jeudi 3 décembre 2015

Interview : Machine Gun Kelly s'exprime suite à son show à Paris [Billboard]

Lors d'une interview accordée au magazine Billboard, Machine Gun Kelly est revenu sur son concert à La Machine du Moulin Rouge, le 29 novembre 2015, à peine deux semaines suite aux terribles attentats qui ont bouleversé la capitale et le monde de la musique. 
La traduction de l'interview (réalisée par nos soins) est à lire dans la suite du post. 


À la suite des attentats terroristes ayant coûté la vie à 89 personnes dans la salle de concert du Bataclan, à Paris, des artistes comme U2, Foo Fighters, Brantley Gilbert, Marilyn Manson ou Prince ont tous annulé ou reporté leurs dates en France, voire en Europe. Aujourd’hui, la ville et sa communauté musicale se relèvent peu à peu, les salles commencent à rouvrir et les fans à ressortir de chez eux.

Dimanche dernier (le 29 novembre), le rappeur de Cleveland Machine Gun Kelly a donné un concert dans la salle parisienne La Machine du Moulin Rouge, son premier concert dans la ville depuis les attaques, deux semaines auparavant. Cela fait de lui l’un des premiers artistes américains à remonter sur une scène parisienne.
Kells achève sa tournée européenne en Grande-Bretagne et s’est entretenu avec Billboard sur son show à Paris, revenant sur la nervosité et l’hésitation qu’il a ressenties avant le concert, mais aussi pourquoi il trouvait cela important de monter sur scène.


Parle-moi de ton concert, dimanche soir.
Mec, y a eu ce moment, juste après que j’ai joué ma chanson “A Little More” ; le morceau se radoucit sur la fin, je jouais de la guitare et on a fait une sorte de version plus calme, acoustique. Et là, la foule s’est mise à chanter l’hymne national français. Genre, toute la foule, à pleins poumons, plus fort qu’à n’importe quel autre moment de la soirée. C’était tellement approprié de faire ça sur cette chanson et sur tout ce qu’elle représente… à peine elle était terminée qu’il y a eu cette communion sur l’hymne. C’était un moment très fort, je leur ai levé mon verre et accordé un moment de silence.
Tout le monde est venu nous voir après le show, parlant des autres artistes qui avaient annulé leur venue, alors que nous jouions si peu de temps après les attaques terroristes. Ils étaient tous très reconnaissants, et avec cette chanson et cet hymne, j’ai eu la sensation que les fans avaient besoin d’un tel moment.

Tu parles des artistes qui ont annulé leur venue… Est-ce que l’idée d’annuler t’a traversé l’esprit ?
Il y a évidemment eu certaines hésitations, au début. Mais en tant que porte-parole des jeunes, qui étaient aussi des victimes de ces attentats, des victimes de la façon qu’a la société actuelle de nous traiter, j’ai vite réalisé que c’était avant tout pour des moments comme celui-là que je faisais de la musique. Des moments où il faut laisser entrevoir la possibilité d’un changement, d’offrir aux gens une échappatoire. Quand je suis sur scène, pendant l’heure et demie que dure le show, c’est comme si nous étions tous, moi et les fans, libérés de toutes les réalités hors de ces murs. Cela m’a semblé être un devoir de venir, et d’offrir à mes fans une échappatoire lors d’une période si tragique.

Est-ce que tu appréhendais le show de ce soir-là ?
Pas jusqu’à ce que je m’apprête à monter sur scène. Les techniciens sont venus vers nous et disaient des trucs du genre « Faites attention », et on sentait une espèce de tension parano monter en coulisses juste avant le début du show. Ça m’a frappé au moment où je suis arrivé sur scène.

Est-ce que tu as abordé ce concert différemment des autres ?
Oui. On a retiré une chanson de la setlist, parce qu’on entend des bruits de tirs sur l’intro. C’est l’un des grands moments de notre set, parce que mon batteur et moi avons l’habitude d’y faire un solo de batterie ensemble, ce qui est plutôt fun pour le public. Mais le sujet est trop sensible, nous devions la mettre de côté ce soir. Puis il y a mon pied de micro, qui représente des squelettes soutenant un pistolet Desert Eagle de calibre 50. Mon micro est calé dans le canon du fusil. On l’a presque retiré du spectacle aussi ; mais on ne voulait pas ôter au show son côté artistique, et puis ce micro, c’est une partie de mon personnage. C’est comme si ce soir-là, je m’étais présenté comme simplement MGK plutôt que Machine Gun Kelly. J’ai refusé de renoncer à certaines choses, que nous utilisons sur scène dans une visée plus « poétique » que ce que pourraient croire certaines personnes. Je ne voulais pas que nous soyons trop bridés par la censure.

Quelle était l’ambiance dans la salle, par rapport aux précédents shows que tu as joués à Paris ?
C’était l’une de ces foules qui chantait si fort que je ne m’entendais même plus moi-même. C’était très puissant, comme si le public ne pouvait pas réaliser qu’on était bel et bien venus.


Y a-t-il eu d’autres moments forts au cours de la soirée ?
Bordel, j’en reviens encore à cet hymne national… Je n’arrive juste pas à décrire à quel point ils ont mis tout leur cœur à le chanter, tu vois ce que je veux dire ? Cela a littéralement noyé nos instruments, et ils l’ont fait pile au bon moment. Comme si ma chanson les avait touchés en plein cœur, et qu’au lieu de répondre de façon enthousiaste comme n’importe quel autre public l’aurait fait – en criant, en applaudissant – eux ont tous senti le besoin d’un moment d’unité, de communion. Juste après que j’aie chanté la phrase “If this ugly world had a little more love, what could the outcome be?” [« S’il y avait un peu plus d’amour dans ce monde horrible, quel serait le résultat ? »] Et c’est comme si je me retrouvais face à la réponse à cette question.

Qu’as-tu ressenti en quittant la scène ?
On est tous retournés en coulisses, on se regardait en demandant « C’était pas un truc de fou ? », et tout le monde approuvait. On parlait tous de la même chose, du même moment. Nous avions complétement oublié la menace que pouvait représenter un rassemblement de jeunes dans cette ville. On ne pensait plus du tout à aucune menace d’ailleurs, on était juste abasourdis par l’amour que la foule porte à son pays. C’est comme s’ils se serraient tous les coudes dans cette période où chacun d’entre eux a besoin du soutien de l’autre. C’était complétement dingue.
Je suis heureux qu’on ait pris notre courage à deux mains et qu’on se soit pointés. Je ne pense pas que mes mots auraient encore signifié quelque chose si je n’avais pas fait ce concert.


Interview : Billboard
Traduction : Laurie B.




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