lundi 19 janvier 2015

Chronique : Enter Shikari - The Mindsweep

Enfin ! Trois ans après A Flash Flood Of Colour, nos jeunes anglais préférés de Enter Shikari reviennent avec The Mindsweep, au titre et à la pochette certainement les plus évocateurs de leur carrière. Si A Flash Flood of Colour, de par l’utilisation de breakdowns et beats électro plus évidents, avait plus tardé à convaincre que l’éminent Common Dreads, il n’en restait pas moins un album à la qualité constante et finalement addictif. Aussi la barre était-elle placée très haut pour son successeur, comme toute attente envers un groupe hors normes.


On débarque en terrain connu sur "The Appeal &The Mindsweep I", les quatre de St. Albans ouvrant l’album sur la désormais traditionnelle piste d’introduction au spoken word évocateur de Rou Reynolds : « This is an appeal to the struggling and striving stakeholders of this planet, this floating rock we call Earth. Alas, that means you. That means every one of your acquaintance, every figure your eyes skim past in the street, every charlatan still to defeat, every tender face you find solace in. » Comme à son habitude, Rou appelle à l’éveil de la conscience et aux prises de responsabilité. Et pour mieux appuyer son discours, les trois autres musiciens donnent du cœur à l’ouvrage, balançant par ailleurs des blasts à tout-va qui feront fureur dans les fosses.

Si la recette de l’album comporte donc les mêmes ingrédients, à savoir textes toujours étonnamment matures et polémiques pour ce genre de groupe, alternances d’envolées claires, de chant hurlé, de chœurs et de spoken word (révélant toute son efficacité sur "The One True Colour"), programmations électro et expérimentations en tous genres à une base résolument hardcore, les doses n’auront encore peut-être jamais atteint une telle cohérence. L’exemple le plus concret réside dans les programmations de Rou, qui sont enfin véritablement intégrées dans les compositions comme support et peuvent toutefois prendre la main pour mener les morceaux vers d’autres sphères, comme sur le tube "The Last Garrison".
Le Shikari ne s’est pourtant pas assagi, les introductions s’effaçant vite pour des riffs de destruction massive portant les hurlements de Rou, entrecoupés de breakdowns monstrueux ("Myopia"). Chaque titre regorge autant de sing-along et de chœurs empruntant à la pop et au punk que de lignes de guitare s’inspirant du metalcore ("Torn Apart"). Soulignons également le travail de la session rythmique, le jeu de batterie de Rob Rolfe s’adaptant à tous les styles ("The Bank Of England", d’ailleurs très représentatif du groupe) tandis que Chris Batten est à la source de la virulence des titres, bâtissant de véritables murs sonores (le shoot d’adrénaline qu’est le refrain de "The Anaesthesist" !).

Et l’évolution, me direz-vous ? Ecoutez donc les influences hip-hop de "Never Let Go Of The Microscope", ou encore le jeu de rythmes à la System of A Down de "There’s A Price On Your Head" ! Certainement le morceau le plus violent de la carrière du groupe. Peut-être afin de le contrebalancer, les quatre musiciens innovent encore en délivrant une ballade progressive au texte certes candide mais pleinement assumé, "Dear Future Historians...". Ceux qui doutaient encore des qualités de chant de Rou auront ici leur réponse, tandis que le piano et les accords aériens offrent un répit bienvenu. Le rythme explose dans le dernier tiers pour un final grandiose (on tient là assurément un des meilleurs titres de l'album) et nous prépare ainsi à "The Appeal & The Mindsweep II", qui reprend là où la première partie s’était arrêtée. A ceci près que le morceau se perd dans une folie créatrice : les cris se font déchirants, les cuivres multiples et dissonants, et Rou de terminer en latin : « Mutato nomine, de te fabula narratur » (« il suffit d’en changer le nom, vous êtes le sujet de cette histoire »).

Nous retrouvons donc Enter Shikari au sommmet de leur forme, leur nouvelle concoction mettant déjà la barre très haut pour les tops de fin d’année 2015. Ces derniers n’ont rien perdu de leur fougue et de leur verve, plaisant tant aux auditeurs concernés par les enjeux géopolitiques et humains qu’aux kids avides de défoulement auditif et corporel. Aucun défaut donc pour The Mindsweep ? Espérons que son efficacité ne le rende justement pas moins mémorable que les albums précédents.

4/5

Benoît D.

Notre récente interview du groupe est en ligne ici et des places de concert pour Lyon et Paris sont à gagner là.

01 The Appeal & The Mindsweep I
02 The One True Colour
03 Anaesthesist
04 The Last Garrison
05 Never Let Go of the Microscope
06 Myopia
07 Torn Apart
08 Interlude
09 The Bank of England
10 There's A Price On Your Head
11 Dear Future Historians...
12 The Appeal & The Mindsweep II





1 commentaire :

Nicolive a dit…

Excellent album ! Impatient de voir ça sur scène J-15 !