lundi 18 avril 2016

Live Report : PVRIS + Bones + The Earl Grey @ La Machine du Moulin Rouge, Paris - 12/04/16

Le retour de PVRIS à Paris était très attendu, autant par les fans que par les curieux qui n’avaient pas osé franchir les portes du Backstage By The Mill lors du premier passage du groupe dans la capitale, il y a quasiment un an (c’était le 29 avril 2015, vous pouvez vous replonger dans notre live report ici). Pour sa première tournée européenne en tête d’affiche, le groupe se devait de repasser par la capitale française, et heureusement pour nous. Le show affichait quasiment complet, le groupe était au meilleur de sa forme ; nous revenons sur les détails de cette magnifique soirée dans la suite du post.

Les portes de la Machine du Moulin Rouge ouvrent à 20 heures, et les fans se ruent aussitôt vers les barrières du premier rang pour s’assurer d’être au plus près de leurs idoles. Les gens entrent progressivement, et à peine la moitié de la fosse est remplie lorsque nos Français de The Earl Grey donnent le coup d’envoi de la soirée.

Très vite, il saute aux yeux que tous les musiciens débordent d’une énergie communicative – mention spéciale pour le chanteur Alex, bien sûr, qui se fait un plaisir de se défouler au maximum et de s’attirer au passage tous les regards, interagissant autant que possible avec le public. Les beaux jeux de lumières viennent sublimer le spectacle offert par le quatuor (accompagné par Paul, le guitariste de Chunk! No, Captain Chunk! sur le morceau "We Are Young", le musicien s'invitant très discrètement sur scène).

Les spectateurs ne restent pas insensibles à la qualité de cette prestation, qui mérite amplement d’être soulignée ici – vous savez bien qu’on aime parler des groupes locaux quand ils sont bons, et c’est le cas ce soir ! The Earl Grey parviennent à remuer la foule, plutôt éclectique : jeunes, moins jeunes, femmes, hommes, couples, groupes d’amis… C’est d’autant plus difficile de satisfaire tout le monde, pourtant les musiciens semblent avoir fait l’unanimité et quittent la scène sous des applaudissements nourris.

C’est à présent au tour de Bones de prendre le relai, face à une foule qui semble relativement sceptique de prime abord. Il faut dire que le duo londonien créé en 2014 n’a pas encore sorti son premier album, et ne bénéficie donc pas encore d’une fanbase très développée. Mais cela risque de changer bien rapidement : le set vient de commencer que les Français se surprennent à bouger au rythme de la musique, et répondent avec ferveur aux sollicitations des deux jeunes femmes à la guitare et à la basse (un batteur les accompagne sur la tournée, sans faire officiellement partie du groupe). Leur talent combiné à leur sympathie charment la foule, qui applaudit avec enthousiasme à la fin de chaque morceau. La voix atypique et envoûtante de la chanteuse, les riffs complexes exécutés avec brio par la guitariste, les mélodies entraînantes, tous les ingrédients sont réunis pour séduire.

Ce duo féminin a dû en voir des vertes et des pas mûres dans l’industrie musicale, car la chanteuse tient à introduire le morceau "Girls Can’t Play Guitar" par un petit discours qui pourrait tout aussi bien se résumer par un simple « Fuck You ». Les deux jeunes femmes prouvent que, si, les filles savent aussi jouer de la guitare – et pas qu’un peu. Que répondre à une telle claque ? La foule applaudit cette parenthèse féministe. Et que dire du morceau intitulé "Fat" ? Les textes transpirent d’auto-dérision, ce qui donne un charme supplémentaire au duo qui nous livre déjà une performance de haut vol. Certains rares spectateurs qui avaient découvert le groupe auparavant (peut-être en première partie de Skunk Anansie lors de leur passage à Paris il y a de cela quelques semaines) reprennent les paroles de "Pretty Waste", le dernier morceau de ce set. Les deux Anglaises et leur acolyte à la batterie ont de toute évidence comblé le public parisien, car ils s’éclipsent sous des tonnerres d’applaudissements, sifflements euphoriques et autres cris approbateurs. Nombreux sont donc ceux qui ont pris note du nom de Bones, et qui se tiendront informés de la sortie du premier album du duo, promis pour le courant de l’année 2016.

