vendredi 8 avril 2016

Live Report : Burning Down Alaska + Acres + Casey + From A Broken Stereo + Fallen Eight + Amnasty @ Gibus Café, Paris - 18/03/16

Certains attendaient avec beaucoup d’impatience le retour de Burning Down Alaska dans la capital – nous y compris. Découverts sur la scène du Never Say Die! en novembre dernier, ces jeunes Allemands nous avaient vraiment impressionnés [voir notre live report du NSD], et les voir en tête d’affiche à Paris était une occasion en or pour confirmer ce coup de cœur. Accompagnés des groupes anglais Casey et Acres sur toute leur tournée européenne, ils avaient – en plus – ce soir-là le support de trois groupes français.

C’est Amnasty qui a donné le coup d’envoi des festivités dans l’étroit Gibus Café, qui était déjà pas mal bondé. Les musiciens se retrouvant à l’étroit sur la minuscule scène, le chanteur décide de rester au milieu de la foule pour toute la durée du set – d’ailleurs, chaque frontman de la soirée procédera de la sorte. Les jeunes Parisiens sont très à l’aise, leur metalcore mélodique semble plaire au public de la salle, et même si certains problèmes de son font tiquer, ils n’enlèvent rien aux qualités de ce groupe.

Arrive ensuite le tour de Fallen Eight ; la transition a été si rapide que nous n’avons même pas eu le temps de reprendre place face à la scène au moment où ce deuxième set commence. On relève encore une fois des problèmes au niveau du son, mais on comprend également très vite que ce n’est aucunement lié au groupe. Ce dernier offre d’ailleurs une excellente prestation, et certains adeptes dans la foule reprennent les paroles en chœur avec le chanteur, d’autres s’octroient un petit mosh. 
Même si le temps presse (tout le monde en est conscient), les musiciens soignent leur set au maximum, et les spectateurs remercient chaleureusement Fallen Eight à la fin de celui-ci.

Même scénario pour From A Broken Stereo, qui se voient contraints d’accélérer leur mise en place. Mais les musiciens ne laissent paraître aucun stress et prennent leurs aises sur scène (ou au milieu du public pour le chanteur). Au moins, on n’a pas vraiment le temps de se tourner les pouces entre deux sets ! Là encore, la bonne ambiance est au rendez-vous et le public soutient ses camarades français en bougeant dans ce qui sert de fosse, aux côtés du chanteur.
Le groupe semble avoir déjà un sacré bagage et la prestance scénique des musiciens accroche le regard autant que leur musique nous fait tendre l’oreille. 

Ces trois groupes ont livré des prestations tout à fait remarquables, mais qui semblaient toutes avoir été avortées. Il faut dire que caser six groupes le même soir, ce n’est pas facile, et que forcément les formations françaises ont été les plus lésées. Mais nous ne baserons pas sur cette soirée pour porter un jugement quelconque sur les sets de nos compatriotes, qui auront de toute évidence l’occasion de faire leurs preuves dignement très rapidement – et dans de meilleures conditions.
Ceux qui ont connu Casey à travers certains de leurs clips comme "Teeth" ou "Fade" ont une petite surprise ce soir-là : la longue chevelure brune du chanteur Tom a entièrement disparu (il s’était rasé le crane pour faire don de ses cheveux à une association, ce qui en soi en dit déjà pas mal sur l’esprit de ce groupe) et le frontman s’est à la place laissé pousser la barbe. Il prend place, comme les chanteurs qui l’ont précédé, au pied de la petite scène, un demi-cercle se formant autour de lui, et dès les premières notes on a l’impression de plonger dans un autre monde. 

Musicalement, Casey colle parfaitement sur énormément de points avec Burning Down Alaska. Excellent choix pour la première partie, donc, mais ce n’est pas ça qui va toucher le public. Peu de gens semblaient connaître ce groupe avant le début de sa prestation, mais peu sont ceux qui y restent insensibles. Les paroles sont de celles qui prennent aux tripes et provoquent à la fois une certaine rage et une douleur indescriptible. Le chanteur autant que les musiciens, biens que physiquement face à nous, semblent évoluer dans un univers parallèle ; Tom garde les yeux fermés une bonne partie du set, faisant passer toutes ses émotions à travers sa voix torturée, qui oscille entre le scream, le chant clair, presque murmuré, parfois simplement « parlé ».  

Ce jeune groupe, officiellement créé en décembre 2014, fait son bonhomme de chemin et a, d’après ce que l’on a pu comprendre, séduit énormément de spectateurs lors de cette tournée, le public de Burning Down Alaska se montrant très réceptif à la musique à la fois mélodique, enragée et poignante des Anglais. Une excellente surprise qui nous prend de court. Si vous les avez loupés lors de leur passage à Paris, vous pouvez toujours vous rattraper en allant les voir au Longlive Rockfest à Lyon… et nous vous le conseillons vivement !

