vendredi 11 mars 2016

Live Report : Deafheaven + Myrkur @ Le Trabendo, Paris - 08/03/16

C'est ni plus ni moins que la cinquième fois que les vedettes actuelles du post-black metal, les garçons de Deafheaven, viennent fouler les planches parisiennes, le niveau des salles de concert locales mises à leur disposition ayant évolué avec leur notoriété, du défunt squat de la Miroiterie aux fastes du Pitchfork Festival, en passant par le Point Éphémère. Et en ce soir du 8 mars, les voilà sur la scène du Trabendo pour présenter leur dernier album, New Bermuda, faisant suite au titanesque Sunbather. Encore plus avant-gardiste et diversifié que le disque-phare de la bande, il était temps qu'on découvre le potentiel live des 5 nouveaux morceaux, mêlant tout aussi bien l'indie-rock et le black metal que le screamo et le thrash metal. Le groupe est connu pour ses prestations intenses et ébouriffantes, et nous n'avons pas été déçus.

C'est malheureusement un peu tard, à cause de mes horaires de travail et de la grève des cheminots du jour, que je suis arrivé au Trabendo. J'ai pris place pour le dernier morceau de Myrkur qui assurait la première partie, un groupe signé chez Relapse Records associant black metal, doom, metal symphonique et un chant féminin Chelsea Wolfe-esque contrastant complètement avec la froideur et la noirceur des morceaux. Au vu du morceau que j'ai eu le temps de voir en entier, la prestation avait l'air plutôt convaincante, les musiciens sûrs d'eux, bien en place, et heureux d'être la. Le public semblait avoir bien accueilli le groupe, quittant la salle sous les applaudissements et les remerciements.