Mais pas le temps de regretter ces deux très bonnes premières parties : une demi-heure plus tard, alors que les fans donnent de la voix pour montrer leur impatience (il est quand même plus de 22 heures…), les lumières s’éteignent et la Machine du Moulin Rouge tremble sous les cris qui accueillent PVRIS sur scène. Les musiciens se mettent en place sous des lumières bleues relativement sombres, rapidement rejoints par la chanteuse Lynn Gunn, qui salue la foule avant d’entamer le set avec "Smoke".

Le trio, accompagné de son fidèle batteur Justin Nace (décidément, les batteurs sont un peu les parias de la soirée), se produit sur une scène parisienne pour la deuxième fois, et pourtant on les sent ici comme à la maison. La salle semble désormais comble, le public dans la fosse est très dense et des centaines de téléphones et appareils photo se lèvent, axés vers la scène. On sent que sur "Mirrors", le deuxième morceau de la soirée, Lynn cherche encore à contenir un peu sa voix, comme si elle voulait faire monter la sauce crescendo. Mais le public est déjà conquis et ce ne sont pas les premières notes de "St. Patrick" qui vont apaiser l’ambiance : les fans expriment leur enthousiasme en sautant au rythme de la musique, scandant les paroles de ce morceau ultra-entraînant, qui était le premier single du groupe.

Sur scène, le guitariste Alex Babinski et le bassiste Brian MacDonald (qui ont tous les deux également des claviers devant eux) nous font leurs petites chorégraphies habituelles, super synchros et toujours très concentrés sur leurs instruments, relevant parfois les yeux pour s’échanger un regard rieur. Derrière sa batterie, Justin Nace n’est pas tellement en retrait que ça – son visage est devenu si familier qu’il est aux yeux des fans un membre à part entière de PVRIS. Mais c’est sur Lynn, évidemment, que la plupart des regards sont braqués. La jeune chanteuse est souvent mise en avant par les jeux de lumières, qui la placent au centre de l’attention alors qu’elle ne cesse d’aller et venir de part et d’autre de la scène, s’accroupissant au bord de celle-ci pour serrer les mains de quelques fans chanceux.

Les paroles du poignant "White Noise", morceau éponyme du premier album, sont scandées par le public parisien à qui Lynn tend le micro. C’est là aussi que la chanteuse, après un temps d’échauffement, semble se décider à pousser sa voix rauque et nous sort un « Can you hear me? » qui tient sur la longueur et qui a sans doute fait frissonner la majeure partie de la salle. Sa puissance vocale est indéniable et prend aux tripes sans qu’elle n’ait besoin d’en faire des tonnes. Aussi, quand on enchaîne avec le dynamique "Fire", la chanteuse se fait plaisir et donne une nouvelle fois de la voix, ce qui ravit évidemment les fans.

Nous n’avons même pas atteint la moitié du set que nous savons déjà que ce concert restera dans nos mémoires pendant bien longtemps. La prestation de PVRIS est très propre, très juste à tous les niveaux, sans fioritures mais on ne s’ennuie pas une seconde. Pas besoin de confettis ou d’effets pyrotechniques pour eux, les musiciens se suffisent à eux-mêmes et cela ne fait que souligner leur talent. Alors que Brian et Justin quittent la scène à la fin du morceau, Lynn prend un instant pour échanger quelques mots avec les fans, répétant à quel point elle est heureuse d’être de retour dans cette ville, si particulière aux yeux du groupe. Elle précise aussi qu’on va passer au « temps calme » de la soirée, histoire que les musiciens autant que la foule puissent reprendre leur souffle. Alex Babinski reste à ses côtés, dans l’ombre, très discret, et les deux artistes entament "Only Love", une ballade jouée très, très rarement en live et qu’ils ont ressorti des placards pour leur tournée en tête d’affiche, pour la plus grande joie des fans – moment parfait pour verser une larme d’émotion. On enchaîne ensuite avec une version acoustique parfaitement remaniée de "Ghosts", puis Brian et Justin reviennent sur scène et le show repart petit à petit avec "Eyelids". Et avant d’entamer "Holy", Lynn demande à chaque personne présente de ranger son téléphone ou appareil photo et de profiter du show sans écran sous les yeux. Malgré quelques réfractaires – qui n’ont à leur décharge peut-être pas compris le discours de la chanteuse – on remarque qu’une très large majorité obéit sans broncher à la jeune américaine.

