samedi 4 juin 2016

Chronique : Sport - Slow

Dans le championnat de France d'emo, actuellement, Sport domine par défaut, car en France, dans ce milieu, tout le monde fait du screamo et personne ne joue de musique qui rappelle Latterman ou Algernon Cadwallader. Et Sport, ça fait quand même depuis 5 ans qu'il est sur le terrain. Et le Vendredi 13 Mai 2016, les lyonnais ont mis en ligne leur album, sans prévenir personne. Ce nouvel album s'appelle Slow, et il dévoile une face plus délicate et adulte de la musique des garçons...




Premièrement, un bon point pour cet artwork qualité, sur lequel on reconnaît entre mille la patte Julien Paget (Daïtro, Baton Rouge...). Je cherche encore le rapport à l'album de la photographie, signée Hugo Janody, représentant une fête foraine établie au beau milieu des cités de Pogradec, Albanie, un décor quelque peu insolite et au contraste significatif. Celui de la tendresse et de l'insouciance de l'enfance face à la routine, l'ennui et le déclin de l'âge adulte, peut-être. Mais j'ai une petite idée : si en fait, être adulte ne signifiait pas perdre inévitablement la flamme de la jeunesse, que ce monde n'est pas si gris et triste qu'on voudrait le penser une fois qu'on a entamé sa vingtaine ? Et si c'était pas si stressant et oppressant, d'être adulte ?

Ça tombe bien, cet album est reposant et lumineux. Les précédentes releases de Sport étaient déjà pleines d'entrain, mais tout allait très vite, on se prenait en pleine face des tonnes d'accords de guitare et de paroles scandées à l'unisson, c'était clairement la fête, et les lives disponible sur Youtube ne font d'ailleurs que confirmer mes dires. Sur ce disque, tant pour la composition que pour le contenu en lui-même, les lyonnais ont choisi de prendre leur temps, de laisser couler leur son plus tranquillement, et l'adoucir, sans que son essence profonde en soit extraite. Dès le premier titre, "Deadfilm", ils entament sur ce ton tranquille mais toujours influencé math-rock une réflexion assez sombre qui m'a directement frappé l'esprit, réveillant quelque peu mon anxiété existentielle. "When everything is over, your body is lifeless and destroyed. What kind of magic made the thing that was 'you', could be some kind of random talks or cells in the brain? Or is there something like a soul? Like formless emotions, that made you the only one. I guess it's like a movie, the projector's broken, it's a dead film.". Après ça, je me suis senti moins seul à me poser des questions sur le fait d'être et de disparaître sans rien pouvoir y faire, ça fait du bien.

Allez, on est pas là pour broyer du noir, du moins nous sommes là pour voir du bien là où c'est possible d'en voir. Le côté adulte de cet album est présent dans cette réflexion sur le temps et l'âge, mais est imagée et racontée de sorte à ce que l'on y trouve de la poésie, de la sérénité. C'est ce qu'évoque "Nod", qui là encore rappelle que dans ces questionnements, personne n'est seul. "And it feels OK, I don't need no word cause I just like to see you nod, when I'm nodding. It speaks in silence.". La solitude y est aussi racontée dans le calme et mélancolique "Leaves". "Winter sun's silently warming the fallen leaves to soil. Strange life for the one who finds the great truth of solitude. Keep my head close to the ground. Sweet enjoyment of my city". Une allusion discrète à ces feuilles jaunies par le froid humide dont parlent les voisins de scène de Bâton Rouge sur le titre "Côte du Py" ?

Et puis voilà qu'arrive le point culminant de l'album : "Trompe l'ennui". Chanté en français, en plus de ça. Un titre plein de vie, le plus énergique du disque, où le groupe fait clairement allusion à la crise de la trentaine, revenant sur la thématique du temps. Mais cette fois-ci, ce n'est pas pour la diaboliser, mais pour tout le contraire : prends ton temps, l'issue sera de toute façon la même si tu vis à 100 à l'heure. "Des idées noires pour le deuil des vingt ans, où est le mal à vouloir prendre son temps ?" Moi qui écoutait en boucle "Mourir à 20 ans" des Betteraves quand j'étais ado, et qui veut vivre plus que jamais à l'approche de mes 24 balais, ça me remet aussi en question. Ce disque se termine sur un morceau instrumental, qui défile dans un même élan de tendresse et de tranquillité que celui qui caractérise les autres morceaux, où l'on retrouve Bâton Rouge dans l'idée de faire un genre de post-rock un peu noisy, de montrer qu'ils ont aussi grandi avec Sonic Youth, entre autres.

Les chansons de Sport ont toujours eu ce côté intime et sensible, mais Slow semble aller encore plus loin dans l'introspection, le tout renforcé par ces compositions paisibles et toujours aussi ensoleillées, nourries de vibraphone, de feedbacks et d'effets d'ambiance, encore un peu plus distant du punk, mais avec ce petit élan mathy toujours intact, qui donne toujours envie de danser. Parce que hey, le groupe s'appelle quand même Sport, faudrait quand même pas faire croire qu'ils sont feignants… Bien que "Rébuffat" donnerait presque envie de danser un slow. LOL.

Un grand merci à ces messieurs pour cet album qui fait tout simplement du bien au cœur et à l'esprit, qui fera partie de la playlist des étés qui me restent à vivre. Y'en a encore pas mal, mais combien à vivre en pleine forme ? Le temps c'est la merde en fait.

4/5
Guillaume D.

1. Deadfilm
2. Rébuffat
3. Nod
4. Full House
5. Leaves
6. Muscles
7. Trompe l'ennui
8. Word95
9. ..





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