mercredi 20 avril 2016

Live Report : Cult Of Luna + Moloken @ La Gaîté Lyrique, Paris - 12/04/16

Lorsqu’au milieu de la foisonnante offre de concert printanière de la capitale il devient parfois difficile de faire des choix, il suffit de se reposer sur les valeurs sûres. Cult Of Luna, régnant d’une main de maître sur la scène européenne d’un genre, appelé « post-metal », largement dominé par les nord-américains - si ce n’est en terme de talent au moins en terme de renommée, faisaient leur retour en grande pompe dans nos contrées. Le sold-out de la soirée en dit long sur l’attente et la confiance aveugle qui entourent les prestations des Suédois. 

Presque deux ans après leur dernier passage au Trabendo, en headliners d’une détonante affiche mêlant poste-metal et trve norwegian black metal (avec God Seed, le groupe des ex-Gorgoroth Gaahl et King ov Hell), c’est dans la très moderne Gaîté Lyrique que l’on a rendez-vous cette fois, écrin qui sied particulièrement aux sonorités parfois futuristes du collectif qui s’est rassemblé pour célébrer les 10 ans de leur chef d’œuvre, Somewhere Along The Highway.

J’ose cette petite remarque sur l’adéquation du groupe et de sa salle car la question s’est en effet posée avec Moloken. En pénétrant dans la salle située à l’étage de l’ancien théâtre d’époque haussmannienne où jouent déjà les invités de Cult Of Luna sur cette tournée, relativement inconnus au bataillon, le manque d’aisance de ce « jeune » groupe sur l’énorme scène frappe d’entrée. Le quatuor, difficilement identifiable au milieu de la myriade de projets post-metal européens, doit sa chance au fait de partager avec Cult Of Luna la même ville d’origine, Umea. Le groupe a certes de bons arguments à faire valoir avec quatre albums au compteur et une ancienneté de leurs membres sur la scène metal. Mais leur son, que l’on sent largement plus inspiré par la noirceur introspective d’un Neurosis que par les lumières du post-rock auquel Moloken emprunte toutefois quelques tournures, apparaît définitivement mieux taillé pour les petites salles intimistes que la vaste Gaité Lyrique. La basse du chanteur, énormément en avant, renforce d’ailleurs cette impression de lourdeur neurosienne tandis que le chant écorché renvoie aux plus dépressifs des groupes de black metal. Les Moloken semblent toutefois humbles et se montrent heureux d’avoir l’occasion de défendre devant nous leurs compositions. A défaut d’originalité, la qualité et la sincérité du groupe ne déplairont pas aux parisiens qui accueilleront avec tous les honneurs les efforts des premiers suédois de la soirée.

Il est 21h15 lorsque les lumières s’éteignent. Comme à l’accoutumée, le Culte de la Lune va officier dans la pénombre. Devant un fond de lumière blanche qu’un faux brouillard rend diffuse, les sept musiciens - le sextet mené par Johaness Persson s’offrant pour les tournées les services de David Johansson du groupe Kongh à la basse - prennent place tandis que résonnent les pulsations électro rappelant les fameux Tripod Sound Effects de "The Sweep". Persson lâche alors ses premiers cris d’outre-tombe alors qu’un simple faisceau de lumière tombe derrière lui. L’introduction du concert continue avec les guitares cristallines de "Light Chaser", tirée d’un EP passé un peu inaperçu composé de trois inédits des sessions Vertikal. Avec ce morceau, là encore servi par un light show millimétré qui sera bluffant tout au long du concert, le collectif démontre qu’il peut émerveiller sans copier/coller simplement le traditionnel combo montée en puissance + break qu’il maîtrise à la perfection certes, mais que l’on retrouve de façon quasi omniprésente dans le post-métal - jusqu’à en devenir banal et lassant voire nauséeux.

