mercredi 16 décembre 2015

Live Report : Bane + Backtrack + Mind Awake @ Le Gibus Live, Paris - 09/12/15

Le Gibus est devenu le coin préféré des mosheurs de Paris. La largeur de sa salle, la faible hauteur de sa scène et la programmation de plus en plus hardcore de l’ancienne boîte de nuit du 11ème arrondissement (fondée en 1967 !) en ont fait un repaire underground, un nouveau tournant de sa très éclectique histoire musicale.

Les Parisiens avec des X dans le dos de leurs t-shirts (et non plus de leurs mains comme autrefois) ne s’y sont pas trompés : il y a du monde dès le démarrage du set des locaux de Mind Awake. Locaux car Parisiens mais aussi parce qu’ils commencent à prendre leurs habitudes au Gibus qui les a déjà accueillis à plusieurs reprises depuis leurs débuts en février dernier. Mind Awake a la panoplie complète du groupe de youth crew – dans la musique, les convictions, l’esthétique et l’attitude. Seul le marcel avec des nanas à poil d’un des guitaristes rappelle plus Deez Nuts que Youth Of Today.






















Mais si les cinq Parisiens ont bel et bien suivi la notice d’assemblage du groupe de hardcore à la lettre, ils n’en produisent pas pour autant que le b.a.-ba. Que l’on cesse d’encenser la scène américaine – qui a actuellement bien du mal à se renouveler – alors que l’on néglige bien largement nos propres groupes produisant un hardcore pur et dur tenant largement tête à leurs pairs outre-Atlantique. Jack Move l’a prouvé l’an dernier, Mind Awake enfonce le clou cette année. 
Pour un groupe tout neuf, les éléments, certes aussi classiques que le genre peut l’être, sont bien en place : la sono fait plutôt honneur à leurs courts morceaux qui alternent passages directs et agressifs à la Carry On et du mid-tempo plus lourd et plus moderne à la Minority Unit. Seule une petite partie du public rentre dans le vif du sujet mais l’ensemble de la salle apprécie la performance, qui se termine sur une jolie mosh part. Sur scène, Mind Awake commence à se faire un nom qu’ils tâcheront de tenir en faisant suite à leur demo avec un album l’an prochain. À enchaîner les sauts de cabri avec les pieds à trois heures moins le quart, ils pourront peut-être le faire sur React! Records.


On sait qu’une tournée tire en longueur quand les groupes commencent à porter leurs propres t-shirts. Moins d’inquiétude pour le reste de la tenue de Backtrack : c’est bien connu, il n’y a pas d’hiver dans le hardcore, donc les shorts continuent à défiler sur scène. Backtrack est un pur groupe de live : que vous connaissiez ou non les morceaux des mecs de Long Island, il est extrêmement simple de se laisser entraîner dans le pit et d’enfiler ses chaussures de danse. Les compositions new-yorkaises sont groovy, codifiées, cadencées : ça two-steppe, ça side-to-side, ça moshe et tout ça sans avoir besoin du Petit Routard du pit. L’ambiance est bon enfant, la fosse peu musclée, ce qui n’empêchera pas un malheureux de se faire casser ses lunettes en deux. Les tubes "Lost in Life" et "Erase the Rat" remportent les faveurs du public d’habitués.






















Le hardcore de Bane se vit moins dans les chevilles et davantage dans les poumons. Le groupe de Worcester – qui fête cette année ses 20 ans – joue ici son tout dernier concert français et raccrochera les gants à l’issue d’une tournée finale aux États-Unis l’an prochain. Soyons honnêtes : on a un peu l’impression que Bane fait sa dernière tournée depuis quatre ans. Mais non, le groupe a sorti son cinquième et dernier album il y a tout juste un an.






















Il faut dire que chaque chanson de Bane se vit intensément, les bras en croix, comme un chant du cygne (ils joueront d’ailleurs "Swan Song") et pourrait être un adieu. La preuve, c’est qu’en ouvrant leur set avec la toute récente "Final Backwards Glance", on pourrait déjà se croire à la fin du concert. Ils sont comme ça, Bane : ils y sont toujours allés à fond sur la corde sensible du hardcore, du je-ne-suis-rien-sans-mes-amis-ma-vraie-famille au la-société-a-fait-de-moi-un-homme-blessé. Et c’est ce qui fait d’eux l’un des groupes les plus remarquables de l’histoire du hardcore. Bane ne retient rien, assume tout, dans l’écorché, dans le mélo, dans le old school. Leur dernier album n’a pas plus d’intérêt qu’on pouvait s’y attendre, mais l’importance de Bane dans le développement de la scène hardcore moderne et de ses dérivés est incontestable.

Aucun album ne sera oublié et ce sera l’occasion d’observer l’évolution du groupe de ses débuts aux passages mélos en chant clair empruntant au post-hardcore au style beaucoup plus conventionnel et carré de son dernier disque. Au fil des années, Bane est resté l’un des groupes hardcore les plus intéressants sur scène, poursuivant le chemin qu’ils s’étaient eux-mêmes tracés il y a vingt balais. Je ne sais pas s’il y a des mauvaises raisons de faire du hardcore, mais Bane en font eux pour les bonnes, personne ne pourra le leur reprocher.

Aaron Bedard adressera un joli message en lien avec les attentats, évoquant l’effroi du groupe apprenant que des gens avaient pu être fauchés dans le lieu qui leur est si cher – une salle de concert. Un peu moins sympa lorsqu’il dira qu’il est ravi de voir autant de monde à un de leurs concerts en France, pays où ils ont toujours un peu "galéré" (les Toulousains qui retournent depuis des années Le Caravan Sérail et Le Saint des Seins à chacun de leur passage apprécieront). Le set se termine sur l’hymne "Can We Start Again?", leur seul et unique classique, joliment allongé en longueur pour toujours plus d’émotion, puis sur un rappel dédié à Jean-Luc Godard (vraiment).












Le hardcore perd avec la fin de Bane son premier groupe majeur depuis Have Heart. Mais le groupe autant que son public aura largement profité de leurs vingt ans de carrière et tiré tout ce qu’il y avait à en tirer (parions tout de même sur un DVD). Une fin digne pour un groupe méritant.

Texte : Romain Jeanticou
Photos : Mathilde M.

Merci à Alternative Live.





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