dimanche 3 janvier 2016

Live Report : twenty one pilots + Jeremy Loops @ Trabendo, Paris - 11/11/15

Cette date du 11 novembre était attendue depuis de très longs mois par les fans de twenty one pilots ; le concert prévu au Trabendo de Paris était sold-out depuis un bon moment, et les fans sont arrivés très tôt pour s’assurer une place au premier rang et être au plus près de leurs idoles.

Le duo, composé de Tyler Joseph et Joshua Dun, a été propulsé sous le feu des projecteurs ces derniers mois. Ils sont passés de petites salles aux scènes principales des plus grands festivals à travers le monde, s’affichent sur les couvertures de magazines ultra-réputés. Et sont enfin de retour à Paris, pile un an après leur dernier concert dans la capitale (ok, à un jour près ; c’était le 12 novembre 2014). En une année, énormément de choses ont changé pour les deux jeunes hommes. Après les avoir interrogés sur ces mois très chargés [voir notre interview, réalisée quelques heures avant le concert], nous avons eu le privilège de voir ce duo unique enchanter la salle du Trabendo. Retour sur un concert qu’il ne fallait absolument pas manquer.

La première partie du show est assurée par celui qui n’est jusqu’alors qu’un illustre inconnu pour nous : Jeremy Loops, un Sud-Africain qui débarque seul sur scène avec son harmonica. Un air sceptique se dessine sur tous les visages, qui observent ce grand barbu au man-bun se déhancher sans autre réaction notable – du moins pour le moment.

Très vite, les visages se dérident, le public se met à bouger en rythme avec le sympathique artiste qui leur fait face, et qui zappe son harmonica au profit d’une guitare, alors que des musiciens viennent investir la scène à ses côtés. Quand le chanteur balance un « If you wanna have fun say hi », il réveillera la fosse qui décide de se prendre au jeu. Rejoint par le rappeur Matheo Moleko, Jeremy Loops use et abuse presque de sa pédale, qui lui permet d’enregistrer un son et de le repasser en boucle à l’infini, ce qui semble bien plaire au public.
Ce surprenant musicien a plus d’un tour dans son sac, et brandit à un moment un jouet pour enfant, avec lequel il s’amuse à créer une petite mélodie. La bonne humeur communicative du chanteur semble se propager dans le public, qui répond à chacune des sollicitations du talentueux Sud-Africain.

Il est vrai que c’est une première partie atypique, mais en même temps, à quoi devions-nous nous attendre quand la tête d’affiche est un groupe aussi unique que twenty one pilots ? Jeremy Loops quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements. Un artiste à suivre de près !

Le changement de plateau semble interminable, mais le public reste patient, les yeux rivés sur la scène. Quand, enfin, les lumières s’éteignent à nouveau, c’est une véritable explosion de joie qui envahit le Trabendo, couvrant presque l’intro de "Heavy Dirty Soul" sur laquelle twenty one pilots viennent prendre place sur scène, les visages dissimulés derrière leurs célèbres masques. Si on démarre au quart de tour avec un couplet rappé, le public ne se laisse pas distancer et reprend les paroles au mot à mot – avec quelques petits passages un peu « yaourt » mais bon, pas de quoi rougir. Les deux artistes sont remontés à bloc, Josh Dun semble monté sur un ressort derrière sa batterie tandis que Tyler Joseph arpente la scène en sautillant, jonglant entre différents micros. Les jeux de lumière accentuent le rythme effréné du show, et on continue sur cette lancée avec "Stressed Out", l’un des tubes de Blurryface. Pour le coup, même les spectateurs les moins rôdés connaissent ce morceau sur le bout des doigts.

Arrive l’heure pour les deux musiciens de retirer leurs cagoules, même si le chanteur se fera un plaisir de se cacher tour à tour derrière un drap noir, des lunettes de soleil de hippie, et on en passe des meilleures. Ce qui compte de toute façon ici, ce n’est clairement pas de voir le visage des artistes – de toute façon, la scène est si peu éclairée qu’il est difficile de les distinguer clairement – mais bel et bien de profiter de cette ambiance absolument unique.
Le groupe interprète ensuite un morceau un peu plus ancien, “Guns For Hands”, mais l’entrain du public reste le même, ce qu’il faut souligner car c’est plutôt chose rare de constater un enthousiasme constant de la part de la foule. Et, pour notre plus grand plaisir, la bonne humeur va accompagner les fans tout au long de la soirée.

Et quand Tyler Joseph s’adresse à ces derniers pour les saluer, il reçoit un retour une ovation assourdissante. Le duo enchaîne avec “Migraine” et “Polarize”, puis Tyler sort l’incontournable ukulélé pour le combo “House Of Gold”, “We Don’t Believe What’s on TV” et “Can’t Help Falling In Love”, reprise d’Elvis Presley. Cette petite parenthèse semble apporter un vent de fraîcheur dans la salle. Et dès les premières notes de la cover du King, les flashs des téléphones s’allument, quelques briquets sont de sortie, et toute la salle reprend les paroles à tue-tête (pour une fois en plus, pas la peine de cravacher pour suivre le débit effréné de Tyler Joseph).

