jeudi 23 août 2012

Chronique : Circa Survive - Violent Waves

Déçus par les ventes de Blue Sky Noise, le dernier album de Circa Survive, Atlantic Records, leur label, a décidé de diminuer leur budget pour ce nouvel album, enfreignant ainsi les termes de leur contrat et permettant au groupe de se désengager pour se lancer en électron libre. Pourtant Blue Sky Noise fut loin d'être un échec, même si une partie de la fanbase fut décue par son accessibilité, avec son côté plus rentre-dedans et ses textes moins métaphoriques, il a véritablement révélé le groupe auprès de nombreuses
personnes et n'est certainement pas passé inaperçu. Peut-être Atlantic en attendaient-ils trop ?

Le groupe, sûr de sa décision, ne regrette pas du tout son choix et le fait savoir dans « Sharp Practice » : « you get what you pay for, we can't sell our goddamn souls anymore ». L'un des morceaux les plus directs du disque, avec son semblant de cris dans le refrain. 

Néanmoins, ce n'est pas la direction qui prime sur cet opus qui se veut presque, musicalement, une réaction à Blue Sky Noise. En témoigne le titre d'ouverture, « Birth Of The Economic Hit Man », long de 7 minutes, qui alterne passages planants - les 1ers que le groupe exploite vraiment – et refrain un peu plus péchu répétant « nothing is sacred ». Le groupe a pris la décision d'enregistrer dans des conditions live, c'est à dire en jouant le morceau en entier et tous ensemble, au lieu d'en répéter une partie, et cela se ressent également dans la composition puisque vous ne verrez pas passer les 7 minutes tellement le tout semble fusionnel. 

Le groupe continue d'entretenir ces ambiances aériennes et ces envolées, notamment sur « The Lottery », avec ses guitares progressives et la participation de Geoff Rickly de Thursday dont la ligne de chant fait écho à celle d'Anthony pour un très beau refrain, ou encore l'excellente « Phantasmagoria » et ses choeurs en oh oh entre ambiance onirique et session jam dans laquelle Anthony nous confie son manque de foi « I never could believe in there was something that had so much love for us that could to sit and let us bleed » et nous parle de ses désillusions : « god, money, and women will break your heart, crush your soul and leave you empty and torn apart. » 

Des refrains forts permettent néanmoins à cette première partie du disque de rester accessible, comme par exemple celui de « Suitcase », qui semble parler de la 1ère retrouvaille accidentelle de deux ex-amants, et du malaise entraîné : when you realize, when you realize my name, and suddenly your mood begins to change, then you realize, then you realize I'm gone. » 

C'est une autre paire de manches pour la 2nde partie, où le groupe privilégie les titres calmes qui demanderont patience et multiples écoutes avant qu'on puisse se les approprier. 

On retient quand même l'excellente « Brother Song » qui nous berce de guitares post-rock avant que le refrain ne monte en intensité avec la voix perçante d'un Anthony lucide qui chante : « and I won't share your anger! It doesn't do me any good to feel. » Le morceau se finira sur un long solo de guitare. Et même si « Blood From A Stone » met longtemps à décoller, la beauté du texte arrive à nous émouvoir juste ce qu'il faut, Anthony essayant de sortir une personne proche de la dépression : « it's impossible to know what you need when you seem so emotionless » avant de s'écrier « what'll bring you back to life? » et donner un peu plus de vigueur au morceau. 
Tout en douceur, « Think Of Me When They Sound » nous touchera aussi par sa fragilité : « How long will you wait for me? I don't want to bring you down anymore than I have ». 

Le morceau final, "I'll Find A Way", lui aussi long de 7 minutes, se divise en 3 grandes parties : un début calme et lancinant, une 2nde partie plus rock glissant peu à peu vers l'experimental/progressif et se terminant sur le martelement lourd de la batterie, puis, enfin, 2 minutes de douceur lounge. 

Circa Survive signe là son album le moins accessible à ce jour, mais aussi le plus libéré. Libéré de l'influence d'un label, de l'attente des fans, des standards quels qu'ils soient et peut-être n'ont-ils jamais sonné aussi organique. Violent Waves devrait satisfaire à la fois les anciens fans qui regrettaient leur groupe expérimental et les fans qui ont découvert avec Blue Sky Noise et qui retrouveront, dans la 1ère moitié du disque, assez de moments accrocheurs pour leur suffire. Un solide effort de plus à leur discographie sinon leur meilleur. 

4,5/5

Sylvain L. 

1. Birth Of The Economic Hit Man
2. Sharp Practice
3. Suitcase
4. The Lottery (Featuring Geoff Rickly)
5. My Only Friend
6. Phantasmagoria
7. Think Of Me When They Sound
8. Brother Song
9. Bird Sounds
10. Blood From A Stone
11. I'll Find A Way





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