mardi 16 février 2016

Double Live Report : Citizen + Turnover @ Gebäude 9 (Cologne) et Kavka (Anvers) - 24 & 27/01/16

Cette tournée était marquée d'une pierre blanche par la quasi-totalité des membres de la rédaction et ce depuis un bout de temps. Attendus donc comme le messie, Turnover et Citizen sont véritablement deux groupes emblématiques de la culture AN. Tous deux signés sur le très actif label Run For Cover Records, ils ont également accomplis des virages très prononcés avec leurs albums respectifs en 2015. Afin de vous donner l'occasion de vivre une partie la plus representative possible de la tournée, qui évite au passage encore soigneusement la France, nous sommes partis apparenter deux salles européennes à quelques jours d'intervalle. Très impatients de découvrir le rendu sur scène, nos attentes sont également proportionnelles à la hauteur de l'affiche. 

Turnover 

Benoît (Cologne - Gebäude 9 - 24 février)

C’est après 2h30 de route que j’arrive au Gebäude 9 de Cologne, vieille salle d’environ 400 personnes au look industriel et défraîchi. Juste le temps de prendre les 2 LPs de Citizen et je me dirige dans la salle principale pour entendre la fin du set de Newmoon, jeune quintet nous provenant de Belgique. Les lumières se ravivent une vingtaine de minutes pour laisser le temps à Turnover de s’installer. Le chanteur Austin Getz sera vite prêt et semble ailleurs alors que ses camarades préparent leurs instruments. Son look christique ne fera que renforcer cette impression. Les 4 comparses démarrent sans crier gare sur "New Scream" : « Can I stay at home ? » entonne Austin avec un très bon rendu son, proche de l’album avec ce chant ouaté et aérien. Les chœurs d’Eric Soucy sont encore plus vaporeux et presque étouffés bien qu’assez présents pour permettre la rêverie. "Dizzy on the Comedown" enchaîne directement et permet d’apprécier la clarté des accords avant que la basse n’apporte tout son soutien au refrain. Un premier salut timide et voilà déjà "Hello Euphoria" qui apporte un peu de rythme. Le public écoute respectueusement malgré son jeune âge, que l’on découvrira plus avec Citizen. Turnover nous gratifient ensuite de deux nouveaux morceaux, "Change" et "Humblest", qui s’inscrivent directement dans la lignée de Peripheral Vision. La deuxième me marquera plus l’esprit avec son chant presque phrasé et sa superbe mélodie. Je ne peux cependant m’empêcher de remarquer la redondance du jeu de Casey Getz qui bat sa caisse claire et sa charleston comme un métronome pendant toutes les chansons. On se fait presque chier pour lui et ce n’est pas arrangé par l’attitude nonchalante de son frère.


On revient ensuite sur le dernier album avec "Take My Head", peut-être le morceau le plus entraînant avec sa profonde ligne de basse. Survient ensuite la mélancolique "Diazepam", transpirante de sincérité et diablement belle. Austin en profite à la fin pour remercier le public, le concert étant le premier sold out de la tournée (et les organisateurs ayant décidé d’opter pour une salle plus grande suite à la demande). On reprend ensuite avec "Like Slow Disappearing" et "Humming", peut-être moins vécues par le groupe et donc moins convaincantes, surtout comparées à l’excellente "Cut My Fingers Off" qui vient clôturer les 40 minutes de set de Turnover.

Martin (Anvers - Kavka - 27 février)

Nos Américains préférés du moment se pointent sur une scène laissée encore tiède par les locaux de Supergenius. En effet, ces derniers manquent encore un peu d’expérience et malgré l’énergie de leurs compositions, ont peinés à convaincre une salle qui ne sera jamais vraiment chaude au cours de cette soirée. Les choses commencent bien mal pour les gaillards de Turnover. Ils mettront facilement 15 min pour effectuer des balances de "dernières minutes" loin d’être convaincantes pour les principaux intéressés. Réalisant qu’il serait difficile de faire mieux dans cette salle, ils snoberont même l’ingé-son en lui signifiant au beau milieu des réglages qu’ils allaient commencer comme ça. Nos amis perfectionnistes semblent être profondément frustrés. Dommage, car cela entachera un son qui se veut pourtant lumineux et enjoué. Conséquence directe, la salle a du mal à adhérer. Le groupe nous régalera pourtant d’une bonne partie de titres extrait de son deuxième album unanimement acclamé, Peripherical Vision.


Les guitares sont cristallines et épurées, peut être même trop. Heureusement que la batterie conserve une certaine dynamique permettant de relever l’ensemble. L’expérience est intéressante, mais le manque d’implication des musiciens qui font pourtant sold-out alors qu’ils ne jouent pas tous les quatre matins en Europe gâche un peu la fête. Je ne sais pas si c’est le cas sur les autres dates de la tournée ou si c’est un ressenti personnel mais mes attentes n’ont pas été complètement comblées... Malgré un public chantant par intermitence (« Hello Euphoria », « Diazepam »), Il faudra attendre le tout dernier titre, « Cutting My Fingers Off » et son pont tout en progression pour que les premiers mouvements surgissent enfin. Ce que l’on retiendra c’est que le changement de ligne musicale est complètement assumé par le groupe. Le hit « Most of the Time », vestige d’une gloire pop-punk passée, ne sera même pas joué au profit de nouveaux titres, « Change » et « Humblest » qui semblent continuer l’exploration de cet indie-rock/émoisant. En espérant les revoir prochainement dans de meilleures conditions et surtout un état d'esprit différent.

