lundi 11 avril 2016

Live Report : The 1975 + The Japanese House @ L'Olympia, Paris, 31.03.2016

L’Olympia affichait complet ce jeudi 31 mars. Sur la façade, les célèbres lettres rouges annonçaient le retour des Britanniques de The 1975, un an et demi après leur dernier passage par la capitale française. Ils avaient choisi pour les accompagner leur petite protégée Amber Bain, qui joue sous le nom de The Japanese House. Retour sur cette soirée exceptionnelle dans la suite de l’article.

Il est pile 20 heures quand les lumières s’éteignent pour la première fois dans un Olympia comble. La scène baigne dans une ambiance très épurée et zen pour The Japanese House, le projet de la jeune Britannique Amber Bain, âgée d’à peine 19 ans et accompagnée sur scène de trois musiciens. Produite par nuls autres que Matty Healy et George Daniel (oui, le chanteur et le batteur de The 1975), ce n’est pas un hasard si l’artiste se retrouve sur cette scène ce soir, et on sent énormément l’influence de ses mentors. Les jeux de lumières sont très sobres, principalement blancs, jouant sur un fort contraste ; à l’image de la tête d’affiche, il faut croire que The Japanese House misent beaucoup sur l’ambiance scénique.
À la fois apaisants et planants, les morceaux de la jeune artiste semblent fasciner une partie des spectateurs de l’Olympia, l’autre partie – notamment vers l’arrière – continuant de bavarder comme si de rien n’était. On est plutôt mitigés à la fin de ce set d’une demi-heure : si l’on peut évidemment en reconnaître les qualités, on reste sur notre faim pour ce qui est de l’ambiance dansante et électrique.

Mais nous allons bien vite nous rattraper. Quand la jeune Anglaise quitte la scène sous les applaudissements, nous avons devant nous environ une demi-heure « d’entracte ». L’Olympia paraît blindé, et si l’on détecte inévitablement une majorité d’adolescentes de 15 à 18 ans, on repère également un public plus mature, qui était présent en très, très faible minorité lors des précédents passages du groupe à Paris.

Un vrombissement continu sert de « bruit de fond », à quelques instants de l’arrivée sur scène du groupe. Et quand les lumières s’éteignent, ce bourdonnement ne fait que s’amplifier, jusqu’à devenir assourdissant, rappelant le bruit d’un avion qui atterrit. Mais ce qui est plus assourdissant encore, ce sont les cris suraigus du public déjà en transe, qui se fait de plus en plus compact alors que l’on commence tout juste à deviner les contours de la scène, des silhouettes venant prendre place sur celle-ci. Nouveaux hurlements, puis c’est parti.

The 1975 débutent leur set avec leur tube "Love Me", issu de leur dernier album en date, I Like It When You Sleep For You Are So Beautiful Yet So Unaware Of It (nous ne le citerons qu’une fois dans ce report, rassurez-vous), qui sera mis en avant comme il se doit ce soir-là. Sur la grande scène de l’Olympia – qui paraît gigantesque quand on s’est habitué à voir le groupe dans de toutes petites salles – Matty est fidèle à lui-même et joue à fond son rôle de showman, se faisant un plaisir d’arpenter son espace de long en large, venant saluer les fans d’un côté et de l’autre de la salle.
Ultra-expressif, le frontman livre dès les premières notes une prestation remarquable autant au niveau vocal que gestuel. On enchaîne ensuite avec "UGH!", un autre nouveau morceau, et Matty en profite pour lancer un « ça va Paris ? » auquel, évidemment, la foule répond par l’affirmative. Les fans chantent incroyablement fort, sur les refrains autant que sur les couplets, on sent que ça bouge partout autour de nous dans la salle.

Et le point d’orgue de ce concert, ce sont les jeux de lumières et toute la scénographie qui constituent les grandes nouveautés du show, et sur lesquels nous savons que The 1975 misent beaucoup. L’unique rectangle lumineux noir qui encadrait habituellement la batterie a été remplacé par trois rectangles perchés en hauteur qui changent de couleurs d’une chanson à l’autre. George Daniel et sa batterie sont juchés sur une estrade constituée d’écrans, elle-même entourée de sortes de mini-immeubles, arborant des teintes différentes tout au long de la soirée.

