mardi 5 avril 2016

Interview : Tahoe

Les Français de Tahoe ont eu la gentillesse de répondre à quelques-unes de nos questions notamment sur l'arrivée de leur nouveau chanteur, leur façon de travailler et ce que l'avenir leur réserve. Entretien à lire dans le post complet.

Alternativ News : Tout d’abord, bonjour à vous et merci de nous accorder cette interview. Tahoe est à l’aube d’une nouvelle ère dans sa jeune carrière, comment vous sentez-vous à ce propos ?

Pierre : On est super excités. C’est comme voir l’horizon s’élargir. On ne sait pas encore exactement où on va, mais on sait d’où on vient et on voudrait aller, dans toutes les directions à la fois.

Maxime : Il y a quelques mois on aurait sûrement répondu qu’on avait peur, au vu de tous les changements, de la prise du risque et de la masse de travail à fournir, mais les choses s’annoncent bien, on ne regrette pas du tout les choix qu’on a pu faire, les retours sont déjà positifs. Comme Pierre l’a dit, le sentiment qui prédomine maintenant, c’est l’excitation, on a tellement hâte de tout partager !

Avant d’attaquer le vif du sujet, pouvez-vous revenir sur le départ de Mickael, nous en donner quelques raisons. Avez-vous alors envisager d’arrêter l’aventure ?

Maxime : Mickael a toujours été très actif et investi sur les plans artistique et créatif. Il déborde d’idées, que ce soit pour la musique ou pour le reste. Il a décidé qu’il étant temps pour lui d’explorer d’autres voies.

Pierre : Mais il ne nous est pas venu à l’esprit d’arrêter pour autant. On est bien sûr resté sur le cul un moment, on avait du mal à envisager un autre chanteur que Mickael et on avait peur de décevoir des gens ou ne pas surmonter le choc - on s’imaginait pas du tout faire de l’instrumental ! Mais bon il a bien fallu trouver et, miracle, on a trouvé.

Jonny Nelson, votre nouveau frontman est Anglais. Comment êtes-vous entrés en relation, et quand vous êtes vous dits que votre choix était fait ? 

Maxime : On connaissait Jonny par son travail dans Violet, groupe dont on est tous fans, et avec lequel on ressent une connexion particulière puisque notre tout premier concert avec Tahoe en 2013 était en ouverture pour eux.
La prise de contact s’est faite par un long message qu’Antoine a envoyé à Jonny, puis par l’envoi de démos, de discussions sur Facebook et sur Skype. Même si on avait tous confiance, on naviguait un peu en aveugle à l’époque puisque Jonny n’avait pas encore de matériel pour s’enregistrer.
Le bien-fondé de notre choix s’est réellement imposé à nous lors du premier passage de Jonny à notre studio fin 2015, dès les premières notes. Je ne saurai pas décrire la sensation qu’on a vécu à ce moment là, on a tous échangé des regards quand il a commencé à chanter sur "Golden". Quelque chose d’indicible je vous dis, ça ne s’invente pas.

Comment s’est passée l’intégration de Jonny au sein de Tahoe ?


Pierre : Ça a été rapide, il a vite assimilé les jurons et les insultes, évidemment. Et le courant est tout de suite bien passé. On s’est pas mal parlé en ligne, on a fait des Skype... Et quand il est venu, il y a tout de suite eu une sorte de complicité. Jonny est quelqu’un qui déborde d’énergie, plein d’humour mais dans le même temps il réfléchit beaucoup, c’est quelqu’un de très posé derrière son apparence fanfaronne. On avait aussi peur que la langue pose problème parce qu’il a eu des cours de Français mais n’en n’a pas retenu grand chose à part des trucs comme “fléchette paralysante”. Mais ça n’a pas été le cas, on se force à parler en Anglais et on crie “ENGLISH” quand quelqu’un déroge à la règle.

Maxime : "ENGLISH". En réalité on crie même "ENGLISH" quand on parle en anglais, et c’est bien ça le problème. On craignait un peu d’être “trop” débiles dans notre approche générale pour lui, mais là dessus on a été rassurés en quelques secondes, il se défend très largement là dessus. Pour ce qui est de la barrière de la langue, il maîtrise maintenant “Il a pas dit bonjour”. Je travaille régulièrement avec lui le vocabulaire érotique, et j’ai bon espoir de pouvoir passer au vocabulaire normal d’ici quelques décennies.