Après ce set bourré d’émotions, les spectateurs français semblent déjà bien chamboulés au moment d’accueillir les autres Britanniques de la soirée, Acres. On reste dans cette ambiance aux tons mélancoliques et aux paroles déchirantes, le tout sur un post-hardcore entraînant encore une fois très en accord avec Casey et BDA. Le quintet anglais dégage une énergie qui ne laisse personne de marbre, le côté intime et poétique de leur musique semble intriguer les Français – et nous remarquons que la petite salle compte plusieurs fans, qui reprennent les paroles en chœur et portent des t-shirts et sweats « Sad songs for sad dudes » du groupe.

Sur les routes depuis 2012, Acres bénéficient d’une certaine notoriété depuis un petit bout de temps désormais et a dû faire face à un changement de chanteur qui avait causé la discorde parmi les fans. Certains regrettent toujours la voix gutturale de l’ancien frontman, alors que d’autres s’enthousiasment du mix scream et chant clair de Ben Lumber, qui d’ailleurs assure très bien l’intégralité de ses parts en live.

Un autre beau moment qui semble encore une fois avoir mis tout le monde d’accord, mais il faut toutefois avouer que personne ne semble avoir trouvé ce set trop court. La soirée commence à tirer sur la longueur, on approche des 23 heures et désormais, tout le monde attend impatiemment l’arrivée de la tête d’affiche…

Les Allemands de Burning Down Alaska sont accueillis par une salve d’applaudissements enthousiastes, ils laissent au public quelques secondes pour se préparer, le temps d’une intro instrumentale, puis on embraye sur la dernière ligne droite de la soirée et la voix si singulière du frontman Tobias vient captiver le Gibus Café.

Pour la première fois en tête d’affiche en France, c’est l’occasion pour le groupe de présenter plus en profondeur son « new wave hardcore » et entame son set avec "Monuments", que les fans reprennent en chœur. Les riffs complexes et mélodiques viennent contraster avec la voix éraillée du chanteur, qui est lui aussi (faut-il encore le préciser ?) seul au milieu du public, au pied de la scène encore une fois, alors que les musiciens meublent tout l’espace disponible à l’arrière. Et même s’ils sont à l’étroit, ils dégagent tous une énergie communicative, visiblement concentrés au maximum sur leurs instruments.

Quand le frontman annonce "Blossom", le dernier morceau en date du groupe (qui a été dévoilé courant février), il précise que c’est un titre particulièrement important et significatif pour eux. À la fin du premier couplet, Kassim fait irruption dans la salle pour s’approprier le refrain, sous les cris enthousiastes du public. Initialement, le jeune chanteur semblait n’apparaître sur ce titre qu’en featuring, mais il accompagne le groupe sur toute la tournée et a l’air de s’y être plus ou moins intégré. Il restera d’ailleurs dans un coin de la salle, devant la scène, et s’emparera à nouveau de son micro pour assurer les parties en voix claire qui composent les morceaux (ne s’empêchant cependant pas de pousser un petit scream de temps à autres).

Les voix des deux chanteurs fonctionnent à merveille ensemble et sont très fidèles aux versions studio. Dans la petite salle du Gibus Café, les Français apprécient et certains profitent des chansons suivantes pour mosher à quelques centimètres à peine du frontman – qui manque parfois de se prendre un coup de coude. Le refrain de "Clockwork" est repris en chœur, Kassim revient pour assurer les parties claires de "Phantoms" (initialement chantées par Michael McGough, de Being As An Ocean). Là encore, la foule se fait un plaisir de reprendre les paroles. Il faut dire que si Burning Down Alaska ont une discographie plutôt restreinte pour le moment, énormément de leurs morceaux – dont "Phantoms" – ont eu droit à un clip vidéo digne de ce nom. Une très bonne chose pour attiser la curiosité des gens.

Mais là où l’on regrette cette discographie limitée, c’est quand on comprend que du coup, avec "Trophies", on arrive quasiment à la fin de ce très joli set. C’est bien trop tôt, parce qu’il est vrai qu’on en aurait bien repris un peu. Pour clôturer la soirée, Tobias indique aux fans que leur dernière chance de se défouler sur leur musique arrive, et le groupe entame "Savior", l’ultime morceau pour ce soir.

Les jeunes Allemands ont offert à leur public français un très beau moment ; leur indiscutable talent allié à leur énergie et leur charisme font d’eux un excellent groupe de scène. Il est certain qu’ils ont comblé leurs fans, ce soir, et il est certain également que nous ne raterons pas l’occasion de les revoir lors de leurs futurs passages par la capitale française – car il est certain qu’il y en aura.
Pour couronner le tout, nous avons pu découvrir en live les très bons groupes britanniques Casey et Acres (avec un coup de cœur particulier pour les premiers) et voir – ou revoir – trois formations françaises tout aussi prometteuses.

L’unique point « noir » de cette soirée au Gibus Café était d’ailleurs le rush du côté des managers et des groupes, qui n’avaient que très peu de temps pour installer leur matériel. Mais cela ne nous a aucunement empêchés de passer un excellent moment, dont nous ne garderons de toute façon que le meilleur.

Texte : Laurie B.
Photos : Christophe Soulas (Spread Their Sound)

Merci à W&S Booking.




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