mercredi 16 mars 2016

Chronique : Asking Alexandria - The Black

En écrivant cette chronique, je me suis souvenue pourquoi je n’en postais pas plus souvent : une fois que je suis lancée sur un album que j’apprécie, je n’arrive plus à m’arrêter, je trouve toujours des choses, des petits détails à ajouter. Ce qui ne plaît pas forcément à ceux qui préfèrent les articles concis qui vont droit au but, mais s’il y a bien un album qui mérite que l’on se penche dessus de manière un peu plus approfondie, c’est le nouvel opus d’Asking Alexandria, leur premier depuis le départ de Danny Worsnop et l’arrivée de Denis Stoff.

Pour ceux qui n’ont pas le temps (ou l’envie) de lire mes élucubrations, le paragraphe qui suit suffira. Pour les autres, j’ai un petit roman qui vous attend à la suite.

            Pour faire court :

The Black reste fidèle aux racines d’Asking Alexandria, tout en mettant parfaitement en valeur la maturité du groupe. C’est un album plutôt sombre, entre tristesse et colère, qui évidemment revient souvent sur le départ du chanteur initial – mais pas que. Deux ballades très bien menées, dont l’une chantée par Ben Bruce, une ambiance électro revue à la baisse et des gros riffs, breakdowns, screams en tous genres qui vous donneront envie de mosher dans votre salon.
Et puis, petite précision : après presque deux mois, j’écoute toujours encore cet album en boucle. Ce qui est très, très révélateur. Franchement, ne passez pas à côté ; je ne promets pas que ce sera le coup de cœur pour vous aussi, mais ça mérite vraiment le détour. 


            Pour les gens qui aiment les détails :

Après une année 2015 pleine de rebondissements, Asking Alexandria revient avec un nouvel album qui pourrait bien changer la donne. Le départ de leur emblématique chanteur Danny Worsnop avait quelque peu compromis l’avenir du groupe, et beaucoup pensaient que cela pourrait signer la fin d’Asking Alexandria. Mais très vite, Ben Bruce avait mis les points sur les i : il était hors de question pour lui et ses camarades d’arrêter, et ils allaient remplacer Danny dès qu’ils auraient trouvé un frontman à la hauteur.
Quelques mois plus tard, l’arrivée de l’Ukrainien Denis Stoff (de son vrai nom Denis Shaforostov), leader des groupes Make Me Famous et Down & Dirty, a été officialisée et le jeune chanteur a eu l’occasion de faire ses preuves lors du Vans Warped Tour aux États-Unis et d’une tournée européenne à l’automne, qui était passée par Paris et Bordeaux.

Même si les premières réactions des fans s’étaient montrées très positives, le plus gros défi restait à venir pour Denis et Asking Alexandria : il fallait maintenant passer en studio et composer de nouveaux morceaux qui plairaient autant aux fans que les anciens. Rester dans la veine Asking tout en y incorporant du sang neuf pour marquer le changement. Comme on pouvait s’y attendre, une importante partie des paroles concerne le départ de Danny, considéré comme une véritable trahison par les autres membres du groupes – notamment Ben Bruce, principal parolier d’Asking Alexandria, qui nous avait indiqué s’être senti « abandonné » par celui qu’il considérait comme son meilleur ami. Le guitariste est d’ailleurs revenu sur le processus d’écriture et d’enregistrement lors d’une récente interview accordée à Alternativ News.
Les trois premiers morceaux qui avaient été dévoilés ("I Won’t Give In", "Undivided" puis "The Black") avaient reçu un accueil plutôt chaleureux, même si certains avaient reproché une certaine « accalmie » au groupe lors de la diffusion du premier de ces titres. J’attendais cet album avec impatience, avec une certaine appréhension également parce qu’une part de moi redoutait peut-être que Denis se plante, ou que ce nouveau combo ne fonctionne pas aussi bien qu’on aurait pu l’espérer. Un petit spoiler : que nenni. Au moment où l’on poste cet article, ça fait quasiment deux mois que je me passe l’album en boucle, sans parvenir à décrocher.
« Petite » analyse titre par titre de cette pépite.

The Black s’ouvre sur Let It Sleep, l’un des morceaux les plus puissants de l’album, qui n’est rien de moins que – comme l’a affirmé le groupe lors d’une interview – l’un des titres les plus « heavy » d’Asking Alexandria. Histoire de donner le ton. La vidéo est sortie le 4 mars, sans annonce préalable, et a reçu des éloges à n’en plus finir.
Denis présente d’emblée une gamme de screams très large et un chant clair admirable sur un morceau au refrain accrocheur qui ne laisse pas de marbre et une touche électro moindre.

