mardi 12 janvier 2016

Chronique : Cassus - This Is Dead Art, This Is Dead Time, But We May Still Live Yet

Putain, comment ai-je pu passer à côté d'eux en 2015 ? Le pire, c'est que je connaissais déjà auparavant, mais que je les ai totalement perdu de vue après leurs excellents morceaux du split avec le screamo chaotique espagnol de ¡Silencio, Ahora, Silencio!. Messieurs dames, voici pour vos jolies oreilles Cassus, screamo band from Norwich, UK. Et préparez-vous à recevoir un parpaing en béton armé en plein dans le cœur et dans le crâne, balancé en signe de révolte. C'est déchirant pardi.


Je le disais plus haut, Cassus a déjà affûté ses armes au travers de trois morceaux pointants déjà au sommet du skramz jeu, dans les cimes de la rage et de la violence émotionnelle et ses pulsions incontrôlables. Ses outils de guerre que sont leurs instruments (#jesuiscassus, tout ça tout ça), le groupe a commencé à les brandir en juin 2012 au travers d'un split avec leurs compatriotes (au style relativement similaire mais aux vocaux proches de l'agonie sous acide) de I Don't Want To Know Why The Caged Bird Sings, et c'était déjà bouleversant, le côté plus raw de la production ajoutant au côté cru et décharné à vif de leur musique. Car l'univers sonore de Cassus, c'est même au-delà de la fleur de peau : la fleur a fané sous cette brume polluée, elle a été écrasée sous les semelles en titane de nos sociétés, ses codes et ses atmosphère rances, et elle brûle de toute la peine et la colère qui anime le quartet.

Leur premier album reprend toutes ces caractéristiques, et attise encore plus les flammes à travers d'une meilleure production, et d'un contenu musical plus varié. Son titre est la synthèse de tout ce que vivent et composent ces jeunes gens : This Is Dead Art; This Is Dead Time; But We May Still Live Yet. Un incroyable brûlot reprenant la virulence folle furieuse d'Ampere, le mathy feeling si cher à la scène anglaise (on citera notamment les bien-nommés Maths, le math-screamo par excellence), les complaintes enrouées de Heart On My Sleeve, l'alchimie blackened skramz anarchiste de We Came Out Like Tigers, et même quelques couplets chantés d'une voix claire, quelquefois braillée à la limite de la justesse. Hey, quand on écoute du chant punk, c'est pas nécessairement pour sa justesse, pas vrai ?

Non seulement c'est musicalement d'une rare force, mais la recherche artistique et revendicatrice des paroles et des artworks vont de pair. Lorsque tu télécharges les .mp3 de l'album sur leur page Bandcamp, tu obtiens également les 21 pages du booklet proposé avec le LP, contenant les paroles des morceaux, des essais d'écriture et de peinture, des collages punx, des prises de positions... Et t'en prends des claques, en lisant ce que dénonce les Anglais : les illusions qu'on donnent à bouffer aux adolescents qui se convertissent en suicides ("Tablecoth Welfare"), la course à la perfection et à l'image de soi ("Bubblegum Baby"), la consommation ayant cannibalisé le besoin et le désir ("Publicitaire"), quand la valeur matérielle a écrasé la valeur humaine ("Exchange Rates Are Exactly What They Used To Be")... AAAAAH mais c'est beaucoup trop réaliste, j'ai envie de descendre dans la rue et de brûler tous les panneaux de pub et tous ces conseillers bien-pensants de la finance, de l'éducation, de la politique, de la jeunesse. ALL PEOPLE ARE BASTARDS.

Je pense en avoir assez dit. Cassus sera encore un de ces groupes au potentiel grandiose qui n'ira pas plus loin que les caves anglaises, au mieux européennes. Mais sa rage de vivre, elle, restera intacte, aussi longtemps que le quartet se produira en concert et sortira des disques, et aussi longtemps que ces témoignages sonores vivront, survivront au temps. Un temps dont il faudrait bien rapidement changer l'air, et qui passe aussi furtivement que les assauts saccadés de ce disque, dont j'espère que tu prendras le temps de saisir à pleines mains ces morceaux de (sur)vie pour en extraire le plus beau, en défaire le plus mal : les maux d'un monde qui les entoure, les inspire, et nous mange tout cru chaque jour qui passe.

4/5

Guillaume D.


1. Tablecloth Welfare
2. Publicitaire
3. Exchange Rates Are Exactly What They Used To Be
4. Tired Of Being Tired?
5. Interlude
6. Glitter Is Made Of Plastic
7. We Are All Broken Circuits
8. Proto-Post-[Axiom]
9. Bubblegum Baby

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