dimanche 1 juillet 2012

Chronique : Make Do And Mend - Everything You Ever Loved

"Make Do And Mend, c’est rien qu’une bande de vendus. Ils signent sur Rise et puis ils sortent un album pour passer à la radio." C’est le genre de commentaires qu’on risque de voir pulluler sur la toile avec la sortie du nouvel album du quatuor de Hartford, Connecticut, Everything You Ever Loved. L’évolution est nette. 

Make Do And Mend n’est plus aussi gueulard qu’il l’était.

Les influences ont changé, enfin en partie. On retrouve toujours en filigrane cette touche Gainesville, le quartet s’est tourné vers d’autres formations. Les Foo Fighters et Jimmy Eat World en particulier. Dire que la bande à Dave Grohl a fait des émules depuis sa formation est un doux euphémisme. Mais rarement cette influence aura été aussi bien digérée. 

Ils ont compris aussi que ce n’est parce qu’on crache sans cesse ses mots à la face du monde que ça en est plus puissant. La puissance est là, plus subtile, mais bel et bien là. L’ouverture "Blur" est là pour en témoigner avec son intro presque bluesy avant de partir sur des terres emorock un poil grungy. La voix de James, si elle reste dans un registre grizzly, montre que le bougre a appris à la moduler, et ce de la plus belle des manières. 

"Blur" est simplement l’arbre qui cache la forêt car ce qui suit est encore plus fort. Visez un peu : "Stay In The Sun" est un tube digne du meilleur de Moving Mountains, les guitares rageuses et atmosphériques sont juste énormes, ce refrain qui démonte tout sur son passage, et ce piano sur le final. Make Do And Mend a donc misé sur l’accessibilité de sa musique, a arrondi les angles pour mieux percuter (tout le contraire de l’équipe de France en gros) les sens de l’auditeur. Mais le groupe n’a pas arrêté de gueuler pour autant. Si tous les refrains sont d’une évidence rare, les couilles n’ont pas été rangées au placard. Elles se pointent au moment opportun, pour encore plus d’impact sur l’auditeur ("Count" qui fait ressortir le côté Chuck Ragan de James), et ce single "Lucky" dont la mélodie pourrait bien les mettre en radio avant même qu’ils ne s’en rendent compte. 

Et ce sont sur les mid-tempo qui flirtent le plus souvent avec le cheese sans nom que l’émotion réelle, honnête et sans fard, que les 4 sont très forts. Les ballades de Biffy Clyro vous retournent à chaque fois et vous foutent des frissons ? On est à ce niveau. Les arrangements de cordes discrets et bienvenus font mouche sur "St Anne". Cette mélodie, ces arpèges, cette voix, putain, quelle baffe. Simple et évidente, et surtout tellement belle. Le trio écossais a dû les marquer, inconsciemment ou non d’ailleurs, car son emprunte se retrouve dans d’autres titres comme "Drown In It", où les arrangements de cordes ne font qu’un avec les guitares acérées. 

Et pour nous achever, la dernière cartouche tirée n’est autre que "Desert Lily", une ballade midwestern magnifique qui fera couler les larmes des plus durs d’entre vous. Make Do And Mend s’est émancipé, ose et transforme l’essai avec une aisance presque déconcertante. Non seulement avec classe, mais avec un abandon total dans leur musique et des paroles touchantes : "Take me somewhere where the summer never ends". 

Everything You Ever Loved est l’album qui pourrait bien propulser Make Do And Mend dans le mainstream. Presque un album concept sur l’amour, la perte, les regrets, savoir lâcher prise quand c’est nécessaire. Les tubes radiophoniques à souhait, des chansons variées pour un résultat néanmoins homogène, et une efficacité à l’épreuve des balles font que cet album est un immanquable. Cette fameuse signature sur Rise va leur donner une plus grande exposition avant leur probable explosion. Et si ce nouveau long jeu pourra légitimement décevoir les fans de la 1ère heure et faire grincer les dents, le groupe risque bien de gagner de nombreux nouveaux admirateurs. Un véritable sans faute qui les envoie sur une autre planète, certes plus accessible, mais aventureuse et aux mélodies plus prenantes les unes que les autres. Un des meilleurs disques de 2012. 

4,5/5 

Guillaume W. 

01. Blur 
02. Disassemble 
03. Count 
04. St. Anne 
05. Stay In The Sun 
06. Royal 
07. Drown In It 
08. Lucky 
09. Hide Away 
10. Storrow 
11. Desert Lily 





1 commentaire:

Mariooo57 a dit…

Très bonne chronique ! Je fais pour l'instant parti des déçus. Mais je ne compte pas m'arrêter aux premières impressions et vais me laisser du temps pour digérer cet album.