Mais la séquence émotion prend vite fin, et on embraye sur des morceaux de Blurryface, à commencer par le merveilleux “The Judge”. La performance vocale de Tyler est époustouflante, même si l’on sent que sa voix a été surexploitée ces derniers temps et aurait bien besoin d’un peu de repos. Le frontman dégage un charisme impressionnant ; on peut à peine se résoudre à le quitter des yeux pour observer brièvement les mimiques d’un Josh Dun déchaîné sur son tabouret. C’est ensuite au tour de l’un des derniers extraits de l’album, “Lane Boy”, qui semble très apprécié du public, puis arrive “Doubt”, pile avant l’un des morceaux les plus attendus de la soirée, l’un des premiers tubes du groupe : “Holding On To You”. L’accueil enthousiaste du public est très vite récompensé, et même si la plupart des fans savaient à quoi s’attendre sur ce titre, beaucoup n’avaient encore jamais assisté à ça en vrai : Josh Dun quitte un instant sa batterie pour escalader le piano et offrir aux fans un salto arrière hyper-travaillé. On a beau savoir que c’est la même chose tous les soirs, on a beau avoir vu ce passage des centaines de fois sur Youtube, on ne peut s’empêcher d’acclamer le batteur, en chœur avec Tyler Joseph - qui d’ailleurs profite à plusieurs reprises de pauses entre deux chansons pour demander au public d’applaudir son camarade, dont les joues deviennent à chaque fois aussi rouges que ses cheveux.

Le très entraînant “Ride” aux accents reggae fait danser les fans – impossible de rester de marbre – et on sent que la fin approche quand le groupe passe à “The Run and Go”, un morceau présent sur son premier album sous le label Fueled By Ramen, Vessel. L’explosif “Tear In My Heart” est le suivant sur la liste, et il est presque impossible de suivre Tyler du regard ; le chanteur longe le bord de la scène, puis saute derrière son piano, avant de se retrouver à côté de son copain Josh à la batterie. Il est dans son univers, et toute la salle s’est laissée embarquer depuis les premières notes de la soirée.

Les lumières se radoucissent un peu, les deux musiciens semblent se calmer eux aussi, et l’intro du tube “Car Radio” résonne dans le Trabendo, provoquant une nouvelle fois une vague d’acclamations de la part du public. Les fans se prennent une nouvelle claque ; si la version studio de cette chanson est déjà poignante, ce n’est rien comparé à la version live, avec un Tyler Joseph électrique sous les yeux. Et puis les lumières s’éteignent, les cris et applaudissements accompagnent les deux musiciens pour leur sortie de scène, et le public réclame un rappel en y mettant tout son cœur.
Alors évidemment, twenty one pilots reviennent, visiblement ravis de l’enthousiasme des fans, et reprennent place sur scène pour les deux ultimes morceaux de la soirée. D’abord “Goner”, cette petite merveille à la fois fragile et puissante, qui nous tire quelques larmes et nous fait trembler d’émotion, sur laquelle les fans brandissent des pancartes estampillées « FPE » (« the few, the proud, the emotional »). Tyler profite d’un break dans le morceau pour signaler qu’il a bien saisi, remercie les fans. Puis le duo présente “Trees”, qui n’est pas en reste niveau émoi, et qui sera le tout dernier morceau de cette soirée magique. Sur ce titre, Tyler et Josh s’offrent d’ailleurs leur traditionnel bain de foule, perchés sur des planches et portés par les fans avec leurs gros caissons de percussions. Quand ils retrouvent la terre ferme à la fin du morceau, les deux amis saluent leur public français, et des deux côtés on sent que la soirée a été une réussite. Les musiciens peuvent être fiers d’eux, et le public peut de son côté se féliciter également de s’être montré à la hauteur de l’excellence des deux Américains, qui repartent discrètement… nous donnant rendez-vous en février 2016. 

On pensait que se retrouver face à deux mecs – dont un batteur – sur scène, ça allait faire vide. On pensait qu’après avoir été bluffés par la qualité de Vessel et Blurryface, voir les mêmes morceaux interprétés en live n’apporterait rien de plus.
Mais après cette soirée du 11 novembre, on pense surtout qu’il ne fallait surtout pas manquer ce concert, et qu’on ne louperait pour rien au monde celui du 15 février (qui était à ce moment-là encore prévu au Bataclan, et a été déplacé au Trianon entre temps).
Tyler Joseph et Joshua Dun sont deux extraterrestres ; leur musique n’est pas comparable à quoi que ce soit, leur prestation soignée laisse à penser qu’ils ont déjà des années d’expérience derrière eux (alors que l’aventure twenty one pilots n’a commencé qu’en 2009, et que la véritable « explosion » du groupe a eu lieu il y a environ deux ans seulement). On swingue entre gros sourires et danses folles d’un côté, et larmes de l’autre. La formation propose à ses fans un véritable show, d’une qualité exceptionnelle, et on ne peut ressortir de la salle qu’avec des étoiles plein les yeux.

Texte : Laurie B.
Photos : Mathilde M. 

Merci à Live Nation.

Setlist :

Heavydirtysoul
Stressed Out
Guns For Hands
Migraine
Polarize
House Of Gold
We Don’t Believe What’s on TV
Can’t Help Falling In Love (cover Elvis Presley)
The Judge
Lane Boy
Doubt
Holding On To You
Ride
The Run and Go
Tear in my Heart
Car Radio
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Goner
Trees






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