mercredi 1 décembre 2010

Chronique : Playfellow - Carnival Off

Playfellow est un groupe Allemand officiant dans ce qu’on appellera de manière générale le rock indie, leurs compositions lorgnant généreusement vers le post-rock et le rock psychédélique. Actifs depuis 2002, ce n’est pourtant qu’avec ce nouvel effort que je les découvre aujourd’hui. Après avoir admiré la pochette, la première écoute convaincra facilement du fait que l’on a bien perdu huit années à ne pas les connaitre. "Your Ghost" s’occupe de faire les présentations, et l’on ne pouvait rêver mieux comme introduction. Le synthétiseur diffuse sa mélodie lentement, sensuellement, comme pour mieux vous apprivoiser.
Les guitares, acoustiques ou branchées, vous transportent progressivement dans l’univers du groupe. La section rythmique se fait douce, de peur de vous froisser. Enfin, et surtout, la magnifique voix de Toni Niemeier. Une voix calme, posée, grave, légèrement éraillée, mais qui sait tout aussi bien se faire haute et perçante lors du refrain dans lequel le groupe, maintenant qu’il vous a dans ses filets, vous ballote sans ménagement. Katharina Mey (la bassiste) vient aider Toni, accompagnés d’un violon, ce qui rappelle de toute évidence à l’auditeur le meilleur de Stars.

Et ce "Your Ghost" n’est pas un pétard mouillé, le rêve s’étendant sur toute la longueur du disque. Les Allemands utiliseront la même recette de départ – à savoir une rythmique carrée, des guitares aériennes, des alternances calme/tempête tant dans la voix que la mélodie et un clavier ultra efficace – mais en ajoutant toujours un ingrédient différent dans chaque effort. Ainsi "Another Weird Place" se fait aérien mais intense grâce aux vocaux angéliques de miss Mey et l’instrumentation rappelant Archive (notamment au niveau de la basse et du clavier, la voix de Toni pouvant également faire penser à celle de Craig Walker), tandis que "No Melodies" va jouer sur le côté calme et ambiant du groupe à l’aide d’un rythme lent imposé par le batteur Tom Herberger, du clavier spatial et d’un Toni qui bien que haut, ne s’envole pas. "All’s Asleep" délivre elle toute la férocité du groupe, porté par des guitares incisives aux slides de plus en plus fous, tandis que Toni chante cette fois très haut, le tout rappelant par moments le titre "Save Me" de Remy Zero (B.O. de Smallville). Voilà certainement le morceau à voir en live.
Le groupe sait aussi jouer dans le registre émotionnel avec des titres comme "Where April Woods Are Red" ou "Sad Families". Le premier présente un contraste car la section rythmique est très martiale mais les autres instruments font ressortir la morosité du morceau : le claviériste André Dettmann joue de son orgue et de son synthé, rendant le morceau une fois de plus très aérien, aidé par l’harmonie entre les deux guitares. L’intensité du final est riche en émotion, emmené par les doux chœurs réunis de Katharina et Toni. "Sad Families" quant à lui est certainement le morceau le plus à part, car acoustique. Les doigts grattent fortement les cordes, l’effet sur la voix de Toni est très réussi et son interprétation, supportée par un clavier larmoyant, renforce la tristesse dégagée par le morceau : « The silence, the silence, the silence / That comes between my father’n’me ».

Mais là où le groupe dévoile son talent, c’est lorsqu’il a de la place pour s’exprimer. Les compositions les plus longues se révèlent les plus réussies. La guitare d’"Echoes", très ronde, rappelle le titre du morceau. Le clavier lui répond tandis que la basse apporte ce mid-tempo jazzy. Les instruments s’effacent alors au profit d’un violon, qui amène le morceau dans un tout nouveau rythme, graduellement intense. La guitare électrique de Robert Laessig, dernier instrument à refaire son apparition, se libère de ses chaînes pour porter le morceau vers un final rapide dans lequel Toni excelle par ses envolées. Sur "Carnival", le groupe prend encore plus d’espace pour ancrer son univers. La basse et le synthé se partagent l’introduction, avec le crachin des guitares pour fond. La batterie, spartiate comme à son habitude, pousse le synthé à hausser le ton et l’intensité. Les cymbales donnent le départ, la voix posée de Niemeier entre en scène. Celle-ci variera constamment tout comme les guitares qui en maîtresses du morceau nous délivrent une véritable leçon, se faisant tour à tour incisives, aériennes, douces, replètes, passant d’arpèges aux simples battements, jonglant de butés aux allers-retours.
Un morceau magnifique donc, mais concurrencé par la perle de cet album : "Voices From Downstairs". Orgue à nouveau, synthétiseur tout en résonance. La profondeur des claviers met en perspective la performance de Toni qui rappelle de nouveau Craig Walker, mélangeant fragilité et puissance. Tom bat le rythme sur sa caisse claire, secondé par la basse de Katharina. La guitare se fait planante, Pink Floydienne, puis incisive et tout en relief lorsque Robert appuie sur sa pédale de distorsion. S’ensuit un excellent moment post-rock, la guitare sonne et le clavier se fait aérien. La batterie, la basse et la guitare rythmique font progressivement revenir le morceau à un rythme saccadé, Toni s’énervant en compagnie de Katharina. La guitare soliste revient à la charge mais la session rythmique ne lâche pas le morceau (c’est le cas de le dire) jusqu’à sa toute fin. Intense.

Carnival fait partie de ces albums à l’identité certaine. Les influences et références sont nombreuses, piochant dans tout ce que le rock indie aérien fait de mieux, de Archive à Stars, en passant par Elbow et The Magic Numbers. Mais ces influences ont été digérées pour donner naissance à un album compact, homogène dans l’ensemble, hétérogène dans ses détails. Reste que ces détails justement ne sont pas des plus faciles à déceler et empêcheront l’auditeur peu motivé de découvrir plus avant cet album. Déplorons aussi la qualité de la production, qui sans être mauvaise, aurait pu mettre bien plus en valeur le travail effectué. Il n’en reste pas moins que ce Carnival séduira aisément les fans des groupes précités.

7/10

Benoît D.

01 Your Ghost
02 Another Weird Place
03 No Melodies
04 Echoes
05 All's Asleep
06 Where April Woods Are Red
07 Voices From Downstairs
08 Sad Families
09 Carnival





Aucun commentaire :