Après leur excellent premier album Why Aren’t I Home? sorti il y a presque deux ans, Athletics reviennent sur le devant de la scène avec un album-concept d'une seule chanson, divisée en cinq parties. Rien que ça ! Plutôt ambitieux pour un second effort, mais il faut avouer qu’avec les honneurs rendus au premier, le quintet a dû gagner en confiance et en ambition. Et comme si ça n’était pas assez, le groupe se permet de vous l’offrir en téléchargement libre ou contre quelques deniers (qu’ils méritent amplement) en attendant la version physique. Puisqu’ils n’ont peur de rien, pas même de votre avis, il vous est vivement conseillé d’y prêter votre oreille !
Car disons-le tout de suite : Who You Are Is Not Enough ne révolutionnera pas un genre porté par Moving Mountains, Prawn et consorts mais assure sacrément le boulot. Certaines conditions doivent cependant être réunies pour tirer le meilleur de cette chanson : privilégiez une écoute au casque, à défaut avec des enceintes portées sur les basses, et ininterrompue. "II" par exemple est certainement bien trop longue en tant que telle, une fois le crescendo terminé, mais elle prend tout son sens au côtoiement de ses sœurs. Car c’est bien au voyage qu’Athletics vous invitent ; un voyage tortueux et torturé ; un rêve douloureux flirtant avec les angoisses introspectives de Garrett Yaeger, le chanteur/guitariste ; long deuil d’un amour perdu ; et pourtant, la beauté est bien présente : une beauté fragile, parfois cruelle, toujours juste ; une beauté faiblement incandescente, comme privée d’air ; complainte d’un cœur brisé en quête de ses éclats pour tenter de renaître : « Now the hardest thing: to begin again. Time may heal the deepest wounds, but a severed limb is gone for good » chante-t-il sur la dernière partie.
Parlons-en d’ailleurs de la voix car elle constitue l’une des qualités de cet album : quelle intensité dans les premières phrases ! Garrett assure toujours autant avec ce ton angélique et fragile, retranscrivant sa mélancolie avec émotion. Proche de la rupture, elle la provoque lorsque les guitares s’envolent pour la première fois, supportées par un jeu de batterie absolument remarquable, signé John Cannon. Les deux guitares, parfois cristallines, souvent graves et profondes ("II", "IV") produisent des sonorités familières au groupe, qui rappelleront notamment "Jordan" ou "The Cost Of Living" présents sur l'album précédent, tout comme la présence du piano sur la dernière partie. Athletics affinent donc leur identité tout en explorant plus avant les sonorités ambiantes qu’ils avaient notamment pu expérimenter sur "Fairview". Les chœurs et doubles voix se sont fait plus rares mais sont utilisés à meilleur escient : discrètement sur "II" et "III", vaillamment sur "IV".
La force de Who You Are Is Not Enough réside enfin dans la guitare basse, qui donne toute cette profondeur à la musique du quintet. Saluons d’ailleurs le très bon mix de Greg Dunn (Moving Mountains), une fois de plus aux manettes et qui a su magnifier la session rythmique. La basse, tantôt seule, tantôt couplée à la guitare rythmique, apporte toute la gravité nécessaire aux textes désespérés : le sujet est ordinaire, mais son interprétation est engagée. Son point d’orgue réside dans la troisième partie, au milieu du voyage. La guitare soliste ronronne tristement tandis que le rythme martial sur la caisse claire mène progressivement vers le chant langoureux et les deux autres guitares. Les accords changent, se font plus profonds ; le chant se mue en cri : « As time fails to elapse, I’m finding you were everything to me. Now my future and my past are ending tragically the same » ; et les guitares tournoient, et la batterie cogne ; brièvement cependant : la colère est vite ravalée par les blessures. Les cordes se tordent et se distordent, les chœurs se font écho d’un amour perdu et la batterie s’effondre brutalement.
Sans révolution mais avec évolution, les Athletics viennent de prouver leur capacité à développer un univers cohérent. Le quintet a misé sur le côté plus aérien de leur écriture et fait mouche à partir du moment où l’auditeur laisse sa sensibilité apprivoiser le titre. Un album presque trop court connaissant le potentiel du groupe, qui réussit néanmoins à brouiller les pistes quant à la direction choisie pour son avenir. Plus mature, plus homogène mais peut-être encore un poil timoré, espérons que cette seconde sortie représente les prémisses d’une identité solide à l’ambition grandissante !
4/5
Benoît D.
01. I
02. II
03. III
04. IV
05. V
Tweeter






Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire