mardi 29 décembre 2015

Impericon Never Say Die! Tour @ La Machine du Moulin Rouge, Paris - 25/11/15

Le 25 novembre dernier, la tournée Impericon Never Say Die! s’arrêtait à La Machine du Moulin Rouge, à Paris. L’affiche avait de quoi faire saliver, mais les événements tragiques du 13 novembre semblent avoir dissuadé un certain nombre de fans de venir se joindre à la fête, qui s’annonçait pourtant mémorable. Et qui a su tenir ses promesses.

18 heures ; alors que le premier groupe de la soirée s’apprête à monter sur scène, le nombre de personnes disséminées dans la salle fait presque peur à voir. Nous ne sommes qu’une trentaine, une quarantaine tout au plus – bien trop peu pour ce qui nous attend. Mais quand les jeunes Allemands de Burning Down Alaska débarquent sur scène, ils ne semblent pas le moins du monde perturbés par cette non-affluence. Leur hardcore, qu’ils qualifient eux-mêmes de « new wave » semble séduire les personnes présentes, qui se rapprochent de la scène pour observer le quintet à l’œuvre de plus près. Formé en 2012, ce jeune groupe semble pourtant très mature, et présente son ambitieux premier EP Values & Virtues. Ça prend très bien du côté du public, qui acclame le groupe à la fin de chaque chanson.

Le chanteur prend deux minutes pour remercier les Parisiens d’être venus malgré les récents événements, affirmant que lui et les autres membres du groupe sont conscients que ce n’est pas facile pour eux de revenir dans une salle de concert. Et le set continue, les Allemands ne tenant pas compte du peu de personnes face à eux, assurant le show comme ils l’auraient sans doute fait devant une salle comble. Burning Down Alaska est un groupe très prometteur et sans doute la plus belle découverte de cette affiche. Une formation qu’il va falloir suivre de près !

Le changement de plateau est très rapide, et on se retrouve très vite face aux Texans de Fit For A King. C’est un gros set metalcore qui commence, avec des musiciens qui semblent être au top de leur forme et arpentent la scène d’un bout à l’autre. La balance entre chants « clean » et « unclean » est très bien dosée, et Ryan Kirby nous envoie des screams impressionnants. Le groupe semble honoré d’avoir enfin l’opportunité de jouer à Paris, et Kirby revient à son tour – comme le feront d’ailleurs tous les groupes de la soirée – sur les attentats ayant eu lieu 12 jours auparavant. Le chanteur dédicace le morceau "Slave To Nothing", issu de leur album du même nom, aux Parisiens, scandant : « It is a city that will not be a slave to fear ». Acclamés par un public qui se densifie peu à peu (vers 19 heures, on a eu droit à un nouvel arrivage), les musiciens ont l’air à l’aise, et c’est un spectacle très appréciable autant pour les yeux que pour nos oreilles. Les gros breakdowns s’enchaînent, quelques moshers brisent la glace et se défoulent dans la fosse. Tout le monde semble apprécier le show délivré par la formation américaine, et après que le chanteur ait clôturé le set par un dernier scream impressionnant, qu’il tire sur la longueur, les acclamations fusent, et le groupe se retire tout sourires.

Vient ensuite le tour de Cruel Hand, dont le hardcore aux accents punk old school dénote presque au milieu des autres groupes de la soirée. Il est maintenant 19h30, le public continue de se densifier, et le premier vrai pit de la soirée s’ouvrira sur de gros riffs qui sonnent très « metal ». L’ambiance est au rendez-vous autant sur scène que dans la foule, même s’il faut admettre que ce n’est pas ce set qui va le plus nous marquer au cours de la soirée.

Cela reste très entraînant, d’autant plus que les musiciens ont un excellent jeu de scène. Le chanteur profitera d’une pause entre deux morceaux pour remercier le public pour son enthousiaste, précisant que pour eux, « c’est la qualité qui compte, pas la quantité ». Tant pis si la salle n’est pas pleine à craquer, les Américains originaires de Portland sont bien décidés à offrir aux spectateurs présents un show comme ils savent en donner. C’est d’ailleurs plutôt réussi, même si l’on déplore quelques problèmes de micro sur la fin du set, ce qui est un peu dommage mais n’a pas entaché notre plaisir.

20h15, et le groupe attendu par beaucoup fait son entrée sur la scène de La Machine : Being As An Ocean est accueilli par des hurlements enthousiastes. À peine arrivé, Joel Quartuccio, le frontman, saute dans la fosse pour se mêler aux fans, et ne la quittera plus. On ne voit que lui tout au long du set, le suivant des yeux alors qu’il n’arrête pas d’aller et venir d’un bout à l’autre de la salle. Les autres musiciens sont littéralement éclipsés, mais Joel ne semble avoir besoin de personne pour motiver ses troupes. Nous avons droit à un show complétement unique en son genre, comme seuls Being As An Ocean sont en mesure d'en donner.
Des morceaux comme "The Hardest Part Is Forgetting Those You Swore You Would Never Forget" ou "L’exquisite Douleur" reçoivent un accueil triomphal et sont repris en chœur par le public. Mais s’il y a une chose que tout le monde, fan ou non, retiendra de ce set atypique, c’est la séance d’escalade de Joel sur les balcons de la Machine. Le chanteur ne lâche pas son micro et se retrouve soudain perché à cinq-six mètres de hauteur… avant de se laisser tomber dans le public, qui le rattrape à bout de bras (Shy’m devrait prendre exemple). On retient son souffle quelques secondes, ne parvenant pas vraiment à croire qu’il ait osé faire ça, puis on se remet dans l’ambiance du set, car Joel est déjà reparti dans ses va-et-vient dans la fosse.

Profitant d’une pause entre deux morceaux, le frontman glisse un message de soutien à toutes les personnes souffrant de dépression et de mal-être, présentant l’association Hope For The Day, qui lutte contre le suicide. Et le set s’achèvera sur "This Loneliness Won’t Be The Death Of Me" et un public scandant « Merci », Joel s’octroie un dernier tour d’honneur dans la foule avant de disparaître. Un très beau moment plein d’émotions, tout en simplicité et en proximité.

À 21 heures, c’est au tour de Defeater d’investir la scène. Le frontman, coiffé d’un béret et d’une chemise, semble presque s’être trompé de scène tellement son look dénote en comparaison avec les autres musiciens. Le groupe est plein d’énergie, mais après les bonnes performances auxquelles on a eu droit, il faut avouer que ce set nous laissera presque de marbre. Pas parce que c’est mauvais, loin de là, mais il manque quelque chose « d’humain », sans doute. Les chansons s’enchaînent, il y a très peu d’interactions avec le public, c’est plus fade, plus banal que les prestations précédentes, et on n’accroche malheureusement pas.

Pourtant le « punk hardcore » des Américains est entraînant, mais la sauce ne prend pas – et on sent que l’ambiance retombe légèrement dans la salle, on n’est donc pas les seuls à le ressentir. C’est un peu dommage que ce set-là n’ait pas été écourté pour pouvoir allonger légèrement celui de Being As An Ocean par exemple, qui a bien plus convaincu.

Mais il nous reste quand même de quoi nous consoler : à 22 heures, c’est enfin au tour des très attendus The Amity Affliction de prendre leurs quartiers sur la scène de la Machine. Les Australiens avaient fait très bonne impression en mars dernier, alors qu’ils assuraient la première partie d’Of Mice & Men, et les voilà de retour dans la capitale avec un message très émouvant. En effet, avant que le groupe ne débute son set, un interprète vient lire la traduction française d’une lettre écrite par les musiciens, évidemment en rapport avec les attentats du 13 novembre, invitant à la tolérance, au respect d’autrui – notamment au respect des religions, bien qu’aucun des membres ne se proclame croyant. Le public acclame d’ores et déjà le groupe par une salve d’applaudissements. C’est un beau message pour ouvrir ce dernier set de la soirée, qui débute avec un titre qui ne pourrait être mieux choisi, "Open Letter".

Ce qui est frappant dès les premières secondes, c’est le professionnalisme du show ; on sent les efforts de production derrière, les jeux de lumières plus travaillés… Pour couronner le tout, Joel Birch et Ahren Stringer, qui se partagent le chant (respectivement scream et chant clair), savent assurer le show, même si Ahren est un peu coincé derrière sa basse et se voit contraint de rester plus statique que son camarade. Les musiciens sont sur scène comme chez eux, et se mettent rapidement le public dans la poche, ne cessant d’interagir avec leurs fans. À plusieurs reprises, Joel Birch remercie la foule d’avoir fait le déplacement malgré les événements récents. Cela semble sincèrement le toucher, et au vu de son étonnement de voir un public relativement dense (plus rien à voir avec le début de soirée), on pourrait penser que lui aussi a hésité à monter sur scène ce soir-là…

Le groupe interprète ses meilleures chansons, dont les paroles sont scandées par les fans. Ces derniers s’en donnent également à cœur joie dans le pit, notamment sur des morceaux comme "Death’s Hand". Alors que le set touche à sa fin, Joel Birch s’octroie un bref bain de foule puis, remontant sur scène, semble trébucher, et reste un petit moment prostré, alors qu’Ahren tourne la tête en riant. Le chanteur avance alors en boitillant jusqu’à l’estrade de la batterie, s’y assied sans cesser d’assurer ses parties vocales, tandis que les musiciens lui jettent des regards un peu soucieux. Mais si près du but, alors qu’il ne reste que "Pittsburgh" et "Don’t Lean On Me", deux morceaux-phares de la formation, Joel ne peut pas vraiment se permettre de quitter la scène. C’est donc assis qu’il termine le show, le genou en compote, s’excusant auprès des fans de ne plus être en mesure de sautiller partout. Ahren prend le relai et tente de s’imposer en tant que frontman, ce qu’il réussit plutôt bien étant donné qu’il est toujours bloqué derrière sa basse.
Mais le show de The Amity Affliction n’a pas été entaché par ce petit contretemps à la fin, bien au contraire. Les musiciens semblent avoir pris du galon, et leur présence en tête d’affiche de cette tournée paraît bien méritée.

Cette soirée a été riche en émotions de toutes sortes. Les fans ont pu crier, mosher, mais un grand nombre ont aussi eu la gorge serrée, parfois les larmes aux yeux. C’était une ambiance très particulière, alors que Paris se relevait tout doucement des horreurs qui venaient de la frapper. Ce sont des soirées comme celle-ci qui nous donnent envie de nous remettre en selle au plus vite, parce que la musique et les gens qui la font vivre ont encore beaucoup à nous offrir.

Texte : Laurie B.
Photos : Morgan L.

Merci à Alternative Live pour cette belle soirée.




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