Avec un chanteur vivant à l’étranger, j’imagine que c’est une toute nouvelle dynamique de travail qui s’est imposée à vous. Comment gérez-vous la distance ? N’est-ce pas contraignant au final ?

Pierre : Plus que contraignant, je dirais que c’est frustrant. On n’a pas autant de temps qu’on voudrait pour bosser avec Jonny. Pour l’instant, il vient environ tous les deux mois passer 4 jours en France. Les 4 journées sont chargées… Ça nous force à tout planifier à l’avance : les sessions de composition, les séances de studio, les photoshoots, le temps dédié à la détente… C’est pas plus mal, ça nous force à être rigoureux et organisés. Entre deux week-end avec Jonny, on bosse sur les parties instrumentales des morceaux, sur le contenu graphique, la communication... pour se concentrer sur la composition et l’expérimentation quand Jonny est là.

"Golden", votre prochain single, est le premier extrait de Tahoe version 2016. Selon vous, qu’est ce qui a changé ? Appréhendez-vous la réaction de vos fans quant à cette nouvelle direction ?

Pierre : Ce qui a changé… Alors pour commencer, c’est Antoine qui a proposé le morceau. Il a dû faire 80% de l’instrumentale à lui seul et honnêtement j’avais un peu peur au début que les gens la trouvent trop “soft” comparé à ce qu’on a pu faire avant. Maxime P. et moi on la trouvait carrément différente des morceaux de Wonders ! Le but assumé était de faire un morceau accessible et accrocheur. Or, ce n’est pas trop conciliable avec l’idée qu’on se fait du metal en France. Y a qu’à voir Chunk! No, captain Chunk! qui a du s’expatrier aux USA et qui peine encore à se faire considérer ici.
Mais quand Jonny est arrivé, ça a tout changé, il était plus question de metal français mais juste d’oser faire ce qu’on aime. Maintenant, avec le recul, je trouve que le morceau n’est pas si différent que ça des précédents. On a accordé les guitares plus haut pour s’éloigner un peu du son à la mode dans le metal, avec les guitares accordées le plus bas possible. À part ça, l’écriture instrumentale reste assez fidèle à ce qu’on faisait avant. Quant à la voix, c’est une autre affaire… Jonny et Mika ont des voix totalement différentes alors forcément ça va faire un changement pour le public. Les morceaux en préparation vont encore plus vers un changement de cap. On garde une ligne directrice à la croisée du rock et du metal comme avant, mais on va appuyer plus les contrastes et faire de plus grandes excursions dans d’autres styles musicaux. Jonny va apporter sa touche eighties, je vais apporter ma touche “phasante,... On s’est tous un peu lavé les oreilles ces derniers mois. On suit toujours ce qui se fait dans le metal mais on n’a plus trop envie d’aller dans la même direction. On préfère écouter de tout et réinjecter ce qu’on aime le plus dans notre musique.

Avec un nouveau single sur les rails, qu’attendre de vous prochainement ? Un nouvel EP en prévision ? Un album ?

Pierre : On n’a pas encore d’idée arrêtée sur le format de nos prochaines sorties. Plutôt que se donner comme objectif la sortie d’un EP ou album pour telle date, on préfère prendre notre temps dans la composition et voir ce qu’il en ressortira. Pour l’instant, on pas mal de morceaux en route mais c’est la foire, on y trouve de tout, ça part dans tous les sens… On regroupera des morceaux seulement si ça nous paraît pertinent. Ça nous paraît plus judicieux que de sortir à interval régulier une compilation de singles et de morceaux de remplissages qui ne seront jamais joués en live. De manière plus générale, l’EP et l’album sont des formats déjà vieux liés à l’histoire de l’enregistrement. Ils ont encore une légitimité mais c’est plus la seule façon de faire. On aimerait bien par exemple intégrer plus l’image et la vidéo à notre processus créatif.

Un nouveau chanteur, un nouveau single … Vous allez donc bientôt remonter sur scène ? Déjà des plans de tournée ?

