jeudi 26 juillet 2012

Chronique : The Smashing Pumpkins - Oceania

Qu’est-ce qu’on peut encore attendre aujourd’hui des Smashing Pumpkins ? Du moins de ce qu’il en reste… Nouvel album du groupe de Chicago ou énième projet solo de l’affreux Corgan ? On vous parlait encore il y a quelques semaines de la chanson Ava Adore dans notre Classic Hit du dimanche, issue de la période de gloire du groupe alors que le 19 juin dernier les Pumpkins publiaient Oceania, leur neuvième album studio. 
Revenu sur le devant de la scène en 2007, Billy Corgan
proposait un album en dents de scie intitulé Zeitgeist qui n’a pas eu l’accueil escompté du public malgré une tournée mondiale promotionnelle impressionnante. Pas découragé et toujours aussi fier de son travail, le virtuose voit les choses en grand pour l’avenir et à l’intention de bluffer tout le monde avec un projet colossal de 44 titres téléchargeables gratuitement sur la toile pour ensuite les diffuser dans une série de 11 EP. Rappelez-vous le concept Teargarden By Kaleidoscope dont 2 EP de bonne facture (Songs For A Sailor et The Solstice Bare) ont déjà vu le jour, le troisième n’étant qu’à moitié enregistré. Mais qu’est-ce donc que ce Oceania, parachuté en plein milieu dans ce projet ? 

En 2012, exit Chamberlain, parti en 2009, ne supportant plus de n’être considéré comme un simple batteur aux yeux du chauve mégalomane, place alors à un tout nouveau groupe parmi lequel un batteur dont on ne peut ignorer le talent (être choisi par Maître Corgan à 22 ans, y’a pire dans la vie), une nouvelle bassiste (oui encore une autre !) et un second guitariste pour une galette de 13 morceaux piochant dans les différents univers que les amateurs du groupe connaissent bien.

Les cinq premières pistes rassureront d’ailleurs les fans de la première heure avec notamment "Panopticon", véritable tube digne d’un album des Smashing aux guitares travaillées (j’ai une pensée pour le groupe Grade et l’album Straight To Hell pour le solo, peut-être que cela parlera à certains d’entre vous) et un refrain qui vous restera ancrer un petit moment dans la caboche. Même si c’est probablement le titre le plus rentre dedans, "Quasar" essaye de raviver la flamme Machina ou Mellon Collie sans réel succès et ne fait que reprendre la vague sonore du précédent opus. On regrettera un peu la surenchère de solos ou le manque de parti pris car puissant mais pas renversant et on reste loin des rouleaux compresseurs "The Everlasting Gaze" ou "Silverfuck" ! Le constat est similaire avec "The Chimera" où la guitare renvoie totalement au son de "Rocket" sans en atteindre la cheville, alors qu'"Oceania",  le titre éponyme, est certainement une des compositions les plus progressives, complexes et noisy jamais enregistrées par le groupe du haut de ses neufs longues minutes d’inspiration Sonic Youth, laissant un sentiment assez agréable à l'auditeur sans pour autant devenir un tube éternel. 

Le mélancolique "My Love Is Winter" et ses claviers à la Motion City Soundtrack (si si j’vous jure !) arrivent à capter notre sensibilité et on se laisse chavirer sur les douces notes de ce morceau assez réussi. "The Celestials" est un titre dans la même optique, une sorte de ballade acoustique tout en douceur sur fond de cordes et chose assez amusante, j’ai l’impression d’entendre la mélodie de la chanson "Rive Gauche" d’Alain Souchon à un moment. Aurez-vous le même sentiment ? 

La lenteur des claviers de "Pale Horse" n’est pas sans rappeler la période Adore où le groupe avait pris un virage résolument plus acoustique et dépressif, laissant libre court aux machines, pianos et autres passages progressifs… Volonté artistique ou vice caché afin de plaire à la masse et essayer de rafler le pactole, Corgan s’essaye à la pop calme et radio-friendly mais des titres comme "One Diamond, One Heart", "Wildflower" ou "Pinwheels" et leurs sons électroniques redondants et simplistes ne font pas partis des réussites du CD.

Billy Corgan, chanteur narcissique à la voix pincée et leader autoproclamé du groupe, a peaufiné et retravaillé sa copie encore et encore dans son studio personnel de Chicago et il faut lui laisser la qualité des arrangements et des instrumentations. Artiste multi-casquette, il a produit cet album en compagnie de Bjorn Thorsrud, l’ingénieur du son qui travaille avec le groupe depuis l'album Adore en 1998, mais quinze ans et neuf albums plus tard, la citrouille Corgan n’est plus qu’un simple melon en perte de goût et malheureusement les compositions souffrent d’un manque cruel d’envergure, trop lissée à la limite de la pop sans saveur et on a l’impression que le bonhomme a délibérément mis sa voix plus en avant que les instruments au mixage et cela ne réussit à nous transporter qu’à de rares moments. 

Dans la lignée des deux précédents EP et légèrement supérieur qualitativement que Zeitgeist, Oceania n’est pas parfait, ni dépaysant et en aucun cas le meilleur album des Smashing Pumpkins depuis Melon Collie & The Infinite Sadness en 1995 comme Corgan nous l’avait annoncé il y a quelques mois, mais ça on s’en doutait un peu avant son écoute. Pas mauvais mais relativement décevant pour les fans de la première heure, cette galette pourra plaire à la nouvelle génération qui découvre aujourd’hui ce groupe mythique des années 90. 

3/5

Sébastian D.

01-Quasar – 4:55
02-Panopticon – 3:52
03-The Celestials – 3:57
04-Violet Rays – 4:19
05-My Love Is Winter – 3:32
06-One Diamond, One Heart – 3:50
07-Pinwheels – 5:43
08-Oceania – 9:05
09-Pale Horse – 4:37
10-The Chimera – 4:16
11-Glissandra – 4:06
12-Inkless – 3:08
13-Wildflower – 4:42

 http://www.smashingpumpkins.com/



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