mardi 5 janvier 2016

Live Report : Refused @ Le Trianon, Paris - 01/12/15

Le passage de Refused au Trianon de Paris ce 1er décembre se place définitivement dans un contexte d'actualité, tout d'abord car leur dernier concert en 2012 était au Bataclan, mais aussi car le groupe est implicitement engagé depuis ses débuts et propose sur son dernier album, Freedom, (chroniqué par nos soins ici) un des brûlots plus que jamais parlant de notre temps, comme "366" qui traîte de la question des réfugiés pourtant composé il y a deux ans, et enfin que malgré les nombreuses critiques au sujet de leur retour controversé, on a besoin et envie de les voir et de les entendre sur scène.

A titre personnel c'est aussi un concert particulier car c'est le premier depuis les événements tragiques, et je me trouvais exactement dans cette même salle au même endroit le jour des attentats de Paris du 13 novembre 2015 pour le concert de The Arcs, question de choix sinon je serais clairement allé voir Jesse Hugues et les siens au Bataclan. Je piétine donc d'impatience à l'idée de revoir ce groupe mythique qui a contribué à modeler mon identité musicale (et pas que) après les avoir adorés au Groezrock 2012 et avoir fortement apprécié ce Freedom cuvée 2015.

Cette fois nous sommes tout devant (après la prestation manquée des X-Syndicate en première partie), bière en main, prêts à voir ce que nous proposera le combo sur ce "Freedom Tour 2015" versus leur prestation de la tournée de reformation de 2012 clairement dédiée à TSOPTC qui n'avait pas pu être défendu en bonne et due forme lors de sa sortie en 1998. Les lumières s'éteignent, un sample de six-cordes se fait entendre, puis les musiciens s'installent sur scène et démarrent avec "Elektra", le premier single retentissant du dernier opus, dans la simple lignée du punk-hardcore des précédentes compositions que nous connaissons : les guitares grognent, les lourds coups assénés sur les fûts de la batterie et les premiers sauts de Dennis Lyxzen posent le décor dans un Trianon magnifique. L'ambiance est au rendez-vous dans la fosse, qui s'agite directement et n'aura guère de pause, car les chansons vont s'enchaîner cette fois avec "The Shape of Punk to Come" et "The Refused Party Program", avant de revenir sur "Dawkins Christ", l'un des tous meilleurs titres de Freedom, qui comme nous le disions dans la chronique, se place très bien dans la discographie de Refused. Et ce à tel point que le set de ce soir savamment orchestré alterne donc sans fausses notes entre nouveaux et anciens titres. 

Sur "The Deadly Rythm" nous avons droit en lieu et place de l'interlude jazzy habituel, à un passage de la désormais classique "Reign in Blood" des trash-metalleux de Slayer, Dennis se plaçant sur l'estrade mimant de va-et-vient avec son bassin sur les sessions de doubles pédales assénées par David Sandstrom aux baguettes durant 2 minutes, avant de reprendre tout naturellement sur le refrain de la chanson initiale sans répit !
Nous avons eu jusqu'ici simplement droit à "merci nous sommes Refused de Umeá, Sweden" avant que Lyxzen ne prenne plus longuement la parole, engagé comme à son habitude et nous parle bien sûr des récents tragiques événements, et nous dit que la musique est notre remède quand rien ne va, encore plus aujourd'hui quand jamais, que cette salle est notre espace et que personne ne nous le prendra. Il nous demande de prendre soin les uns des autres, puis qu'il aime le Bataclan et Paris avant d'entamer un "Rather be dead" fort en symbolique : il finit au milieu de la fosse du Trianon en nous tendant son micro vers lequel tout le monde s'époumone sur le refrain. Il terminera par 3 ou 4 "mercis" enchainés non-stop.

A peine le temps de souffler qu'ils pouruivent avec "War on the Palaces" puis nous parlent de la COP21 prenant actuellement place à Paris et nous dit non au "capitalisme vert" dont parle "Servants of Death", encore une fois très légitimement. Décidemment plutôt bavard ce soir le leader du quintet nous dit qu'il reste fier de toutes les choses débiles qu'il a pu dire ou faire depuis les débuts de la bande, y compris leur nouvel album, même d'être là ce soir, tout simplement d'être dans Refused, aussi difficile que ça a puisse l'être et nous présente cette chanson qui en parle le mieux : "Refused are Fucking Dead". 

Cette fin de set va laisser la part belle à l'ère TSOPTC et un retour aux années de l'apothéose des nordiques, à l'émotion la plus complète dans l'assemblée. Tout est très fort : le niveau technique des musiciens, un basse / batterie déjà mythique qui impressionne en live, des guitares cinglantes, un frontman qui se déhanche avec ses pas de danse, roulades, grands écarts et jetés de micros aériens qui en font sa signature scénique de chef d'orchestre-karatéka, chacun très élégants et stylés, affublés de chemises et veste de costard. Le style suédois ! Le show est au rendez-vous, en tout cas avant de laisser place aux deux derniers morceaux entre quelques blagues. C'est là que commence "New Noise", titre phare des punks, qui re-déclenche une folie furieuse chez les fans durant 3 minutes, Dennis termine allongé sur scène, pour finir avec l'incroyable "Tannhäuser". Quel chef d'œuvre !

Le concert se termine sur cette démonstration puis les musiciens se présentent à l'audience tous sourires devant cette standing ovation, ils serrent quelques mains au premier rang et quittent les planches, nous offrant une soirée réussie et forte de sens. Refused are fucking alive.

Texte : Antoine D.
Photos : Mathide M.

Merci à NOUS Prod.

Setlist :

Elektra
The Shape of Punk to Come
The Refused Party Program
Dawkins Christ
The Deadly Rhythm
Françafrique
Rather Be Dead
Coup d'état
War on the Palaces
Servants of Death
Refused Are Fucking Dead
Thought Is Blood
Summerholidays vs. Punkroutine
Worms of the Senses / Faculties of the Skull
New Noise
Tannhäuser / Derivè



Aucun commentaire :