dimanche 28 octobre 2012

Chronique : Naïve - Illuminatis

Naïve est un trio français opérant un mélange de métal et de rock progressif flirtant avec des expérimentations trip-hop. Si leur premier album The End vous a échappé, vous pourrez désormais vous rattraper avec cette nouvelle fournée 7 titres, intitulée Illuminatis. Et quelle fournée ! Entre grosses guitares et plages électro, breakdowns et chant aérien, le groupe nous emmène tant dans ses rêves que dans ses cauchemars aux sonorités douces-amères. 7 titres à l'image de la très  jolie pochette, sorte de beauté glauque dont l'interprétation est laissée libre à l'imagination de l'auditeur.

"Transoceanic" nous plonge directement dans le monde sombre et impersonnel du groupe. Sons électro d’abord brouillons et omniprésents, influences cold-wave, plage de guitare… Peu de repères s’offrent à nos oreilles et ce ne sont pas les parties plus métal, à la lourde rythmique et à l’écrasant mur de guitare, qui nous rassureront. La voix de Jouch (qui joue également dans Agora Fidelio) est glaciale mais s’offre de courtes envolées vers les aigües. La déclamation est à l’image du son, lourde et lente. Elle semble d’ailleurs ne pas savoir sur quel pied danser car pas tout à fait glaciale ni tout à fait chantante. Cela risque d’ailleurs d’en rebuter certains mais elle ne laissera dans tous les cas personne indifférent. Les trois musiciens nous transmettent ainsi leurs angoisses et leurs espérances et nous invitent par la suite plus encore dans leurs pérégrinations.
Le chemin a d’ailleurs été pavé par les nombreuses influences : Dagoba et Gojira ne sont jamais bien loins sur les parties métal, entre martelage des fûts et agressivité des cordes, jusqu’à ce gimmick électro sur "Belly" tout droit sorti de What Hell Is About. Les plans power metal sont bien assumés même si la voix a parfois du mal à suivre, les rapides cris rageux relevant plus de l’enfant gâté piquant une crise que du monstre vocal sûr de sa performance. Le chanteur est bien plus à l’aise sur ce chant distant et presque aliénant qu’il nous sert sur la plupart des morceaux, généralement bien supporté par la session rythmique et notamment les lignes de basse. Des touches new-wave éparses sont également distillées sur l’ensemble des compositions, l’exemple frappant restant "The Ropes" qui marrie habilement les nappes électro à la session rythmique. Le mix sert au mieux le morceau qui est d’une redoutable efficacité, notamment lors de cette montée en puissance des guitares, même s’il ne sera pas forcément celui qu’on retient le plus facilement. Mais finalement, la véritable identité de Naïve résidera peut-être dans "Circles" : sample électro inspiré et montée progressive de l’intensité font de ce titre une belle réussite qui doit valoir son pesant de cacahuètes en live. Les guitares donnent la pleine mesure de leur puissance tout en privilégiant la mélodie tandis que la batterie, carrée au possible, excelle sur le mid-tempo imposé aux couplets de par sa cymbale Charleston. Le chant placide et véritablement chanté est ici redoutable car dans sa zone de confort, tout comme le texte : « Only to fuck me so hard I cry » (voilà pour la seule intervention féminine sur Illuminatis). Naïve n’est autre qu’un rouleau compresseur au moteur diesel : lentement mais sûrement, il écrase tout sur son passage.

Mais loin d’une boucherie sauvage, les musiciens expriment leur sensibilité à travers l’aspect progressif de leurs compositions. "Focus" se démarque elle par sa construction : le départ mid-tempo au chant semi-parlé/semi-rappé fait la part belle au clavier, qui développe une atmosphère d’un froid polaire à l’influence indus. Tandis que le batteur continue imperturbablement d’abattre ses bras tel un métronome, un chant aux sonorités arabisantes fait surface. Les instruments se tairont ensuite à l’exception d’un sample de beat, pour finalement reprendre leur danse collégiale menée par l’électro dans laquelle le spectre des monstres sacrés Porcupine Tree se meut.
Cette influence majeure se fera fortement sentir sur "Luna Militis", morceau pilier de l’album auquel les titres restants viendront se greffer de part et d’autre. Débutant sur un sample électro/beat, rapidement rejoint par les accords aériens de la guitare et le clavier, la batterie mène ensuite la farandole tandis que le chant se fait beau et mélancolique. Puis quelques secondes d’accalmie… Avant l’évidente montée au créneau des instruments : les plans se succèdent et se délient, tour à tour mélodieux, violents, organiques, chacun faisant honneur à son prédécesseur. On se laisse emporter par la maîtrise du trio qui joue comme un seul homme ; les guitares nous mèneront vers une séquence très 'Porcupienne' alternant riffs secs/chant impératif et nappes de clavier/rythme contenu, avant l’accalmie progressive. Les treize minutes de "Luna Militis" n’auront été qu’une succession de paris réussis. Peut-on en dire autant d’"Illuminatis" ? L’entrée en matière power metal est suivie d’un plan très répétitif se rapprochant du drone metal et abusant de notre patience. Le titre aurait pu lasser, cependant les Naïve ne le sont peut-être pas tant que ça puisque le dernier plan est une réussite, mêlant toutes les possibilités du trio. Le doublé chant clair/cris répétant « Use your third eye » et « Illuminatis » est savamment entretenu jusqu’à ce que les notes de clavier concluent seules le titre et par là-même l’album éponyme.

En sept titres et une heure de musique, le trio toulousain convaincra facilement les amateurs du genre. Quant aux autres, il serait dommage de ne pas se laisser tenter ! Les Naïve ont correctement digéré leurs influences pour les laisser ressortir sans qu’elles ne prennent le pas sur leur identité propre, tandis que les instruments ont été exploités à pleine mesure de leurs possibilités. Si le groupe ne bouscule pas les carcans bien établis du rock progressif, les touches métal et trip-hop permettent d’intelligemment alimenter les compositions. A suivre !

4/5

Benoît D.

01 Transoceanic (09:24)
02 Belly (06:15)
03 Focus (07:47)
04 Luna Militis (13:30)
05 Circles (07:00)
06 The Ropes (07:30)
07 Illuminatis (10:26)





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