Arrive ensuite le morceau éponyme de l’album, The Black, dont le clip a été dévoilé début février. Là encore, les retours ont été très bons et le groupe a dépassé le million de vues sur Youtube en à peine trois jours… dépassant les 6 millions trois semaines plus tard, rattrapant ainsi "I Won’t Give In". Mais on a également pu ressentir une sorte de retenue de la part de certains, qui trouvaient que ce titre se rapprochait trop de ce qu’avaient pu faire Bring Me The Horizon (peut-être la faute au clip, allez savoir).
Ben Bruce prend lui aussi possession du micro sur ce titre ; la musique s’adoucit un instant et la voix très caractéristique du guitariste anglais vient se poser sur le bridge, très calme et mélodieux, avant que Denis ne reprenne la main pour une dynamique dernière ligne. Une ensorcelante outro au piano vient conclure le morceau.  

I Won’t Give In était, comme nous l’avons dit plus haut, le premier morceau dévoilé par le « nouvel » Asking Alexandria, et figure en troisième position sur ce dernier. Si les critiques avaient été très positives en général, certains étaient restés sceptiques. Mais cette chanson a tout d’un tube : puissance, mélodies entraînantes, refrain accrocheur, paroles poignantes… En plus, ceux qui trouvaient ce morceau trop « gentil » et craignaient que l’album soit du même acabit ont pu être rassurés dès les premières secondes de ce nouvel opus et le bombesque "Let It Sleep" qui vient l’ouvrir.

Le quatrième morceau s’ouvre avec un enregistrement vocal de Ben Bruce : “Je lui en voulais énormément [en parlant de Danny Worsnop], c’était mon meilleur ami et il nous a tourné le dos à tous. Denis a débarqué et m’a dit « Tu ne veux pas que cet album tourne autour de Danny. Danny appartient au passé, tu dois surmonter ça et passer à autre chose, te concentrer sur l’avenir ». Je lui ai dit qu’il avait raison, alors je me suis posé, et j’ai réécrit une grosse partie des chansons de l’album – surtout au niveau des paroles – avec Denis”.
Sometimes It Ends est un titre très évocateur qui fait appel à des émotions multiples et très variées : on va de la hargne à la nostalgie, passant par la tristesse et la douleur, que l’on ressent très bien à travers la voix de Denis. Les double-couplets screams/chant clair, que l’on croirait presque parlé parfois, laissent place à un refrain punchy porteur d’un message d’espoir.
Le morceau se termine par un deuxième enregistrement vocal de Ben Bruce, qui dit « C’était dur de me contrôler, mais il devait y avoir quelque chose en rapport avec Danny de toute façon sur cet album, parce qu’en tant qu’artiste, j’écris sur les sujets qui me touchent, sur mes ressentis à certains moments précis… Mais j’aime ce que je ressens en ce moment : je suis super excité, et je suis heureux, et extrêmement reconnaissant de pouvoir continuer à faire ce que j’aime. Je dois me concentrer davantage sur tout ça, et utiliser mon énergie de façon positive et pas la transformer en haine, ce qui aurait complètement été le cas si Denis n’était pas arrivé pour me dire « Arrête de faire la mauviette ». Ce qui est plutôt cool. »
Merci Denis, alors.

The Lost Souls est peut-être (s’il ne devait y en avoir qu’un) l’ovni de l’album. J’ai eu un coup de cœur pour la complexité de ce morceau dès la première écoute. Le groupe a tenté là un mélange de genres comme il sait les faire, mais en incorporant un semblant de métal symphonique galopant un peu désarçonnant au départ, qui sera ensuite ponctué par des riffs plus rock. On retrouve le côté audacieux des Britanniques, ce qui est un très bon signe.  

Et que serait un album d’Asking Alexandria sans une chanson sur le thème « sex, drugs and rock’n’roll » ? C’est en quelque sorte la marque de fabrique du groupe, et Just A Slave To Rock’n’Roll est là pour le rappeler. Le titre s’ouvre sur des riffs hard-rock old school, on sent l’influence qu’ont pu avoir les « aînés » sur Asking.

On peut reprendre nos esprits sur Send Me Home, une ballade pop-rock très bien menée sur laquelle Denis présente une voix plus fragile, légèrement éraillée, qui nous filera des frissons sur le pont final, sur lequel se réveillent les guitares. Un joli morceau, mais pas celui que l’on retiendra.

On reprend du poil de la bête avec We’ll Be OK, un morceau qui correspond étrangement à l’Asking Alexandria des premiers jours (riffs accrocheurs, breakdowns, screams mêlés à des parties mélodiques).

