jeudi 9 juillet 2015

Chronique : Refused - Freedom

Il n'est pas chose facile d'aborder la chronique de ce Freedom, nouvel album surprise de Refused qui fait suite au cultissime The Shape Of Punk To Come de 1998, brûlot de 12 titres aussi expérimentaux qu'engagés, devenu une référence posthume pour les fans du groupe et qui en effet, aura forgé l'aspect du punk et du hardcore en influençant nombre de musiciens ayant grandi en l'écoutant.

Le combo se reforme en 2012 pour un an de tournée et défendre (enfin) comme il se doit ce chef-d'œuvre sur scène
partout dans le Monde et forcément, quand on rejoue avec ses copains ça démange de créer quelque chose de nouveau, alors entre deux dates, le talentueux Kristofer Steen est arrivé avec le riff guitare de la chanson "Elektra", juste comme ça, pour essayer et c'était parti : l'osmose était toujours là et le punk nous a pondu en deux ans un disque entier avec l'aide de Magnus Flagge, bassiste de l'ère Songs To Fan The Flames Of Discontent et en se séparant au passage de l'autre guitariste, Jon Brännström, pour des raisons d'orientations musicales (officiellement).

Et c'est vrai oui, on sent que cette "Elektra" qui ouvre le bal d'un coup sec est partie d'un riff unique aux mesures décomposées à la manière de Tool et nous plonge instantanément dans le côté plus hardcore de quintet avec son chanteur Dennis Lyxzén qui annonce la couleur dans le refrain évocateur en nous hurlant "Nothing has changed" : préparez-vous pour la suite dans la même veine de riffs assassins et de rythmiques saccadées où "Dawkin Christ" fait aussi école. Des titres plus évolutifs comme "Thought Is Blood" ou "Destroy The Man" vont chercher la puissance et la rage jusque dans les dernières minutes des cris de Dennis, accompagnés de samples électros et basses ultra-lourdes.

Mais Refused c'est aussi le groove. Avec des gimmicks sur lesquels on imagine Lyxzén se dandiner, qui nous font hocher la tête, les "Servants Of Death" ou "War On The Palaces" agrémentées de trompettes nous font penser instantanément à l'autre groupe du vocaliste suédois feu-The (International) Noise Conspiracy.

Petit hic sur la copie (sans jeu de mots), on se rapproche un peu trop facilement du prédécesseur The Shape Of Punk To Come avec le titre "366" qui ressemble à s'y méprendre à celui de la chanson éponyme TSOPTC : pas de doute on écoute Refused et ça reste sacrément efficace. Tous ces riffs, ces beats, mises en place rythmiques... C'est quand même très bon pour nos oreilles, peu importe si le côté nostalgique joue.

Du côté des textes, le combo est toujours aussi engagé, en témoignent les noms des chansons que vous avez pu lire durant cette review avec encore "Françafrique", symbole dénonçant au global notre colonialisme encore récent, ou bien "Useless Europeans" qui clôture ce disque plein de revendications qui s'avèrent être encore plus d'actualité aujourd'hui qu'il y a 17 ans.

Alors non, on ne prend pas de claque dans la face similaire à celle qu' avait pu nous infliger la première écoute de "New Noise", et entre-temps il est difficile, voire impossible de réinventer un son à chaque album car les musiciens ont évolué, mais on reste dans l'expérimental, leur musique n'a rien perdu de sa fougue, et de sa couleur, ce, même en ayant travaillé avec Shellback, qui a beaucoup fait parler car c'est entre autre le producteur de Taylor Swift. Pas très punk en effet, mais le bonhomme est un fan de la musique des Suédois, puis là encore ils tentent des choses et c'est-ce qu'il faut saluer ("Elektra" durait 8 minutes dans sa version originale).

Après tout on n'a pas demandé à Picasso de peindre un deuxième Guernica pour oser une comparaison et nul doute que l'attente était très forte sur ce Freedom, mais au bout de quelques écoutes on secoue les cheveux et on joue le disque comme s'il avait toujours fait partie de notre discographie de Refused. Une réussite même si certains morceaux ressortent un peu moins du lot, d'autres eux restent un peu trop en tête. Comme on dit à Umeá : "Grattis och tack".

4/5

Antoine D.

1. "Elektra"
2. "Old Friends / New War"
3. "Dawkins Christ"
4. "Françafrique"
5. "Thought Is Blood"
6. "War on the Palaces"
7. "Destroy the Man"
8. "366"
9. "Servants of Death"
10. "Useless Europeans"

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1 commentaire :

Ben a dit…

Chouette chronique! Pas facile de s'attaquer à cette galette!
Pas contre, Magnus Flagge était bassiste sur The Shape of Punk to Come aussi, il a juste utilisé un autre nom sur les liner notes, mais c'était bien lui aussi sur l'album (il ne participait pas aux tournées parce qu'il préférait se concentrer sur Cobolt mais c'est bien le même bassiste sur les deux albums).