Non, Cult Of Luna est décidément de la trempe des meilleurs et cela se ressent jusque dans les plus petits détails, comme la construction d’une setlist, un art maîtrisé à la perfection par les suédois. « Owlwood » sonnera en effet le début des hostilités en accélérant le rythme d’un coup sec, avant de se terminer sur des plages plus douces, qui feront miroir avec la magnifique intro atmosphérique d’"Echoes", accueillie par les acclamations de la foule à l’instar de toutes les vieilleries pré-Eternal Kingdom dont Cult Of Luna nous gavera pour notre plus grand plaisir ce soir-là. Une seconde ovation accueillera l’emballement du morceau avec la batterie sauvage et les maracas de Hedlund et de Lindberg. Les nuques, qu’elles soient chevelues, dégagées, rasées, mi-longues, ornées de mulets ou d’acné, sont désormais entraînées, telles une armée d’automates, dans un balancier qui ne décélèrera pas du concert, hormis pendant les accalmies, intros stratosphériques et longues pauses entre les morceaux. Au rayon des reproches que l’on peut trouver à ce live d’ailleurs, il n’y aura bien que les temps entre les morceaux, parfois un peu déraisonnables et certainement involontaires (problèmes techniques) mais durant lesquels les encouragements à poursuivre, peu polis et gueulés par certains membres du publics, horripileront les âmes sensibles comme celle de votre serviteur.

La leçon continue, saupoudrée d’un peu de Vertikal, d’un peu de Salvation… Mais rien en vue de Somewhere Along The Highway. Persson avouait dans une interview live facecam la veille du concert que la forte teneur émotionnelle de cet album le rendait très difficile à interpréter et à rendre sur scène. Un doute m’accable. La question reste en suspend, alors que la céleste "Waiting For You" se termine par sa montée en puissance cathartique, puis, enfin, les premières notes de "Marching To The Heartbeats" résonnent dans la Gaîté Lyrique. Les parisiens exultent, mais sans savoir que ce n’est pas moins que tout l’album, piste par piste, auquel ils auront droit (bon, sauf les petits rigolos qui se seront spoilés sur www.setlist.fm). Est-ce utile de revenir sur cette pierre angulaire du post-hardcore, post-metal, sludge atmosphérique - ou peu importe comment vous dénommez le genre ? Une simple écoute vous parlera d’elle-même. Jouer chaque morceau dans l’ordre est un choix sujet à débat, mais Somewhere Along the Highway est d’autant plus puissant que l’ensemble, roadtrip aussi monumental qu’introspectif dans un désert solitaire, tantôt lumineux tantôt pachydermique, ne pouvait s’agencer autrement. Les sensations à l’écoute de l’album reviennent instantanément, décuplées par le rendu live de perles telles que "Finland" ou "Dim" dont chaque seconde est magnifiée par le son exemplaire de la salle. Dans le brouillard, sur scène, les musiciens sont plongés dans leur son, absorbés dans une transe, la même qui secoue chacun d’entre nous. Au final, l’attitude est la même sur scène que devant. Rien à voir donc, on ferme les yeux, les flashs lumineux scandent les rythmes de la batterie et les notes éthérées du clavier d’Anders Teglund s’ajoutent à ce rêve, ce voyage en réalité augmentée qui ne prendra fin qu’avec la magistrale "Dark City, Dead Man" et une chaire de poule qui ne voudra pas s’en aller. Après un mutisme total de plus de deux heures, Persson remercie finalement timidement Paris durant une longue ovation plus que méritée.

Il y a un don, celui de savoir maintenir l’intensité dans des compositions aussi longues avec des changements de rythmes et d’ambiances aussi ingénieux, qui est extrêmement rare. Mais de réussir cet exploit à l’échelle d’un concert de plus deux heures, c’est là toute l’énigme et la magie qui entourent Cult Of Luna et que l’on arrivera jamais à saisir, encore moins à comprendre et à retranscrire fidèlement avec des mots. Mais on essaie, vraiment.

Texte et photo : Clément P.

Merci à Elodie et HIM Media.

Setlist :





1 commentaire :

Anonyme a dit…

Quelques petites corrections (suédoise) :
- Umeå (å = alt+226)
- Johannes Persson

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