Here I Am est un morceau que les fans ont pu découvrir courant mars, avant la sortie de l’album, qui met particulièrement en avant la voix de Denis.

Gone se démarque nettement des autres chansons pour deux raisons : ce n’est pas Denis, mais Ben qui l’interprète, et il s’agit là du morceau le plus calme de l’album, sur fond de piano et de violons. Si l’on connaissait la voix du guitariste depuis un moment (cela fait des années qu’il chante sur certains titres, comme sur "Not The American Average"), c’est la première fois qu’il a droit à sa propre chanson. Il faut dire qu’avec le départ de Danny, les feux des projecteurs se sont braqués sur lui, le fondateur d’Asking Alexandria, et qu’il est aujourd’hui plus que jamais le moteur du groupe.
Pas de gros breakdowns ou de guitares sur ce morceau, mais ça fait du bien de souffler un peu avant le combo final de cet album. Les fans de métal zapperont, les fans du groupe et âmes sensibles verseront leur petite larme.

Arrive le tour d’Undivided, que nous avions pu découvrir à l’automne 2015. Un morceau très agressif auquel j’avais personnellement bien adhéré lors de sa sortie, mais maintenant que j’ai l’album entier entre les mains, ce n’est pas celui qui marque au mieux l’évolution d’Asking. Mais on retrouve le vocabulaire qui est cher au groupe (spéciale dédicace à « fucking cunt »), et le morceau est plutôt prometteur pour le live.

C’est Circled By The Wolves qui vient clôturer le CD. Cette chanson m’avait laissée un peu indifférente au début, mais elle est très vite devenue l’une de mes favorites de l’album. Après une courte intro en mode « répèt garage » en fond sonore, on est réveillés par un scream de Denis – excellent point : on y aura donc droit jusqu’au bout ! Rythme très soutenu, refrain entraînant, derniers gros riffs, c’est une chanson qui ne nous ennuie pas et qui ne laisse aucun répit.

Asking Alexandria présentent là un album qui marque une transition parfait de “l’ère Danny” à “l’ère Denis”. Le jeune Ukrainien prouve à travers ces 12 morceaux (choisis parmi 42) qu’il est largement à la hauteur de la mission et correspond à merveille à ce groupe. C’est un choix que l’on approuve mille fois.
Denis ne se contente pas de remplacer Danny Worsnop, il apporte sa pierre à l’édifice qu’est Asking Alexandria. Effectivement, l’ex-Make Me Famous et Down And Dirty a été clair dès le départ : il n’est pas question de le comparer à Danny. Il ne compte pas imiter son prédécesseur, mais apporter un nouveau souffle au groupe, et c’est ici mission accomplie. Denis ramène à la vie les screams qui avaient peu à peu disparu, il fait preuve d’une énergie toute fraîche et ultra-positive qui est même mise en avant par les parties parlées de Ben Bruce dans "Sometimes It Ends".
The Black représente un passage à vide qu’il faut traverser, une succession d’obstacles à franchir. Plutôt sombre dans son contenu, il n’en reste pas moins un symbole d’espoir. Cet album est celui de la renaissance, de la maturité, et constitue une parfaite revanche envers ceux qui s’étaient mis à douter de l’avenir du groupe à l’annonce du départ de Danny Worsnop. Asking Alexandria est de retour, les musiciens semblent plus motivés et soudés que jamais – croyez-le ou non, cela se ressent à travers chaque morceau. Le groupe a su renaître de ses cendres, et ce premier opus avec Denis Stoff est terriblement prometteur.

Un énormissime coup de cœur pour moi, qui m’étais un peu lassée du Asking de 2012/2013 et des déboires à répétition de Danny, qui gâchaient tout mon plaisir à écouter le groupe. Si les parties « électro » ne m’avaient jamais vraiment dérangée, c’est un vrai plaisir de renouer avec le metalcore des débuts, sans fioritures inutiles, et qui pourrait bien reconquérir le public hard-rock/métal qui avait tourné le dos au groupe. Une des pépites de ce début d’année, à ne snober sous aucun prétexte.

4,5/5

Laurie B.

01. Let It Sleep
02. The Black
03. I Won't Give In
04. Sometimes It Ends
05. The Lost Souls
06. Just a Slave to Rock 'n Roll
07. Send Me Home
08. We'll Be Ok
09. Here I Am
10. Gone
11. Undivided
12. Circled By the Wolves


L’album sera disponible dès le 25 mars 2016 via Sumerian Records.




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