jeudi 12 juillet 2012

Chronique : The Early November - In Currents

Écouter un nouvel album de The Early November en 2012 ? Ceci tient tout simplement du rêve éveillé pour de nombreux fans, jamais remis de The Room’s Too Cold, un monument emopop-punk, souvent copié, jamais égalé. Ace Enders, soit l’homme aux 1000 projets différents est de retour avec la formation qu’il a fait naître un beau jour de 1999. Un mec qui sait tout faire, de l’écriture à la production. Un mec qui en veut, vit par et pour la musique et compose comme si sa vie en dépendait. Mais mettons-nous d’accord de suite. Nous
sommes en 2012, plus en 2003, et In Currents est The Early November version 2012, plus celle de 2003. 

Ces 11 titres demandent des écoutes répétées pour se laisser apprivoiser. Une seule écoute et le pilori est assuré. Les 4 ont changé, grandi, muri, fondé des familles, et toutes ces expériences s’en ressentent dans la musique qu’ils font aujourd’hui. La rage adolescente qui avait transcendé leurs précédentes sorties est un souvenir, qui rejaillit parfois encore de bien belle manière (‘’Close To You’’ est une leçon de songwriting simple et efficace), mais qui ne domine pas cette galette. N’oublions pas non plus que The Mother, The Mechanic and The Path était déjà beaucoup plus pop dans son approche, donc quelque part, cette évolution est logique. Même si on avait envie d’entendre le Early November qu’on avait découvert il y a près de 10 ans maintenant. 

Et puis, quelque chose se passe : un je-ne-sais-quoi dans les petits détails des arrangements (cordes, claviers, xylophones) des chansons, tout se met en place. Et même si tout n’est pas parfait, et qu’en tant que fan absolu de la bande, on en attendait tellement d’eux, on finit par entrer dans In Currents.

Au rayon réussites définitives et absolues, l’ouverture fait fort. L’enchaînement "A Stain On The Carpet" et "Frayed In Doubt" est un one-two punch qui ne laissera pas les fans indifférents. La 1ère démarre tout en douceur avec une instrumentation discrète et la voix de Ace, puis la montée en puissance où la batterie donne le ton d’un album qui sera émotionnel ou ne sera pas. La 2nde, toutes guitares dehors ne se contente pas de faire de la figuration, mais prouve au contraire que le désormais quintet en a encore sous le pied quand il s’agit d’envoyer le bois. 

Au rayon douceurs, "In Currents" est un très beau titre, piano en avant, très proche de "The Only Thing I Have", le single présent sur When I Hit The Ground de Ace Enders And A Million Other People. D’ailleurs cet album est peut-être ce qui se rapproche le plus de ce nouvelle mouture de The Early November. Pas de débordements, une emopop où le punk n’a presque pas le droit de citer. Pourtant, quand on entend pour la 1ère fois "Tell Me Why", comment ne pas être pris par l’émotion, comment ne pas avoir les yeux vitreux tout le long de ce refrain où l’atmosphère couplée à la voix angélique de Ace (Il n’a jamais aussi bien chanté qu’ici) sont un vrai moment de bonheur… qui pour le coup fait réellement penser à The Room’s Too Cold (tout comme le refrain atmosphérique de "Guilt & Swell").

Bien entendu tout n’est pas parfait. Oui, "That’s Not Your Real Name" est exactement la version de l’EP de I Can Make A Mess, sans le moindre ajout ou variation. Mais qu’est-ce qu’elle reste magique ! Oui, aussi, "The Smell Of This Place", une ballade country alternatif, aussi belle soit-elle, n’avait pas sa place dans la tracklist, isolée entre 2 morceaux rentre dedans (le sympa et weezerien en diable "Like A Kid" et l’énorme "Wearing The Tie", groovy et musclé à souhait). En fait, la galette manque parfois de  cette envie d'en découdre et souffre d’une tracklist pas des mieux agencées (les ballades acoustiques font presque office d’interludes au final, alors que leur but était tout autre). Et que si le final de "Call Of The Bells" n’emportait pas tout son passage et redonnait vie au morceau, l’album se terminerait en laissant l’auditeur sur sa faim. Et du coup, on le quitte en ayant envie d’y retourner pour le découvrir et le redécouvrir. 

In Currents n’est pas le meilleur album de The Early November. Mais il reste un disque finement ciselé et qui montre où le groupe en est en 2012. Pas en 2008, en 2012. Une fois cette notion acceptée, il est plus aisé de prendre cet album pour ce qu’il est : chaleureux et fait maison (Ace a tout produit dans son studio). Et d’y découvrir une pop-rock classieuse, avec quelques soubresauts de leur glorieux passé. Un album adulte tout simplement, qui représente les hauts et les bas d’une relation et d’une vie. On ne sait pas si cette reformation est le début d’une 2ème carrière pour The Early November. Mais s’ils venaient à disparaître à nouveau, In Currents serait une bien belle épitaphe. 

4/5 

Guillaume W. 

01. A Stain On The Carpet 
02. Frayed In Doubt 
03. In Currents 
04. Digital Age 
05. Tell Me Why 
06. Close To You 
07. Guilt & Swell 
08. That’s Not Your Real Name 
09. Like A Kid 
10. The Smell Of This Place 
11. Wearing The Tie 
12. Call Off The Bells 





1 commentaire:

Mariooo57 a dit…

D'un certain point de vue, cet album sonne comme l'antipode du disque "rock" du triple album (dont seul le second disque valait le coup à mon goût). Alors que ce dernier contenait des morceaux à la rythmique plutôt rapide sur un ton agressif, accompagné d'un chant au contraire doux et bas, ce "In Currents" est mid-tempo sur tout le long et l'agressivité des débuts se retrouve seulement dans les vocaux de Ace, qui n'a jamais chanté aussi haut !
Ce sont ces petits détails qui me font ranger cet album parmi les meilleurs de cet année... pour l'instant. Une belle surprise.