jeudi 24 mai 2012

Chronique : Daytrader - Twelve Years

Dire que Daytrader étaient attendus au tournant est un doux euphémisme. Depuis leur EP Last Days Of Rome sorti en début d’année dernière, le groupe a suscité un engouement (mérité) grâce à des compositions emo-punk rappelant justement les groupes emo de la fin des années 90, de Jimmy Eat World à Sunny Day Real Estate, en passant par les Get Up Kids. Leurs compositions rageuses et émotionnelles manquaient peut-être encore un peu d’unité, ce que Twelve Years peut aujourd’hui résoudre. L’attente aura-t-elle valu le coup ? 

Le quintet a en tout cas mis les petits plats dans les grands puisqu’ils s’offrent Mike Sapone à la production (le bonhomme ayant notamment été aux manettes des premiers Taking Back Sunday et autres Brand New). Le son rappelle donc toujours les compositions emo 90’s, comme en témoigne le titre d’ouverture "deadfriends" qui se développe lentement avant d’exploser sur le refrain, la voix de Tym balançant toujours entre poussées criardes et chant presque parlé. Le morceau rappelle d’ailleurs "Kill My Compass", le côté rageur ayant été cependant aseptisé par une production plus lisse. "If You Need It" joue également sur les explosions simultanées des guitares et de la voix de Tym à la fin de certaines lignes de chant, supporté par les doubles voix du bassiste et du guitariste. Mais c’est probablement le premier single "Firebreather" qui assure la naissance d’une véritable identité : la guitare soliste balade ses accords sur les couplets et se joint aux autres instruments lors des refrains pour, toujours, préférer l’efficacité ; la basse joue dans l’originalité, chose assez rare pour être soulignée tandis que les baguettes galopent notamment sur la caisse claire et les toms ; les voix se fondent et se répondent, les rendant presque difficiles à discerner ; et surtout, la guitare rythmique a l’art de nous pondre la mélodie supportrice imparable sur chaque morceau.

Et plus encore que la mélodie, Tym a un don pour nous fournir des lignes de chant fédératrices que tout un chacun reprendra rapidement en chœur : « Can we wake up from this daydream? » sur "Silver Graves" est certainement l’une des plus agressives, supportée par un riff non moins virulent et une batterie martelante ; tandis que le refrain de "Struggle With Me" sauve ce titre plus classique grâce à sa facilité de mémorisation. Les textes sont d’ailleurs sujets à controverse car de qualité sensiblement inégale : "Lost Between The Coasts", morceau plus post-punk à la basse profonde (rappelant Is Dead de Crime in Stereo), souffre de paroles faiblardes sur le refrain et la balade acoustique de l’album présente un texte peu inspiré. Seule la prestation de Tym rehausse le morceau car les clichés sont de mise (le violon en premier) ; c’en est presque décevant compte tenu du pedigree du quintet. 
Heureusement d’autres morceaux témoignent de la qualité de composition : les deux mid-tempo "Skin & Bones" et "After-Image" constituent indéniablement le pic de mélancolie de ce Twelve Years, car palpable dans le chant. Les montées en puissance et explosions, bien que prévisibles, rendent jouissifs les deux morceaux alors que Tym use au mieux sa voix au service de textes plus originaux : « Atropos has called out to me / She says, "This is where and when you'll die" / So I reply, "What happens next?" / And receive no answer this time / So it just sinks / It sinks into my bones / The sinking anchor / The intolerable weight / My fate will find my here / A silken thread always finds where it came from » ("Skin & Bones"). Quant au texte de "Letter To A Former Lover", qui referme cet album, il vogue sur un thème emo classique (la séparation) ici très bien mené et facilement identifiable. Les instruments s’arrêteront sèchement au terme d’une dernière folle course, comme pour faire écho au texte : « I know I have no regrets ».

Twelve Years confirme donc tout le bien qu’on pensait de Daytrader. Le groupe n’a pas cédé à la pression de son succès instantané (ils existent depuis moins de deux ans) et affirme ici son identité en délivrant un album solide et homogène. Aucun morceau ne se détache vraiment des autres, la qualité des compositions restant relativement stable. On regrettera peut-être la perte de cette urgence qu’on pouvait retrouver sur Last Days Of Rome, mais voilà un album qui fera probablement partie de nombreux tops de fin d’année.

4/5

Benoît D.

01 deadfriends
02 If You Need It
03 Firebreather
04 Skin & Bones
05 Lost Between The Coasts
06 After-Image
07 Struggle With Me
08 Silver Graves
09 Heard It In A Song
10 Letter To A Former Lover





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