La foule exprime également son enthousiasme par rapport aux anciens morceaux à l’entente des premières notes de "Heart Out", puis de "So Far (It’s Alright)". On remarque que, alors que les deux premiers titres issus du deuxième album du groupe avaient droit à des couleurs flashy très roses, on retourne un peu à l’ambiance noir & blanc du précédent opus pour ces deux chansons un peu mélancoliques. John Waugh, le saxophoniste qui avait accompagné The 1975 sur leur précédente tournée, est d’ailleurs de retour sur scène pour l’occasion, accueilli chaleureusement par les fans. Il refera de discrètes apparitions sur certains titres tout au long du concert, Matty essayant d’attirer l’attention sur lui alors que John tente vainement de rester caché sur le fond de la scène. 

Si les musiciens sont évidemment plus discrets que le très expansif chanteur, ils ne sont pas en retrait pour autant et Matty n’hésite pas à aller de l’un à l’autre comme il le fait avec le saxophoniste, interagissant quelques instants avec chacun d’entre eux. Derrière son kit et vêtu d’une surprenante chemise à fleurs, le batteur George assure également les chœurs. Adam Hann passe habilement de la guitare au clavier, quant à Ross MacDonald, il essaye désespérément de se concentrer sur sa basse, mais il est régulièrement distrait par le chanteur, qui se ballade maintenant avec un verre de vin rouge à la main.

Après "A Change Of Heart", on sent la foule exalter à l’entente du début de "She’s American", un morceau de toute évidence très apprécié des fans – et du groupe, car on sent que sur scène, ça se déhanche un peu plus aussi. Mais d’autres cris – de soulagement, cette fois – accueillent "Menswear", quelques minutes plus tard. Le public fait comprendre que cet « ancien » morceau à moitié instrumental est le très bienvenu sur la nouvelle setlist. Matty reprend des mimiques développées lors des tournées précédentes, et tout l’Olympia danse et chante avec lui.
Sur "The Ballad Of Me And My Brain", nous avons droit à une véritable pièce de théâtre menée par le chanteur, qui erre d’un bout à l’autre de la scène tout en mimant les paroles de la chanson. Cette dernière semble prendre une nouvelle dimension, et l’on réalise que The 1975 ne sont pas là pour faire de la figuration et nous envoyer à la tronche leurs derniers morceaux, mais bien pour faire passer au maximum leur message, donner un nouveau sens à leurs textes. Matty Healy semble venu tout droit d’une autre galaxie – et d’ailleurs, même sous nos yeux, on dirait qu’il évolue dans un univers parallèle. Sa voix fait passer une palette d’émotions extrêmement large, et quand il reprend les anciens titres "Me", et surtout "fallingforyou", on a la larme à l’œil.
Étant donné qu’on est bien partis dans le quart d’heure « chansons qui parlent de nos amours passées » et donc « attention dépression », pourquoi ne pas enchaîner avec "Somebody Else", "Robbers" et "You" ? Pas un seul instant nous ne parvenons à décrocher nos yeux de la scène, sur laquelle il y a toujours quelque chose à voir, qu’il s’agisse des musiciens ou des effets de lumières hypnotiques et parfaitement orchestrés.

On repart dans une dernière ligne droite qui nous redonne un peu le sourire : après "Loving Someone", Matty s’octroie quelques instants pour introduire la chanson "Paris". Faisant allusion aux attaques terroristes ayant eu lieu en novembre, sans les citer, le chanteur explique que peu importe à quel point on essayera de détruire Paris, cette ville restera toujours l’une des plus belles au monde. À travers ce morceau, il a voulu rattacher notre capitale à un sentiment aussi léger et puissant que l’amour, refusant de voir Paris assimilée à des sentiments comme la peur et l’horreur. Ce discours, de toute évidence improvisé (car adorablement maladroit, un peu), est ponctué par des applaudissements reconnaissants de la part du public.
Évidemment, le morceau "Paris" n’a jamais eu autant d’importance pour le groupe que ce soir-là, alors qu’il le présente pour la première fois à la capitale française. C’est un moment un peu symbolique pour tout le monde, qui déclenche encore une fois un tonnerre d’applaudissements. Illico, on embraye sur l’ultra-dansant "Girls", que tout le monde connait par cœur. Les fans ne semblent pas faiblir et donnent toujours tout ce qu’ils ont ; en retour, les quatre Britanniques (cinq si l’on compte John) donnent le meilleur d’eux-mêmes aussi. Les couleurs vives qui animent la scène s’éteignent brusquement à la fin du morceau, alors que Matty remercie son public et que les musiciens s’éclipsent dans le noir.