Setlist Turnover

01. New Scream
02. Dizzy on the Comedown
03. Hello Euphoria
04. Change
05. Humblest
06. Take My Head
07. Diazepam
08. Like Slow Disappearing
09. Humming
10. Cutting My Fingers Off

Citizen

Benoît (Cologne - Gebäude 9 - 24 février)

Citizen s’installent ensuite assez rapidement et on sent le public se presser peu à peu vers la scène. Les lumières s’éteignent, et à peine Mat Kerekes lance-t-il un puissant « I watch you burn » qu’une violente vague se fait sentir devant la scène alors que les premiers slammeurs font leur apparition. Le jeu pourtant musclé des musiciens peine presque à suivre les beuglements de Kerekes, galvanisé par les jeunes en délire. "Figure You Out" s’ensuit directement et calme le public qui prête une oreille plus attentive, ce qui permet de sortir prudemment l’appareil photo. Kerekes et Nick Hamm prennent la parole pour confirmer qu’il s’agit de leur plus gros show jusqu’alors sur la tournée, avant que la basse massive du 2ème frère Hamm n’entame le cisaillement de "Cement". Le chant clair se révèlera plus fragile mais qu’importe puisque les hurlements sont amplifiés, calmant au passage ceux qui auraient trouvé Everybody Is Going To Heaven trop mou. Et ce n’est pas "Numb Yourself" ou la destructrice "Stain" qui changeront la donne ! Le public réagit bien, ce qui permet au nouveau morceau "Silo" de générer toute l’attention qu’il mérite. Celui-ci me fait en effet forte impression, se rapprochant du dernier Title Fight dans l’esprit, avec une belle montée en puissance sur sa fin.

Le groupe salue encore le public et leurs amis de Turnover, en précisant qu’il s’agit de leur première tournée européenne. Pour le remercier, le quintet va décocher les meilleurs morceaux de Youth, à savoir la poignante "Sleep" et surtout "Roam the Room", parfaite pour retourner l’assistance qui vocifère les paroles tout autant que Mat tandis qu’un circle pit se forme. La doucereuse "Yellow Love" calmera ce petit monde en tombant un peu comme un cheveu sur la soupe… Tout le monde attend donc patiemment "Ring of Chain", enchaînement logique… Qui ne se produira pas puisque le groupe repart sur "My Favorite Color", au rythme aussi lourd qu’un cheese-cake spéculoos. Afin d’inviter définitivement le sing-along à la fête, on termine sur "Speaking With A Ghost" et "The Night I Drove Alone", 2 titres de Youth, qui remporte à n’en pas douter l’adhésion des jeunes. Le fait que la salle soit pleine jouera certainement dans le fait que les Citizen acceptent un rappel, manifestement non prévu au vu de la discussion sur la chanson à jouer. Et pour le bonheur de tous (en tout cas du mien) il s’agira de la fantastique "Ring of Chain", parfait cadeau d’adieu avec sa mélodie lancinante !

J’étais assez étonné de voir Turnover annoncé comme support de Citizen, la notoriété et l’expérience des premiers étant selon moi supérieure à celles des seconds. Il est peu surprenant pourtant de constater que le dernier album de Citizen est bien plus taillé pour le live que la dernière rêverie emo/pop de Turnover. Leur manque apparent d’implication fut regrettable, mais en fallait-il plus pour ne pas altérer la beauté de leur musique ? Les nouveaux morceaux des deux groupes sont en tout cas prometteurs (Turnover confirmant leur virage) alors que Mat m’aura fait forte impression au niveau de sa capacité thoracique. En améliorant encore leur présence scénique, nul doute que l’avenir soit radieux pour Citizen, les kids étant déjà comblés !

Martin (Anvers - Kavka - 27 février)

Les véritables headliners (a notre plus grande surprise) de la soirée ont choisi de lancer les hostilités avec le hit "The Summer". La salle ne s’embrasera pourtant pas instantanément mais la dynamique est tout autre qu’avec Turnover. Le groupe donne tout ce qu’il a et même plus. Le chanteur au look de gardien de parking avouera qu’il n’a pas pu assurer les 3 dernières dates en raison d’une extinction de voix. Ce qui ne l’empêchera pourtant pas de crier à n’en plus pouvoir ce soir. Si Citizen mise tout sur son premier album (6 titres sur 12), c’est aussi que c’est la première fois qu’il a l’occasion de les roder sur les scènes européennes. D’ailleurs, les ambiances sont complétement différentes. Si il est appreciable de pouvoir goûter à l’ensemble de leur discographie, la setlist est encore rendue plus courte tellement on a l’impression d’assister à deux formations différentes (qui a parlé de syndrome Pianos Become the The Teeth !?).



Sur les titres de Everybody is Going to Heaven, l’ambiance se fait plus lourde, plus travaillée. Durant « Cement », Le duo basse/batterie fait le job, les effets de guitares mélodiques rendent bien. Le chanteur est beaucoup plus concentré et sa voix moins puissante, à tel point que sur les couplets elle est parfaitement inaudible pour le public.

Les américains finiront très fort avec "Speaking With a Ghost" et "The Night I Drove Alone". Le pit, enfin réveillé, va s’en donner à cœur joie. S’en suivra les traditionnels pogos et slams. Le chanteur est aussi content de pouvoir tendre son micro et soulager sa voix l’espace de quelques instants  après un "My Favorite Color" particulièrement intense. C’est un karaoké géant et plein de sincérité auquel nous prendrons part avec plaisir. Grandiose !

Setlist Citizen

01. The Summer
02. Figure You Out
03. Cement
04. Numb Yourself
05. Stain
06. Drown (Kavka) / Silo (Gebäude 9)
07. Sleep
08. Roam the Room
09. Yellow Love
10. My Favorite Color
11.  Speaking With a Ghost
12. The Night I Drove Alone
Encore: Ring of Chain (Gebäude 9)

Textes: Martin G. & Benoit D.
Photos: Lionel F. (Kavka) / Benoît D.




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