Nous avons ensuite droit à une explosion d’ovations dans le public, alors que le groupe entame "Let Them In", un morceau très apprécié des fans mais qui n’était que très rarement joué en live. Et on se demande d’ailleurs bien pourquoi, parce que la puissance vocale de Lynn est remarquable, tout est parfaitement maîtrisé (jusqu’aux pas de danse synchronisés d’Alex et Brian, encore une fois), et surtout, la foule chante, saute, danse, crie, personne ne reste insensible à ce titre qui semble presque taillé pour le live.

Après avoir une énième fois remercié le public qui applaudit à tout rompre, les quatre musiciens quittent la scène, et la salle replonge dans le noir. Aussitôt, les fans crient pour demander au groupe quelques instants supplémentaires. Nous n’attendons pas bien longtemps avant que PVRIS ne réapparaisse pour "You And I", un morceau sorti il y a quelques semaines et qui sera présent sur la version « deluxe » de l’album White Noise, qui sortira la semaine prochaine (le 22 avril). Le public sort briquets, flashs de téléphone, et prouve au groupe qu’il maîtrise déjà les paroles sur le bout des doigts. Un très beau moment pour une magnifique chanson. Arrive ensuite le tout dernier morceau de la soirée : l’incontournable "My House", évidemment. Autant sur scène que dans la fosse, on sent que chaque personne présente ce soir donne tout ce qui lui reste sur ces derniers instants. Si Lynn a l’air quelque peu fatiguée, cela ne se ressent absolument pas sur sa performance, toujours aussi juste. Elle va jusqu’à pousser sa voix sur le bridge, un détail peut-être, mais remarqué – et salué – par toute l’assistance. Là encore, la chanteuse peut sans problème laisser le micro aux fans, qui hurlent littéralement les paroles de ce tube. Et voilà qu’il est l’heure de dire au revoir à PVRIS. Lynn promet de revenir très vite, Brian embarque un ours en peluche qui lui avait été balancé sur scène, tous les musiciens saluent une dernière fois leur public parisien avant de s’éclipser, visiblement ravis de l’accueil qui leur avait été réservé.

Aucun live report ne saura rendre justice à ce show d’exception, excellent sous tous points de vue ; c’était la quatrième fois que je voyais PVRIS, et même si j’étais comblée à chaque fois, je ne pouvais que constater qu’ils trouvaient le moyen de s’améliorer encore d’un concert à l’autre. Le seul regret que l’on puisse avoir, c’est que cela n’ait pas duré plus longtemps. C’est dit si souvent que l’on pourrait penser que cela perd de sa valeur, mais PVRIS est vraiment, vraiment un groupe très prometteur – qui a d’ailleurs déjà fait ses preuves – et à suivre de très près, car ils ne semblent pas vouloir s’arrêter de monter toujours plus haut ! En tout cas, ces talentueux musiciens méritent bien ce qui leur arrive, et il ne faut pas se faire d’illusions : bientôt, une salle de la capacité de la Machine du Moulin Rouge ne suffira plus pour accueillir les fans toujours plus nombreux de ce groupe exceptionnel.

Pour ceux qui ont raté le passage de PVRIS à Paris, le groupe sera de retour pour un showcase ultra-privé organisé par Deezer dès… mardi prochain (le 19 avril). Quand Lynn dit qu’ils seront de retour très vite, elle ne se fiche pas de nous !

Texte : Laurie B.
Photos : Mathilde M.

Merci à Alternative Live.
Setlist :
Smoke
Mirrors
St. Patrick
White Noise
Fire
Only Love
Ghosts (acoustique)
Eyelids
Holy
Let Them In
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You And I
My House





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