Et là, nous avons droit au rappel le plus bruyant que j’ai entendu depuis un très long moment. À peine l’Olympia est-il à nouveau plongé dans le noir que les fans se mettent à faire un maximum de bruit : ça applaudit, ça hurle, ça tape des pieds, ça scande des noms, des acclamations diverses reprises par la salle entière. Le niveau sonore n’a pas été aussi élevé de toute la soirée, c’est dire ! Avec un rappel aussi effervescent, le groupe ne met pas très longtemps à réapparaître, les musiciens étant tous visiblement surpris d’une telle ferveur.

Pour la peine, nous avons droit à un très beau rappel composé de quatre morceaux, deux nouveaux et deux anciens – et pas des moindres, vous vous en doutez bien. Après le mélancolique et gospelique "If I Believe You", l’Olympia baigne dans des néons bleus pour "Chocolate".
Les derniers instants donneront aux fans autant qu’aux artistes l’occasion de se défouler : sur l’excellent tube "The Sound", le parquet de la salle tremble carrément alors que la scène retrouve un contraste noir et blanc, avec encore une fois des jeux de lumières très pointilleux. Les rectangles et néons divers s’animent au rythme de la musique, alors que le frontman ne cesse de danser au centre de la scène. Pour clôturer cette soirée époustouflante, nous avons droit à l’incontournable "Sex", qui n’a pas pris une ride et que les musiciens ont visiblement toujours autant plaisir à jouer en live après des centaines et des centaines de shows.
À la fin du morceau, les musiciens remercient leur public parisien qui est resté au taquet – et très bruyant – jusqu’aux derniers instants, faisant honneur à l’excellente prestation du groupe.

The 1975 nous avaient laissé entendre qu’ils étaient entrés dans une nouvelle ère et avaient misé gros sur cette nouvelle tournée et leur nouvelle scène. Et même si l’on entrait dans l’Olympia avec des expectations pointues, il était impossible d’en ressortir déçu. En plus de la génialissime mise en scène et des jeux de lumières hallucinants, nous avons eu droit à une setlist merveilleuse, extrêmement bien travaillée. Le dernier album du groupe était très bien mis en avant, sans pour autant dénigrer le précédent ou les EPs. 

Des artistes aussi exigeants au niveau de l’imagerie et de la technicité du son qui se montrent littéralement parfaits en live méritent bien les acclamations auxquelles ils ont eu droit ce soir-là. Leur énergie positive a reboosté les Parisiens, qui sont tous ressortis de l’Olympia des étoiles plein les yeux. Ça valait clairement le coup d’être aphone le lendemain, et le fait que The 1975 s’accorde désormais des salles de plus en plus grande est très prometteur pour la suite… Maintenant, il ne reste plus qu’à foncer prendre des billets pour l’un des nombreux festivals auxquels participeront les Britanniques cet été !

Texte : Laurie B.
Photos : Mathilde M. (site officiel)

Merci à Florent de Speakeasy et Elsa de Music Media Consulting

Setlist :

Intro
Love Me
UGH!
Heart Out
So Far (It’s Alright)
A Change Of Heart
She’s American
Anobrain
Menswear
The Ballad Of Me And My Brain
Me
Fallingforyou
Somebody Else
An Encounter
Robbers
You
Loving Someone
Paris
Girls
---
If I Believe You
Chocolate
The Sound
Sex




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