Pierre : On espère remonter sur scène au plus vite et on a vraiment hâte d’aller à la rencontre du public. Pourtant ce n’est clairement pas notre objectif premier pour le moment. On se donne le temps de construire un nouveau set et pour être tout à fait honnête, on n’a même pas eu le temps de répéter avec Jonny encore, si ce n’est quelques jams en acoustique ou sur Ableton Live. Dans le même temps, faut avouer qu’il nous semble de plus en plus difficile pour les jeunes formations de faire des concerts dans des conditions décentes.
Paris est un cas particulier où on voit souvent des situations abérrantes qui amènent parfois les groupes locaux à payer de leur poche pour jouer sans la garantie d’une loge ou d’un repas - je ne parle pas de chips et de bières. Forcément, ça joue sur la prestation des groupes et c’est le public qui en paye les frais. Faut pas non plus généraliser, on a eu de très bonnes expériences également mais c’est une des raisons pour lesquelles on ne se précipite pas sur la scène. Une autre raison est l’éloignement géographique de Jonny qui nous amènera à choisir consciencieusement chaque date que l’on fera et favoriser les tournées plutôt que les dates uniques. En somme on compte privilégier la qualité à la quantité.

Le fait de travailler avec un chanteur ayant déjà de l’expérience est une belle perspective pour vous vos prochains shows j’imagine. A quoi devront s’attendre vos futurs spectateurs ?

Pierre : C’est encore dur à dire pour le moment. Ce qui est sûr, c’est que Jonny est un taré sur scène, il bouge dans tous les sens et arrive facilement à communiquer avec le public. Donc je pense que ce sera un grand atout pour les grands timides qu’on est, à côté. Sinon, on essaye un peu de questionner notre rapport à la scène. Aux concerts de metalcore et de metal en général on voit des tonnes de clichés et de gimmicks qu’on appréciait quand on était ados mais on veut maintenant se diriger vers quelque chose de plus direct et de plus authentique dans le rapport avec notre public. On n’a jamais été du genre à lancer des wall of death non plus, mais disons qu’on compte affirmer cette tendance à la simplicité, tout en essayant de rendre notre performance la plus immersive possible avec les jeux de lumière et pourquoi pas des projections vidéo.

Maxime : Comme le dit Pierre, ce que l’on recherche c’est l’authenticité dans notre rapport au public. On n’a jamais été des bêtes de scène, on est des musiciens avant ça. C’est par la musique et l’immersion dans notre univers que se fera la communication avec les gens qui assisteront aux concerts. On travaille avec Harry d’Efficient Records pour préparer dès maintenant l’arrangement et la sonorisation de nos prochains morceaux, pour arriver lorsqu’on jouera les titres en live à transmettre exactement les émotions que l’on a ressenti en les écrivant.

Tahoe est encore une jeune formation, mais au potentiel international intéressant. Est-ce que ça fait parti de vos plans de vous exporter à l’étranger ? Notamment en Angleterre, contrée de Jonny ?

Maxime : Je pense que ça fait partie du plan de tous les groupes de s’exporter, Tahoe compris. Autant par plaisir que par nécessité d’ailleurs, le modèle actuel de l’industrie musicale ne laisse pas vraiment le choix, le public n’étant jamais suffisant dans un seul pays. Donc oui, mille fois oui, c’est vraiment dans nos objectifs à terme, et on hâte de pouvoir partager notre musique et rencontrer le public en dehors de France !

Pierre : On adore tous notre pays, ce n’est pas le problème, mais le simple fait d’oser rentrer en contact avec Jonny montre qu’on a cherché à avoir une visibilité qui dépasse l’héxagone seul. On n’a pas prévu de déménager (pas encore !) mais ce serait un immense plaisir de jouer en Angleterre et sans doute super flippant vu qu’il a une certaine notoriété là-bas.

Qu’est que l’on peut vous souhaiter pour cette année 2016 ?

Pierre : Du courage ! Pour tout le travail qu’il nous reste à abattre. On est super motivé.

Merci pour vos réponses, je vous laisse le mot de la fin :

Maxime : Merci à Alternativ News pour cette interview, et merci à tous ceux qui nous suivent. On espère que ce qu’on vous prépare vous plaira !

Interview : Axel R.
Photos : Emma Forni

"Golden", le nouveau single, sera dévoilé le 7 avril  !






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