Mais pas de doute, c'est bien Deafheaven qui était attendu de pied ferme par un public très éclectique : des kids en pleine adolescence, des vieux briscards du metal, des mecs sortis de la scène neo-crust 2006, des métalleux de tout bords, des fans de screamo, des shoegazers... Un peu à l'image du roster du label ou le groupe s'est forgé sa popularité, Deathwish Inc, il réunit une communauté de fans très dense, et les fait se rassembler ensemble lors des concerts dans une bonne humeur communicative. Certains spectateurs suivent le groupe depuis ses débuts, et grandissent avec lui : New Bermuda, dernier-né de la bande, a beau avoir été essentiellement composé par Kerry McCoy (guitare) comme chacun des disques précédents, il est également centré autour des paroles de George Clarke (chant), autre membre-clé de la formation, racontant son expérience sur le passage à l'âge adulte, et tout les troubles que cela engendre forcément dans la vie de chacun. Et la mienne actuellement... Un album plus dur et mature que le précédent, mais qui n'en reste pas moins éthéré et mélodieux. 
Tout ces paramètres se sont vérifiés ce soir. Avec une assurance et une détermination digne des grands groupes de metal de notre génération, les musiciens sont arrivés sur scène, et sur l'introduction sombre de « Brought To The Water », George a tout de suite appelé son public à se rapprocher le plus possible et à se déchaîner. La réponse fut immédiate : les cornes du diable se sont dressées vers le ciel, les casquettes à l'envers se sont envolées de leurs socles organiques, et les cheveux ont voltigé. Tout le long de la prestation, le groupe n'a perdu une once d'énergie, se nourrissant de l'euphorie ambiante d'un public presque conquis d'avance. Il a interprété chaque titre de New Bermuda, presque sans fausse note, bien que le volume du son de la salle un peu faible ne nous a pas permis de profiter au maximum de l'expérience live. Mis à part ce paramètre, l'acoustique était relativement bonne, et nous a permis d'apprécier à sa juste valeur le black metal teinté de diverses couleurs musicales de Deafheaven. Queques heures avant le concert, le groupe a partagé sur sa page Facebook une interview de Kerry McCoy, qui revenait en détail sur les influences de la bande. Ainsi, on peut y lire que « Baby Blue » est autant un hommage au groupe de screamo Funeral Diner qu'à Slayer, aux Smiths et à Metallica. La diversité du public s'explique encore davantage !
Chaque titre a été joué avec une force d'interprétation redoutable, de quoi transcender l'audience, quand George Clarke ne se transcendait pas lui-même, en dansant, dodelinant, en levant son pied de micro au ciel, ou en fixant son public d'un regard perçant et hanté pendant qu'il vocifère ses paroles de son cri haut perché et glaçant. Ce grand gaillard, qui ressemble à s'y méprendre à Christopher Reeve dans son rôle de Superman, est un véritable chef-d'orchestre, donnant le rythme à son public et à son groupe justement comme si il dirigeait un orchestre, tout en tirant ce monde vers lui avec des gestes de main qui font penser à un marionnettiste envoûté par les ténèbres jouant avec ses poupées de cire dans un élan de démence.
À coté de lui, Kerry, vêtu d'un t-shirt Oasis qui contrastait fortement avec les t-shirts de groupes que la plupart des spectateurs portaient ce soir, jouait tranquillement de son instrument, imperturbable et concentré, suivant scrupuleusement le rythme de la soirée, et de ses collègues de scène tous aussi calmement impliqués mais tous aussi appliqués à en découdre, tel Daniel Tracy (batterie) qui doit aussi bien gérer des blasts beats longs et furieux que des rythmes bien plus simples. Le groupe se retire après nous avoir offert le sublime « Gifts For The Earth », mais on ne pouvait que s'en douter, il reviendra bien vite pour nous proposer le clou du spectacle.
Qu'aurait été un concert de Deafheaven sans qu'on puisse y entendre ne serait-ce qu'un morceau de Sunbather ? Impossible, me direz-vous. Ainsi, les américains ont joué les deux titres-phares de leur second album presque culte, « Dream House » et « Sunbather », provoquant une explosion de joie, de bousculades et de sing-along dans le public, notamment pour le dernier couplet de « Dream House » et ses questions-réponses cultes : « I'm dying / is it blissful ? / It's like a dream / I want to dream ». Notons le petit solo surprise de Kerry sur le final de « Sunbather », liant ainsi le passé et le présent de Deafheaven, qui a surpris autant qu'il a convaincu. Une petite déception cependant : il est dommage que le groupe n'ait pas interprété le single « From The Kettle Onto The Coil », qu'il avait pourtant joué sur deux dates espagnoles précédant la date parisienne, un titre qui fût initiateur du réel épanouissement musical de Deafheaven. Un ami venu assister au concert avec moi voulait entendre « Vertigo » (ce que j'aurais souhaité également), un autre attendait leur reprise de « Punk Rock / Cody » de Mogwai, j'aurais voulu « The Pecan Tree »… Puis pourquoi pas « Violet », morceau du premier album Roads To Judah ! Il faudrait une journée entière pour qu'on soit rassasié d'un concert de ce groupe, une heure c'est décidément trop peu.

Ce soir fût décidément un grand concert : nous avions en face de nous un groupe serein, passionné, débarrassé de ses complexes, des doutes de la jeunesse, ignorant les critiques, avançant  à la fois vers l'inconnu et le concret, faisant rêver et se défouler son public, comme on en a bien besoin en ces temps obscurs. Une prestation tellement solide que 2 jours après, mon esprit est encore au Trabendo, se laissant submerger par ce torrent sonore, aussi gracieux et introspectif qu'agressif et incisif.

Texte : Guillaume D.

Photos : Tom McGeehan www.facebook.com/takenbytom.com  
Tom McGeehan / @TakenByTom
Tom McGeehan / @taken_by_tom
www.takenbytom.com

 
Un grand merci à Kongfuzi Booking !


Setlist Deafheaven :

Brought To The Water
Luna
Baby Blue
Come Back
Gifts For The Earth
Sunbather
Dream House

Facebook Myrkur
Facebook Deafheaven

Nos chroniques albums de Deafheaven :
Sunbather (2013)
New Bermuda (2015)



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