulots saisonniers pour pouvoir m’acheter du matériel. Je ne voulais pas m’acheter une petite carte son à 200€ si je devais la changer un an après, donc j’ai travaillé jusqu’à pouvoir me payer ma première vraie machine, ma carte son RME Fireface 800. C’était déjà un gros investissement pour moi à l’époque mais j’étais vraiment content de pouvoir me la payer. De même j’ai travaillé pour pouvoir me payer de bonnes petites enceintes Dynaudio (modèle BM5A) et le micro le plus répandu pour enregistrer les gueulards du metal : le Shure SM7B. J’étais assez content parce qu’avec ça j’avais mon petit « home studio » et je pouvais travailler.

Début 2014, j’attaquais mon tout premier groupe, Miles Of Grace (hardcore symphonique / metalcore parisien), sorti fin 2014. C’était vraiment top de leur part de me laisser les enregistrer et les produire, c’était mon tout premier groupe, je n’avais aucune expérience, rien. D’autres groupes ont suivi, comme My Ink Leads Fool pour leur tout premier single ou encore Unspoken par exemple ! À cette période je n’enregistrais pas beaucoup de groupes, déjà car personne ne me connaissait, mais en plus de ça je n’avais pas beaucoup de temps avec les études. 
One Heartbeat Production m’avait également conseillé à un groupe de métal nommé Soulwarden, avec qui on a fait un EP. J’ai continué à travailler avec des petits groupes doucement jusqu’à ma sortie de la SAE, j’ai ensuite commencé à travailler plus sérieusement avec les groupes, à acheter plus de matériel (des micros, des pré-ampli, etc..) et fin 2015 j’ai commencé mes travaux. J’étais vraiment content car le studio payait les travaux, et c’était déjà une belle évolution. J’ai acheté plus de matériel pour les groupes dont une nouvelle batterie pour les batteurs.
Fin 2015 j’ai également créé mon site internet : www.efficientrecords.com.
A la création de Sumeenk Agency, on a commencé une collaboration, ce qui m’a permis de travailler avec Out Of My Eyes avant les travaux ou encore récemment avec les jeunes de Age Of Divinity à la fin des travaux. J’ai commencé à enregistrer constamment des batteries au studio, c’était un autre cap que j’étais content de passer. J’ai d’ailleurs travaillé avec Sumeenk Agency il y a peu pour mettre en place la promotion du studio sur internet.

Tout ça m’a permis, petit à petit, de construire un vrai studio avec du matériel à disposition pour les groupes et un joli petit parc de microphone pour les enregistrer. Pour l’EP de Tahoe, qui est en cours d’enregistrement, j’ai notamment pu acheter un au micro uniquement pour leur chanteur.

Le studio n’a jamais eu de sponsor, mais le studio Insight m’a souvent prêter du matériel et je leur en suis très reconnaissant. De même Felix Loizeau, batteur de Widespread Disease, m’a depuis toujours mis à disposition certains micros pour les batteries.


Es-tu spécialisé dans un genre musical particulier, ou es-tu ouvert à toute sorte de projet ?

Je suis principalement spécialisé dans le métal et ses branches (metalcore et deathcore en particulier) du fait des groupes que j’ai enregistrés jusqu’ici. Mais je ne suis pas fermé aux autres styles pour autant, je suis par exemple sur le prochain EP du groupe Tahoe, qui n’est pas du tout dans le registre métal, et on s’amuse beaucoup sur ce projet, on travaille très dur et ça me fait vraiment plaisir de travailler sur un groupe de style différent !


Est-ce qu’il t’arrive de contacter des artistes, ou est-ce que tu attends qu’ils te contactent ?

Tout dépend des artistes, lorsqu’un artiste me plait vraiment je vais les contacter, mais sans ça la plus grande partie de ma clientèle s’est faite sur du bouche-à-oreille. Je collabore également avec One Heartbeat Productions ou encore Sumeenk Agency qui n’hésitent pas à me recommander à des groupes, ce dont je leur suis très reconnaissant.


À l’heure actuelle, avec combien de groupes travailles-tu ?

A l’heure actuelle je travaille avec 6 groupes : Out Of My Eyes, qui préparent de nouveaux morceaux, Tahoe, pour leur nouvel EP avec Jonny (Ex-Violet, leur nouveau chanteur), A Place To Die, sur leurs nouveaux morceaux, FRCTRD, sur un EP que nous venons de terminer, Widespread Disease, avec qui nous travaillons sur leur album et Inward, qui est mon ancien groupe, pour leur tout premier EP.


Penses-tu pouvoir vivre de la production ici, sur Paris ?

Avec plus de groupes et lorsque j’aurais terminé le gros de l’investissement financier du studio, oui, il est possible que je puisse en vivre.


Quelle est la partie de ton travail que tu préfères ?

Ce que je préfère c’est de loin la partie enregistrement. J’adore produire les sons, composer, les mixer, mais de très loin je préfère l’enregistrement. C’est ce contact avec les groupes que j’adore, discuter, s’amuser, travailler. On apprend beaucoup d’eux, et c’est d’autant plus simple pour produire leur musique si on a bien cerné le groupe, ses attentes ainsi que ce que dégagent les musiciens.


Imagine que tu puisses un jour produire n’importe quel artiste, avec qui rêverais-tu de travailler ?

Honnêtement, je ne sais pas. De très grands artistes de pop certainement, comme Taylor Swift ou Justin Bieber sur son dernier album, ou les productions sont colossales, avec beaucoup de producteurs et ingénieurs du son impliqués. Ou encore dans un style qui se rapproche plus du mien, Architects ou Bring Me The Horizon, avec des artistes doués et dans de très beaux studios.


As-tu des projets de développement d’Efficient Records ?

Pour l’instant je collabore avec One Heatbeat Productions (production de concerts), Anchor Agency (management d’artistes et booking) et Sumeenk Agency (management d’artistes, booking, promotion..).
Je suis en train de travailler dur sur un store, sur lequel je vendrai des samples pour les producteurs ainsi que d’autres gratuits pour les groupes (pour aider aux maquettes). Pour ce qui est du local, c’est surtout l’achat de matériel qui va être le plus important dans le futur, je suis bien dans mon studio, il faut le remplir maintenant (peut-être une autre batterie, d’autres amplis de guitare et de basse, plus de matériel de studio…).


En tout cas bravo pour le travail déjà accompli, et on te souhaite beaucoup de chance pour la suite !


Propos recueillis par Laurie B. en juin 2016. 
Photos : Efficient Records.




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